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Les enfants non juifs sont obsédés et ont une activité sexuelle dès l’âge de cinq ans (selon le rabbin)

30 juin 2013

On le sait, un certain nombre d’affaires de pédophilie ont éclaboussé l’église catholique ces dernières années. Ces affaires ont été révélées dans des pays occidentaux et c’est pourquoi elles ont fait grand bruit dans la presse. Ce qui ne signifie bien entendu pas que l’Occident ou le catholicisme aient le monopole de ce genre de comportements.

Partout, en effet, les moments d’intimité entre un adulte (un homme dans l’écrasante majorité des cas) et un enfant (garçon ou fille) peuvent  donner l’occasion à des pulsions inavouées de s’exprimer.

Il peut arriver qu’un secteur d’activité professionnelle comme la santé, l’animation, l’enseignement (religieux ou pas) soit choisi par une personne précisément parce qu’il va lui permettre d’être quotidiennement au contact d’enfants et donc de multiplier les occasions de passer à l’acte.

Il peut arriver aussi qu’une personne qui a choisi ce genre d’activité professionnelle découvre fortuitement ses penchants sexuels pédophiles.

Le résultat est sensiblement le même.

La ségrégation des sexes n’élimine pas vraiment le risque puisque dans la plupart des cas qui ont défrayé la chronique , en tout cas dans les institutions religieuses, les victimes sont de jeunes garçons, généralement pré-pubères.

Tel est le cas par exemple dans une yeshiva [école religieuse juive] de Sydney en Australie, où plusieurs garçonnets ont été agressés par un employé dont on ignore la fonction exacte.

Cette affaire de » pédophilie en milieu juif présente quelques particularités sur lesquelles il faut s’attarder.

La première est que l’affaire ne fait pas trop de bruit alors qu’elle s’est déroulée dans un grand pays occidental, donc au cœur des préoccupations médiatiques, et que l’auteur présumé des actes pédophiles s’est réfugié aux Etats Unis, en Californie plus précisément, un pays encore plus central pour les médias que l’Australie.

Il n’y a guère que le groupe de presse australien Fairfax [et la presse juive] pour s’intéresser à cette affaire. Si Fairfax est un important groupe de presse australien, ses enquêtes sur la pédophilie en milieu juif rencontrent dans l’ensemble peu d’écho dans les autres pays occidentaux.

La deuxième est que les autorités rabbiniques ont non seulement gardé le silence sur les agressions sexuelles mais ont protégé l’agresseur en l’accueillant et en le cachant dans une institution sociale juive aux Etats Unis. Ces autorités ont semble-t-il bien compris qu’il y avait quelque chose de problématique dans le comportement du pédophile mais se sont gardées de le dénoncer à la police en vertu de la «mesira,» une loi talmudique qui interdit de dénoncer aux Goyim [non juifs] les délits et crimes perpétrés par un membre de la communauté.

La troisième particularité est la tentative du rabbin Boruch Dov Lesches, ex grand rabbin de Sydney, donc  pas n’importe quel obscur rabbin, de minimiser le crime en émettant l’hypothèse que les gamins, qui avaient environ onze ans étaient peut-être consentants.

Et ce n’est pas à Sigmund Freud et à sa théorie sur la sexualité infantile que fait appel le rabbin pour étayer son hypothèse mais à ce qu’il croit savoir des Goyim [non juifs] dont les enfants sont obsédés par le sexe très tôt et commencent à avoir une activité sexuelle dès l’âge de cinq ans.

Toujours selon le rabbin Lesches,  les adolescents [non juifs]  des milieux défavorisés «n’avaient rien d’autre à faire dans la vie que de penser tout le temps au sexe» entre eux, avec des membres de leurs propres familles et même avec des «chiens.»

Le rabbin Boruch Dov Lesches est né à Tel Aviv où il a reçu sont éducation religieuse. D’obédience hassidique, il s’est installé en Australie après son mariage, pays dans lequel il a présidé le tribunal rabbinique de Sydney et organisé le système d’abattage rituel et de certification de la casherout.

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      Le rabbin Boruch Dov Lesches

De sa création en 1986 à 2006, il a dirigé l’école religieuse juive de Sydney et a été rabbin de  cette ville pendant 25 ans.

En 2006, le rabbin Boruch Dov Lesches s’est établi à Monsey, quartier juif de la ville de Ramapo (New York) pour occuper la fonction de rabbin de K’hal Tzemach Tzedek Lubavitch (apparemment l’école religieuse de Chabad Loubavitch).  

 

Le rabbin: les victimes étaient peut-être consentantes

Par Richard Baker et Nick McKenzie, Sydney Morning Herald (Australie) 23 juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un éminent rabbin australien qui s’était abstenu d’empêcher un présumé pédophile de se livrer à des abus sexuels sur de jeunes garçons dans une école religieuse juive de Sydney a déclaré que certaines des victimes avaient peut-être consenti aux relations sexuelles et il a averti que impliquer la police maintenant serait «ouvrir une boîte de Pandore.» 

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                   Yeshiva de Sydney (Australie)

L’ancien grand rabbin de Sydney, Boruch Dov Lesches a tenu ces propos incroyables lors d’une récente conversation avec une personne bien au courant d’une série de viols et d’agressions sexuelles résumés sur des enfants par un homme qui exerçait à la yeshiva [école religieuse juive] de Sydney dans les années 1980. 

Les propos du rabbin Lesches vont probablement renforcer l’attention des pouvoirs publics sur la gestion des affaires d’abus sexuels par les hautes autorités rabbiniques australiennes, compte tenu notamment des allégations de dissimulation, d’intimidation des victimes et de mise à l’abri des auteurs à l’étranger. 

Dans une conversation téléphonique enregistrée légalement et entendue par Fairfax media et fournie par les policiers des Nouvelles Galles du Sud qui enquêtent sur les affaires de la yeshiva, le rabbin Lesches admet avoir donné conseil au présumé violeur après avoir appris qu’il avait abusé sexuellement un garçon dix ans plus jeune que lui.

Le rabbin Lesche est aujourd’hui une personnalité de premier plan de la communauté ultra-orthodoxe de New York. 

Le rabbin Lesches avait dit à l’homme que lui, aussi bien que le garçon, seraient forcés de quitter la yeshiva s’il ne pouvait pas contrôler ses pulsions. 

“Dans le cas contraire, tous deux devront s’en aller.” 

Le rabbin Lesches, qui n’a jamais signalé cette agression sexuelle à la police, a déclaré qu’il ignorait que l’homme n’avait pas tenu compte de son avertissement et avait par la suite agressé sexuellement au moins trois autres garçons à la fin des années 1980. 

Il a déclaré que d’autres dirigeants de la yeshiva étaient responsables de la supervision de cet homme. 

Dans la conversation, le rabbin Lesches a laissé entendre que les victimes de l’homme, qui étaient âgées de onze ans à l’époque des faits, étaient peut-être des partenaires consentants. «Tout le monde racontait une histoire différente et essayait de faire porter les torts sur quelqu’un d’autre,» disait-il. 

“Nous parlons de très jeunes garçons… tout le monde dit, en parlant d’un autre que «il était d’accord pour faire ça.» 

Interpellé sur son point de vue selon lequel de jeunes garçons pouvaient avoir été consentants, le rabbin Lesches avait répondu, “vous pourriez être surpris » et il avait ajouté que certains garçons non juifs, qu’il désigne comme des «goyim,» commençaient à penser au sexe et à avoir une activité sexuelle «dès l’âge de cinq ans.» 

Il disait que les adolescents des milieux défavorisés «n’avaient rien d’autre à faire dans la vie que de penser tout le temps au sexe» entre eux, avec des membres de leurs propres familles et même avec des «chiens.» 

Le rabbin Lesches disait aussi que signaler les agresseurs sexuels présumés à la police tant d’années après  pouvait être «destructeur pour eux et leurs enfants» et être une cause de souffrance pour les victimes. 

“Ne parlez pas ainsi… après un temps aussi long, tout le monde souffre,” disait-il. «Si vous commencez à faire quelque chose à ce sujet, ce ne sera pas productif et ce ne sera bon pour personne.» 

Une loi traditionnelle, la mesira, interdit à un juif de signaler un délit commis par un autre juif à des autorités non juives; son influence reste très forte dans certaines communautés ultra-orthodoxes. 

Le rabbin Lesches, qui n’a pas répondu aux questions de Fairfax Media, est le troisième haut responsable rabbinique à avoir été identifié comme ayant su quelque chose au sujet des agressions sexuelles contre les garçons de la yeshiva de Sydney dans les années 1980.

En février, Fairfax media avait rapport comment l’auteur présumé, qui avait été envoyé à l’étranger, a récemment reconnu sa culpabilité devant certaines de ses victimes. Il avait parlé de la manière dont le chef spirituel du centre, le rabbin Pinchus Feldman, l’avait une fois averti de cesser ses agissements. 

En réponse à ce reportage, le rabbin Feldman avait publie une déclaration selon laquelle il n’avait pas de souvenir d’une quelconque personne lui ayant avoué avoir commis des abus sexuels sur des enfants il y a 25 ans plus tôt. 

Début mars, une autre importante figure rabbinique, le rabbin Moshe Gutnick a admis ne pas avoir appelé la police quand un juene garçon l’avait contacté il y a 20 ans pour lui parler d’une agression sexuelle à la yeshiva de Bondi. 

Le rabbin Gutnick, qui est à la tête de l’Organisation des Rabbins d’Australasie, a déclaré avoir reçu un appel téléphonique anonyme et alerté la direction de la yeshiva au sujet des accusations du garçon. Il a dit que, avec le recul, il aurait « probablement appelé la police.»

Il semble que le rabbin Gutnick a dit à la police de Bondi tout ce dont il pouvait se souvenir de l’appel téléphonique. Dans une déclaration publiée dans l’Australian Jewish News cette année, il a affirmé «se sentir très triste de ne pas avoir reconnu ce que j’ai su seulement maintenant être un légitime appel à l’aide.» 

“Je lance un appel à toute la communauté – aux victimes et à leurs parents, aux membres de la communauté et à ses leaders. Si vous avez des informations, rapprochez vous de la police SVP. N’ayez pas peur,» a exhorté le rabbin Gutnick. 

Le Sydney Yeshiva Centre a indiqué qu’il a mis en place une politique globale de protection de l’enfance et que le centre s’est mis en relation avec la police concernant les allégations. Dans une déclaration, le centre a affirmé «condamner sans équivoque toute forme de violence» et qu’il assume ses responsabilités en matière de sécurité des enfants avec la plus grande vigilance. 

“La Yeshiva… s’est toujours efforcée de se conformer pleinement à ses obligations légales et morales en matière de sécurité des enfants.»

Fairfax media peut aussi révéler que les membres de la famille de l’homme vise par l’enquête de la police pour les incidents à la yeshiva de Bondi sont de gros soutiens financiers de la communauté ultra-orthodoxe de Monsey à New York dont le chef spirituel est le rabbin Lesches. 

L’agresseur présumé avait aussi été nommé au conseil d’administration d’une entreprise australienne qui fournit du matériel éducatif pour les élèves juifs plusieurs années après qu’il ait agressé des garçons.

L’agresseur présumé a été hébergé ces dernières années par une importante organisation juive d’action sociale de los Angeles, des emails de 2011 entre cet homme et un des cadres supérieurs de l’organisation montrant qu’il risquait de voir révélé son passé à Sydney.

«Je n’ai aucune  idée de comment quelqu’un vous a retrouvé – mais des appels arrivent quotidiennement de nombreux endroits. Pour l’instant nous vous avons protégé» avait écrit un dirigeant de l’organisation de Los Angeles dans un email destiné à l’homme [l’agresseur présumé].

Plutôt la prison qu’enfreindre la mesira

18 mars 2012

Nous avons déjà croisé le rabbin Moshe Zigelman sur ce blog et il nous avait donné une occasion de parler de la mesira, cette loi religieuse juive qui interdit à un Juif de dénoncer les agissements d’un de ses coreligionnaires à des non juifs, fussent-ils magistrats.

Le rabbin a persisté dans son refus de témoigner et il va donc aller en prison, ce qui ne lui fera pas changer d’avis tant ses convictions religieuses sont inébranlables, nous dit-on.

Peut-être, mais sa religiosité ne l’a pourtant pas empêché de participer à une opération frauduleuse…

Le Los Angeles Times présente la mesira comme un ancien principe juif. S’il entend par là qu’il date d’un certain nombre d’années, c’est juste. S’il entend par contre que c’est un principe tombé en désuétude, sauf chez quelques ultras pas bien assimilés (le rabbin Zigelman semble mieux parler le yiddish que l’anglais), il induit son lectorat en erreur.

On peut en effet rappeler le comportement de Dov Hikind, un élu de l’Etat de New York, qui a amassé énormément d’éléments sur les abus sexuels commis dans la communauté juive orthodoxe de New York mais qui a refusé avec constance de répondre aux demandes d’informations formulées par la justice.

Exactement comme le rabbin, Dov Hikind se disait prêt à aller en prison plutôt que de citer des noms.

Il explique bien sûr sa démarche par des motifs de confidentialité compte tenu du fait qu’il a reçu des témoignages sous le sceau du secret.

Difficile cependant de comprendre en quoi un élu, quelqu’un qui est garant de la loi, peut être tenu à un quelconque secret devant des agissements criminels. D’autant qu’il se montre disposé à traiter ce problème dans la communauté et qu’un tel traitement est incompatible avec un maintien de l’anonymat !

La mesira est donc une loi ancienne, mais certainement pas tombée en désuétude. Dans les milieux laïques ou athées, on l’appelle omerta, un mot qui a un peu plus de gueule si vous voulez mon avis.

Un rabbin orthodoxe incarcéré pour refus de témoigner

par Victoria Kim, Los Angeles Times (USA) 16 mars 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un rabbin orthodoxe qui a refusé de témoigner devant un grand jury fédéral, affirmant que ses convictions religieuses lui interdisent de déposer contre des coreligionnaires juifs, a été incarcéré par le juge d’un tribunal de district pour outrage à la cour.

Moshe Zigelman, un rabbin hassidique âgé de 64 ans, a reçu l’ordre de se présenter dans un centre de détention fédéral de Brooklyn. S’il n’accepte de témoigner, il restera derrière les barreaux pour une durée maximale de 18 mois, selon le procureur fédéral.

Zigelman avait auparavant plaidé coupable et purge une peine de prison pour son rôle dans une affaire de fraude fiscale commise par Spinka,  sa secte orthodoxe établie à Brooklyn. Après sa libération, il avait été cité comme témoin devant un grand jury de Los Angeles qui continue à enquêter sur ce délit.

Citant un ancien principe juif, Zigelman a refusé de témoigner, expliquant avec force, via un interprète de yiddish, au juge fédéral pendant une audience pour outrage : « Parce que la transgression de la mesira est si grave, je ne changerai pas de dispositions jusqu’à ma mort. »

Mon bon vieux manuel, toujours aussi pratique!

En décembre, par un ordre qui est resté sous scellé parce que les débats du grand jury sont confidentiels, la juge de la cour de district fédéral Margaret M. Morrow a inculpé le rabbin pour outrage.

Les avocats de Zigelman, qui ont maintenu qu’aucune sanction terrestre quelle qu’elle soit ne parviendrait à contraindre le rabbin à modifier ses croyances inébranlables et que son droit à la liberté religieuse garanti par le premier amendement était violé, a interjeté appel en vain auprès de la court d’appel du 9ème circuit.

Le rabbin a demandé à être autorisé à aller en détention après la Pâque, en avril. L’accusation a objecté, en expliquant qu’il y aura un an en mars que Zigelman a été appelé pour la première fois à témoigner et que des délais supplémentaires nécessiteraient un report de la fi de session du grand jury.

Morrow lui a ordonné de se rendre en prison le 21 mars.

“Le gouvernement ne veut pas se trouver en position d’envoyer quelqu’un en détention, ce que le gouvernement essaye de rechercher est d’obtenir un témoignage sincère dans le courant de la procédure judiciaire, » a expliqué vendredi l’assistant du procureur fédéral Daniel O’Brien. « Toutes les personnes qui sont témoins directs de faits en relation avec un délit ont le devoir de témoigner devant un grand jury quand on leur demande de le faire.»

Nous n’avons pas été en mesure de joindre un avocat du rabbin.

Dis Tonton, c’est quoi la mesira?

19 septembre 2011

Si vous ignorez ce qu’est la mesira, vous trouverez ci-après une explication illustrée par un cas concret.

Vous apprécierez au passage le magnifique exercice de pilpoul que constitue cet article. Le pilpoul est en effet une technique de bavardage appelée communément « enculage de mouches » dans les banlieues et qui consiste à vous démontrer que ce qui est impossible est en fait possible tout en restant impossible. Ou encore que ce qui est juste est injuste mais reste finalement juste ; que ce qui est vrai est faux tout en restant cependant vrai.

Et donc que la mesira s’applique mais ne s’applique pas tout en s’appliquant.

Si vous supprimez le bourdonnement des mouches, vous comprenez que la mesira s’applique et que son application ou non dépend strictement des risques que son application fait encourir à 1) la personne concernée 2) l’autorité en matière de loi talmudique.

Et vous vous direz que l’application de cette loi aide à mieux comprendre certains évènements récents.

La loi juive au tribunal: la Mesira devant la justice américaine

par Ron Kampeas,  Jewish Journal (USA) 14 septembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Dans une sale d’audience de Los Angeles, le système judiciaire fédéral est entré en collision avec un des aspects les plus épineux du droit juif.

Le rabbin Moshe Zigelman, 64 ans, a déjà passé deux ans en cellule pour une affaire de fraude fiscale et de blanchiment d’argent qui a aussi vu le grand rabbin de la secte hassidique Spinka envoyé en prison. La combine consistait à solliciter des dons déductibles des impôts puis à restituer en secret une grande partie de l’argent aux donateurs.

Les procureurs fédéraux menacent maintenant de prolonger le séjour en prison de Zigelman, le secrétaire particulier du rabbin de la secte de Spinka, pour son refus de témoigner et d’iimpliquer d’autres personnes devant un grand jury.

Les avocats de Zigelman expliquent que ses convictions religieuses ne lui permettent pas de témoigner. Ils invoquent les lois de mesira, la prescription talmudique qui interdit à un Juif de donner des informations sur un autre Juif à des autorités non juives. En termes contemporains, c’est une sorte de règle juive de non dénonciation.

Le concept de mesira, qui signifie littéralement « livraison », remonte aux époques où les gouvernements étaient souvent hostiles aux Juifs et que livrer un Juif aux autorités pouvait aboutir à une injustice et même à la mort.

Les règles de la mesira sont toujours en vigueur dans le monde orthodoxe [la grande majorité des Juifs sont d’obédience orthodoxe, NdT], en raison à la fois de l’inviolabilité des origines talmudiques du concept et du caractère d’isolat de nombreuses communautés orthodoxes. Mais elles  sont aussi sujettes à débat quant à savoir si l’interdiction s’applique dans une démocratie moderne qui se targue de procédures régulières et de respect des droits civiques.

«La question de l’interdit fixé par la mesira reste l’objet de différends sur  son applicabilité dans une démocratie juste,» déclare le rabbin Michael Broyde, professeur de droit à l’université Emory.

Les autorités rabbiniques sont divisées sur la question, en fonction surtout de leur place dans le spectre de l’orthodoxie. La question est si sensible que certains chefs religieux ont des réticences à en parler publiquement, beaucoup reconnaissant que ce sujet est susceptible d’affecter négativement la façon dont les Juifs sont perçus.

La tendance « moderne orthodoxe » tend à conseiller de ne pas invoquer la mesira aux Etats Unis, sauf dans des cas où il existe un rare consensus pour dire qu’un auteur présumé de délit a été dénoncé parce qu’il est Juif, par un individu antisémite en position d’autorité.

“La mesira n’est pas applicable dans une société où n’existe pas d’antisémitisme official et où la justice est raisonnablement exempte de corruption,” explique le rabbin Yosef Blau, conseiller spiritual  du séminaire théologique Eichanan affilié à la Yeshiva University [faculté talmudique].

Les hassidiques et dautres autorités ultra-orthodoxes cependant, tendent à percevoir les règles de la mesira comme toujours pertinentes dans le contexte américain. Mais ils voient des exceptions pour lesquelles on peut permettre de livrer un coreligionnaire juive aux autorités séculières  par exemple dans les cas de «din rodef», la justice appliquéà celui qui poursuit pour assassiner, quand le malfaiteur présumé menace une vie. Ces dernières années, certaines autorités rabbiniques ont dit que linterdiction dinformer [la police et la justice] ne sappliquait pas à ceux quon soupçonne dagresser sexuellement des enfants.

«Dans certains cas, comme quand un Juif est une menace pour les autres, elle ne sapplique pas mais la mesira est une loi religieuse importante et un Juif observant prend ce genre de choses très au sérieux,» explique le rabin Avi Shafran, directeur des affaires publiques pour Agudath Israel en Amérique, une organisation qui encadre la communauté juive ultra-orthodoxe.

Shafran, qui a répondu aux questions par courrier électronique,précise que le rôle de la mesira dans lAmérique contemporaine a été une pomme de discorde pour ceux qui décident en matière de droit juif. Mais il a aussi observé que feu le rabbin Moshe Feinstein, souvent considéré récemment comme prééminent en matière de décision chez les orthodoxes, avait statué que linterdiction était toujours en vigueur.

Interrogé sur la manière dont cette pratique est vue par le monde extérieur, Shafran répond, «Tous les Juifs sont une famille. Si ce fait apporte de leau au moulin des antisémites, cest malheureux. Mais elle nen reste pas moins un fait. Et les Juifs orthodoxes nont pas à présenter dexcuses pour ce que la Torah nous enseigne.»

Shafran situe le problème comme une affaire de conscience

“Il existe en Amérique une longue et illustre histoire de citoyens qui placent leur conscience personnelle avant la loi du pays, » écrit Shafran. « C’est en partie pourquoi les Américains célèbrent le mouvement pour les droits civiques et la désobéissance civile qui faisait partie intégrante de la vie de leurs champions. Se dédier à in idéal religieux ne mérite pas moins de respect que de se consacrer à un idéal profane [secular]. Si une personne veut renoncer à sa liberté pour servir un idéal supérieur, il devrait être respecté pour ce choix désintéressé.»

Blau, prenant comme exemple la cas Zigelman, considère que la comparaison avec les dirigeants du mouvement des droits civiques ne tient pas debout.

“Les gens du mouvement des droits civiques étaient prêts à payer le prix, à risquer d’être mis en prison, » dit-il. « Ils luttaient pour la justice ; Zigelman se bat pour protéger des criminels. »

Michael Proctor, avocat de Zigelman, a déclaré dans des documents pour le tribunal qu’incarcérer Zigelman serait injuste parce qu’il “n’abandonnera pas ses préceptes religieux” en aucune circonstance, a rapport le Los Angeles Times.

La juge de la cour de district, Margaret Morrow, a entendu les arguments sur cette affaire le 7 septembre et a dit qu’elle pendrait une décision ultérieurement.

Les tribunaux américains nont jamais accepté une requête en exemption de témoignage basée sur les règles de la mesira, déclare le rabbin J. David Bleich, professeur de Talmud à la Yeshiva University et professeur de droit à la faculté de droit Cardozo.

« Jignore ce quil pense accomplir, » déclare Bleich à propos de Zigelman. «Son avocat essaye peut être de lempêcher de témoigner, et ça ne marchera pas.»

Bleich explique que, en tant quaspect du droit juif, la mesira ne peut pas sappliquer aux  affaires civiles en démocratie. Par exemple, si les présumés complices de Zeligman risquaient une amende, il serait obligé de témoigner.

Les choses sont différentes en matière criminelle explique Bleich parce qu’il y a des différences entre les décisionnaires Juifs pour savoir si l’Etat a le droit de punir physiquement, y compris par incarcération.



“En droit juif, les choses dépendent du droit qu’a l’Etat séculier de mettre des gens en prison, » dit-il.

Particulièrement dans les cas où un accusé risque un danger physique, un informateur se verra interdire de témoigner, déclare Bleich. De tels risques peuvent concerner les orthodoxes dans les prisons de très haute sécurité, quand des gangs racistes sont dominants, dit-il, mais pas  dans les prisons pour cols blancs où des condamnés pour fraude fiscale purgent leur peine.

Les Juifs orthodoxes doivent peser non seulement leurs obligations envers l’Etat mais envers la communauté dans laquelle ils vivent, affirme Broyde qui, en plus d’enseigner à Emory, est juge rabbinique au Beth-Din d’Amérique.

« C’est un équilibre entre ce qui doit être fait et la communauté à laquelle vous voulez appartenir, » déclare Broyde. « C’est faire un équilibre entre être un bon  membre de la communauté (insider) et un bon étranger (outsider). »

Cette équilibration n’a rien d’inhabituel, explique Broyde qui observe qu’elle se fait aussi dans d’autes communautés. Son exemple: un paroissien qui rapporterait toutes les entorses au code de la construction ferait finalement l’objet d’ostracisme et n’aurait pas, en droit, l’obligation de rapposter ces infractions.

Dans des cas où les autorités exigent le signalement d’un crime – par exemple quant des professionnels de l’enfance décèlent des preuves d’abus – il est évident qu’un Juif orthodoxe doit coopérer avec les autorités, dit-il.

« Il y a la situation où les autorités exigent de signaler [un délit], et une autre situation où les autorités ne font aucune obligation, » dit-il. Quand les autorités obligent à signaler, tout le monde est d’accord pour dire qu’un Juif doit le faire. »

Un crétin qui répond du nom de Philippe (un prénom typiquement sémitique comme chacun sait) écrit dans un de ses messages destinés à polluer ce blog, que les juifs orthodoxes ne sont pas majoritaires. Il a raison en ce qui concerne les Etats Unis mais pas pour l’ensemble des Juifs dans le monde. L’orthodoxie domine non seulement numériquement mais surtout politiquement et religieusement le judaïsme contemporain. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, c’est le judaïsme orthodoxe, y compris dans ses versions les plus fanatiques et racistes qui gagne du terrain. Plus de précisions avec « Qui est juif? », « Judaïsme: un monde religieux conflictuel« . Pour la CICAD, le judaïsme moderne orthodoxe est la même chose que le judaïsme traditionaliste, c’est-à-dire orthodoxe.


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