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L’art du deal à la manière persane – Notes de Pepe Escobar en marge de la 6ème Conférence Internationale de Soutien à l’Intifada Palestinienne

22 mai 2018

Non seulement les Etats Unis ont annoncé ne plus être liés par l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien, mais ils ont aussi précisé qu’ils imposeraient des sanctions aux entreprises, européennes ou autres, qui commercent avec l’Iran. Il faut savoir que les Etats Unis peuvent s’opposer à une vente si le produit concerné comporte des pièces de fabrication américaine ou basées sur des brevets américains. Pis, le simple fait d’utiliser le dollar US pour une transaction peut exposer aux foudres de Washington.

Les Etats Unis viennent de présenter les douze conditions nécessaires, selon eux, à la conclusion d’un nouvel accord.

Cette proposition comme l’annonce du désengagement américain dont elle est le pendant et le train de nouvelles sanctions annoncées comme très dures, n’est évidemment pas de nature à apaiser les relations avec l’Iran. Ce dernier pays gère cependant avec beaucoup de sang froid le reniement américain dont nul ne sait s’il annonce une guerre à venir prochainement.

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Pepe Escobar

Ce sang froid iranien, le journaliste brésilien Pepe Escobar l’attribue à l’art persan du deal, de la négociation, de la transaction, un art multimillénaire.

L’article que je vous propose parle aussi de quelque chose de plus important qui tend à échapper à l’observateur occidental. Ce quelque chose, ce sont de grands courants de pensée iqui sont nés avant et/ou se sont développés contre l’esprit des Lumières ou sans référence à l’esprit des Lumières. Des courants de pensée philosophiques et politiques vigoureux, ancrés dans la tradition, qui nourrissent l’action et la réflexion des décideurs comme des acteurs sociaux à tous les niveaux et capables d’armer idéologiquement un processus révolutionnaire.

 

L’autre art du deal, à la manière de Téhéran

L’iran a accueilli la Conférence Internationale de Soutien à l’Intifada Palestinienne et est resté froid devant le retrait de l’accord sur le nucléaire.

Par Pepe Escobar, Asia Times (Hong Kong) 18 mai 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’art de la transaction, pratiqué depuis 2500 ans, mène au palais de la sagesse. J’avais à peine mis les pieds à Téhéran quand un diplomate a déclaré: «Trump? Nous ne sommes pas inquiets. C’est un bazaari (un commerçant) « –  sous-entendant qu’un compromis politique sera finalement atteint.

La réponse du gouvernement iranien à l’administration Trump se ramène à une variante de Sun Tzu : le silence – surtout après la chute de Flynn [Michael Flynn, ex conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump],  qui avait « mis l’Iran en garde » après un test de missiles balistiques qui n’enfreignait pas les dispositions de l’accord nucléaire iranien, et l’idée d’un anti-Iran formé de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Uni, de l’Egypte et de la Jordanie, soit une mini-OTAN. Les manoeuvres navales iraniennes – du détroit d’Ormuz à l’océan Indien – étaient prévues depuis longtemps.

J’étais à Téhéran en tant que membre d’un petit groupe d’analystes étrangers, invités du Majlis (Parlement) pour la 6ème Conférence internationale de soutien à l’Intifada palestinienne. Aucun risque de rencontrer des membres du cercle de Trump dans un tel rassemblement – avec des délégués parlementaires venus de plus de 50 pays, une mini-ONU de facto. Pourtant, ce qu’ils ont raté avec l’impressionnante inauguration dans une salle de conférence ronde et bondée, c’était le centre du pouvoir iranien qui s’affichait : le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, le président de la république Hassan Rouhani et le président du parlement, Ali Larijani.

Khamenei a admis que « les crises en cours dans chaque partie de la région et dans l’Oumma islamique méritent l’attention « , tout en soulignant que la question centrale est la Palestine. Par conséquent, la conférence pourrait devenir «un modèle pour tous les musulmans et les pays de la région pour mettre progressivement de côté leurs différences en s’appuyant sur leurs points communs.» Incidemment, la maison wahhabite des Saoud, n’était visible nulle part.

Le discours de Khamenei était un appel nécessaire à l’unité musulmane. Rares sont ceux en Occident qui savent que pendant les années 1940 et 1950, alors que la décolonisation était en marche, l’islam n’était pas déchiré par la vicieuse haine sunnite-chiite qui fut fomentée plus tard par l’axe wahhabite / salafiste-djihadiste.

Les échanges avec les analystes et les diplomates iraniens ont porté sur l’efficacité des discussions multilatérales par rapport à l’évolution des faits sur le terrain – de la construction de nouvelles colonies en Cisjordanie au mythe des deux États d’Oslo, désormais presque mort et enterré.

Sur la Palestine, le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a présenté une sombre évaluation des trois solutions actuellement disponibles ; le suicide; l’abandon; ou fuir ce qui reste de la terre palestinienne. Plus tard dans la salle, j’ai interrogé le secrétaire général adjoint du Hezbollah, l’affable Naim Qassem, à propos de l’idée d’une solution à un Etat par l’administration Trump. Sa réponse, en français: « Un état signifie la guerre. Deux états signifient la paix dans leurs conditions, ce qui nous conduira à la guerre. « 

La route vers l’ère post-Lumières

Comme pour la plupart des conférences, ce qui compte, ce sont les rencontres bilatérales. Leonid Savin a confirmé que l’espace aérien russe est désormais pratiquement sanctuarisé par de multiples déploiements du système de défense antimissile S-500 contre tout ce que les États-Unis pourraient déchaîner. L’historien albanais Olsi Jazexhi a déconstruit la nouvelle poudrière des Balkans. Muhammad Gul, fils de feu l’immense général Hamid Gul, a explicité les subtilités de la politique étrangère pakistanaise et la volonté de construire le Corridor économique sino-pakistanais (China-Pakistan Economic Corridor,CPEC).

Blake Archer Williams, connu aussi sous le nom d’Arash Darya-Bandari, dont le pseudonyme célèbre le maître anglais [le poète William Blake] du « tyger tyger burning bright« , m’a donné un exemplaire de Creedal Foundations de Waliyic Islam (Lion of Najaf Publishers) – une analyse sophistiquée de la manière dont la théologie chiite la théologie a abouti à la théorie du velayat-e faqih (la guidance juriste) qui est au cœur de la République islamique d’Iran. J’envisage d’envoyer le livre à ce lecteur vorace qu’est Steve Bannon.

Pyongyang était également présent. Le délégué nord-coréen a produit un discours étonnant, expliquant essentiellement que la Palestine devrait suivre son exemple, avec une «dissuasion nucléaire crédible». Plus tard, dans les couloirs, j’ai salué les membres de la délégation, et ils m’ont salué en retour. Aucune chance d’une bilatérale cependant pour développer les points obscurs entourant l’assassinat de Kim Jong-nam.

Chaque fois que je reviens à Téhéran, je suis impressionné par les voies ouvertes à une discussion intellectuelle sérieuse. Une fois de plus, Téhéran s’est avéré être inégalé dans toute l’Asie comme théâtre où débattre de tous les courants qui s’entrecroisent impliquant les post- ou les contre-Lumières, ou les deux.

Je repensais constamment à Jalal Al-e Ahmad, le fils d’un mollah né dans le sud pauvre de Téhéran, qui plus tard a traduit Sartre et Camus et a écrit Westoxification (1962, un livre fondateur.

Il avait passé l’été 1965 dans un séminaire à Harvard organisé par Henry Kissinger et «soutenu» par la CIA, et ne s’était tourné vers le chiisme que vers la fin de sa vie. Mais c’est son analyse qui a ouvert la voie au sociologue Ali Shariati pour croiser l’anticolonialisme avec le concept chiite de résistance contre l’injustice pour féconder une idéologie révolutionnaire apte à politiser les classes moyennes iraniennes, ce qui mènera à la révolution islamique.

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Ali Shariati

Telle est la toile de fond de discussions très sérieuses sur la manière dont l’Iran (résistance contre l’injustice), la Chine (confucianisme remixé) et la Russie (eurasianisme) offrent des alternatives post-Lumières qui transcendent la démocratie libérale occidentale – un concept vidé de son sens par l’hégémonie néolibérale.

Mais à la fin, tout renvoyait inévitablement au fantôme anti-intellectuel planant sur la les lieux : Donald Trump, et c’était avant même d’avoir reçu une lettre  d’Ahmadinejad.

Puis j’ai fait ce que je fais habituellement avant de quitter Téhéran; Je suis allé au bazar, en passant par une mosquée qui le jouxte – pour me refamiliariser avec l’art du deal, à la manière persane.

Ce qui m’a conduit à Mahmoud Asgari, qui habiter dans le passage Sameyi du bazar Tajrish et à une grave discussion sur les subtilités des tapis tribaux d’avant la première guerre mondiale de Zahedan dans le Sistan-Baloutchistan. Le résultat final fut – quoi d’autre – un accord gagnant-gagnant, contournant le dollar américain. Et puis, l’argument massue: « Quand vous appellerez votre ami Trump, dites-lui de venir ici et je lui offrirai le meilleur deal. » Steve Bannon, c’est un message pour vous.

 

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Le Hamas de retour dans l’Axe de la Résistance

12 juillet 2014

Aujourd’hui que la bande de Gaza est sous les bombes sionistes, les puissances auxquelles s’était adossé le Hamas lui tournent le dos ou détourent le regard tandis que son principal garant, l’Egyptien Mohamed Morsi, a été renversé par un putsch militaire.

Comme le rappelle Nabih Berri, le chef du mouvement libanais Amal, la seule réponse pour la Palestine reste la résistance.

Résister, le Hamas sait très ben le faire comme on l’a vu au moins en deux occasions avec les agressions sionistes baptisées « Plomb durci » (fin 2008-début 2009) et « Pilier de défense » (2012). Et il peut à nouveau compter sur le soutien de ce que certains appellent l’axe de la réistance Hezbollah libanais, Syrie et Iran) dont le Hamas avait choisi de séloigner en prenant partie pour les monarchies qui soutenaient (et soutiennent toujours) les oppositions armées qui combattent le régime syrien.

La chute de Mohamed Morsi, la résilience du gouvernement syrien, les dissensions et la surenchère entre pétromonarques sur le dossier syrien, la persistance de la politique de colonisation sioniste, tous ces facteurs plaidaient en effet pour un retour du Hamas auprès de l’axe de la résistance,

Peu rancuniers, les partenaires de cet axe ont fait bon accueil au Hamas qui bénéficie désormais et plus que jamais d’un atout stratégique dans la lutte qu’il anime contre le terrorisme sioniste pour le rétablissement du peuple palestinien dans ses droits sur sa terre ancestrale.

Officiel : le Hezbollah et le Hamas se coordonnent sur le terrain

The Daily Star (Liban) traduit de l’anglais par Djazaïri

Beyrouth : Osama Hamdan, un dirigeant du Hamas, a déclaré dans des propos publiés samedi que son parti se coordonnait sur le terrain avec le Hezbollah, soulignant que l’organisation palestinienne pouvait faire face à une opération terrestre israélienne.

Osama Hamdan, dirigeant du Hamas

Osama Hamdan, dirigeant du Hamas

Questionné dans une interview accordée à Assafir sur la coordination entre les résistances libanaise et palestinienne, Hamdan a déclaré : « L’ennemi est le même et nos tactiques sont les mêmes. Nous consacrons en conséquence nos efforts à l’échange d’expertise. Il existe une coopération et une coordination constantes sur le terrain. »

« Les relations avec le Hezbollah et l’Iran aujourd’hui sont meilleures que ce que d’aucuns pensent, et les liens avec le Hezbollah [spécifiquement] sont bien meilleurs que ce que les optimistes [parmi nos ennemis] veulent croire, » a déclaré Hamdan, qui dirige le département des relations internationales du Hamas. « Ces liens sont basés sur la confrontation avec les sionistes et l’action pour libérer la Palestine. Tout le monde est attentif à préserver cette relation indépendamment des changements dans les circonstances et des différences d’opinions. »

Les relations entre le Hamas et le Hezbollah s’étaient détériorées en raison de la crise syrienne, mais les deux parties ont affirmé qu’elles voulaient préserver leur relation.

Pendant sa conversation avec le quotidien local libanais, Hamdan a dit que la capacité [du Hamas] à résister à une agression était très forte et qu’il était capable « de continuer à tirer des roquettes, à faire face à toute opération terrestre et à atteindre Israël en profondeur. »

« La résistance a grandi et n’est plus une simple faction militaire mais inclut plus de gens, et elle implique aujourd’hui la population en général. Elle est donc difficile à vaincre, mais la bataille prendra du temps et beaucoup e surprises sont à venir. »

Au moins 120 Palestiniens ont été tués ces derniers jours avec le lancement par Israël de frappes aériennes sur Gaza, les hostilités les plus graves entre l’Etat juif et le Hamas depuis 2012. Le Hamas a revendiqué une grande partie des tirs de roquettes sur Israël.

Le conflit a commencé après l’enlèvement et l’assassinat de trois adolescents israéliens et l’enlèvement en représailles d’un adolescent palestinien qui a été brûlé vif. Tandis que le Hamas a nié être impliqué dans l’enlèvement des Israéliens, les officiels israéliens ont fait porter la responsabilité de l’assassinat du jeune Palestinien à des extrémistes juifs.

Nb: j’ai eu connaissance de cet article par « Nidal » via Seenthis

 


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