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Le plan contre la Syrie date de 1957

18 février 2012

Le plan contre la Syrie qui est mis à exécution en ce moment a été défini dans son principe en 1957. Son application tient bien entendu compte des circonstances, notamment du fameux « printemps arabe » ou du fait que les puissances occidentales se sentent aujourd’hui obligées d’invoquer des considérations humanitaires, ce qui n’était pas le cas à une époque pas si lointaine. Et que M. Sarkozy se sent l’âme d’un révolutionnaire (on aura tout vu).

Que ceux qui joignent leurs voix aux régimes occidentaux qui réclament da tête de Bachar al-Assad se demandent une seconde depuis quand les Etats occidentaux veulent du bien aux Arabes ?

Ah oui, peut-être depuis Lawrence d’Arabie et la révolte arabe qui aboutira d’un côté à l’émancipation de certains pays arabes de la domination ottomane et de l’autre aux accords Sykes-Picot qui se traduiront par le mandat français sur la Syrie (Syrie + Liban) et le mandat britannique sur la Palestine avec le résultat que nous connaissons.

S’il y a des gens qui ne tirent aucune leçon de l’histoire, c’st bien nous malheureusement.

L’article que je vous propose a été publié en … 2003 !

Mcmillan avait soutenu un projet d’assassinat en Syrie

Des documents montrent que la Maison Blanche et le 10 Downing Street avaient comploté un projet d’invasion motive par le pétrole

Par Ben Fenton, The Guardian (UK) 27 septembre 2003 traduit de l’anglais par Djazaïri

Près de 50 ans avant l’invasion de l’Irak, la Grande Bretagne et les Etats Unis avaient secrètement envisagé un « changement de régime » dans un autre pays arabe qu’ils accusaient de répandre la terreur et de menacer l’approvisionnement pétrolier de l’Occident, en élaborant un plan d’invasion de la Syrie et d’assassinat de ses hauts dirigeants.

Des documents découverts récemment montrent comment en 1957, Harold Mcmillan et le président Dwight Eisenhower avaient approuvé un plan du MI6 et de la CIA consistant à mettre en scène de pseudo incidents frontaliers comme prétexte pour une invasion de la Syrie par ses voisins pro-occidentaux, puis pour « éliminer » le triumvirat le triumvirat le plus influent à Damas.

Les plans, discutés avec une franchise effroyable ont été découverts dans les archives privées de Duncan Sandys, le ministre de la défense sous Mcmillan, par Matthew Jones, un maître de conférences en histoire à Royal Holloway, université de Londres.

Même si les historiens savent que les services secrets avaient cherché à renverser le régime syrien à l’automne 1957, c’est la première fois qu’un document est découvert qui montre que l’assassinat des trois plus hauts dirigeants était au Cœur du projet. Le document mis au point par un groupe de travail de haut niveau et top secret qui s’était réuni à Washington en 1957 ne laissait aucun doute à Mcmillan et le président Eisenhower quant à la nécessité d’assassiner les principaux dirigeants à Damas.

On lit dans une partie du “plan préféré » : « Afin de faciliter l’action des forces de libération, de réduire les possibilités pour l’armée syrienne d’organiser et de diriger ses actions militaires, de limiter au minimum pertes et destructions, et pour obtenir le résultat souhaité dans le laps de temps le plus court possible, un effort particulier doit être fait pour éliminer certaines personnes qui sont aux postes clefs. Leur élimination devrait être réalisée dès le début de l’insurrection et de l’intervention et à la lumière des circonstances du moment.»

Le document approuvé par Londres et Washington désignait trois hommes : Abd al-Hamid Sarraj, chef du renseignement militaire syrien; Afif al-Bizri, chef d’état major, et Khalid Bakdash, dirigeant du Parti Communiste Syrien.

Pour un premier ministre dont l’accession au pouvoir s’était largement faite sur le dos de la désastreuse et grotesque expédition de Suez juste une année avant, M. Mcmillan était remarquablement belliqueux. Il décrivait [ce plan] dans son journal comme «un rapport des plus formidables.»  Le secret avait été très grand, Mcmillan avait ordonné même les chefs de l’état major britannique n’en soient pas informés à cause de leur tendance à «bavarder.»

L’inquiétude au sujet des positions de plus en plus antioccidentales et pro soviétiques de la Syrie était devenue forte à Downing Street et à la Maison Blanche depuis la déposition en 1954 du régime militaire conservateur du colonel Adib Chichakli par une alliance du parti Baath avec des politiciens du parti communiste et leurs alliés dans l’armée syrienne.

A la pointe de l’appel au passage à l’action, se trouvait le chef de la CIA pour le Moyen Orient, Kermit Roosevelt, petit fils de l’ancien président Theodore Roosevelt. Il avait identifié le colonel Sarraj, le général al-Bizri et M. Bakdash comme l’incarnation du pouvoir réel derrière un président de façade. Le triumvirat s’était encore plus rapproché de l’orbite de Nikita Khroutchev après la désastreuse tentative franco-britannique, en collusion avec Israël, d’annuler la nationalisation du canal de Suez.

En 1957, malgré l’opposition américaine à l’opération de Suez, le président Eisenhower avait considéré ne pas pouvoir ignorer plus longtemps le risqué de voir la Syrie devenir pour Moscou un foyer d’expansion du communisme dans tout le Moyen Orient. Lui et Mcmillan craignaient que la Syrie déstabilise ses voisins pro-occidentaux en exportant le terrorisme et en encourageant les dissidences internes.  Plus important encore, la Syrie avait aussi le contrôle d’une des principales routes du pétrole au Moyen orient, l’oléoduc qui reliait les champs pétroliers de l’Irak pro-occidental à la Turquie.

Le “plan préféré” ajoute: “Dès qu’une décision politique sera prise de déclencher des troubles intérieurs en Syrie, la CIA est prête et le SIS [MI6] tentera de monter des incidents comme de petites opérations de sabotage et des coups de main en Syrie dans le cadre d’une collaboration avec certains individus.

“Les deux services [CIA et MI6] devront se consulter, le cas échéant, pour éviter tout doublon ou interférence avec les activités de l’autre… Les incidents ne devraient pas être concentrés à Damas, l’opération ne devrait pas avoir une ampleur exagérée ; et dans la mesure du possible, il faudrait veiller à éviter que les dirigeants les plus importants du régime syrien prennent des mesures supplémentaires pour leur protection personnelle.»

Sabotages

Le rapport indique que dès que le niveau nécessaire de peur aura été créé, des incidents et des heurts frontaliers seraient mis en scène pour donner un prétexte pour une intervention militaire irakienne et jordanienne. Il faut « faire apparaître la Syrie comme à l’origine de complots, de sabotages et d’actes de violence dirigés contre des gouvernements voisins, » explique le rapport. « La CIA et le SIS devraient se servir de leurs moyens dans les domaines psychologique et action pour faire monter la tension.» Ce qui voulait dire des opérations en Jordanie, en Irak et au Liban sous la forme de « sabotages, conspirations internes et diverses activités musclées » qu’on reprocherait à Damas.

Le plan appelait à financer un “Comité de la Syrie Libre,” et à armer les « factions politiques avec des moyens paramilitaires ou d’autres moyens de faire émerger des forces» à l’intérieur de la Syrie. La CIA et le MI6 susciteraient des soulèvements internes, par exemple chez les Druzes au sud, aideraient à la libération des prisonniers politiques détenus dans la prison de Mezze et mettraient en mouvement les Frères Musulmans à Damas.

Les auteurs du plan envisageaient de remplacer le régime du parti Baath/Communiste par un autre qui serait fermement antisoviétique, mais ils concédaient qu’il ne serait pas populaire et « aurait besoin de s’appuyer d’abord sur des mesures répressives et l’exercice arbitraire du pouvoir.»

Le plan n’a jamais servi, principalement parce que les voisins arabes de la Syrie n’ont pas pu être persuadés de passer à l’action et qu’une attaque qui serait venue de la seule Turquie était considérée comme inacceptable. L’année suivante, les Baathistes se tournèrent contre leurs anciens alliés communistes et firent adhérer la Syrie à une fédération avec l’Egypte du colonel Nasser qui durera jusqu’n 1963.

Nicolas Al-Sarkozy, le révolutionnaire Syrien

17 février 2012

La rencontre au sommet de ce 17 février entre M. Nicolas Sarkozy et le premier ministre Britannique David Cameron a eu pour résultats d’importants accords dans le secteur de l’énergie nucléaire et dans le domaine militaire avec le coup d’envoi donné à un projet de conception d’avion sans pilote.

La situation en Syrie a aussi été abordée et les deux dirigeants ont promis de faire de leur mieux pour faire chuter le régime syrien et, dans ce but, ont exhorté les opposants à s’organiser et s’unir.

La presse vous parle bien entendu de tous les aspects de cette réunion très importante qui va fixer des orientations qui engageront le nouveau pouvoir en France, qu’il soit incarné par l’actuel président ou par un de ses concurrents.

Les deux larrons se sont même congratulés pour leur rôle dans les destructions et les tueries en Libye, c’est dire que l’ambiance était bonne…

Il y a quand même quelque chose qui m’a interloqué dans ce qu’a dit ou aurait dit Nicolas Sarkozy à propos de la Syrie dans la conférence de presse qui a suivi la rencontre avec David Cameron. Ce sont des mots que je n’ai trouvés que dans une dépêche d’une agence de presse espagnole publiée, entre autres, dans le journal El Mundo..

La dépêche d’agence parle comme les autres organes d’information des exhortations à l’unité qu’adresse M. Sarkozy à l’opposition au gouvernement syrien. Mais voilà ce qui m’a  plus particulièrement étonné et que je vous reproduis d’abord en espagnol puis avec ma traduction:

« No podemos hacer la revolución siria sin que la oposición actual haga el esfuerzo de unirse para que podamos ayudarlos más », señaló Sarkozy durante una conferencia de prensa conjunta con Cameron al término de la cumbre franco-británica en París.
« Nous ne pouvons pas faire la révolution en Syrie sans que l’opposition syrienne fasse maintenant l’effort de s’unir afin que nous puissions l’aider plus, » a déclaré M. Sarkozy durant une conférence de presse conjointe avec Cameron à la clôture du sommet franco-britannique à Paris.

Alors soit M. Sarkozy s’est effectivement présenté comme un révolutionnaire Syrien, Nicolas Es-Sarkozy (à défaut d’être un révolutionnaire Français), soit le correspondant de l’agence de presse espagnole EFE a voulu rendre ce qui lui paraissait évident. N’empêche que le passage est bel et bien entre guillemets, et correspondrait à des propos effectivement tenus par le président Français.

Que veut dire Obama par « je dois traiter avec lui tous les jours »?

8 novembre 2011

Alors comme ça, Nicolas Sarkozy ne peut plus supporter Benjamin Netanyahou parce que c’est «un menteur». Et c’est un  Barack Obama somme toute envieux qui lui rétorque :

« tu en as marre de lui mais moi, je dois traiter avec lui encore plus souvent que toi, tous les jours ».

Peut-être sommes-nous devant deux antisémites?

Et puis que veut dire exactement Obama par « je dois traiter avec lui tous les jours» ?

La réponse dans le journal sioniste Haaretz du 7 novembre 2011 ::

Dans des lettres séparées au Département d’Etat et à l’USAID, Ros-Letinen (*) a cité l’assurance donnée par le président Barack Obama que les fonds étaient dans l’intérêt de la sécurité nationale des Etats Unis ainsi que l’indication selon laquelle le gouvernement israélien ne s’opposait pas à l’assistance. Les lettres ont été envoyées en septembre et octobre.
Dans un entretien accordé à l’Associated Press le mois dernier, la Secrétaire d’Etat Hillary Rodham Clinton a déclaré que l’administration en avait appelé à Israël qui a intérêt au maintien de l’assistance aux palestiniens dans le domaine sécuritaire, pour l’aider à pousser le Congrès à poursuivre l’assistance. « Nous demandons aux Israéliens sur la base du cas par cas, » a-t-elle déclaré.

Voilà donc ce qu’entend le président Obama quand il dit qu’il se coltine Benjamin Netanyahou tous les jours.

C’est tout simplement parce que Netanyahou et lui ont le même boss, des milliardaires sionistes fanatiques adeptes de la doctrine de la supériorité raciale.

Et qu’il a besoin de Netanyahou pour intercéder auprès de ses maîtres parce que même une Hillary Clinton, toutes griffes dehors contre Mouammar Kadhafi, se fait chatte devant ses patrons.

(*) Ileana Ros-Lehtinen est présidente (et accessoirement républicaine) de la commission des affaires étrangères du Congrès des Etats Unis. C’est une obligée du milliardaire Irwin Moskowitz.

Un rabbin qui a bien mérité sa légion d’honneur

23 octobre 2011

Le Mémorial de Yad Vashem est le lieu obligé de passage des personnalités politiques étrangères qui se rendent en visite officlelle dans l’entité sioniste. Elles y adoptent une mine contrite, se repentent pour le crimes que leurs parents ont commis ou auraient pu commettre même en imagination et s’engagent à tout faire pour que plus jamais le monde ne revive «ça».

Le «ça » ne comprend ni le bombardement de Syrte en Libye, ni celui de Falloujah en Irak, pas plus que les drones généreusement tirés en Afghanistan, au Pakistan, en Somalie et au Yémen. Le « ça » ne comprend pas non plus la guerre de Corée, celle du Vietnam, l’apartheid en Afrique du Sud etc.

Une visite à Yad Vashem a donc des vertus hautement pédagogiques et nous renforce dans nos convictions de l’égalité foncière des hommes.

Et ce message profondément humaniste, le rabbin Yisrael Meir Lau qui est justement président du mémorial de Yad Vashem n’hésite pas à le porter dans les établissements scolaires de l’entité sioniste.

Parce que savoir les maths et la grammaire, c’est bien, mais rien ne remplace une solide éducation humaniste.

Ce solide humanisme (universel par définition) du rabbin lui a valu d’être fait chevalier de la Légion d’honneur en 2010 par le président Nicolas Sarkozy. 

Nicolas Sarkozy décore le rabbin Meir Lau

Une légion qui devrait s’appeler plutôt celle du déshonneur ! 

Les mariages mixtes font le jeu des Nazis

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Plusieurs lycéens ont quitté une réunion avec le rabbin Yisrael Meir Lau pour protester contre un propos sujet à controverse. L’ancien grand rabbin explique que ‘l’assimilation fait le jeu des ennemis d’Israël.
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par Udi Avni, Yediot Aharonot (Sionistan) 23 octobre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri
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“Epouser des Gentils revient à faire le jeu des Nazis,” aurait déclaré le président du Conseil d’Administration de Yad Vashem et ancien grand rabbin Yisrael Lau à des élèves du lycée Ohel Shem de Ramat Gan.

Selon les élèves, le rabbin a fait cette Remarque pendant une conference sur l’holocauste et sur ses souvenirs personnels de rescapé du camp de concentration de Buchenwald à l’intention d’adolescents qui venaient de rentrer d’un séjour en Pologne.

Vous voyez, votre fille Chelsea est une nazie et vous êtes complice

 Les propos de Lau et le contenu de sa conférence ont incite plusieurs élèves de 12ème année [probablement l’équivalent de la terminale] à quitter l’auditorium pendant la conférence, déclarent les élèves.

Un des adolescents qui a quitté la salle explique, «A ce que j’ai compris, la thèse de la conférence était qu’épouser des non Juifs est interdit et que, selon le rabbin Lau, épouser des gentils revient à ‘faire le jeu des Nazis.’

 «Ces propos ont été tenus vers la fin de la conférence et m’ont mis très en colère. Dès qu’il les a tenus, je me suis levé pour sortir. J’étais venu à la conférence sans à priori et plein de tolérance pour ses opinions, sinon je serais sorti plus tôt.»

Le lycéen a évoqué d’autres propos du rabbin qui l’ont mis en colère. « Il nous a parlé de la fille d’un rabbin respecté qui s’était détachée de la religion pendant l’holocauste, avait épousé un Goy, avait eu un enfant qu’elle avait envoyé au couvent, »

«La conférence incluait aussi des versets bibliques, et d’un dont je me souviens plus particulièrement qui était extrait du Livre des psaumes et, selon le rabbin, il décrivait l’holocauste avant qu’il survienne. Il avait dit cela après qu’il eut affirmé que les nazis avaient essayé de détruire le judaïsme et pas seulement les Juifs, donc pour l’essentiel, les Juifs qui s’écartent de la religion détruisent le judaïsme. »

Un autre élève de terminale partage ce sentiment désagréable causé par les paroles du rabbin. « Il a parlé de sa vie en Pologne et de l’holocauste et puis il a commencé à prêcher sur l’assimilation, » dit-il.

“Il a dit que le peuple juif ne doit pas s’assimiler et que nous devons préserver notre identité juive. En plus, il a présenté des statistiques délirantes, prétendant que s’il n’y avait pas eu d’assimilation, les Etats Unis auraient aujourd’hui 30 millions de Juifs, et il s’est montré méprisant pour ceux qui se sont assimilés – comme s’ils étaient inférieurs aux autres.»

Certains élèves ont été perturbés par la ‘protestation’ de leurs camarades de classe. « j’ai vu des élèves sortir au milieu de la conférence, certains qui n’écoutaient pas et d’autres qui ont préféré ne pas entrer du tout dans l’auditorium. Ca m’a mis très en colère et ce n’était pas loin d’un manque de respect pour une personne sage et respectable, » explique un élève de terminale.

« Une discussion spontanée sur le sujet s’es poursuivie en classe,” ajoute-t-elle. «Beaucoup étaient contrariés par le fait d’avoir été obligés d’assister à des conférences. Nous avons entendu beaucoup de conférences pendant nos trois années à Ohel Shem, et je pense que la seule raison à leur mécontentement était que cette personne est un rabbin avant d’être un laïc . »

«Mais le rabbin Lau est quelqu’un qui contribue à la communauté. C’est un homme exceptionnel et il devrait être respecté ne serait-ce que pour sa position et son honorabilité indépendamment de ses convictions. »

Et n’avez-vous pas été gêné par ses propos sur le mariage avec les gentils ?

« Chacun peut entendre cette phrase différemment. Les Nazis ont essayé de nuire au judaïsme, et  il y a une part de vérité dans ce que dit le rabbin sur l’assimilation comme victoire symbolique des Nazis

 «Mon opinion est que ce n’était pas une conférence religieuse et je n’ai vu aucune incitation au racisme. Le mot ‘assimilation’ n’a été mentionné que dans une phrase et le rabbin n’a pas essayé de nous influencer. Si un laïc avit dit exactement la même chose, elle aurait été reçue très différemment.»

Le bureau de l’ancien grand rabbin a répondu par la déclaration suivante: « Le rabbin Lau donne des conférences au lycée Ohel Shem de Ramat Gan depuis de nombreuses années maintenant, et cette fois-ci aussi, il a pris la parole devant près de 400 élèves de terminale »

“Le rabbin n’a vu aucun élève sortir pendant la conférence. Au contraire, il a eu le sentiment que les élèves étaient attentifs et fascinés par ce qu’il avait à dire. »

Quant aux propos du rabbin, son bureau a déclaré: “Il n’est un secret pour personne que ne nombre de Juifs sans la plupart des pays du monde décline régulièrement – pas à cause de l’immigration en Israël mais à cause des mariages mixtes et de l’assimilation. Il y a donc un besoin d’introspection pendant les grandes fêtes religieuses.

«Ce phénomène problématique sert des générations d’ennemis d’Israël qui jalousent la survie du peuple d’Israël. Le rabbin regrette les réactions extrêmes de ceux qui n’ont certainement pas écouté ce qu’il disait et n’ont pas absorbé le message découlant de la conférence.»

La municipalité a répondu ainsi: «Le lycée Ohel Shem encourage un dialogue ouvert dans un cadre pluraliste et a accueilli le rabbin Lau. Plusieurs élèves qui n’étaient pas satisfaits de certaines opinions ont agi de manière irrespectueuse et sont sortis, ce que nous regrettons.»

 «Le lycée n’est pas au courant des discussions qui ont atteint les salles de classe,  quoique nous encouragions un dialogue ouvert qui s’insère dans le cadre de nos valeurs éducatives.»

La mort d’un démocrate, ami sincère de la France

23 octobre 2011

La mort de Mouammar Kadhafi a été saluée par les potentats de l’Occident. On ainsi pu voir Hillary Clinton s’esclaffer en direct  [peut-être sous l’emprise de cachetons] à la télévision en apprenant l’heureuse nouvelle.

La réaction est bien différente devant la nouvelle du décès du ministre de la défense et prince héritier d’Arabie Saoudite, Sultan ben Abdelaziz..

Ici, c’est la tristesse qui prévaut car cet homme était sans doute un grand démocrate. Voyez donc les réactions des assassins de Mouammar Kadhafi telle qu’elles sont relayées par le journal Le Monde

En Grande Bretagne,

La chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton, a exprimé sa « grande tristesse », estimant qu’il s’agissait d’une « grande perte » pour le royaume saoudien. Le premier ministre britannique David Cameron s’est lui aussi dit « attristé », en présentant ses condoléances au roi Abdallah et au peuple saoudien. M. Cameron a rendu hommage à la « sagesse » et à « l’expertise » du prince héritier dans les affaires internationales, assurant que les liens entre les deux pays resteraient forts. Le prince Sultan, à la tête du ministère saoudien de la défense et de l’aviation depuis 1963, avait modernisé les forces saoudiennes et conclu d’importants contrats d’armement notamment avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

De son côté,

 le président français [Nicolas Sarkozy] a ajouté que la France perdait « un ami fidèle et sincère ».

Sans oublier bien sûr Batack Obama et Hillary Clinton :

Pour le président américain Barack Obama, les Etats-Unis ont perdu un « ami précieux ». Le prince héritier avait « fermement soutenu le partenariat profond et durable » entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, a souligné Barack Obama. La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a affirmé que le prince héritier serait« regretté »« Notre relation avec l’Arabie saoudite est forte et durable, et nous comptons continuer à travailler avec la direction (saoudienne) pour de nombreuses années à venir », a-t-elle souligné.

La Turquie et le nouvel ordre au Moyen Orient

19 octobre 2011

Le propos de ce blog n’est pas vraiment de vous livrer mes analyses, ou plutôt mon analyse se lit dans les choix de textes que je vous présente.

Je vous propose donc un texte de Tarık Oğuzlu un professeur Turc de relations internationales qui permet de mieux comprendre la vision qu’a son pays de l’avenir du Proche Orient. L’article est publié dans Zaman, un journal proche du parti actuellement au pouvoir à Ankara.

Je n’ai pas pu résister à la tentation d’ exposer les réflexions que m’a inspirées son papier. Ne vous gênez cependant pas si vous préférez aller directement à l’article de Tarık Oğuzlu et vous dispenser de me lire.

L’action de la Turquie au Moyen Orient ou en Afrique du Nord peut sembler déroutante. Et elle l’est car elle tient compte de contraintes multiples liées autant à l’histoire de ce pays qu’à son positionnement au carrefour de plusieurs régions du monde : l’Europe, le Moyen Orient , l’Afrique du Nord et le Caucase.

Ainsi, après s’être opposé à une intervention militaire en Libye, le gouvernement de M. Erdogan a finalement décidé de s’impliquer dans le cadre  de l’OTAN.

Ailleurs, alors que la Turquie avait procédé à un important rapprochement avec l’Iran et la Syrie, les troubles qui agitent ce dernier pays ont entraîné une crise politique majeure entre les deux gouvernements et tendu par ricochet les relations avec l’Iran. Le feu vert donné par les autorités d’Ankara à l’installation sur leur sol d’un bouclier antimissiles de l’OTAN a accentué la brouille avec le gouvernement iranien.

Et pour corser le tout, le gouvernement turc, mécontent du refus des autorités sionistes de présenter des excuses officielles pour l’assassinat de neuf ressortissants Turcs qui se trouvaient sur le Mavi Marmara a expulsé l’ambassadeur sioniste à Ankara et suspendu (une mesure donc provisoire)la coopération militaire.bilatérale. Cette coopération se poursuit cependant dans un cadre…multilatéral.

On ne peut pas comprendre ces évolutions si on se contente de penser que Recep Tayyip Erdogan est un gentil islamo-démocrate qui a la cause palestinienne à cœur et qui fera tout pour la faire avancer.

M. Erdogan est certainement et sincèrement  très concerné par la cause palestinienne, comme sans doute l’écrasante majorité des Turcs, mais il est d’abord à la tête d’une nation et il agit avant tout en fonction de ce qu’il perçoit être les intérêts de son pays. Il ne faut pas oublier non plus qu’il doit composer avec des secteurs puissants de l’armée et de l’administration de l’Etat qui l’attendent au tournant pour le bouter hors du pouvoir, soit par la voie des urnes, soit s’ils ne peuvent faire autrement par un putsch.

En fait, Erdogan et son pays se trouvent dans des situations qui sont à la fois des atouts et des contraintes et l’amènent par moments à piloter à vue même s’il s’est fixé un cap stratégique tout à fait net.

Son adhésion à l’OTAN par exemple lui impose des contraintes qui s’opposent à un développement cohérent des relations entre Ankara et Téhéran. Or l’Iran est un partenaire économique prometteur pour la Turquie que ce soit pour l’approvisionnement énergétique que pour des échanges portant sur d’autres biens. Un partenariat solide avec l’Iran pourrait ouvrir la voie à une présence pourquoi pas conjointe dans un Caucase et une Asie Centrale où les cultures perse et turque sont étroitement imbriquées, voire en osmose.

Mais dans ce même Orient, dans l’ex URSS, la Turquie doit garder un œil sur l’Arménie avec laquelle le rapprochement reste délicat et entravé par le poids de l’histoire et  par les interférences de l’entité sioniste ou de puissances occidentales comme on l’a vu récemment avec les propos tenus par Nicolas Sarkozy à Erevan, la capitale arménienne. Et un conflit armé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan turcophone qui ne saurait être complètement exclu aurait forcément un écho important à Ankara.

Or la participation de la Turquie à l’OTAN lui éviterait d’être seule à faire face aux conséquences d’une guerre qui pourrait embraser toute la sous-région car il ne faut pas oublier que des communautés arméniennes existent au Liban mais aussi en Iran et que l’Azerbaïdjan est aussi une province iranienne..

A l’ouest, la Turquie demeure dans une amitié froide avec la Grèce pour des raisons historiques qui se traduisent par des contentieux sur le domaine maritime, une question très sensible quand on sait que le proche littoral turc est parsemé d’îles grecques. Sans oublier, bien entendu l’épineuse question chypriote qui envenime aussi les relations avec l’Union Européenne dont la république de Chypre est membre.

Là aussi, l’OTAN est une assurance contre une guerre opposant la Turquie et la Grèce.

D’une manière générale, l’OTAN est plus un atout qu’un inconvénient pour Ankara. Et l’OTAN a au moins autant besoin de la Turquie que cette dernière n’a besoin de l’OTAN.

Il n’en reste pas moins que la Turquie est maintenant à la croisée des chemins. Ayant accédé à une forme de démocratie représentative pluraliste, elle est en passe compte tenu de sa démographie et de son dynamisme économique d’accéder au rang de très grande puissance régionale aux plans politique, militaire et économique.

Mais les choses ne sont pas jouées car, pour concrétiser ce statut, elle comptait s’arrimer à l’Union Européenne qui aurait pu être l’instrument de son expansion économique et de la stabilisation définitive de ses institutions.

Le problème est que, en dépit de signaux contradictoires, l’UE ne semble pas vouloir de la Turquie qui est pourtant un des membres fondateurs du Conseil de l’Europe et dont Istanbul, la principale métropole, occupe un position géographique beaucoup plus occidentale que l’île de Chypre qui a par contre été admise dans l’UE.

La réponse d’Erdogan a été de réorienter les efforts de sa diplomatie vers le Moyen orient et l’Afrique du Nord, deux régions qui étaient autrefois largement intégrées dans l’empire ottoman.

Il faut dire que, tout comme l’Europe balkanique, le Moyen Orient est le cadre en quelque sorte naturel de la Turquie. Et que le mouvement diplomatique d’Erdogan avait en fait été précédé de celui des entrepreneurs, d’abord petits puis plus importants qui ont tiré parti d’un marché où les productions turques se sont avérées très concurrentielles et très demandées. Et comparativement aux autres pays du Proche orient ou à ceux d’Afrique du Nord, l’économie turque dispose de capacités techniques et ce compétences très supérieures.

Cette évolution économique correspond aussi à une évolution culturelle en Turquie qui voit l’Islam prendre de plus en plus de place dans la vie des gens sans pour autant mettre en cause l’Etat républicain ni même le caractère séculier de l’Etat. Plus largement, c’est la page du kémalisme au regard braqué vers l’occident qui se tourne doucement. Sur ce point, observons que la laïcité de la Turquie kémaliste est plus une fiction destinée à vendre le kémalisme en France qu’une réalité ; voyez par exemple les imams envoyés en France par le gouvernement turc, une pratique antérieure au gouvernement Erdogan.

Pour que la Turquie puisse durablement asseoir sa prospérité économique et sa puissance politique, elle a cependant besoin d’un environnement stable car sa prospérité n’est pas fondée sur les performances commerciales des marchands de canon qui profitent des guerres, mais plutôt sur la vente de produits agricoles, de biens de consommation et de prestations en matières de travaux publics.

Les pays les plus importants pour la Turquie sont connus : ce sont d’abord les pays avec lesquels elle partage une frontière et un cours d’eau , l’Euphrate, c’est-à-dire l’Irak, et la Syrie. Viennent ensuite l’Iran, et l’entité sioniste puis l’Egypte.

Or, en dehors de l’Iran, cette zone vit une instabilité chronique non dans le sens où les régimes politiques changeraient très souvent mais dans le sens où elle est depuis des années au bord d’un embrasement général avec, en attendant, l’éclatement d’affrontements armés très localisés mais dévastateurs, comme à Gaza et au Liban

La Turquie a longtemps pu s’accommoder de cette situation d’autant qu’elle privilégiait la relation avec l’entité sioniste qui lui fournissait à bon marché la technologie américaine dont a besoin son armée. Par ailleurs, la Turquie a des contentieux structurels avec ses voisins syrien et irakien, à propos des frontières avec la Syrie, et sur la question de la gestion de l’eau avec ces deux pays.

Mais cette situation qui privilégie le régime sioniste  ne satisfait pas la Turquie des commerçants et des entrepreneurs que représente l’actuel premier ministre Turc qui ne veut pas que son accès aux marchés soit pénalisé ou que ses investissements partent en fumée en fonction des caprices du régime sioniste.

Le gouvernement turc analyse donc le rôle du régime sioniste comme étant la principale source d’instabilité régionale. Il a par contre sous-estimé la fragilité interne de régimes comme le régime égyptien ou le régime syrien et la perméabilité des opinions ou de franges de la population aux réseaux d’influence des monarchies du Golfe. La Turquie avait  beaucoup misé sur le régime de Damas et ce qu’il est convenu d’appeler « le printemps arabe » l’a amenée à revoir ses positions. En effet, M. Erdogan ne veut pas d’une Syrie à feu et à sang et il considère que seul le pluralisme politique pourra éviter une plongée de la Syrie dans un chaos qui pourrait durer et dont elle subirait les contrecoups, via par exemple sa propre minorité arabe (syrienne pour partie) et/ou sa population kurde. Après tout, ne pourrait-on pas imaginer dans l’hypothèse d’une Syrie plongée dans l’anarchie une jonction des trois Kurdistans, irakien, syrien et turc ?

Un tel scénario entraînerait certainement une intervention militaire turque. Nous n’en sommes pas là, bien entendu.

Il reste que le ton de plus en plus ferme employé par le gouvernement turc à l’encontre du gouvernement syrien témoigne avant tout non du désir de la Turquie d’un changement brutal  de régime mais plutôt d’une crainte pour l’avenir et d’un conseil  ferme adressé à Bachar al-Assad de faire des réformes, au cas où son pouvoir survivrait aux événements en cours. Ce qui n’empêche pas la Turquie de tisser des liens avec l’opposition pour être prête dans l’éventualité où le régime baathiste serait emporté, sans pour autant apporter une aide de type militaire à ceux qui contestent l’autorité de Bachar al-Assad. De fait, ni la chute, ni le maintien du pouvoir en place en Syrie ne peuvent être exclus. Dans les deux cas, les liens tissés avec l’opposition au régime de Damas s’avèreront très utiles.

Pour l’instant, la Turquie a quand même du mal à trouver un interlocuteur crédible dans l’opposition syrienne qui est un patchwork de démocrates sincères, parfois naïfs, d’anciens pontes du régime ou de fondamentalistes de tout poil, clients de tel ou tel monarque du Golfe. Ces derniers n’ont aucune volonté de tester la sincérité des propositions réformistes du chef de l’Etat syrien.

Autant d’éléments qui expliquent une posture d’équilibriste dans laquelle la diplomatie turque a parfois  vacillé et failli tomber en indisposant par trop non seulement Damas mais aussi Téhéran. Un luxe que la Turquie ne peut en réalité se permettre pour des raisons économiques mais aussi stratégiques car l’Iran, comme on l’a dit, est aux marches du Caucase et peut parfaitement interférer avec les intérêts de la Turquie dans cette région tout comme elle peut être un atout pour la diplomatie turque. On doit insister encore sur la question kurde qui est le point commun  des deux pays de «l’axe du mal» avec le pilier oriental de l’OTAN.

Pour changer de région, il convient d’observer qu’en Libye, la Turquie s’est impliquée après avoir hésité mais s’est gardée d’avoir un rôle militaire offensif, pour au contraire s’attribuer le beau rôle quasi exclusivement humanitaire et elle tirera profit de la situation quelle  que soit l’évolution des choses dans ce pays.

Parce que la Turquie est de toute façon chez elle au Proche Orient et en Afrique du Nord qui sont un lieu naturel en quelque sorte pour le déploiement de sa puissance nouvelle en gestation. Quand Erdogan présente le système turc en exemple aux autres pays musulmans, il faut le prendre au sérieux et comprendre que la Turquie n’aura de cesse d’influer sur ces pays qui faisaient anciennement partie de l’empire ottoman. Pour des raisons historico-culturelles, c’est certain, mais surtout pour la bonne raison que c’est ce qu’il estime être l’intérêt de son pays.

Mais le premier ministre Turc n’ignore pas que rien ne sera vraiment possible tant que le conflit palestino-sioniste ne sera pas réglé ou en bonne voie de règlement.

La Turquie d’aujourd’hui apportera sa contribution à ce règlement parce qu’elle voit un obstacle dans les agissements du régime sioniste, là où  la Turquie kémaliste percevait au contraire  un avantage dans sa relation avec l’Europe et les Etats Unis.

Alors bien sûr, la Turquie ne va pas faire la guerre au régime sioniste. Mais pour comprendre ce qui se passe, il faut quand même se figurer que la Turquie a pris de sérieuses mesures de rétorsion à l’encontre de l’entité sioniste parce que cette dernière a refusé de s’excuser officiellement pour avoir perpétré le meurtre de neuf ressortissants Turcs embarqués dans un convoi humanitaire pour Gaza.

Ce qu’il faudrait ici chercher à comprendre, ce n’est pas pourquoi la Turquie insiste tant pour obtenir ces excuses, mais pourquoi le régime délinquant de Tel Aviv s’obstine à refuser de les présenter. D’autant que  nous venons de voir les autorités sionistes s’excuser auprès des généraux Egyptiens pour avoir assassiné récemment des militaires Egyptiens dans le Sinaï.

Cette différence de traitement nous renvoie au statut différent de l’Egypte et de la Turquie vis-à-vis du régime sioniste. Dans le cas égyptien, l’entité sioniste cherche à éviter un glissement de l’Egypte dans le camp hostile par une dénonciation des accords de paix bilatéraux. On a un moment cru que ce glissement allait s’opérer dans les premières semaines qui ont suivi la chute de Moubarak, mais tel n’a pas été le cas. La promesse des militaires Egyptiens de lever complètement le blocus terrestre de gaza n’a notamment pas été tenue pour des raisons sur lesquelles je ne m’étendrai pas.

Dans le cas de la Turquie, il en va autrement car ce gouvernement a évolué  vers une position hostile à l’égard du gouvernement sioniste. Ce n’est certes pas une position de belligérance, tant s’en faut, mais une sévère détérioration des relations avec un pays qui était un allié sûr. Du point de vue sioniste, présenter des excuses officielles à cet ami qui s’éloigne ne pourrait être que le prélude à de nouvelles exigences de ce puissant voisin, exigences qu’il deviendrait alors difficile de rejeter d’un revers de main. La Turquie est, ne l’oublions pas, la profondeur stratégique de l’entité sioniste qui a maintes fois utilisé son espace aérien pour se livrer à des agressions.

D’autre part, des excuses seraient un aveu de culpabilité dont des tribunaux pourraient se souvenir.

Le gouvernement turc sait tout cela  et il va maintenir la pression aussi sur le régime sioniste, allégeant cette pression éventuellement au gré de ses besoins politiques.

Mais le pli est pris car il découle d’une analyse stratégique et cette dernière diverge complètement de celle qui est faite par les stratèges de l’entité sioniste. Là où les sionistes veulent le statu quo, pour continuer à coloniser et subsister dans la peur indispensable à ce ghetto implanté en Palestine ; la Turquie a besoin de changements partout où  ils seront nécessaires à la réalisation d’une stabilité durable conforme à ses intérêts économiques.

Ce sont en fait deux images du Proche orient qui s’opposent : une vision turque d’un Proche Orient intégré [autour de la Turquie] et stabilisé avec des systèmes politiques représentatifs, une vision sioniste d’un proche Orient fragmenté agité de luttes internes avec une régulation par bombardements ou interventions militaires peu coûteuses en hommes et en argent.

Ces visions sont incompatibles. L’entité sioniste devra donc soit rentrer dans le rang de la normalité, soit disparaître d’une manière ou d’une autre. Comment ? Difficile à dire. Certainement pas par la guerre. Par exemple, le simple fait de se normaliser (hypothèse audacieuse je l’admets) entraînera fatalement la disparition de cette entité.

La Turquie et Israël interprètent différemment l’ordre qui émerge au moyen orient

Par Tarık Oğuzlu, Zaman (Turquie) 26 septembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaîri

La récente crise des relations turco-israéliennes suite aux réactions diamétralement opposées des deux parties devant les conclusions du rapport dit Palmer de l’Organisation des Nations Unies ne peut être comprise isolément de la manière dont chacun lit l’ordre régional embryonnaire au Moyen-Orient. En un mot, il apparaît que la Turquie agit comme une puissance «révisionniste / aspirante [au leadership] »  tandis qu’Israël est un fervent « partisan du statu quo».

Il semble que la Turquie soit bien en avance sur Israël dans l’adaptation à la nouvelle dynamique régionale, particulièrement en ce qui concerne les implications régionales e ce qu’on appelle le « printemps arabe. » La Turquie est à la pointe des démarches pour établir un nouvel ordre au Moyen orient qui cesserait de considérer Israël comme un « acteur par nature au-dessus de la réprobation internationale et du droit international » ; qui ne verrait plus les Etats Unis comme le ‘gardien’ d’un ordre régional comme si les acteurs régionaux étaient incapables de résoudre leurs problèmes eux-mêmes ; et qui cesserait d’associer la région au pétrole, aux armes de destruction massive et au conflit israélo-arabe.

Alors que la Turquie plaide pour un nouvel ordre régional base sur un rôle actif et la responsabilité des acteurs régionaux et considère que la sécurité d’Israël ne pourrait être garantie que par la normalisation des relations d’Israël avec ses ‘ennemis’, Israël semble nettement préférer  l’idée que les Etats Unis continuent à agir comme garant de la sécurité territoriale israélienne.

 Vu de Turquie, il semble qu’une paix et une stabilité durables dans la région ne puissant se réaliser que si cette région n’est plus considérée comme un objet des intérêts occidentaux en matière de sécurité. Ni Israël, ni aucun autre acteur extérieur ne devraient continuer à définir le Moyen Orient dans une perspective instrumentale visant à ‘contenir’ et à ‘éliminer’ des menaces émanant de cette zone. Cette façon de penser ne ferait qu’empêcher les acteurs régionaux d’entrer mutuellement en relation à travers le prisme de la coopération. Les acteurs régionaux devraient être les sujets/acteurs de leur destinée plutôt que les objets des autres.

Avec l’évolution du printemps arabe, la Turquie a adopté la thèse selon laquelle un nouvel ordre régional ne peut être établi qu’en contribuant à l’institutionnalisation de la ‘démocratie représentative’ dans la région.  Ce qui permettrait non seulement de concrétiser des relations plus pacifiques et plus stables entre les acteurs régionaux mais aussi de placer les relations entre les puissances occidentales et les acteurs régionaux sur des bases plus saines. Il est vraiment ironique que la Turquie, un pays dont les lettres de créances occidentales ont été rudement mises à l’épreuve ces dernières années, apparait comme ayant pris la tête d’un ordre régional  au Moyen orient en sympathie avec l’Occident, tandis qu’Israël, un pays qui doit son existence aux puissances occidentales et a longtemps été vu comme le vrai défenseur des intérêts occidentaux en matière de sécurité régionale, semble aller à contre courant.

Un autre aspect ironique est que, alors que les Etats Unis ont dû s’exprimer ‘officiellement’ contre l’admission de la Palestine comme membre souverain des Nations Unies, il y a eu un niveau de plus en plus élevé de convergence entre Ankara et Washington sur de nombreuses questions figurant sur l’agenda moyen oriental.  La rencontre entre Obama et Erdogan en marge du sommet de l’ONU le confirme. De lui-même, le président Obama se serait probablement rangé du côté de la cause palestinienne aux Nations Unies.

Il faut noter que si la Turquie a osé prendre le risque de détériorer ses relations avec les régimes en place en Libye, en Syrie et en Iran en soutenant clairement les appels populaire pour plus de libertés, de bien-être et de dignité, Israël a opté pour une approche très prudente de crainte qu’un nouvel ordre régional basé dur le ‘pouvoir du peuple’ pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les  piliers traditionnels de la sécurité régionale, les relations d’Israël avec les Etats voisins et la légitimité de l’existence d’Israël.

Là où les dirigeants Turcs ont, en de nombreuses occasions, souligné l’importance croissante et la légitimité du ‘pouvoir’ du people, leurs homologies Israéliens ont mis en avant les risqué et les dangers des changements de régimes dans la région. Pour la Turquie, c’est au peuple dans la rue de ‘s’approprier’ le nouvel ordre et aux leaders qui émergent d’agir en rendant compte à leurs électeurs. S’appuyer sur des ressources naturelles, des institutions politiques répressives ou un soutien extérieur ne garantira plus la survie d’un régime.

Si la Turquie semble croire que la solution au conflit israélo-arabe est une condition sine qua non de la légitimité et de la viabilité de tout nouvel ordre qui pourrait émerger dans la région, Israël donne l’impression de penser qu’aujourd’hui est le plus mauvais moment pour engager des négociations directes avec les Palestiniens. Tandis que la Turquie envisage l’admission aux Nations Unies  d’un Etat palestinien indépendant/souverain comme un moyen d’échapper à l’actuel enlisement/ impasse du processus de paix, Israël tend à interpréter l’activité de lobbying de la Turquie en faveur de la campagne des Palestiniens pour entrer à l’ONU comme une action particulière de la Turquie pour punir Israël de son intransigeance sur la question des excuses [pour le meurtre des neuf passagers du Mavi marmara].

Alors que la Turquie considère la normalisation des relations entre les pays arabes et Israël comme vitale pour ce nouvel ordre, Israël tend à interpréter les efforts croissants de la Turquie pour obtenir une telle normalisation comme sapant la légitimité d’Israël et modifiant le rapport de force vis-à-vis des Arabes.

Du point de vue turc, il n’y a rien d’anormal à ce que la Turquie, une ancienne puissance impériale de la région, s’implique activement dans le règlement de la querelle israélo-arabe et présente en conséquence ses thèses dans les forums internationaux. Il n’est cependant pas question de dire que la Turquie court après des tentatives de reconstituer l’empire ottoman. Il faut au contraire comprendre que plus ma paix intérieure et la stabilité de la Turquie influent sur l’évolution de la région et plus la Turquie deviendra puissante en termes de pouvoir de convaincre comme de contraindre, et plus la Turquie sera intéressée par la façon dont les choses se passent chez ses voisins.

C’est de la simple realpolitik tout comme ce qui préside à l’élaboration des politiques étrangères er de sécurité en Amérique, en Europe, en Russie et en Chine.

 Assoc. Prof. Dr. Tarık Oğuzlu, Bilkent University Department of International Relations

Libye: l’OTAN fournit les bombes, la « gauche » française fournit l’idéologie – un texte de Pierre Lévy

7 octobre 2011
Je reprends in extenso cet article de Pierre Lévy (rien à voir avec Botul-Henri Lévy) paru le 28 septembre 2011 dans Le Grand Soir parce que j’ai l’impression qu’il n’a pas eu l’écho qu’il mérite.
Donc je serais satisfait si ce blog peut contribuer, très modestement je ne me fais pas d’illusion, à sa diffusion.

NB: ce texte est disponible traduit par Diana Johnstone en anglais ici sous un titre plus percutant  Libya: NATO Provides the Bombs; The French « Left » Provides the Ideology (Libye: l’OTAN fournit les bombes, la « gauche » française fournit l’idéologie).

Contre la banalisation et la normalisation de l’ingérence

par Pierre LEVY, Le Grand Soir (France) 28 septembre 2011

En avril dernier, Ignacio Ramonet proposait dans (les colonnes de Mémoire des Luttes) un texte intitulé « Libye, le juste et l’injuste ». La guerre avait été lancée quelques semaines plus tôt, inaugurée par des appareils français qui, les premiers, eurent l’honneur de déverser leurs bombes sur Tripoli. Ce 19 mars, « une onde de fierté parcourt l’Elysée » rapportait alors Le Monde  [1]. A ce moment, les experts et commentateurs n’en doutaient pas : en quelques jours, quelques semaines au plus, le pays serait débarrassé du « tyran » grâce à au soulèvement populaire attendu, facilité par le coup de pouce aérien de la coalition, tout cela illuminé par la sage aura de Bernard-Henri Lévy.

Dans son texte, Ignacio Ramonet prenait certes ses distances avec l’OTAN. Il n’en estimait pas moins, dès sa première phrase : « Les insurgés libyens méritent l’aide de tous les démocrates ». Dieu soit loué, certains démocrates n’ont pas lésiné sur l’aide : en cinq mois, plus de 15 000 sorties aériennes ont permis d’offrir quelques milliers de tonnes de bombes, sans parler des missiles dernière génération, des forces spéciales terrestres sous forme d’instructeurs – un cadeau en principe prohibé, mais quand on aime, on ne compte pas. Seule comptait l’issue : victoire Total.

Le jeu de mots est certes facile ; il est cependant inévitable, notamment depuis que Libération [2] a révélé la lettre aux termes de laquelle le Conseil national de transition (CNT) s’était engagé à accorder 35% des concessions du pays au groupe pétrolier « en échange » (c’est le terme employé) de l’engagement militaire français (un document qui a naturellement fait l’objet d’un démenti précipité du Quai d’Orsay). Noble cause que celle du combat pour la liberté des peuples. Au demeurant, cela n’a pas échappé à l’auteur, qui note, à la fin de son article : « L’odeur de pétrole de toute cette affaire empeste ».

Certes. Mais pour autant, il reprend à son compte l’approche d’ensemble des dirigeants occidentaux et des médias qui leur sont liés. En particulier le schéma qui analyse le soulèvement libyen comme partie prenante du « printemps arabe ». Or une telle approche globalisante fait fi de chaque réalité nationale. En l’espèce, elle induit même un contresens.

En Tunisie puis en Egypte, les mouvements populaires, qui n’étaient certes pas réductibles l’un à l’autre, ont cependant revêtu d’importants points communs. Sur le plan intérieur, la mobilisation a vu converger les classes populaires et ce qu’il est convenu d’appeler les « classes moyennes », dans un mouvement dont les exigences sociales étaient inséparables des objectifs démocratiques ; dans chacun de ces deux pays, les luttes et grèves ouvrières des dernières années – durement réprimées – ont constitué un terreau essentiel au développement du mouvement, le tout sur fond d’une pauvreté massive.

Sur le plan extérieur, Zine el-Abidine Ben Ali comme Hosni Moubarak étaient sans conteste des marionnettes du camp occidental, dont ils ont toujours été partie intégrante, tant géopolitiquement, économiquement, qu’idéologiquement.

Fort différente était la situation libyenne. Sur le plan social, tout d’abord : le pays était, de très loin, le plus avancé d’Afrique selon le critère de l’Indice de développement humain (IDH). Il est à cet égard saisissant de compulser les statistiques fournies par le PNUD [3], que cela concerne l’espérance de vie (74,5 ans – avant la guerre, s’entend), l’éradication de l’analphabétisme, la place des femmes, l’accès à la santé, à l’éducation. Les subventions au niveau de vie et à la protection sociale étaient très substantielles. Point n’est besoin de faire partie du fan-club de Mouammar Kadhafi pour rappeler cela.

Par ailleurs, de par son histoire, ce dernier peut difficilement être assimilé à ses deux anciens voisins. Certes, Ignacio Ramonet note avec raison que, depuis le tournant des années 2000, il impulsa un rapprochement progressif avec les Occidentaux. Dans la dernière période, ceux-ci lui déroulèrent le tapis rouge, business oblige. Ils ne l’ont cependant jamais considéré comme « faisant partie de la famille » : trop imprévisible, et surtout n’ayant pas abandonné un discours de tonalité « tiers-mondiste », en particulier au sein de l’Union africaine au sein de laquelle il jouait un rôle tout particulier.

Pour autant, les privatisations et libéralisations mises en route ces dernières années n’ont pas été sans conséquences en termes de classe : une certaine catégorie de la population s’est enrichie, parfois considérablement, en même temps qu’elle intégrait l’idéologie libérale. Une partie de ceux-là même à qui le « Guide » avait confié la « modernisation » du pays, et les contacts privilégiés avec la haute finance mondiale (et son arrière-plan universitaire, notamment aux Etats-Unis) en sont venus à estimer que, dans ce contexte, le dirigeant historique était plus un obstacle qu’un atout pour l’achèvement du processus. Une partie des classes moyennes et de la jeunesse aisée, particulièrement à Benghazi pour des raisons historiques, a donc constitué une base sociale à la rébellion – une rébellion qui fut, dès le début, armée, et non pas constituée de foules pacifiques.

Les innombrables reportages et entretiens avec la jeunesse « anti-Kadhafi » étaient à cet égard édifiants. Le Monde [4] citait ainsi ces jeunes femmes aisées qui criaient « pas de lait pour nos enfants, mais des armes pour nos frères ». Un slogan qui eût probablement stupéfié les manifestants égyptiens. Et qui illustre en tout cas l’absurdité d’une analyse globalisante.

Bref, une absence de revendications sociales, voire une exigence de « plus de liberté économique » ; des appels – pas systématiques, mais fréquents cependant, et qui se confirment aujourd’hui – à une application plus stricte de la « loi islamique » ; des chefs du CNT étroitement liés au monde des affaires occidental, voire formés par lui ; et un mouvement qui n’a pu l’emporter que par la grâce des bombardements otaniens – tout cela ne s’appelle pas précisément une révolution. Symboliquement, le « nouveau » drapeau libyen est l’ancien oriflamme de l’ex-roi Idris Ier, renversé en 1969. Dès lors, le terme qui vient à l’esprit serait plutôt une contre-révolution.

Si on retient cette hypothèse – ne serait-ce qu’au titre du débat – alors l’optique change quelque peu. Cela ne signifie certes pas que les insurgés décidés à liquider Mouammar Kadhafi soient tous des agents occidentaux : beaucoup sont certainement sincères. Mais nombres de Chouans aussi l’étaient, lors des guerres de Vendée. Nombre d’entre eux furent cependant massacrés – parfois aveuglément, mais à bon droit si l’on voulait sauver la jeune Révolution.

En matière de « massacres », du reste, il ne semble pas que les protégés des puissances alliées aient beaucoup à apprendre, c’est le moins qu’on puisse dire. Cela vaut en particulier pour les véritables pogroms qui se sont déroulés – et se déroulent peut-être toujours – à l’encontre des civils à peau noire. Présentés comme des « bavures » par les médias occidentaux faute d’avoir pu être totalement passés sous silence, il semble bien que leur ampleur dépasse très largement ce qui nous fut montré. Surtout, ils témoignent d’un racisme de classe, puisque, Libyens ou immigrés, les Noirs formaient les gros bataillons de ce qu’on pourrait appeler, au sens large, la classe ouvrière, peu en odeur de sainteté parmi les insurgés, en Cyrénaïque particulièrement.

Pour autant, la « protection des civils » n’est pas seulement un sommet d’hypocrisie de la part des dirigeants occidentaux. Elle constitue surtout le chausse-pied de l’ingérence, en absolue contradiction avec le principe fondateur de la Charte des Nations unies : la souveraineté et l’égalité en droit de chaque Etat.

C’est ce principe éminemment progressiste que défendent à bon droit les dirigeants cubains, vénézuéliens et bien d’autres latino-américains, au grand dam de l’auteur. Ce dernier dénonce ainsi l’« énorme erreur historique » qu’aurait constitué leur refus de prendre parti en faveur des rebelles. En adoptant cette attitude, ils apportent au contraire la plus grande contribution qui se puisse imaginer à l’émancipation sociale et politique des peuples. Il est vrai qu’en matière d’ingérence, l’historique sollicitude des Yankee à l’égard de leurs voisins du sud les a vaccinés.

Caracas, La Havane, et d’autres sont accusés par Ramonet de pratiquer une « Realpolitik » selon laquelle les Etats agissent en fonction de leurs intérêts. Heureusement qu’il en est ainsi ! Car l’intérêt d’Etat du Venezuela, de Cuba, et des pays latino-américains (et tout particulièrement des progressistes) est bien de se défendre contre la « légalisation » de l’ingérence qui n’a d’autre objet que de justifier l’immixtion des puissances impériales dans les affaires des autres.

Ignacio Ramonet loue donc la résolution onusienne 1793 autorisant l’emploi de la force contre Tripoli. Il voit dans l’aval préalable de la Ligue arabe un surcroît de légitimité à ce texte. Singulière approche : cette organisation, dont l’inféodation étroite aux Occidentaux n’est pas un secret, ne s’était pas jusqu’à présent illustrée par son engagement concret en faveur de la liberté des peuples (et du peuple palestinien en particulier). Dominée par des poids lourds aussi progressistes que l’Arabie saoudite, elle est un référent incontestable dès lors qu’il s’agit de promouvoir la démocratie…

L’auteur ajoute que « des puissances musulmanes au départ réticentes, comme la Turquie, ont fini par participer à l’opération ». Faut-il comprendre qu’une puissance musulmane a une légitimité toute particulière pour bénir le vol des Rafale et autres Mirage ? Voilà, en tout cas, qui fera plaisir aux Kurdes.

Enfin, pour achever de fustiger Chavez, Castro ou Correa, Ramonet rappelle que « de nombreux dirigeants latino-américains (avaient)dénoncé, à juste titre, la passivité ou la complicité de grandes démocraties occidentales devant les violations commises contre la population civile, entre 1970 et 1990, par les dictatures militaires au Chili, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay ».

Rappelons à cet égard ce que l’auteur sait mieux que quiconque : en fait de « passivité » ou de « complicité » des « démocraties occidentales », c’est en réalité à l’instigation directe de celles-ci, et avec leur concours actif, que les coups d’Etat sanglants ont été menés à bien. Pour autant, l’on ne sache pas qu’à l’époque, les démocrates de ces pays aient sollicité des raids aériens sur Santiago, ou l’envoi de commandos à Buenos-Aires. C’est par eux-mêmes – et jamais de l’extérieur – que les peuples se libèrent.

Au-delà du cas libyen, c’est bien ce point, le plus essentiel, qui mérite débat entre tous ceux qui se reconnaissent dans le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – ce qu’on appelait jadis l’anti-impérialisme. Jadis ? En fait jusqu’à ce que la chute de l’URSS et du pacte de Varsovie ouvre la voie à la reconquête de la totalité de la planète par le capitalisme, ses dominations et ses rivalités impériales. Et ne laisse d’autres choix aux pays que de s’aligner sur les canons (au sens religieux) des droits de l’homme, de l’Etat de droit et de l’économie de marché – trois termes devenus synonymes ; ou de se placer sous le feu des canons (au sens militaire) des gendarmes planétaires autoproclamés toute honte bue « communauté internationale ».

A cet égard, on peut évoquer une scène qui se déroula à Bruxelles, lors du sommet européen des 24 et 25 mars dernier. Il est près d’une heure du matin. Le président français déboule dans la salle de presse. Interrogé sur les bombardements engagés cinq jours plus tôt, il jubile : « C’est un moment historique. (…) ce qui se passe en Libye crée de la jurisprudence (…) c’est un tournant majeur de la politique étrangère de la France, de l’Europe et du monde ».

Nicolas Sarkozy dévoilait là en réalité ce qui est probablement l’objectif le moins visible, mais le plus lourd, de la guerre engagée. Le matin même, le conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU qualifiait également d’« historique » la résolution mettant en œuvre la « responsabilité de protéger », pour la première fois depuis l’adoption de ce redoutable principe en 2005. Edward Luck poursuivait : « Peut-être notre attaque contre Kadhafi (sic !) est-elle un avertissement à d’autres régimes » [5].

Certes, en matière d’ingérence armée contre un Etat souverain, ladite « communauté internationale » (à géométrie variable) n’en est pas à son coup d’essai. Mais c’est la première fois que le Conseil de sécurité de l’ONU donne son feu vert explicite, et que le secrétaire général de celle-ci, Ban Ki-moon, joue un rôle actif dans le déclenchement des hostilités. Il faut bien mesurer la portée d’une telle situation : la mise en cause brutale de la souveraineté des Etats légalisée – à défaut d’être légitime. Les oligarchies planétaires dominantes, qui ont pour horizon ultime une « gouvernance mondiale » sans frontière ont ainsi marqué un point considérable : l’interventionnisme (« préventif », précise même M. Luck) peut être désormais la règle.

Cette conception, qui contredit explicitement la Charte des Nations unies, constitue une bombe à retardement : elle sape le fondement même sur lequel celle-ci avait été écrite et pourrait signifier un véritable retour à la barbarie dans l’ordre des relations internationale.

Car la défense sans compromis du principe de non-ingérence ne relève en rien d’un culte intégriste, archaïque et obtus, mais d’abord d’une raison de principe : c’est à chaque peuple, et à lui seul, de déterminer les choix qui conditionnent son avenir, faute de quoi c’est la notion même de politique qui est vidée de son sens – et ce, quels que soient les chemins dramatiques que celle-ci doit parfois affronter.

Il en va de l’ingérence exactement comme de la torture : en principe, les gens civilisés sont contre l’emploi de cette dernière – mais il se trouve toujours quelqu’un pour affirmer qu’« en des cas extrêmes », on doit pouvoir faire une exception (« pour éviter des attentats meurtriers » disait-on lors des « événements » d’Algérie ; pour « éviter le massacre de civils », justifie-t-on aujourd’hui à l’Elysée et ailleurs). Or tout le prouve : dès lors qu’on admet une exception, on en admet dix, puis cent, car on a accepté le débat sordide qui met en balance les souffrances infligées à un supplicié et les gains qu’on en attend, toujours présentés sous un jour humaniste. Il en va de même avec le respect de la souveraineté : une seule exception mène à l’éradication de la règle.

Il n’y a aucune – aucune ! – circonstance qui justifie l’ingérence. Quand bien même Nicolas Sarkozy mènerait une politique totalement contraire aux intérêts de son pays et de son peuple (hypothèse absurde, bien sûr), cela ne justifierait en rien que les avions libyens – ou bengalais, ou ghanéens – ne descendent en piqué sur les Champs-Élysées.

A cet égard, on reste perplexe devant l’affirmation selon laquelle « l’Union européenne a une responsabilité spécifique. Pas seulement militaire. Elle doit penser à la prochaine étape de consolidation des nouvelles démocraties qui surgissent dans cette région si proche ». Force est de constater que Ramonet reprend mot pour mot les ambitions affichées par Bruxelles. Passons sur le « pas seulement militaire » qui signifie, si les mots ont un sens, que l’UE serait fondée à intervenir aussi militairement. Mais cette « responsabilité spécifique » dont ne cessent de se réclamer les dirigeants européens, qui donc leur aurait confiée ? La « bienveillance » qui échoirait naturellement au voisinage et à la puissance ? Voilà précisément la caractérisation même d’un empire – fût-il ici en gestation.

On ne peut s’empêcher de penser au discours que tint à Strasbourg l’actuel président de la République – c’était en janvier 2007, il était en campagne et entendait confirmer son engagement d’« Européen convaincu ». Il exaltait alors « le rêve brisé de Charlemagne et celui du Saint Empire, les Croisades, le grand schisme entre l’Orient et l’Occident, la gloire déchue de Louis XIV et celle de Napoléon (…) » ; dès lors, poursuivait Nicolas Sarkozy, « l’Europe est aujourd’hui la seule force capable (…) de porter un projet de civilisation ». Et de conclure : « je veux être le président d’une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification (sic !) après douze siècles de division et de déchirements (…). L’Amérique et la Chine ont déjà commencé la conquête de l’Afrique. Jusqu’à quand l’Europe attendra-t-elle pour construire l’Afrique de demain ? Pendant que l’Europe hésite, les autres avancent ».

Ne voulant pas être en reste, Dominique Strauss-Kahn appelait de ses vœux, à peu près à la même époque, une Europe « allant des glaces de l’Arctique au nord jusqu’aux sables du Sahara au sud (…) et cette Europe, si elle continue d’exister, aura, je crois, reconstitué la Méditerranée comme mer intérieure, et aura reconquis l’espace que les Romains, ou Napoléon plus récemment, ont tenté de constituer  ». Du reste, la plus haute distinction que décerne l’UE a été baptisée « prix Charlemagne » – indice de ce que fut l’intégration européenne dès son origine, et n’a jamais cessé d’être : un projet nécessairement d’essence impériale et ultralibérale.

Le débat ne porte donc pas sur le point de savoir si le colonel Kadhafi est un enfant de chœur exclusivement préoccupé du bonheur des peuples, mais bien sur ce qui pourrait caractériser le monde de demain : le libre choix de chaque peuple de déterminer son avenir, ou la banalisation et la normalisation de l’ingérence, fût-ce sous les oripeaux des « droits de l’Homme » ?

Car il faut rappeler une évidence : l’ingérence n’a jamais été, et ne sera jamais, que l’ingérence des forts chez les faibles. Le respect de la souveraineté est aux relations internationales ce que l’égalité devant le scrutin – un homme, une voix – est à la citoyenneté : certes pas une garantie absolue, loin s’en faut, mais bien un atout substantiel contre la loi de la jungle. Celle-là même qui pourrait bien s’instaurer demain sur la scène mondiale.

Et si tout cela parait trop abstrait, l’on peut revenir à l’histoire récente de la Libye. Après avoir été pendant des années soumis à l’embargo et traité en paria, le colonel Kadhafi a opéré le rapprochement évoqué ci-dessus avec l’Ouest, ce qui s’est notamment concrétisé, en décembre 2003, par le renoncement officiel à tout programme d’armement nucléaire en échange de garanties de non-agression promises notamment par Washington. Force est de mesurer, huit ans plus tard, ce que valait cet engagement : il a été tenu jusqu’au jour où l’on a estimé qu’on avait des raisons de le piétiner. Du coup, aux quatre coins du globe, chacun est à même de mesurer ce que vaut la parole des puissants, et quel prix ils accordent au respect des engagements souscrits.

Les dirigeants de la RPDC (Corée du Nord) se sont ainsi félicités publiquement de ne pas avoir cédé aux pressions visant à leur faire abandonner leur programme nucléaire. Ils ont eu raison. Il serait logique qu’à Téhéran, à Caracas, à Minsk et dans bien d’autres capitales encore, on tire également les conséquences qui s’imposent. Ce serait même parfaitement légitime.

A peine quelques mois avant la Libye, il y eut la Côte d’Ivoire – autre fierté sarkozienne : déjà le Conseil de sécurité de l’ONU y avait béni la politique de la canonnière, au seul prétexte de l’irrégularité alléguée d’une élection – une première !

Et déjà les Occidentaux briquent leurs armes (militaires et idéologiques) pour de prochaines aventures. Ainsi « Paddy » Ashdown – qui fut notamment Haut Représentant de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine pendant quatre ans… – vient-il de confier au Times [6] qu’il convenait désormais d’adopter et de s’habituer au « modèle libyen » d’intervention, par opposition au « modèle irakien » d’invasion massive, qui a montré ses insuffisances.

Pour sa part, le secrétaire général de l’OTAN, plaidait, le 5 septembre, pour que les Européens intègrent mieux leurs moyens militaires en cette période de restrictions budgétaires. Car, pour Anders Fogh Rasmussen, « comme l’a prouvé la Libye, on ne peut pas savoir où arrivera la prochaine crise, mais elle arrivera ». Voilà qui a au moins le mérite de la clarté.

A cette lumière, est-il bien raisonnable d’analyser la crise syrienne comme le soulèvement d’un peuple contre le « tyranneau » Bachar El-Assad ? Il n’est pas interdit de penser au contraire que ce dernier est en réalité « le suivant » sur la liste des chancelleries occidentales. Dès lors, n’y a-t-il rien de plus urgent, au regard même de la cause de l’émancipation des peuples, que de s’aligner, fut-ce involontairement, sur ces dernières ?

Eu égard aux engagements d’Ignacio Ramonet, on ne lui fera pas l’injure de l’assimiler à la « gauche », qui a depuis longtemps renoncé à lamémoire des luttes. Mais force est de constater qu’il se situe en l’espèce dans la foulée de cette dernière qui a sans hésiter choisi son camp dans l’affaire libyenne. Ce qui illustre une nouvelle fois ce triste paradoxe de notre époque : les forces du capital mondialisé et de l’impérialisme revigoré trouvent désormais l’essentiel de leurs munitions idéologiques à « gauche » – des « droits de l’Homme » à l’immigration, de l’écologie au mondialisme (qui est l’exact contraire de l’internationalisme). Mais cela est un autre débat.

Quoique.

Pierre Lévy

Libye: la ville de Tawergha enfin libérée de ses habitants par les « rebelles » de Sarkozy

11 septembre 2011

Il y a un mot de la langue française qui est fichtrement mal employé depuis quelques temps, c’’est le mot « révolutionnaire » appliqué aux prétendus rebelles qui sont entrés dans la capitale libyenne sous les auspices de l’OTAN et qui assiègent en ce moment certaines villes irrédentistes comme Beni Walid ou Syrte. Villes que l’OTAN bombarde d’ailleurs copieusement car les fameux « rebelles » n’ont jamais emporté le moindre succès militaire sans que l’OTAN mette sérieusement la main à la pâte.

Et force est de dire que plus on en apprend sur ces révolutionnaires, plus on les trouve abjects. Ce qui n’a rien d’étonnant quand on voit qui les soutient : les militants tiers-mondistes «Fidel» Sarkozy et  «Che» Cameron, les princes « rouges » du Qatar et d’Arabie Saoudite, sans oublier  le grand émancipateur, « Nelson Botula » Henri-Lévy.

L’article que je vous propose s’inscrit dans le sillage d’autres  informations qui émergent sur la mentalité des cinglés que l’OTAN a chargé d’apporter la démocratie en Libye.

Vous me direz que c’est une preuve de la liberté d’informer. Certes, il est difficile dans un monde « globalisé » comme on dit de tout mettre sous le boisseau et les journalistes n’ont pas forcément tous perdu leur professionnalisme.

Mais pour que des informations comme celles-ci puissent paraître, il faut le plus souvent respecter certaines conditions : la première est qu’il faut donner la raison des agissements des criminels, en faisant éventuellement comprendre que ce n’est pas une bonne raison, mais  sans souligner ce fait que ce n’est pas une bonne raison. Un lecteur peu attentif retiendra qu’il y a une rationalité compréhensible dans la démarche des « rebelles ».

La deuxième condition est de charger l’autre camp de crimes encore plus abjects ; des crimes dont on attend bien entendu les preuves.

Et puis admirez le procédé : une ville qui était comme toute autre ville la ville de ses habitants est devenue par la magie d’un titre « la ville de Kadhafi. » Après tout, si c’était la ville de Kadhafi, tout est donc permis…

Personnellement, je ne peux que souhaiter la défaite de ces prétendus rebelles. De la même manière, je ne peux que souhaiter la comparution devant un tribunal des dirigeants politiques qui leur ont permis de commettre leurs exactions et dont les armes, avions, navires de guerre, ont semé mort et destruction en Libye.

Un de ces dirigeants vient de commémorer en son palais présidentiel les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Il n’a vraiment honte de rien, lui dont les armes ont tué et continuent à tuer  bien plus de personnes en Libye.

D’ailleurs, vous ne trouverez rien dans la presse française sur ce crime de guerre commis à Tawergha.

La ville fantôme de Kadhafi après le retrait des loyalistes

Andrew Gilligan visite les lieux  qui semblent être ceux des premières grandes représailles contre les partisans du régime de Kadhafi

Par Andreew Gilligan à Tawergha, The Telegraph (UK) 11 septembre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Jusqu’au  mois dernier, la ville de Tawergha abritait 10 000 civils.

Mais à l’heure du crépuscule la semaine dernière, les immeubles d’habitation s’étirent noirs et morts, au loin, et les seuls êtres à se mouvoir sont des moutons.

Ce secteur pro Kadhafi a été vide de sa population, vandalisé et partiellement incendié par les forces rebelles. Le Sunday Telegraph a été le premier à visiter les lieux de ce qui semble avoir été les premières représailles majeures contre des partisans de l’ancien régime.

“Nous leur avions donné trente jours pour partir,” explique Abdul el-Mutalib Fatateth, l’officier qui commande la garnison rebelle à Tawergha, tandis que ses soldats jouent au baby-foot devant un immeuble d’habitation vide. « Nous avions dit que s’ils ne partaient pas, ils seraient pris par la force et emprisonnés. Tous sans exception sont partis et nous ne leur permettrons jamais de revenir. »

Les habitants de Tawergha et leurs voisins de Misurata, à une trentaine de kilometers plus loin, étaient dans des camps opposes pendant la révolution libyenne. Tandis que les habitants de Misurata assiégée luttaient courageusement pour sauver leur ville des forces e Kadhafi qui l’encerclaient, certains des obus d’artillerie qui leur tombaient dessus venaient de Tawergha.

“Nous leur avions demandé de ne pas nous combattre, parce qu’ils sont nos frères mais ils avaient continué à le faire, » affirme M. Fatateth. Mais il semble reconnaître que les habitants de la ville avaient été pris entre deux feux puisqu’il explique que « Kadhafi prenait les gens de Tawergha et s’en servait comme boucliers humains quand ses troupes approchaient de Misurata. »

Les rebelles disent que des civils volontaires de Tawergha étaient avec les soldats de Kadhafi quand ils ont pillé des dizaines de maisons à Misurata en mars. Il y a aussi des allégations, impossibles à vérifier, de viols et d’autres exactions commis par des gens de Tawergha.

Quelle que soit la vérité, il n’y aura sans doute guère de place pour la réconciliation dans ce coin de la nouvelle Libye. Pour la première fois dans [la couverture médiatique de] la révolution libyenne, nous avons pu voir un grand nombre de maisons et pratiquement chaque boutique, systématiquement saccagés, pillés ou incendiés.

Même l’hôpital local a été saccagé. Les lits ont été tirés hors des chambres et lacérés. Les vitres des fenêtres et des portes ont été cassées. Les médicaments, les ordonnanciers et les feuilles d’imprimante ont été éparpillés dans les couloirs, et les médecins et les infirmières ont disparu avec tous les autres.

A l’extérieur, il faut faire attention à ne pas marcher sur une des mines anti-personnel qui jonchent le trottoir.

L’explication de tout ça se trouve dans les drapeaux verts de Kadhafi qui flottent encore devant de nombreux  appartements. Il est hors de doute que cette ville était un soutien du régime. Mais ce soutien semble s’être exprimé à différents niveaux.

Certaines des maisons ont apparemment servi à combattre, et ont des impacts de balles sur les murs. Par contre, la majorité des propriétés pillées ou vandalisées n’en avaient aucun.

M. Fatateth assure que certaines avaient été investies par des miliciens pro Kadhafi après la fuite des civils et que deux jours de bataille avaient suivi avec les forces rebelles les 10 et 11 août.

Et comme souvent en Libye, il y a aussi un soubassement raciste. Beaucoup d’habitants de Tawergha, quoique n’étant pas des immigrés ni de ces mercenaires Africains de Kadhafi dont on parle tant, sont des descendants d’esclaves, et ont la peau plus foncée que beaucoup de Libyens.

Au bord de la route qui mène à Tawergha, la brigade de Misurata a peint un slogan qui dit  » la brigade de nettoyage des esclaves [et] des peaux noires ».

“Nous avons rencontré des habitants de Tawergha en détention, emmenés de chez eux simplement pour être de Tawergha, » explique Diana Eltahawy, une enquêtrice d’Amnesty International qui se trouve actuellement en Libye. « Ils nous ont dit avoir été forcés de s’agenouiller et avoir été frappé avec des bâtons. »

Même la fuite n’est, semble-t-il, pas suffisante pour se sauver. Des gens de Tawergha ont été arrêtés à des barrages routiers, pris dans des hôpitaux ou arrêtés dans la rue. « Ils ont vraiment peur. Ils n’ont nulle part où aller, » déclare Mme Eltahawy.

Amnesty dit avoir vu le 29 août un patient originaire de Tawergha emmené de l’hôpital central de Tripoli par trois hommes, dont un armé, pour « interrogatoire à Misurata ». Amnnesty a aussi appris qu’au moins deux personnes originaires de Tawergha avaient disparu après avoir été emmenés d’hôpitaux de Tripoli pour interrogatoire. Un contrôleur aérien de 45 ans et son oncle ont été arrêtés par des rebelles armés alors qu’ils faisaient des courses dans le quartier Firnaj de Tripoli le 28 août.

Ils avaient été emmenés dans les quartiers du Conseil Militaire à l’aéroport de Mitiga, tout près de la capitale à l’est.. Ces hommes ont déclaré à Amnesty avoir été frappés à coups de crosse de fusil et reçu des menaces de mort. Tous deux ont été détenus plusieurs jours à Mitiga et sont toujours prisonniers à Tripoli.

Beaucoup d’habitants de Tawergha se terrent maintenant dans des campements de fortune près de Tripoli. Mais même là-bas, ils ne sont pas en sûreté. Dans un camp, un groupe d’hommes armés a fait irruption et a arrêté une dizaine d’habitants de Tawergha. Leur sort reste inconnu. Une autre femme du camp dit que son mari a quitté le camp pour aller faire une course au centre de la capitale il y a une semaine. Elle ne l’a pas revu depuis.

“Si nous retournons à Tawergha, nous serons à la merci de la brigade de Misurata,” explique un des réfugiés qui refuse qu’on donne son nom. « Quand ils sont entrés dans notre ville à mi-Ramadan [mi-août] et l’ont bombardée, nous nous sommes enfuis avec seulement nos vêtements sur le dos. Je ne sais pas ce qu’il est advenu de nos maisons et nos biens. Je suis maintenant ici dans ce camp, mon fils est malade et j’ai trop peur pour aller à l’hôpital en ville. Je ne sais pas ce qui va nous arriver maintenant. »

Les exactions des rebelles ne sont rien en comparaison de celles du régime. Les gens qui ont vu les squelettes calcinés de prisonniers, massacrés à la mitrailleuse pendant la retraite de la brigade Khamis de Kadhafi ou qui ont assisté aux bombardements indiscriminés sur Misurata n’oublieront pas ces scènes de si tôt.

Mais les vieilles habitudes répressives des Libyens pourraient bien se réveiller spontanément..

Et ce n’est pas la première fois que des civils pro Kadhafi ont souffert de représailles. En juillet, alors que les rebelles quadrillaient les montagnes du Nefousa, le village de Gawalish a subi un sort tout à fait similaire. Beaucoup de ses habitants, des retraités et de jeunes enfants ne pouvaient tout simplement pas avoir participé à une quelconque action militaire pour le régime.

Dans la ville fantôme de Tawergha, on éprouve peu de sympathie pour la situation critique des victimes.

Selon M. Fatateth, “Le conseil militaire va decider de ce qui se passera pour les habitations. Mais les habitants de Tawergha devront passer sur nos cadavres pour revenir. »

Ibrahim al-Halbous,, un aute chef rebelle local, le dit encore plus simplement.

«Tawergha n’existe plus,» dit-il.

Les crimes de guerre de la France en Libye

21 juin 2011

J’avais commencé à traduire cet article du Guardian avant de m’apercevoir que le magazine Courrier International avait réalisé sa propre traduction. Je vous propose donc cette dernière.

Je ne sais même pas s’il est besoin de commenter tant l’attitude de la presse française vient finalement s’accorder à l’hypocrisie du gouvernement de M. Sarkozy. Il y a un mot en anglais pour désigner ce genre de presse qui sévit dans les démocraties avances: corporate. Un mot qui souligne le rapport de ces media aux grandes entreprises et aux oligarchies politiques et économiques.

Certains disent que le colonel Kadhafi est fou en plus d’être un autocrate. Peut-être. Au moins c’est un fou qui n’a pas été élu, ce qui est sans doute un signe de la santé mentale du peuple libyen.

 

Le silence de la croisade de Sarkozy devant les victimes civiles en Libye

par Nabila ramdani, The Guardian (UK20 juin 2011

Il y a à peine plus de trois mois, Nicolas Sarkozy conviait la presse mondiale à l’Elysée pour annoncer le début de son offensive aérienne contre la Libye. Le Conseil de sécurité des Nations unies venait tout juste [le 17 mars] de voter la résolution 1973 — qui autorisait une intervention pour « protéger les populations civiles » —, et les dirigeants occidentaux, dont David Cameron et Hillary Clinton, s’étaient retrouvés à Paris pour peaufiner les détails des opérations militaires, mais plus rien n’arrêtait « Speedy Sarko ». Entrant fièrement par une double porte dans un des salons grandioses de l’Elysée, le président français avait déclaré aux journalistes, avec un rictus déterminé, qu’en « ce moment même » (voix forte, torse bombé et menton levé), les as français pulvérisaient les chars et les soldats de Kadhafi sur une vague route perdue à l’ouest de Benghazi. 

Peut-être les Rafale qui s’acquittaient de la tâche étaient ceux-là même que Sarkozy avait tenté de vendre à Kadhafi lors de sa visite d’Etat à Paris, seulement quatre ans plus tôt, mais qu’iimporte : l’heure était à la célébration d’une initiative martiale bleu-blanc-rouge, non au souvenir d’échecs commerciaux. A écouter Sarkozy, on aurait pu croire qu’il parlait du général Philippe Leclerc et de sa 2e DB, fer de lance de la libération de Paris en 1944. La gigantesque machine de guerre américaine assurait peut-être une fois encore l’essentiel de l’offensive, mais les véritables héros qui se trouvaient en première ligne en Libye brandissaient les couleurs sacrées de la France. Autant d’allusions que la presse française buvait comme du petit lait, impatiente d’assister à une aventure militaire brutale mais rapide qui aboutirait au renversement d’un tyran et l’empêcherait de « tuer son propre peuple ». Dans le même temps, Sarkozy pourrait profiter de cette honorable croisade contre un ancien allié pour faire oublier ses piètres prestations sur le plan intérieur. Aujourd’hui, cette même presse hexagonale se fait étrangement silencieuse alors que, selon toute hypothèse, ce serait un missile français qui aurait frappé un pâté de maisons à Tripoli [le 19 juin aux petites heures de la matinée], tuant au moins neuf civils, dont de jeunes enfants, et en blessant des dizaines d’autres. Des journalistes qui font autorité, y compris britanniques, travaillant en Libye, estiment que « la défaillance du système d’armes » (jargon de l’OTAN) est due à une erreur de l’armée française. Or Paris a dans les faits imposé un black-out sur ce sujet dans la presse. Le lendemain de cette attaque meurtrière, pas un mot dans la presse française, à la télévision ou à la radio, sur les éventuels responsables. « Peu importe qui a tiré ce missile », m’a dit une source du ministère de la Défense. « C’est une opération conjointe — nous y participons tous. » Quand je lui a demandé directement si c’était un missile français qui avait tué des civils, il m’a répondu : « Sans commentaire. » Des commentateurs plus sceptiques m’affirment que cette intervention coûte à la France l’équivalent de plus de 1 million d’euros par jour, que les équipages des avions et bateaux sont « dangereusement » surmenés, et que la stratégie de Kadhafi, terré dans son bunker, est payante. De manière tout aussi pertinente, certains analystes militaires précisent que les missiles air-sol français SCALP, peut-être à l’origine de ce drame, coûteraient jusqu’à 800 000 euros chacun. Mais le vrai coût de l’enlisement de cette guerre sordide s’avère bien plus élevé. Sarkozy et ses généraux commencent à s’en apercevoir.


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