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Sur les crimes de guerre russes à Alep

9 octobre 2016

Le blogueur américain Moon of Alabama est sans doute un des observateurs les plus perspicaces de la situation en Syrie et de l’escalade à laquelle on assiste dans ce pays entre la Russie et les Etats Unis, la diplomatie française ne dédaignant pas le rôle d’idiot utile de l’Oncle Sam.

Ici, Moon of Alabama analyse la dernière évolution sur le plan diplomatique avec les accusations de crimes de guerre portées par le Secrétaire d’Etat américain John Kerry à l’encontre de l’armée russe en Syrie.

Et le blogueur fait parfaitement le lien entre la situation intérieure aux Etats Unis et ce moment politique dont un point culminant aura été le veto opposé par la Russie à un projet de résolution déposé par la France à l’ONU.

Une administration Obama désespérée recourt au mensonge et peut-être plus.

Moon of Alabama (USA) 8 octobre 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le 28 septembre, la mission diplomatique française à l’ONU a affirmé que deux hôpitaux d’Alep-est avaient été bombardés. Elle documentait l’événement avec la photo de bâtiments détruits à Gaza. Les Français ont par la suite effacé ce tweet.

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Ce n’est pas la première fois que de telles affirmations mensongères et manipulations sont faites par des officiels occidentaux. Mais habituellement ils évitent les mensonges purs et simples.

Pas le Secrétaire d’Etat des Etats-Unis John Kerry. Dans un point de presse hier, avant les discussions sur une nouvelle résolution de l’ONU avec le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, il a déclaré (à 1″ dans la vidéo) au sujet de la Syrie :

La nuit dernière, le régime a attaqué encore un autre hôpital, 20 personnes ont péri et 100 ont été blessées. Et la Russie et le régime doivent au monde plus qu’une explication sur la raison pour laquelle ils continuent à frapper des hôpitaux, des structures de soins et des femmes et des enfants. Ce sont des actes qui exigent une enquête appropriée pour crimes de guerre. Et ceux qui les commettent devront et doivent être tenus pour responsables de ces actions.

Aucune organisation de l’opposition n’a soutenu qu’un événement d’une telle gravité s’était produit. Aucune. Aucune agence de presse n’en a trace. L’officine de désinformation du MI-6, l’OSDH [Observatoire Syrien des Droits de l’Homme] en Grande Bretagne, qui recense avec une certaine fiabilité toutes les pertes annoncées et est souvent cité par les « médias occidentaux » n’a rien dit concernant un événement de ce genre en quelque lieu en Syrie.

Le grave incident affirmé par Kerry ne s’est pas produit. Kerry l’a inventé. (Etait-il prévu qu’il se produise et Kerry a-t-il omis la note de service ?). Kerry s’est servi de ce mensonge pour appeler à une enquête et des sanctions pour crime de guerre. Il l’a fait devant des caméras, pendant un événement officiel avec un hôte étranger dans le contexte d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU.

C’est grave. C’est presque aussi grave que les affirmations mensongères de Colin Powell sur les armes de destruction massive en Irak devant le Conseil de Sécurité de l’ONU.

Les premiers reportages, comme celui-ci sur CBSNEWS répètent les assertions de Kerry:

Kerry a déclaré que les forces syriennes ont touché un hôpital la nuit dernière, tuant 20 personnes et en blessant 100, décrivant ainsi ce qui serait la plus récente frappe par Moscou ou son allié de Damas sur une cible civile.

Mais l’article du New York Times qui traite de l’événement, s’il parle bien de la demande par Kerry d’une enquête pour crime de guerre, ne mentionne pas ses affirmations sur le bombardement de l’hôpital. Il n’en dit rien. Pour l’auto-proclamé « journal de référence », le mensonge de Kerry n’a jamais existé. Même chose au Washington Post dont l’article ne mentionne pas l’affirmation mensongère de Kerry.

La dernière dépêche de l’AP rédigée par Matthew Lee omet aussi le mensonge. C’est bizarre parce que Matt Lee en est à l’évidence conscient. Le point de presse quotidien du Département d’Etat a un long passage sur cet aspect. La vidéo (à 3″ »30′) montre que c’est Matt qui pose ces questions:

QUESTION:  Okay. Sur la Syrie et les propos du Secrétaire d’Etat dans la matinée : Savez-vous de quel bombardement il parlait dans ses propos sur un hôpital bombardé dans la nuit à Alep?

MR KIRBY: I think the Secretary’s referring actually to a strike that we saw happen yesterday on a field hospital in the Rif Dimashq Governorate. I’m not exactly positive that that’s what he was referring to, but I think he was referring to actually one that was –

Je crois que le Secrétaire d’Etat faisait en réalité allusion à une frappe dont nous avons appris qu’elle s’est produite hier sur un hôpital de campagne dans le gouvernorat de Damas Rif. Je ne suis pas tout à fait certain que c’est à cela qu’il faisait allusion, mais je pense qu’il faisait allusion à un bombardement qui…

QUESTION: pas un bombardement sur Alep?

MR KIRBY:  Je crois que c’était – je pense que c’était – je crois qu’il – je suppose qu’il – je suppose qu’il s’est un peu trompé sur la localisation en faisant allusion à…-

QUESTION:  mais vous n’avez pas de certitude cependant?

MR KIRBY: Non. Pour ce que j’en sais d’après mes informations, c’est qu’il faisait plus probablement allusion à un bombardement hier dans le gouvernorat mais c’était peut-être une erreur de bonne foi.

QUESTION: Si nous pouvions – si nous avions la possibilité de trancher avec certitude sur ce dont il parlait…

MR KIRBY: Je ferai tout mon possible, Matt.

Le passage dure encore. Mais il n’y a pas eu de bombardement dans le Rif de Damas, ni à Alep. Par la suite, Kirby, le porte-parole du Département d’Etat reconnaît pour l’essentiel que Kerry a menti : « Je ne peux pas le confirmer. »

Il s’avère aussi que Kerry n’a pas la moindre preuve d’un quelconque crime de guerre et aucune possibilité crédible d’initier une procédure criminelle internationale sur de tels crimes. Et dans quel but ? Pour intimider la Russie ? Peu de chances que ça marche, ce serait une démarche sans espoirs et Kerry devrait le savoir.

Kerry est désespéré ; Il a complètement perdu la main en Syrie. La Russie joue le premier rôle et fera tout ce qu’i soit être fait. L’administration Obama, à part commencer une guerre mondiale, n’a plus aucun moyen d’influer significativement sur l’action de la Russie.

Kerry n’est qu’un instrument parmi d’autres de l’administration Obama. Dans la journée, le directeur de la National Intelligence des Etats Unis James Clapper a émis d’autres accusations contre la Russie :

La communauté du renseignement des Etats Unis est convaincue que le gouvernement russe a dirigé les récentes intrusions dans les courriers électroniques de personnes et d’institutions américaines, dont ceux d’organisations politiques américaines. La récente divulgation du contenu d’e-mails présumés piratés sur des sites comme DCLeaks et WikiLeaks et par Guccifer 2.0 correspondent bien aux méthodes et aux motivations d’agissements dirigés par les Russes. Ces piratages et ces divulgations ont pour but d’interférer avec le processus électoral aux Etats Unis. Une telle activité n’est pas nouvelle de la part de Moscou – les Russes ont utilisé des procédés et des techniques semblables à travers l’Europe et l’Eurasie pour, par exemple, influencer l’opinion publique dans ces régions. Nous croyons, sur la base de l’étendue et de la précision de ces agissements, que seuls de hauts responsables officiels russes pouvaient avoir autorisé ces activités.

Traduction : « NOUS NE SAVONS pas du tout (« Nous sommes convaincus », « nous croyons », « dirigées ») qui a commis ces piratages et NOUS N’AVONS pas la moindre preuve (« correspondent bien », « sur la base de l’étendue et de la précision ») que la Russie est impliquée, alors laissez-moi vous jeter un peu de poudre aux yeux et essayer de vous embobiner tous autant que vous êtes. »

L’ancien ambassadeur de Grande Bretagne Craig Murray qualifie cela de flagrant mensonge néocon. C’est pourtant à l’évidence le DNC (Democratic National Committee)  qui a manipulé le processus électoral en, en contradiction avec son mandat, promouvant Clinton face à Sanders. Les hackers en ont simplement donné la preuve. Il est également facile de voir pourquoi ces accusations sont lancées maintenant. Murray :

Que l’administration Obama fasse une accusation formelle contre la Russie sans se baser sur une seule preuve est, en soi, étonnant. Mais elle est motivée par le désespoir. WikiLeaks a déjà annoncé disposer d’un énorme stock d’autres éléments relatifs aux manigances d’Hillary. La Maison Blanche cherche simplement à les discréditer à l’avance en les associant mensongèrement entièrement aux services secrets russes.

L’administration Obama est en train de perdre. Sur la Syrie comme sur les élections, elle ne peut plus affirmer ses volontés. Trump, en dépit de tous les propos grossiers qu’il peut tenir, a une chance significative d’accéder à la présidence. Lui (-44%) et Clinton (-41%) sont plus détestés par l’électorat américain que Poutine (-38%). N’importe quelle solution en Syrie sera plus à l’avantage de la Russie que de Washington.

Un tel désespoir peut être dangereux. Mentir sur la Russie est une manière pour Kerry de s’accrocher désespérément. Le président et ses collègues au Pentagone et à la CIA ont des moyens plus énergiques [kinetic] de s’exprimer. Iraient-ils jusqu’à ordonner quelque chose de vraiment stupide ?

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Syrie: information de terrain et terrain de propagande

1 juillet 2013

Je vous livre ce papier de Patrick Cockburn à peu près tel quel. Cockburn attire notre attention sur l’information propagande en Syrie d’où qu’elle vienne, même s’il observe qu’à ce jeu les « rebelles » sont bien plus compétents que le pouvoir en place et bénéficient d’oreilles pour le moins complaisantes dans les médias occidentaux.

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Patrick Cockburn est un journaliste irlandais

Ce n’est pas que je n’aimerais pas commenter un peu plus cet article, mais je suis crevé du fait de mes activités professionnelles très denses en ce moment. J’ai d’ailleurs renoncé à traduire les quelques vers de Milton en fin d’article (traduire de la poésie est un exercice d’une difficulté redoutable).

La représentation du conflit par les medias internationaux est dangereusement imprécise

Regard sur le monde: Il est naïf de ne pas admettre que les deux parties sont capables de manipuler les faits pour servir leurs propres intérêts

Par Patrick Cockburn, The Independent (UK) 30 juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Chaque fois que je viens en Syrie, je suis frappé par la façon dont la situation sur le terrain diffère de la façon dont elle est dépeinte à l’étranger.  Les informations sur le conflit syrien  données par les médias étrangers sont certainement aussi inexactes et trompeuses que tout ce que nous avons vu depuis le début de la Première Guerre mondiale. Je suis incapable de penser à une autre guerre ou  une autre crise parmi celles que j’ai couvertes  dans laquelle des sources propagandistes, tendancieuses ou de seconde main ont été aussi facilement acceptées par les journalistes comme attestant de faits objectifs.

Une conséquence de ces distorsions est que les politiciens comme le consommateur ordinaire de journaux  et d’informations télévisées  n’ont jamais eu  ces deux dernières années une idée claire de ce qui se passe à l’intérieur de la Syrie. Pire encore, des plans à long terme sont basés sur ces idées fausses. Un rapport sur la Syrie publié la semaine dernière par l’International Crisis Group basé à Bruxelles, affirme que «une fois confiant en une victoire rapide, les alliés étrangers de l’opposition sont allés vers un paradigme dangereusement déconnecté de la réalité ».

Les slogans remplacent la politique: les rebelles sont représentés comme les gentils et les partisans du gouvernement comme les méchants ; si on lui donne plus d’armes, l’opposition peut soi-disant remporter une victoire décisive; soumis à une pression suffisante militaire, le président Bachar al-Assad acceptera  des négociations pour lesquelles une  des conditions préalables est la capitulationdu régime. Un des nombreux inconvénients de la rhétorique diabolisatrice à laquelle se sont adonnés  Susan Rice, nouvellement nommée conseillère à la sécurité nationale des USA, et William Hague, c’est qu’elle interdit des négociations sérieuses et un compromis avec le pouvoir en place à Damas. Et comme Assad contrôle la plus grande partie de la Syrie, Rice et Hague ont mis au point la recette pour une guerre sans fin tout en arguant de leur souci humanitaire pour la population syrienne.

Il est difficile de prouver la véracité ou la fausseté de toute généralisation sur la Syrie. Mais m’appuyant sur mon expérience de ce mois-ci , à voyager dans le centre de la Syrie entre Damas, Homs et la côte méditerranéenne, il est possible de montrer à quel point les informations dans les médias s’écartent nettement de la réalité sur le terrain. Ce n’est que par la compréhension et la prise en compte de l’équilibre réel des forces sur le terrain qu’on pourra arriver à un progrès quelconque vers une cessation de la violence.

Le mardi je suis allé à Tal Kalakh, une ville de 55.000 âmes, juste au nord de la frontière avec le Liban, qui était un bastion de l’opposition. Trois jours auparavant, les troupes gouvernementales ont repris la ville et 39 chefs de  l’Armée Syrienne Libre (ASL) avaient déposé les armes. Après avoir parlé avec des officiers de  armée syrienne, avec un transfuge de l’ASL et avec des habitants de la ville, il semblait évident qu’il n’y avait pas eu de passage instantané de la guerre à la paix [dans la ville]. C’était plutôt qu’il y avait eu une série de trêves et de cessez le feu arrangés par des notables de Tal Kalakh tout au long de l’année précédente.

Mais au moment même où je me trouvais dans la ville, Al Jazeera arabophone relatait des combats sur place entre l’armée syrienne et l’opposition. De la fumée était supposée s’élever au-dessus de Tal Kalakh comme les rebelles combattaient pour défendre leur place forte. Heureusement, cela apparaissait comme l’œuvre de l’imagination et, pendant les quelques heures que j’ai passées dans la ville, il n’y a pas eu de tirs, aucun signe que des combats avaient eu lieu et pas de fumée.

Bien sûr, toutes les parties dans une guerre prétendent qu’aucune position n’est perdue sans une défense héroïque contre un ennemi à la supériorité numérique écrasante. Mais un fait important a été occulté dans les comptes rendus dans les médias de ce qui s’est passé à Tal Kalakh: l’opposition en Syrie est fluide dans ses allégeances. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et les 11 membres des soi-disant «Amis de la Syrie », qui se sont réunis à Doha la semaine dernière, veulent armer les rebelles qui ne sont pas des fondamentalistes islamiques, mais l’écart n’est pas si grand entre ces derniers et ceux qui ne sont pas liés à al-Qaïda. Un combattant du Front al-Nosra affilié a al Qaïda a expliqué avoir fait défection pour un groupe plus modéré parce qu’il ne pouvait pas combattre sans cigarettes. Les fondamentalistes paient plus et, compte tenu de l’extrême paupérisation de nombreuses familles syriennes, les rebelles seront toujours en mesure faire de nouvelles recrues. « L’argent a une part plus importante que l’idéologie», m’a dit un diplomate en poste à Damas.

Alors que j’étais à Homs, j’ai eu un exemple de la raison pour laquelle la version des événements par les rebelles est si souvent acceptée par les médias étrangers de préférence à celle du gouvernement syrien. Elle est peut-être biaisée en faveur des rebelles ; mais souvent il n’y a aucune version gouvernementale des événements, ce qui laisse un vide comblé par les rebelles. Par exemple, j’ai demandé à aller dans un hôpital militaire dans le quartier al-Waar de Homs et j’en ai obtenu la permission, sauf que quand je me suis rendu sur place, on m’a refusé l’entrée. Pourtant, des soldats blessés au combat contre les rebelles seraient probablement  des défenseurs éloquents et convaincants du camp gouvernemental (j’avais visité un hôpital militaire à Damas où j’avais pu parler avec des soldats blessés). Mais l’obsession du gouvernement pour le secret signifie que l’opposition aura toujours une longueur d’avance quand il s’agit de faire un plaidoyer convaincant.

Retour dans le quartier chrétien de la vieille ville de Damas, où je suis installé, il y a eu une explosion près de mon hôtel jeudi. Je suis allé sur les lieux et ce qui s’est passé ensuite montre que rien ne peut remplacer la déclaration d’un témoin oculaire impartial. La télévision d’Etat prétendait que c’était un attentat-suicide, visant peut-être  l’Eglise orthodoxe grecque ou un hôpital chiite qui est encore plus proche. Quatre personnes avaient été tuées.

Je pouvais voir une petite indentation dans le trottoir qui m’avait paru très semblable à l’impact d’un obus de mortier. Il y a avait un peu de sang à proximité immédiate, quoique à environ une dizaine de mètres de l’impact. Alors que j’étais en train de regarder dans les parages, un second obus de mortier s’est abattu sur le toit d’une maison, tuant une femme.

L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), si souvent cité comme source par les journalistes étrangers, dira par la suite que ses propres investigations montraient que l’explosion avait été causée par une bombe laissée dans la rue.  En fait, pour une fois, il était possible de savoir avec certitude ce qui s’était passé, parce que l’hôpital chiite a une caméra de surveillance qui montre l’obus de mortier quelques fractions de secondes dans les airs juste avant de toucher le sol, puis la chemise blanche d’un passant qui a été tué par l’explosion. Ce qui venait de se produire était probablement un de ces habituels  bombardements  de mortier faits au hasard par les rebelles dans le quartier proche de Jobar.

Au milieu d’une guerre civile féroce, l’idée des journalistes selon laquelle l’une ou l’autre des parties au conflit, gouvernement ou rebelles, ne va pas  concocter ou manipuler des faites relève d’une crédulité intéressée. Pourtant, une bonne partie de la couverture de presse étrangère se fonde sur une telle hypothèse.

Le plan de la CIA et des Amis de la Syrie pour chercher en quelque sorte la fin de la guerre en augmentant la fourniture d’armes est également absurde. La guerre n’amènera que plus de guerre encore. Le sonner de John Milton, écrit pendant la guerre civile anglaise de 1648 en hommage au général parlementariste Sir Thomas Fairfax qui venait juste de s’emparer de Colchester, montre une plus profonde compréhension de ce à quoi ressemblent les guerres civiles que n’importe quoi qui a pu être dit par David Cameron ou William Hague. Il écrivait :

For what can war but endless war still breed?

Till truth and right from violence be freed,

And public faith clear’d from the shameful brand

Of public fraud. In vain doth valour bleed

While avarice and rapine share the land.

Si on en croit le bilan des victimes en Syrie, c’est au gouvernement syrien que Laurent Fabius devrait livrer des armes

28 juin 2013

Selon Rami Abdel Rahman de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), une prétendue ONG fréquemment citée par la presse quand elle évoque le bilan des victimes en Syrie, le nombre de tués dans ce pays a désormais passé la barre des 100 000.

Ces victimes se répartissent comme suit selon l’OSDH:

– 36 661 civils (dont 8 000 femmes et enfants)

– 13 539 combattants « rebelles »

– 2015 transfuges de l’armée gouvernementale

– 25 407 soldats de l’armée régulière

– 17 311 membre de milices et d’unités pro gouvernementales (dont des informateurs du régime)

Ce qui nous fait un total de 94 933 tués dont un peu plus d’un tiers de civils non combattants et non armés.

Vous notez comme moi que nous ne sommes pas à 100 000 morts.

C’est que ce bilan doit être complété ainsi que nous l’explique l’OSDH

« Ce bilan des tués ne comprend pas les plus de 10 000 détenus et personnes disparues dans les prisons du régime, ni les plus de 2 500 soldats de l’armée régulière et militants pro régime prisonniers des combattants rebelles, » précise l’OSDH sur son site web.

Le chiffre de 100 000 morts couramment repris par la presse ne correspond donc pas exclusivement à des victimes civiles, puisque la grande majorité des tués sont des combattants qu’ils appartiennent à l’un ou à l’autre camp.

En outre, comme le remarque Angry Arab et ainsi que le donnent à voir les chiffres de l’OSDH, les forces du gouvernement ou pro gouvernementales ont subi des pertes beaucoup plus élevées que les forces « rebelles »: 42 718 tués côté gouvernemental, contre 15 554 du côté  des »rebelles ».

Soit un rapport de presque 1 à 3 en faveur des rebelles.

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Rami Abdel Rahman: « ma calculatrice confirme que sept et trois fonttonze »

Si on en croit les chiffres de Rami Abdel Rahman, c’est plutôt le gouvernement syrien que Laurent Fabius devrait chercher à équiper parce que l’armée gouvernementale semble écrasée par le rouleau compresseur de l’opposition armée (mais démocratique).

Je conclurai en citant Angry Arab

Donc, le régime syrien utilise des avions de combat et des missiles Scud pour bombarder les rebelles et il se débrouille quand même pour subir plus de pertes que les rebelles? Comment est-ce possible? On ne peut l’expliquer que par le procédé utilisé par les rebelles: ils tendent à classer leurs propres pertes parmi les victimes civiles.

Ce qui signifie probablement, ainsi que je l’avais suggéré dans un précédent post, que les pertes civiles en Syrie sont beaucoup plus faibles qu’on ne le dit généralement, peut-être de l’ordre de quelques milliers au maximum (ce qui est encore trop) et pas causées uniquement, tant s’en faut, par les armes du gouvernement ou de milices pro Assad..

 

La Syrie, le gaz sarin et la propagande neurotoxique

15 juin 2013

La Syrie est une nouvelle version de l’enfer sous la direction d’un Belzébuth nommé Bachar al-Assad.

«Bachar » comme l’appellent « François » (Hollande) et «Lolo» (Laurent Fabius) ne recule effectivement devant aucun moyen pour faire souffrir les pires tourments à la population de son pays.

Le bilan des victimes a en effet de quoi faire réfléchir et frémir : entre 80 000 et 93 000 morts depuis le commencement de la crise dans ce pays début 2011.

Ces 80 000 ou 93 000 morts annoncés par l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH) seraient tous des civils, simples passants (sunnites) ou manifestants pacifiques (sunnites également).

Du moins si on en croit les titres de la presse écrite ou audiovisuelle.

Parce que même l’OSDH annonce que parmi les 80 000 ou 93 000 morts estimés, se trouveraient 25,040 policiers et soldats de l’armée syrienne et 17,107 miliciens favorables au régime, soit 42 147 hommes.

C’est-à-dire que les forces gouvernementales représentent entre 52,7 % et 46,83 % de ceux qui ont perdu la vie dans ce conflit.

On est donc loin d’une armée et de milices sauvages qui s’en prendraient à peu de frais à des civils désemparés !

D’autant que pour atteindre les 100 %, il faut compter les pertes parmi les forces « rebelles » que l’OSDH a semble-t-il quelque peine à évaluer clairement.

Si ces pertes sont sensiblement équivalentes à celles subies par les forces gouvernementales, la part des civils parmi les victimes se trouve donc réduite à la portion congrue. 

Tant mieux !

Surtout que, comme on le sait et comme nous l’a dit le journal Le Monde, le régime de «Bachar» n’a pas hésité à recourir à l’arme chimique, ce que vient de confirmer le gouvernement des Etats Unis pour la plus grande joie de «Lolo », de «François» et de « William » (Hague) qui se sentent désormais libres de soulager leur conscience en armant ouvertement les rebelles à des fins humanitaires.

Comme le reste, tout cela n’est que propagande qui s’inscrit dans une volonté de rééquilibrer les forces sur le terrain après les coups durs assénés aux «rebelles »  par l’armés syrienne à al Qusayr notamment.

L’article que je vous propose démonte incidemment la propagande sioniste qui nous montre périodiquement des exercices où on voit des civils s’entraîner à porter des masques à gaz parfaitement inutiles en cas d’attaque au gaz sarin.

Les experts en armement chimique restent sceptiques devant les affirmations des Etats Unis sur l’utilisation de gaz sarin par la Syrie

Par  Matthew Schofield | McClatchy Washington Bureau, 14 juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des experts en armes chimiques ont exprimé leur scepticisme vendredi au sujet des affirmations des Etats Unis selon lesquelles  le régime du président syrien Bachar al-Assad avait utilisé du sarin, un gaz neurotoxique, contre les rebelles à au moins quatre reprises ce printemps. Ces spécialistes disent que si l’utilisation d’une telle arme n’est pas impossible, ils n’ont pour l’instant pas constaté de signes caractéristiques d’une attaque au gaz sarin, malgré des mois de surveillance.

“C’est un peu comme Sherlock Holmes et le chien qui n’aboyait pas,” explique Jean Pascal Zanders, un éminent expert en matière d’armes chimiques qui encore récemment était directeur de recherche à l’European Union’s Institute for Security Studies. «Ce n’est pas seulement que nous ne pouvons pas prouver une attaque au sarin, c’est que nous ne constatons pas ce qu’on pourrait s’attendre à voir après une attaque au sarin.»

Au premier rang de ces éléments manquants, Zanders parle de photos et des vidéo prises avec des téléphones portables pendant les attaques ou juste après.

«Dans un monde où même l’exécution secrète de Saddam Hussein a été filmée par quelqu’un, il est illogique que nous ne voyions pas de vidéos, que nous ne voyions pas de photos montrant les cadavres des victimes montrant, et les visages rougis et les extrémités bleuies des personnes touchées », dit-il.

D’autres experts observent que s’ils étaient disposés à accorder à la communauté américaine du renseignement le bénéfice du doute, l’administration Obama doit encore offrir des détails sur les preuves qu’elle possède et sur la manière dont elle les a obtenues.

Le conseiller de la Maison Blanche pour la politique étrangère Benjamin Rhodes a donné les dates et les lieux des attaques présumées – le 19 dans le faubourg alepin de Khan al-Assal ; le 13 avril dans le quartier du Cheikh Maqsoud à Alep ; le 14 mai à Qasr Abou Samrah dans la province de Homs, et le 23 mai à Adra, à l’est de Damas. Mais il n’a donné aucun détail sur les combats qui s’étaient déroulés ni sur le nombre de tués dans chaque incident. Il a dit que les Etats Unis estimaient entre 100 et 150 le nombre total de morts.

« En fin de compte, sans plus d’informations, nous nous retrouvons dans l’obligation de faire confiance à l’intégrité de la communauté du renseignement américain dans sa démarche qui a abouti à une estimation avec un degré «élevé de confiance», écrit dans un email Greg Thielmann, directeur de recherche à la Washington Arms Control Association. Tout en disant  « mon intuition est qu’ils ont raison », il a également noté que la déclaration de la Maison Blanche a été « soigneusement et prudemment formulée » et qu’elle reconnaissait  l’absence d’une « chaîne continue de conservation des échantillons physiologiques prélevés sur ceux qui ont été exposés au sarin. « 

”Tous les doutes ne sont pas éliminés de mon esprit,” dit-il.

Philip Coyle, maître de recherche au Center for Arms Control and Non-Proliferation à Washington, observe que sans preuves publiques et solides, il est difficile pour les experts d’évaluer la validité de la déclaration de l’administration Obama. Il ajoute que de pour ce qu’on en sait, ce qui s’est produit ne ressemble pas à une série d’attaques au sarin à ses yeux.

«Sans échantillons sanguins, il est difficile de savoir», dit-il. « Mais j’avoue espérer qu’il n’y aura pas d’échantillon de sang, parce que j’ai encore bon espoir que le sarin n’a pas été utilisé. »

Même un partisan d’une assistance militaire aux rebelles par mes États-Unis a émis des doutes sur la motivation possible derrière l’annonce sur  la conclusion relative à l’utilisation d’armes chimiques.

Dans un plaidoyer passionné pour une implication américaine en Syrie, Anthony Cordesman, un expert en sécurité au Center for Strategic and International Studies à Washington, a écrit vendredi que « la« découverte »que la Syrie a utilisé des armes chimiques pourrait être un stratagème politique. » La phrase se trouvait dans un article qui présente des raisons stratégiques et humanitaires fortes pour une implication dans la crise, en particulier la récente participation Hezbollah libanais Hezbollah aux côtés d’Assad.

Les armes chimiques ont été au centre des discussions sur la Syrie depuis ce jour d’avril 2012 quand le président Barack Obama avait annoncé que l’usage de telles armes était une «ligne rouge» qui pourrait déclencher une implication militaire des Etats Unis. Depuis lors, les rebelles ont signalé l’usage probable d’agents chimiques en des dizaines d’occasions avec des niveaux de crédibilité variables.

Cependant, un seul rapport détaillé et indépendant sur une attaque chimique a été rendu public à ce jour – un long article dans le journal français Le Monde le mois dernier qui a amené les gouvernements britannique et français à écrire des lettres à l’ONU.

Zanders considère néanmoins qu’il y a beaucoup à redire sur cet article. Les photos et la vidéo qui accompagnent le reportage montrent des combattants rebelles qui se préparent à faire face à des attaques chimiques en portant des masques à gaz. Le sarin est absorbé par voie cutanée, et même de petites quantités peuvent tuer en quelques minutes.

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Mon masque à gaz me protège des armes chimiques de Bachar

Il fait aussi part de son scepticisme sur la description de la longue route qu’ont dû faire les victimes d’attaques chimiques pour être soignées, en passant par des trous dans les immeubles, sous des tirs nourris dans les rues, avant d’arriver dans des immeubles éloignés abritant des hôpitaux.

Zanders, qui a aussi dirigé le projet sur la guerre biologique et chimique au Stockholm International Peace Research Institute et a été le directeur de BioWeapons à Genève, observe que si le sarin avait été la substance chimique utilisée, les victimes seraient mortes bien avant d’avoir leur arrivée auprès des médecins pour recevoir des soins.

Zanders dit aussi être sceptique quant à l’utilisation de sarin là-bas parce qu’on n’a eu aucune information sur des secouristes ou des personnels soignants qui seraient morts du fait d’avoir été en contact avec des victimes. Les résidus du gaz sarin sont supposés persister sur les victimes et devraient infecter les secouristes qu’on voit souvent sur les vidéos rebelles démunis de protections en dehors de masques en papier.

Le Monde a rapporté qu’un médecin avait soigné une victime avec de l’atropine, ce qui est indiqué en cas d’empoisonnement par le sarin. Mais ce médecin a dit avoir injecté dans un bref intervalle quinze doses d’atropine, ce qui aurait tué le patient presque aussi sûrement que le sarin.


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