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Retour de bâton de la crise syrienne en Turquie?

5 août 2012

Je ne l’ai peut-être pas précisé, mais je ne suis pas forcément d’accord avec tout ce qui est dit dans les articles que je vous propose. Leur valeur porte le plus souvent pour moi sur un point particulier mais j’aime proposer des traductions intégrales autant que faire se peut pour enrichir la réflexion.

Par exemple, l’article du New York Times traduit ci-dessous semble confondre Alaouites et Alevis, deux sectes qui tout en étant apparentées ne se confondent pas.

Cet article vaut surtout en ce qu’il signale une montée de tension confessionnelle en Turquie. Si les tensions préexistaient à la crise syrienne, cette dernière n’a fait que les aiguiser au point que certains en viennent à craindre de graves conséquences sur les relations entre citoyens Turcs de diverses appartenances.

J’avais déjà évoqué les appréhensions des Alevis en les considérant comme un signe de plus de l’imprudence du gouvernement turc sur le dossier syrien avec des conséquences qui pourraient être un de ces fameux retours de bâton dont parle Pepe Escobar

Il en va des Alevis/Alaouites exactement comme des Kurdes auxquels Ankara reconnaît une quasi indépendance en Irak, tout en refusant l’autonomie des Kurdes de Syrie et en continuant sa chasse aux militants Kurdes en Turquie et au-delà.

Tiens, les Kurdes, peut-être une des raisons de l’alignement d’Ankara sur Washington ; on apprend en effet que le Congrès des Etats Unis vient de commencer l’examen d’une résolution anti-PKK (PKK = Parti des Travailleurs du Kurdistan). Cette résolution précise que le PKK est un ennemi de la Turquie et des Etats Unis. Un texte semblable a été présenté au Sénat, nous dit-on, sous l’impulsion du sénateur (indépendant) Joe Lieberman. Ce Lieberman n’est peut-être pas apparenté à son Avigdor Lieberman, le ministre des affaires étrangères de Tel Aviv, mais ils sont aussi ultrasionistes l’un que l’autre.

Alors que la guerre en Syrie devient confuse, l’agitation sectaire gagne la Turquie

par Jeffrey Gettleman, New York Times (USA) 4 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

ANTAKYA, Turquie – A 1h du matin, dimanche dernier, dans le bourg agricole de Surgu,  à environ six heures d’ici, une foule s’était formée devant la porte de la famille Evli.

Le malaise couvait depuis plusieurs jours, depuis que la famille Evli avait  chassé un tambour qui venait réveiller les gens un peu avant l’aube d’une nouvelle journée de Ramadan. Les Evlis sont des Alaouites, une secte minoritaire de l’islam historiquement persécutée, qui est aussi la secte des dirigeants Syriens affrontés à une insurrection. De nombreux Alaouites ne suivent pas des traditions musulmanes comme jeûner pendant le mois de Ramadan.

La foule a commencé à lancer des insultes. Puis des pierres.

«Mort aux Alaouites !» criaient-ils. «Nous allons tous vous bruler !»

Puis quelqu’un a tiré avec une arme à feu.

«Ils étaient là pour nous tuer,» affirme Servet Evli qui s’était caché dans da chambre avec sa femme enceinte et sa fille terrifiée, toutes deux si effrayées qu’elle avaient uriné dans leurs vêtements.

Avec la guerre civile en Syrie qui dégénère en affrontement sectaire sanglant entre les troupes du gouvernement à dominante alaouite et la majorité musulmane sunnite, les tensions s’accroissent de l’autre côté de la frontière entre la minorité alaouite de Turquie et la majorité sunnite de ce pays.

De nombreux Alaouites Turcs, une population estimée entre 15 et 20 millions qui forme une des plus importantes minorités du pays, semblent être résolument derrière l’homme fort menacé de Syrie, Bachar al-Assad, tandis que le gouvernement turc et de nombreux Sunnites soutiennent les rebelles.

Les Alouites craignent que la violence sectaire diffuse à travers la frontière. Déjà, les camps de réfugiés bondés et étouffants installés le long de la frontière deviennent rapidement des marmites où bouillonnent les sentiments anti-alaouites.

 «S’il en vient un par ici, nous le tuerons,» affirme Mehmed Aziz, 28 ans, un réfugié Syrien dans un camp de Ceylanpinar, en passant un doigt en travers de sa gorge.

Lui et ses amis sont sunnites et tous ont manifesté bruyamment de joie à la pensée d’exercer vengeance contre les Alaouites.

De nombreux Alaouites, particulièrement en Turquie orientale où les Alaouites tendent à être arabophones et sont étroitement liés aux Alaouites de Syrie ; soupçonnent d’énormes enjeux géopolitiques, et les spécialistes des relations internationales disent qu’ils n’ont peut-être pas tort. Le gouvernement turc est dirigé par un parti islamiste qui essaye lentement mais clairement de mettre plus de religion, l’Islam sunnite en particulier, dans la sphère publique, tournant le dos à des dizaines d’années d’un système politique délibérément laïque. Les Alaouites d’ici trouvent profondément troublant, et assez hypocrite, de voir la Turquie faire équipe avec l’Arabie Saoudite, un des pays les plus répressifs au monde, et le Qatar, une monarchie religieuse, deux pays sunnites, pour apporter la démocratie en Syrie.

Les Alaouites relèvent le nombre croissant de djihadistes étrangers qui affluent en Turquie, en chemin pour la guerre sainte sur les champs de bataille syriens. Beaucoup de djihadistes ont l’idée bien arrêtée de transformer la Syrie, qui sous la direction de la famille Assad a été un des pays les plus laïcisés du Moyen Orient, en Etat purement islamiste.

«Est-ce que vous croyez vraiment que ces gars vont construire une démocratie ? » demande Refik Eryilmaz, un député Alaouire au parlement turc. «Les Américains font une énorme erreur. Ils aident la Turquie à combattre Assad, mais ils sont en train de créer d’autres Talibans.»

Les officiels Américains ont récemment révélé qu’un petit groupe d’agents de la CIA travaillait le long de la frontière syro-turque avec leurs homologues Turcs, pour sélectionner les rebelles qui recevront des armes. Les officiels Américains ont reconnu des inquiétudes sur l’attraction que pourrait exercer la Syrie pour des djihadistes, mais ils pensent que les combattants étrangers ne représentent encore qu’une toute petite partie de la résistance syrienne.

Ali Carkoglu, professeur de relations internationales à l’université Koc d’Istanbul, explique que le gouvernement turc recourt de plus en plus à un langage sectaire et essaye de jouer le rôle du « grand frère sunnite» dans la région. Comme en Syrie, la population turque est majoritairement sunnite.

Les Alaouites de Turquie craignent d e devenir des cibles faciles. Historiquement, ils ont été vus avec suspicion dans tout e Moyen Orient par les Musulmans orthodoxes et souvent rejetés comme infidèles. La secte alaouite est née au 9ème siècle et mélange ensemble des croyances religieuses, dont la réincarnation, issues de religions différentes.

Beaucoup d’Alaouites ne vont même pas à la mosquée ; ils tendent à faire leurs dévotions à la maison ou dans un temple alaouite qui s’es vu refuser le même soutien financier que celui qui est attribué aux mosquées sunnites. Beaucoup d e femmes Alaouites ne se voilent pas le visage  et ne se couvrent même pas les cheveux. Les villes où ils dominent dans l’est de la Turquie, où les jeunes femmes portent des débardeurs et des jeans serrés, semblent totalement différentes des villes religieuses sunnites à seulement quelques heures, où on peut avoir du mal à voir seulement une femme en public.

«Nous sommes plus modérés,» explique Turhan Sat, un Alaouite Turc qui travaille dans une station service à Bridgeport dans le Connecticut et qui était en vacances en Turquie. Il sirtait unthé l’autre jour sue la place publique ombragée de Samandag, une ville majoritairement alaouite non loin de la frontière avec la Syrie.

«Nous sommes tous avec Assad,» dit-il.

Pas bien loin, dans la ville majoritairement alaouite de Harbiye, il y a un nouvel article qui se vend tellement bien qu’il ne semble pas pouvoir rester sur les étagères des commerces : des tapisseries bon marché avec le portrait de M. Assad.

«Tout le monde en veut,» déclare Selahattin Eroglu, un vendeur qui vient tout juste d’écouler son dernier article. «Les gens d’ici aiment Assad.»

Ce sentiment est peut-être en partie de l’autoprotection. Les rebelles Syriens cachent à peine une violente antipathie sectaire. Khaldoun al-Rajab, un officier de l’Armée Syrienne Libre [rebelle], dit avoir vu deux Alaouites en voiture tourner dans la mauvaise direction à Homs et se retrouver dans un quartier sunnite. «Bien sûr, ils ont été arrêtés et tués par les rebelles,» dit-il.

Peu de gens en Turquie imaginent une telle folie se déclencher de si tôt dans leur pays, où le contrôle [policier] est strict et qui a échappé pour l’essentiel à la violence sectaire.

Mais la foule menaçante devant la maison des Evli à Surgu a rappelé à beaucoup d’Alaouites la mort de plus de 30 Alaouites qui avaient été brûlés vifs en 1993 par un groupe d’islamistes dans la ville turque de Sivas.

C’est seulement après que des agents de police aient rassuré la foule en lui disant que la famille Evli allait déménager, ce que les Evlis ignoraient, que les gens se sont dispersés.

Quoique les Evlis soient aussi Kurdes, un autre groupe minoritaire en Turquie, ce qui a peut-être contribué aux sentiments de haine contre eux, Songul Canpolat, directrice d’une fondation alaouite en Turquie affirme que «L’idée que les Turcs Alaouites devraient être éliminés gagne du terrain.»

Les officiels gouvernementaux Turcs rejettent tout partipris contre les Alaouites, expliquant qu’ils ont fait un surcroît d’efforts  pour être « attentifs et sensibles aux craintes des Alaouites.»

«Bien sûr, nous ne prétendons pas que tous les problèmes sont résolus, » déclare Egemen Bagis, ministre des relations avec l’Union Européenne.

Il y a quelques mois, M. Eryilmaz, le député qui appartient à un parti d’opposition, était allé voir M. Assad à Damas. Il avait dit que M. Assad était en fait assez détendu et que tout le conflit portait en réalité sur la religion.

 «Ce qui se passe en Syrie est le volet syrien d’un projet international,» avait-il dit, avec le gouvernement turc qui s’est aligné sur l’Arabie Saoudite et le Qatar pour rendre cette région du monde plus «radicale» religieusement.

Il était assis dans un café d’Antakya, une ville frontière avec une importante population alaouite, et il piochait dans un plateau de baklavas pendant ces heures ensoleillées de l’après-midi, quand les musulmans qui observent le Ramadan font habituellement le jeûne.

«Voyez mon peuple,» dit-il en souriant, ouvrant grand les bras comme pour envelopper des familles qui mangent des glaces et un jeune couple s’étreignant sur un banc public. «Mon peuple est libre.»

Sebnem Arsu contributed reporting from Antakya, and Hwaida Saad from Beirut, Lebanon.

La Syrie et le cauchemar kurde du premier ministre turc Recep Teyyip Erdogan

28 juillet 2012

On l’a évoqué sur ce blog, mais cet aspect est sans doute trop négligé quand on parle de la situation en Syrie et du rôle de la Turquie.

Je veux parler de la question kurde.

Chacun sait que la population kurde est répartie entre quatre Etats, à savoir l’Iran, la Turquie, l’Irak et la Syrie, ce dernier pays en accueillant la plus petite fraction. Les Kurdes représenteraient entre 6 et 10 % de la population totale de la Syrie, un pays d’environ 21 millions d’habitants.

Le séparatisme kurde est actif dans les quatre pays cités, mais il a une vigueur particulière en Turquie et en Irak.

En Turquie, la guérilla kurde n’a jamais désarmé et connaît même ces derniers temps un regain d’activité. L’armée turque exerce bien entendu une répression qui la pousse même à intervenir dans l’Irak voisin par l’envoi de forces aériennes ou terrestres.

Côté irakien, il n’y a plus de guérilla à proprement parler puisque, conséquence de l’intervention des Etats Unis dans ce pays, il existe une province kurde autonome dotée d’une sorte d’armée.. Les seuls guérilleros Kurdes en Irak sont des Kurdes de Turquie.

Autonomie est un mot faible pour caractériser la situation politique du Kurdistan irakien puisque la province en question a presque toutes les caractéristiques d’un Etat souverain.

Par exemple, tout récemment, Massoud Barzani, le président de cette région autonome a été reçu par les autorités d’Ankara qui ont décidé de signer avec lui un contrat d’approvisionnement pétrolier.

Au grand dam du gouvernement irakien qui y voit, à juste titre, un déni de sa souveraineté et, à contrario, la reconnaissance d’une indépendance de la province.

De fait, reconnaître aux Kurdes du pays voisin ce qu’Ankara refuse complètement ne serait-ce que d’étudier pour les Kurdes sous sa juridiction dénote une certaine légèreté de la part du gouvernement turc.

Une légèreté que les récents évènements de Syrie mettent particulièrement en lumière.

En effet, il s’avère que le Kurdistan syrien est devenu de facto, et partiellement, autonome. Les Kurdes ont en effet tiré parti du fait que l’armée syrienne évitait leur région, proche de la Turquie, pour éviter un incident qui aurait servi de prétexte à ce représentant local de l’OTAN. Le détail des évènements montre cependant que l’autonomisation s’est faite en concertation avec le gouvernement syrien, ce qui explique que McClatchy écrive que Assad a cédé ou transmis le contrôle de la région au PYD (Union Démocratique du Kurdistan), le parti kurde local. Les Kurdes de Syrie ont indiqué clairement rechercher l’autonomie et non l’indépendance.

Cependant, le PYD est réputé être proche du parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) que le gouvernement turc considère comme une organisation terroriste.

Inutile de dire que le gouvernement turc ne décolère pas et redouble de menaces à l’encontre de la Syrie.

Recep Teyyip Erdogan, s’il s’était contenté de regarder la situation depuis Ankara et non depuis Bruxelles (siège de l’OTAN) ou de Washington aurait compris que la crise syrienne était grosse d’une telle évolution qui aurait pu, que ce soit souhaitable ou pas, être évitée si son pays avait joué un rôle modérateur et facilitateur de dialogue plutôt que de jeter de l’huile sur le feu.

Autre motif de colère maintenant pour M. Erdogan, le président du Kurdistan  irakien Massoud Barzani a engagé sans délai une coopération avec les responsables de la nouvelle région autonome. Et il l’a fait en plus sans prévenir le gouvernement turc !

De toute façon, Erdogan considère cette autonomie kurde en Syrie non seulement dangereuse pour son pays, mais inutile :

Observant qu’il y avait déjà un Syrien d’origine kurde à la tête du Conseil National Syrien, Erdogan a déclaré, «C’est une mauvaise approche que de mettre en place un Conseil National Kurde Syrien.

Apparemment le premier ministre Turc n’a jamais envisagé l’existence d’un projet national kurde concernant les populations kurdes dans les quatre pays où elles sont réparties !

Ni que l’affaiblissement d’Etats comme la Syrie aujourd’hui, l’Irak hier et peut-être l’Iran demain était de nature à favoriser l’expression si ce n’est la concrétisation de cette aspiration.

Franchement, à force de se croire européens, les politiciens Turcs se sont comportés comme des étrangers dans la région.

Cette histoire d’autonomie kurde en Syrie a été l’occasion pour le magazine Le Point de faire ce titre assez ahurissant :

Syrie: Kurdes et Arabes s’unissent contre Assad, et sont prêts à aussi combattre le PKK

C’est dommage que Riad al-Asaad, le patron de l’Armée Syrienne Libre (ASL) ne lise pas le Point car il aurait pu éviter de déclarer ce qui suit :

une Syrie post-Assad ne comprendra pas un Etat kurde indépendant ou une région semi-autonome.

Nous voulons un drapeau, un pays, » a déclaré vendredi ce leader selon le journal Bugün. «Nous n’accepterons pas la sécession d’un mètre carré du territoire syrien et nous irons à la guerre, » a-t-il dit.

Riad al-Asaad

Où peut-être Le Point devrait-il être un peu plus prudent ?

Les drones sionistes qui espionnent l’armée turque pour le PKK

18 janvier 2012

Après lecture de cet article, on se dit que s’il y a un miracle réalisé par l’entité sioniste, ce n’est pas d’avoir fait « fleurir le désert » (les Palestiniens avaient cultivé l’essentiel des terres cultivables) mais d’être capable de nuire aussi bien à ses ennemis qu’à ses «amis» sans susciter une large coalition se donnant pour mission de l’éliminer.

Les drones israéliens Heron donnent des renseignements au PKK selon des officiers

Zaman (Turquie) 17 janvier 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Selon des rapports des services de renseignements turcs, les avions sans pilote [UAV] Heron exploités par Israël qui ont été observés dans les provinces de Hatay et d’Adana ces derniers mois espionnaient pour le compte du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK).

Après la détection de deux Herons israéliens à Hatay et Adana il y a environ deux mois, les services de renseignements turcs ont rédigé un rapport selon lequel les Herons collectent des renseignements sur le dispositif militaire turc afin d’aider les opérations du PKK dans ces régions.

Le rapport assure que les camps d’entraînement du PKK dans le nord syrien, près de la frontière turque de la province de Hatay « où les postes frontaliers de l’armée turque sont assez faibles » ont été installés dans ces endroits sur la base de renseignements rassemblés par les UAVs.

Le rapport soutient également que Kenan Yıldızbakan, un membre du PKK qui a commandé une attaque contre une base navale turque à Iskenderun en 2010, a fait plusieurs séjours en territoire israélien, renforçant les soupçons sur un lien possible entre Israël et le PKK.

Une attaque à la roquette menée par des terroristes du PKK contre la base navale avait tué sept soldats et en avait blessé six autres dans le district d’Iskenderun dans la province méridinale de Hatay.

Dans un développement associé, des conversations téléphoniques entre Mehmet Veysi Dilekçi et Mesude Yasak, récemment interceptées pendant l’enquête sur le KCK, comprenaient des discussions en relation avec le soutien israélien au PKK.  Dilekçi et Yasak, qui ont été arrêtés au cours d’une opération turque contre le KCKe en décembre à Siirt, ont mentionné un convoi de 400 camions d’aide en fournitures au PKK qui avaient été expédiés par une organisation non gouvernementale israélienne – qui a été identifiée comme étant Hae Anshei Targum par le quotidien Star – en 2010.

La Kurdish Communities Union (KCK) est une organisation politique de coordination à laquelle le PKK serait rattaché.

Syrie: la Ligue Arabe a déjà échoué au test. La Turquie le réussira-t-elle?

13 novembre 2011

Un article qui date un peu tant les événements semblent s’emballer aussi bien au Moyen Orient qu’ailleurs dans le monde. En Europe par exemple, ce continent qui vient de connaître en un laps de temps très bref deux coups d’Etat financiers, en Grèce et en Italie.

La démocratie ? Kézaco ?

Sous d’autres cieux, le prétendu printemps arabe a vu, dans le cas libyen mais surtout syrien, la diplomatie turque se détourner d’un régime duquel elle s’était considérablement rapprochée pour en venir à participer à l’orchestration des troubles au pays de Cham.

Cette réorientation n’est certainement pas facile à comprendre sans doute parce qu’elle traduit avant tout des contradictions fondamentales qui sont au cœur de la stratégie turque.

L’article que je vous propose apporte sans doute un éclairage utile pour comprendre l’évolution de la position d’Ankara : la promesse (ou la réalité ?) d’un partenariat inédit, en quelque sorte d’égal à égal, entre la Turquie et les Etats Unis, sur fond de développement des échanges économiques entre les deux pays.

L’article nous donne surtout un aperçu de la densité des relations entre ces deux membres fondateurs de l’OTAN, autant d’aspects que le gouvernement turc n’avait ni les moyens ni l’intérêt d’ignorer. Et ce gouvernement turc est parfaitement résumé par le mot « mercantiliste » car c’est bien cet aspect qui permet de faire consensus dans des élites turques dont une partie, sinon, dirait ouvertement qu’elle se passerait volontiers de Recep Tayyip Erdogan ou de n’importe quel chef de gouvernement qui n’assurerait pas l’expansion de leurs affaires.

La situation en Syrie est un test majeur pour le nouveau partenariat américano-turc nous dit l’article. Son auteur, Ilhan Tanir, semble cependant craindre une aventure militaire aux conséquences imprévisibles, pas seulement pour la Syrie, et il pointe notamment les divergences irréconciliables dans l’opposition syrienne.

Il reprend les propos de James Zogby, un sondeur spécialisé sur le monde arabe bien connu aux Etats Unis; selon qui la Turquie et la Ligue Arabe pourraient entreprendre une médiation en Syrie.

Force est de constater que cette médiation non seulement n’a jamais été tentée, mais n’est plus d’actualité. La Ligue Arabe s’est une fois de plus discréditée en forçant la main à un gouvernement syrien acculé qui a accepté une démarche qui ne pouvait qu’échouer : faire rentrer sans conditions les soldats dans les casernes  tout en laissant la rue à ceux qui veulent la fin du régime.

Une Ligue Arabe sérieuse aurait prié instamment les «deux» parties, c’est-à-dire le gouvernement et l’opposition d’engager des négociations en terrain neutre, que ce terrain s’appelle Genève, Nouakchott ou New Delhi. La Ligue Arabe aurait dû, bien évidemment, organiser ces discussions et en fixer clairement le calendrier après accord des parties. Le problème est qu’il y a l’opposition que chouchoutent les monarques, souvent violente et armée, et les autres oppositions, entre les dictateurs de rechange, ceux qui ne représentent qu’eux-mêmes et, aussi, les patriotes sincères. Ces derniers n’intéressent d’ailleurs pas grand monde dans les chancelleries étrangères.

Tel n’a pas été le cas, et ne sera jamais le cas car la Ligue Arabe vient de renoncer officiellement à toute volonté de médiation en procédant à la suspension de la Syrie. Une suspension que même le gouvernement algérien a votée, ce qui atteste à la fois du degré d’abaissement de l’Etat algérien et des pressions qui sont exercées aussi bien par les monarchies arabes que par les puissances occidentales. Ces dernières, comme en Libye, veillent à ce que toutes les portes susceptibles d’ouvrir vers une issue pacifique soient hermétiquement fermées. Le but étant de constituer comme en Libye un gouvernement alternatif chargé de mener la guerre civile.

Cette Ligue Arabe qui a déjà servi d’instrument pour l’agression contre la Libye alors qu’elle se montre d’une grande mollesse sur le dossier palestinien.

J’ignore personnellement comment tout cela va finir, mais espérons que le désastre sera évité. Ce désastre a pour nom une terrible guerre civile avec aux premières loges les extrémistes stipendiés par l’Arabie Saoudite et les émirs d’un côté et les Chrétiens de l’autre.

Ces derniers qui vivent dans leur pays depuis des millénaires, et qui n’ont pas été pour rien dans l’éclosion d’une modernité arabe (ce que les monarques ne leur pardonneront jamais) pourraient en effet connaître un sort encore plus terrible que leurs coreligionnaires d’Irak

La Syrie, un test pour le partenariat turco-américain

Par Ilhan Tanir, Hurriyet Daily News (Turquie) 28 octobre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

“Je viens aux Etats Unis depuis 1981,” explique Soli Özel, une universitaire Turque qui séjournait à Washington D.C. cette semaine avec une délégation de TÜSIAD, « mais je n’ai jamais senti des relations américano-turques aussi proches et amicales comme elles le sont en ce moment.»

Le directeur de TÜSIAD, Ümit Boyner est restée deux jours à Washington pour des contacts avec des responsables de la politiqué étrangère US et avec des chefs d’entreprises. Pendant une table ronde avec des journalistes après une conférence de presse sur Capitol Hill, elle a déclaré : « La structure des relations entre les Etats Unis et la Turquie est en train de changer. » Un changement qu’elle qualifie de «normalisation.»

La visite de TÜSİAD à Washington et l’approfondissement de ses relations avec l’ United States Chamber of Commerce (USCC) sont des signes de ce climat positif. La Turquie est un des neuf marchés étrangers considérés comme dignes d’être développés par l’USCC. En ce moment, deux groupes d’affaires préparent une étude pour identifier les obstacles qui entravent les échanges commerciaux.

Tandis que les deux pays se concentrent de plus en plus sur le renforcement des liens économiques, les discussions politiques au plus haut niveau se sont accélérées à la lumière de la transition arabe, a expliqué Richard Armitage, ancien sous-secrétaire d’Etat dans une interview donnée cette semaine.

Toute une série d’événements survenus ces dernières années nous ont amené à cette étape. Özel explique que tout a commencé quand la Turquie avait rejeté une demande des Etats Unis pour ouvrir un front nord au début de la guerre conte l’Irak. Depuis, la Turquie a donné de nombreux exemples de rejet de demandes importantes. « La Turquie n’est plus dans l’ombre de l’Oncle Sam, » considère l’ambassadeur James Holmes, président de l’American-Turkish Council (ATC).

Avec la fin de la guerre en Irak, Washington veut  pouvoir compter sur son allié turc pour contrer l’influence redoutée de l’Iran dans l’Irak post-occupation américaine. Pour prouver leur bonne volonté, les Etats Unis ont développé leur coopération avec la Turquie dans les domaines militaires et du renseignement, parfois par des pratiques « inhabituelles » de transfert d’armes pour combattre le terrorisme du PKK (Kurde).

Alors que le gouvernement mercantiliste de la Turquie explore des moyens de maximiser son commerce au niveau mondial, l’administration Obama a aussi dès ses débuts défendu avec force et encouragé une économie basée sur les exportations. Il n’est pas difficile de voir que les Etats Unis ont progressivement placé leurs intérêts économiques à l’épicentre de leur politique étrangère.

Lincoln McCurdy, président de la Turkish Coalition of America, une organisation de lobbying qui a récemment acquis des bureau à proximité de la Maison Blanche, présente les nouvelles relations comme étant «plus un partenariat qu’une relation clientélistes comme c’était le cas.»

Le printemps arabe est cependant le défi politique majeur qui a contraint les deux pays à réexaminer leurs agendas politiques pour la région. Avec la fin brutale de Kadhafi et son entrée dans l’histoire, les deux pays doivent maintenant s’occuper de l’épisode le plus sensible de la transition : la Syrie. Les fortes dissensions internes à son opposition, un régime implacable et les complications régionales en cas de guerre civile sont autant de facteurs d’extrême dangerosité.

Le dernier sondage d’opinion de l’Arab American Institute pratiqué auprès de 4 000 Arabes dans six pays arabes montre que le rôle de lé Turquie en Syrie est massivement perçu comme positif, tandis que le rôle de l’Iran et celui des Etats Unis sont désapprouvés à une majorité écrasante.

“Ceux qui plaident sérieusement pour une option militaire, y compris une zone tampon à l’intérieur de la Syrie devraient se faire soigner,” explique James Zogby, président de l’AAI, parlant des propos récents du sénateur McCain selon lesquels l’OTAN pouvait être utile maintenant que l’opération libyenne est achevée. Zogby lui-même n’était pas très optimiste sur une acceptation de négociations par une transition pacifique aussi bien par le régime que par l’opposition, parce que des négociations exigeraient de sérieux compromis.

Compte tenu des résultats de l’enquête, Zogby appelle la Turquie et la Ligue Arabe à assurer une médiation entre les parties en Syrie car tous deux sont des acteurs régionaux qui ont encore de l’influence sur la Syrie.

C’est aux Etats Unis d’organiser les pressions internationales avec leurs alliés européens, et d’aller vers des sanctions complètes si nécessaire. La Syrie promet d’être le test le plus difficile pour ce nouveau partenariat turco-américain qu’on nous a tant vanté.

La diplomatie turque devant le principe de réalité

21 octobre 2011

Je vous ai entretenu récemment des orientations de la diplomatie turque au Moyen Orient et de ses positionnements parfois paradoxaux, en particulier la tension récente avec la Syrie et l’Iran.

Je vous disais que si la Turquie avait un intérêt évident à rester dans l’OTAN et donc, d’une manière ou d’une autre, à être l’obligée des Etats Unis, il n’en reste pas moins qu’Ankara doit répondre à des problématiques très importantes qui subsisteront, OTAN ou pas.

La question kurde fait partie de ces problématiques sensibles puisqu’elle touche à l’intégrité territoriale du pays et à l’idée même de ce qu’est la nation turque. Or l’Iran apparaît bel et bien comme un partenaire essentiel dans la gestion de ce dossier, que ce soit au plan sécuritaire et militaire que politique. La mort de 24 soldats de l’armée turque tués dans leurs bases près de la frontière avec l’Irak a été en quelque sorte une piqûre de rappel.

On peut donc douter que la Turquie jouera avec son intégrité territoriale au nom de la démocratisation de la Syrie et de la déstabilisation du régime iranien. Une réalité que le gouvernement syrien comme ses opposants devront prendre en compte.

L’Iran et la Turquie, pour une action commune contre le PKK

Les deux États envisagent une coopération militaire contre les rebelles kurdes

Le Point (AFP) 21 octobre 2011

La Turquie et l’Iran vont lutter ensemble dans le cadre d’un « plan d’action commun » contre les rebelles kurdes qui visent la sécurité des deux pays et ont des bases arrière dans le nord de l’Irak, a déclaré vendredi le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu. Ankara combat le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie et dans le Kurdistan irakien tandis que l’Iran voisin lutte sur son sol et en territoire irakien contre le PJAK, principal mouvement kurde de lutte armée contre le régime de Téhéran.

« Notre détermination de lutter ensemble contre le PKK et le PJAK va se poursuivre de la manière la plus forte », a souligné Ahmet Davutoglu, lors d’une conférence de presse à Ankara avec son homologue iranien Ali Akbar Salehi. « Nous allons continuer de travailler ensemble dans le cadre d’un plan d’action commun jusqu’à ce que cette menace terroriste soit éliminée », a-t-il ajouté.

Condoléances

La visite du diplomate iranien à Ankara intervient alors que la Turquie a annoncé jeudi avoir lancé une opération terrestre d’envergure contre les rebelles kurdes du PKK, principalement sur son sol, et aussi dans les montagnes du nord de l’Irak, où l’organisation dispose de bases arrière. L’offensive intervient à la suite d’une série d’attaques du PKK contre des bases militaires turques proches de la frontière irakienne, au cours desquelles 24 soldats ont péri mardi et 18 autres ont été blessés, semant la consternation en Turquie.

Ali Akbar Salehi a exprimé les condoléances de l’État et du peuple iranien à la Turquie pour les soldats turcs tués, soulignant la nécessité de lutter ensemble contre les rebelles. « Nous sommes avec la Turquie les branches d’un même arbre, ce qui affecte la Turquie nous affecte aussi, et vice versa », a-t-il notamment dit. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé le mois dernier qu’une coopération était envisagée avec l’Iran pour lutter contre les rebelles Kurdes.


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