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Massacres et propagande en Syrie, un article d’Alex Thomson sur la tuerie d’Aqrab

16 décembre 2012

En matière politique, il existe à n’en pas douter toute une variété de militants qu’on peut qualifier d’islamistes, certains parmi eux pouvant être considérés, ou se considérant, comme modérés.

Il faut entendre par «modérés » des mouvements ou des personnes qui admettent la pluralité des opinions et la liberté de leur expression.

Et sans entrer dans les détails, il n’est pas du tout sûr qu’on puisse considérer comme identiques des mouvements comme Ennahda en Tunisie ou la confrérie des Frères Musulmans en Egypte.

Peut-on pour autant dire avec Riad Seif, que Le Figaro nous présente comme «l’inspirateur » de la Coalition nationale, l’organisation d’opposition, censée représenter le peuple syrien, que «Les islamistes syriens sont connus pour leur modération» ?

Au vu de ce qui se passe sur le terrain, c’est vraiment difficile à croire, sauf à admettre que l’essentiel des militants armés qui opèrent en Syrie ne sont pas syriens.

De toute façon, pour Riad Seif, Jabhat al-Nosra, l’organisation armée la plus active sur le terrain syrien, n’est en rien une organisation extrémiste et ses membres « ne font de mal à personne. 

A une question du Figaro sur l’absence d’expression de compassion de la part de Moaz al-Khatib, à l’égard de la centaine de victimes alaouites d’ un massacre perpétré dans le village d’Aqrab, Riad Seif répond :

Il n’y a jamais eu de massacres commis par les sunnites contre les alaouites. Et il est très probable que ce sont les chabihas (miliciens pro-régime, NDLR) eux-mêmes qui aient commis ce massacre à Aqrab. Je connais Moaz al-Khatib depuis des années, et sa philosophie c’est la paix entre les communautés.

S’il n’y avait pas eu cette question, j’aurais eu du mal à savoir qu’un massacre avait été perpétré contre des alaouites dans un village syrien.

J’ignore si l’information a été diffusée largement au début, mais elle l’est on ne peu plus parcimonieusement en ce moment.

Quand je pense qu’un blogueur lyonnais ose parler de la propagande du régime syrien, comme si cette dernière avait un quelconque impact sur les médias en France !

Tandis que la propagande de l’opposition syrienne est reçue 5 sur 5 et c’est pourquoi la presse internationale a retenu que ce sont les forces gouvernementales qui sont responsables du massacre d’Aqrab.

On a en fait peu de certitudes sur ce qui s’est passé à Aqrab et on n’est même pas sûr de la réalité d’un massacre ainsi que le signale le titre du papier que je vous propose.

Il n’en reste pas moins que l’article d’Alex Thomson qui s’est rendu sur place et a rencontré des témoins nous donne une version des faits très différente de celle que nous offre la propagande, qu’elle émane de l’opposition syrienne ou des officines dépendant des gouvernements occidentaux.

Et, comme le dit un commentateur syro-arménien, le travail de vérité d’Alex Thomson est malheureusement inutile car il se retrouve face à un déferlement propagandiste qui fonctionne 24/24 et 7 jours sur 7.

Y a-t-il eu un massacre dans la ville syrienne d’Aqrab?

Par Alex Thomson, Channel 4 (UK) 14 décembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pour atteindre Aqrab, il faut pénétrer profondément dans les terres ingrates du centre de la Syrie, où bon nombre des pires atrocités de la guerre ont eu lieu.

Ce n’est pas un voyage qu’on entreprend à la légère, et il nous a fallu 24 heures de préparatifs intenses pour être en mesure de rouler vers l’ouest en partant du chef lieu de la province, Hama.

Malgré tout ça, il nous avait fallu une escorte embarquée, et nous avions dû passer de véhicule d’escorte en véhicule d’escorte à travers la mosaïque de villages des plaines fertiles du centre du pays.

La connaissance du terrain fait la différence entre la vie et la mort dans une région où tourner au mauvais endroit peut vouloir dire rencontrer les mauvaises personnes qui trouvent sur vous les mauvais papiers – avec des conséquences qui ne sont que trop souvent fatales.

C’est pourquoi il nous a fallu plus d’une heure pour un trajet d’environ une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau. Enfin, à l’approche d’un autre éperon rocheux, elle était en vue : Aqrab.

Récits de témoins oculaires

C’est une petite agglomération, et nous étions à peu plus d’un kilomètre. Des maisons basses, une ville très compacte peuplée de 9 000 sunnites et 2 000 alaouites. Trois hauts minarets perçaient le ciel de l’hiver qui est rude ici.

Ce qui suit est une série de récits de témoins oculaires dont les versions contredisent presque entièrement la version des évènements survenus ici qui a été propagée dans le monde par les sites internet de la propagande rebelle.

Nous ne disons pas que ce qui suit est la vérité. Mais nous sommes en mesure de dire que c’est le premier article résultant de constatations indépendantes à Aqrab par le premier journaliste étranger à s’être rendu sur place.

Nous avons interviewé nos trois principaux témoins oculaires en trois endroits différents. Aucun d’entre eux ne pouvait être informé de notre arrivée soudaine, et aucun ne connaissait non plus l’identité des deux autres témoins oculaires.

Ce qui est frappant, c’est que leurs récits se recoupent entièrement, dans les moindres détails. Et leurs versions sont de plus étayées par au moins une douzaine de témoignages d’autres alaouites qui avaient fui Aqrab.

 Hayat Youseh est à l’abri chez des parents dans un village situé à quelque distance d’Aqrab.

Hayet Youseh est alaouite. C'est dire qu'elle détient une parcelle du pouvoir en Syrie

Hayet Youseh est alaouite. C’est dire qu’elle détient une parcelle du pouvoir en Syrie

Son mari est toujours là-bas. Et son fils de 18 ans, Ali Ibrahim, a subi une fracture de la jambe qui est restée sans soins pendant 12 jours.

Ali al-Hosin a bientôt 16 ans et est manifestement traumatisé. Il dit que ses deux parents et 23 membres de sa famille élargie sont toujours pris au piège à Aqrab.

Madlyan Hosin est également au bord des larmes. Elle dit que ses quatre oncles et tantes sont toujours là-bas et que deux de ses tantes sont enceintes.

Pas des “Syriens normaux”

Tous les trois sont d’accord – comme le sont les rebelles – pour dire que les rebelles ont attaqué Aqrab le dimanche 2 Décembre. Madlyan déclare: «Ils avaient de longues barbes. C’était difficile de comprendre ce qu’ils disaient. Ils n’étaient pas habillés comme des Syriens normaux. « 

Je lui demande de préciser et elle est catégorique : leur arabe n’était pas un parler syrien.

Le jeune Ali nous a dit: «Ils avaient tous de grandes barbes et ils étaient arrivés dans quatre ou cinq voitures, de la direction d’Al-Houla. »

Ils soulignent tous, de même que tous ceux que nous avons rencontré, que les rebelles de l’Armée syrienne libre (FSA) ont parqué environ 500 civils alaouites dans une grande maison rouge à deux étages appartenant à un homme d’affaires nommé Abou Ismail.

Ils disent ensuite qu’ils ont été détenus – environ 500 hommes, femmes et enfants – dans ce bâtiment jusqu’aux premières heures du mardi 11 Décembre. Neuf jours.

Ils dissent que pendant tout ce temps, ils n’ont pratiquement pas eu de nourriture et que des femmes frappaient leurs propres enfants pour essayer de les faire s’arrêter de pleurer. Quand il pleuvait, ils passaient des chiffons par la fenêtre pour les mouiller et boire l’humidité.

Hayat précise que les rebelles ont dit à tout le monde: «Nous sommes vos frères d’Al-Houla et d’Al-Rastan, vos frères musulmans. Nous n’allons pas vous faire de mal. « 

Ces deux villes sont des bastions rebelles. Al-Houla, à seulement huit kilomètres de distance, a été le théâtre en mai d’un tristement célèbre massacre de 108 civils, en majorité des femmes et des enfants.

Boucliers humains?

Ils disent [les 3 témoins] que les rebelles voulaient prendre les femmes et les enfants d’al-Houla pour les utiliser comme boucliers humains contre les bombardements des forces gouvernementales, et qu’ils croyaient qu’ils allaient tuer les hommes restants.

Ils sont d’accord pour dire que la situation a atteint son paroxysme quand une délégation de villageois a été envoyée le lundi à 16 heures pour sortir de l’impasse. Cette délégation comprenait un officier de l’armée en retraite, Hamid Azzudin, l’imam sunnite de la ville, Cheikh Sayid Hawash, et aussi Hashab, le maire de la ville.

Quand ils sont arrivés, les prisonniers n’ont pas voulu les laisser repartir. Comme l’explique Ali : «Une fois qu’ils sont entrés dans la maison, nous avons simplement dit : ‘Nous partons tous ensemble, hommes, femmes et enfants – ou nous mourrons ensemble.»

Il semble que les négociations entre ces anciens et les rebelles ont duré environ quatre heures, pour se terminer en impasse vers 20 heures, lundi soir.

À ce moment, des tirs ont éclaté, les rebelles tirant à travers les fenêtres et criant qu’ils avaient piégé la maison. Les témoins oculaires disent que les tirs ont cessé vers minuit, après quoi un accord a été conclu. Dans un chaos nocturne de cris et de tirs intermittents d’armes à feu, trois véhicules  ont emmené environ 70 des prisonniers en  sécurité dans le village le plus proche à un peu plus d’un kilomètre de là.

Cependant, il semble qu’un quatrième véhicule a conduit un certain nombre de prisonniers à Al-Houla, où deux d’entre eux – une femme non identifiée et un garçon – ont été soignés pour des blessures dans un hôpital de campagne rebelle.

La femme et le garçon ont accusé des milices pro-gouvernementales d’avoir fait les gens prisonniers, selon les sites internet rebelles, et c’est cette version des évènements qui a fait le tour du monde.

Jusqu’à présent

Nos témoins, cependant, ont été interrogés indépendamment les uns des autres et sont prêts à donner leurs noms et à se montrer aux télévisions internationales.

Curieusement, les sites rebelles disent que le bâtiment abritant les prisonniers qui étaient restés sur place, a été complètement détruit par l’artillerie et des frappes aériennes gouvernementales mardi. Nous avons pourtant vu et filmé le bâtiment dans lequel des témoins oculaires ont dit avoir été emprisonnés, et il semble intact – tout comme le reste du village.

Une autre observation curieuse. Si vous sélectionnez les sites rebelles et leurs vidéos sur YouTube  à partir du 2décembre, il semble n’y être fait  aucune mention d’un grand nombre d’Alaouites détenus dans le village. Une omission inhabituelle pour ce qui pourrait sans doute être  un énorme coup de propagande.

Un autre aspect curieux est que leur version des faits n’explique pas pourquoi les fonctionnaires du gouvernement à Hama se sont démenés pour négocier la libération des prisonniers, des blessés et, de fait, la restitution des cadavres bloqués dans une situation qui est toujours dans l’impasse en ce moment comme ils le reconnaissent.

Il y encore autre chose à considérer. Invariablement, quand il y a un massacre, les rebelles présentent  les corps sur YouTube et font tout un tohu bohu sur le sujet. Si le gouvernement avait vraiment commis le massacre de 250 personnes appartenant à la même secte alaouite que le président Assad, YouTube fourmillerait de vidéos rebelles, avec des cadavres, des funérailles, du carnage. Vous pouvez en être certain. Pourtant, vérifiez sur YouTube – il n’est pas le moindre bout de vidéo pour étayer leur version.

Les deux camps parlent de ce qui pourrait être le plus grand massacre d’alaouites commis pendant cette guerre. Les alaouites sont évidemment de la même secte que le président Bachar al-Assad. Les rebelles ont fait connaître leur version des évènements en affirmant qu’entre 200 et 250 personnes ont été ruées quand le gouvernement a bombardé cette maison [ou les alaouites étaient retenus] mardi.

Craignant pour leurs vies, les fonctionnaires du gouvernement refusent de s’exprimer devant les cameras, mais ils sont convaincus qu’un grand massacre s’est produit ici après la libération de quelques chanceux en début de matinée mardi.

Un organisme peut dénouer la dispute sur les évènements, et c’est le Croissant Rouge qui a pu accéder aux prisonniers pendant les neuf jours de blocage. Il sait avec certitude si c’était une milice pro gouvernementale ou des rebelles qui détenaient ces gens. La situation reste cependant dangereuse et le Croissant Rouge ne s’est pas exprimé pour l’instant.

Vers des négociations en Syrie?

6 novembre 2012

On a déjà croisé Joshua Landis sur ce blog. Landis est un universitaire Américain spécialiste de la Syrie : il intervient régulièrement dans les médias (BBC, al Jazeera, Time Magazine etc.) et il anime le blog Syria Comment.

Son attitude vis-à-vis des évènements en cours dans ce pays a connu une évolution tous à fait saisissante. Son approche au départ était empreinte de neutralité, même s’il considérait que le régime en place ne pourrait pas tenir face aux troubles qui commençaient à s’emparer du pays. Il n’hésitait pas cependant à signaler deux aspects largement ignorés par les médias occidentaux : le premier était l’intervention dès le début d’éléments armés dont l’action ne relevait pas de l’amateurisme ou de l’improvisation, et le deuxième était la manipulation de l’information, notamment par le truchement de vidéos.

Landis n’a jamais pensé que la Syrie pouvait passer rapidement à la démocratie et certainement pas par le biais d’un mouvement violent. C’est pourquoi, tout en essayant de rester neutre, il s’était montré (prudemment) favorable aux réformes proposées par le régime syrien. Joshua Landis a progressivement abandonné sa position neutre (souvent interprétée  comme favorable au régime) pour appeler ouvertement à l’armement des milices rebelles et à leur dotation notamment en missiles sol-air.

Difficile de comprendre les raisons de cette évolution. Peut-être tiennent-elles à l’influence de sa belle famille syrienne (Landis est mariée avec une Syrienne, fille d’un officier supérieur en retraite), ou à la conviction qu’il faut en finir le plus vite possible parce que la chute du régime est inévitable ou encore pour prétendre jouer un rôle dans l’ingénierie politique et sociale que les Etats Unis mettraient en application en cas de renversement du régime.

Joshua Landis (assis) en famille à la résidence d’Imad Mustafa, ambassadeur de Syrie à Washington

Ce ne sont bien sûr que des conjectures.

Dans un article tout récent, Landis s’intéresse à la dernière tentative de Washington pour organiser l’opposition syrienne et obtenir la constitution d’un gouvernement en exil. Hillary Clinton s’est en effet aperçue qu’en matière de putsch et autres coups d’Etat, on était jamais mieux servi que par soi-même et qu’il était temps de mettre un terme à la fiction d’une opposition syrienne qui aurait une volonté de conduire son pays vers la démocratie.

Nous savons pourtant, et Landis le dit ici subrepticement, que la première mouture de l’opposition syrienne était déjà made in Washington. Le problème étant que cette opposition dûment salariée par les Occidentaux n’ayant aucune prise sur la réalité du terrain, il a bien fallu qu’elle accepte d’autres opposants dans ses rangs. D’où une cacophonie et des rivalités qui font la part belle à ce qu’on appelle salafistes et djihadistes qui dominent politiquement et sur le terrain de la lutte armée.

Les motifs des réserves de Washington ne sont pas forcément ceux qu’avance Joshua Landis qui s’imagine que Hillary Clinton a quelque chose à faire des droits de l’homme, comme si elle s’en souciait  en Libye, en Afghanistan ou au Pakistan pour ne citer que quelques pays où l’armée des Etats Unis intervient.

Landis pense que la démarche de Mme Clinton est vouée à l’échec. Il est vrai qu’on peut se demander pourquoi elle a lancé cette initiative à quelques jours de l’élection présidentielle américaine en n’ayant aucune garantie que ce travail sera poursuivi en cas de changement d’administration.

Parce que seule la proximité de l’élection semble donner un caractère d’urgence à un processus qui prend nécessairement un peu de temps. D’autant que l’affaiblissement progressif de la Syrie n’est pas pour déranger les Etats Unis.  Et le processus dont on parle  fait peut-être partie d’une démarche qui admettrait que la sortie de crise doit être négociée et qu’à cette fin il conviendrait d’avoir un partenaire crédible et présentable à mettre en face du gouvernement syrien. Sami Moubayed, dans Asia Times, avance que la prochaine administration américaine, quelle qu’elle soit, poursuivra la même politique en Syrie qui se fonde sur une approche proposée par Riad Seif, un ancien député au parlement syrien.

Ou, tout simplement, que c’est la dernière tentative des Etats Unis avant jet de l’éponge comme ils avaient dû le faire à deux reprises en Syrie dans les années 1950.

 

 Les efforts de Clinton pour constituer un gouvernement syrien en exil semblent voués à l’échec

par Joshua Landis, Syria Comment (USA) 3 novembre 2012

L’opposition syrienne a déjà commencé à renvoyer des piques et ses factions jalouses semblent décidées à couler la dernière initiative de Washington. Hillary Clinton fait une ultime tentative pour réunir des personnes issues des couches sociales supérieures dans un leadership «laïcard» [secularish] pour la rébellion syrienne. Un chant du cygne ?

Le plan A de Washington qui était la création du Conseil National Syrien (CNS) a mordu la poussière. Tout le monde s’accorde à dire que Mme Clinton ne peut même plus supporter d’entendre prononcer le nom du CNS.

Le plan B était la mise en place à Istanbul d’un bureau de liaison US pour rencontrer et établir le profil des chefs des milices syriennes et des directeurs des comités locaux de coordination. Les chefs de milices ont provoqué l’inquiétude de Washington et de la CIA. Ce qui en est ressorti, c’est qu’ils étaient «infiltrés» par des hommes du type salafiste et al Qaïda.

Le plan C est actuellement en cours. Il s’agit de retourner vers le Syriens éduqués dans l’espoir d’en tirer rapidement quelque chose qui fonctionne. Clinton est en train de reconstituer une sorte de leadership pro-américain à partir d’éléments du vieux CNS en ajoutant force membres des Comités de Coordination, certains transfuges du gouvernement et d’autres qui viendront les rejoindre. On a comme l’impression que le CNS boycotte cette démarche. Michel Kilo a dit qu’il ne s’y associerait pas. D’autres ont choisi une attitude attentiste.

L’objet de cet exercice semble d’obtenir qu’une sorte d’élite éduqué pro-américaine adhère à un effort militaire qui semble trop islamiste au goût de Washington et pas trop respectueux des droits de l’homme.

Mais cette correction de trajectoire de dernière minute peut-elle marcher ?

Cette démarche est presque identique à celle de la Grande Bretagne et des Etats Unis dans les années 1950 pour empêcher la Syrie de tomber entre les mains de l’URSS, de Nasser et de la gauche baathiste.

Eisenhower et Anthony Eden avaient fait tout ce qu’ils pouvaient en 1956 pour pousser les élites citadines syriennes à coopérer dans un coup d’Etat pro-occidental, mais en vain. Les deux plus grands partis représentés au parlement – le Parti Populaire d’Alep et le Parti National de Damas avaient refusé de coopérer ensemble afin d’éviter une révolution. Les politiciens Syriens pro-occidentaux d’étaient insultés et s’étaient combattus avec une telle virulence que les diplomates Occidentaux s’arrachaient les cheveux de désespoir alors qu’ils essayaient d’empêcher la Syrie d’aller bers les «cocos.»

Quand le coup de force  échoua, beaucoup de grands notables Syriens pro occidentaux furent accusés de trahison et fuirent le pays. En 1957, les Etats Unis tentèrent de réaliser un autre putsch. «Le « coup américain », ainsi qu’il avait été désigné, n’avait pas eu plus de succès. Certains des agents de la CIA qui étaient chargés de gérer les Syriens sont encore vivants. D’autres politiciens Syriens favorables à l’occident avaient été obligé de fuir le pays. Déstabilisée par la tentative ratée de coup d’Etat par Washington, la Syrie annonça la création de la république Arabe Unie à peine quelques mois après. Nasser en devint le président et entreprit une vaste réforme agraire afin de détruire la base économique des notables des villes qui avaient fait alliance avec l’Occident.

Aujourd’hui, Washington tente à nouveau de rallier les élites pro-occidentales de Syrie pour qu’elles travaillent avec l’Amérique. En 1957, la Turquie, l’Arabie Saoudite et l’Irak avaient coopéré aux efforts américains pour un changement de régime. Aujourd’hui, le Qatar remplace l’Irak mais l’axe qui soutient les Etats Unis dans leur « lutte pour la Syrie » a à peine changé. Autres aspects qui n’ont pas changé, les luttes intestines parmi les élites syriennes et le ressentiment et la méfiance que les Syriens partagent à l’égard des Etats Unis. Difficile d’être optimiste.


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