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Peuples d’Orient et d’Occident sont d’accord: il ne faut pas armer les forces qui combattent le régime syrien!

1 mai 2013

Via Angry Arab à qui je reprocherai cependant (amicalement) de ne pas avoir mis le lien direct vers les tableaux de résultats de cette enquête d’opinion qui a été conduite par le Pew Research Center dans un certain nombre de pays du « Moyen Orient », un Moyen orient qui inclut la Tunisie qui appartient à l’Occident musulman comme on le sait. 

Le présent sondage porte sur les événements en cours en Syrie et il a été réalisé par le PEW Research Center qui se présente comme un organisme non partisan de collecte de faits pour informer l’opinion sur les problèmes, les attitudes et les tendances qui façonnent l’Amérique et le monde. Le Pew Research Center

 fait des enquêtes d’opinion, de la recherche en démographie, de l’analyse des médias et d’autres études empiriques dans le domaine des sciences sociales. Pew Research ne prend pas de positions politiques. Il est une division de The Pew Charitable Trusts.

L’analyse de ce sondage titre sur la crainte des peuples du Moyen Orient d’un élargissement du conflit syrien aux pays voisins.

Les résultats saillants sont synthétisés dans plusieurs tableaux de chiffres.

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Ce premier tableau nous montre que tous les peuples de la région sont préoccupés voire très préoccupés par le risque que la violence en Syrie déborde dans leur propre pays. Les moins inquiets étant les Turcs avec 25 % seulement de personnes très inquiètes contre 46 % en Jordanie et 68 % au Liban où l’inquiétude est la plus forte parmi les Chrétiens.

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.Cette inquiétude d’un débordement de la violence dans les pays voisins de la Syrie est partagée par la majorité des personnes interrogées quelque soit le pays et atteint même les 89 % en Tunisie, ce qui est quand même un signe de l’impact politique et psychologique de la situation dans ce pays somme toute lointain (mais où de nombreux Tunisiens sont engagés dans les combats contre le gouvernement).

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On a demandé ici aux sondés s’ils étaient favorables ou s’ils étaient contre la fourniture d’armes et d’équipements militaires par les pays occidentaux aux milices d’opposition en Syrie.

A l’exception des Jordaniens, les citoyens des pays voisins de la Syrie ne veulent pas que l’occident équipe les forces de l’opposition syrienne en matériel militaire. Ce refus est le plus marqué au Liban où il est majoritaire dans les trois grandes communautés confessionnelles, même si elle est nettement moins forte chez les Sunnites que chez les Chrétiens et surtout les Chiites. Cette opposition est très nettement majoritaire également en Turquie, un pays dont on sait pourtant qu’il est une base logistique et de repli pour l’opposition syrienne.

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Cette opposition à une assistance matérielle occidentale pour les milices syriennes antigouvernementales s’observe aussi pour le même type d’aide en provenance de pays arabes. Moins marquée, elle demeure cependant majoritaire partout, sauf en Jordanie. Les Turcs se distinguent ici par leur constance puisqu’ils ne font pas de distinguo entre l’aide occidentale et l’aide arabe (sans doute parce qu’ils ne sont pas arabes).

On soulignera que ce refus arabe et turc d’une assistance militaire aux milices de l’opposition syrienne n’est pas associé à un soutien au régime syrien puisqu’il apparaît dans un autre tableau de chiffres que le président Assad n’est guère populaire dans les pays concernés par le sondage: 72 % d’opinions défavorables en Turquie, 81 % en Tunisie et en Egypte par exemple.

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Le Liban fait en quelque sorte exception avec 59 % d’opinions défavorables « seulement », un résultat dû à la quasi unanimité de la communauté chiite avec 91 % de sondés en faveur d’Assad ainsi qu’à ses 36 % d’opinions favorables dans la communauté chrétienne.

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Fait intéressant, les citoyens de la France, de l’Allemagne mais aussi de la Grande Bretagne et des Etats Unis sont majoritairement opposés à la livraison de matériel militaire par leur pays en faveur de l’opposition armée en Syrie. On constate ainsi que 82 % des Allemands sont opposés à de telles livraisons tout comme 69 % des Français et 64 % des Américains!

 

 

 

Après le sondage du Figaro sur l’Islam et les musulmans, on attend un sondage sur le judaïsme et les juifs

25 octobre 2012

Le journal Le Figaro vient de publier les résultats d’un sondage selon lesquels:

L’image de l’islam se dégrade fortement en France

avec

un durcissement supplémentaire des Français vis-à-vis de cette religion et d’une perception négative renforcée de l’islam. Même si une proportion non négligeable de Français, 40 %, continue à se dire indifférente à la question de la présence de l’islam en France.»

Selon Jérôme Fourquet de l’IFOP, l’institut qui a réalisé le sondage:

Ce qui explique, à ses yeux, un tel durcissement – 43 % des sondés considèrent l’islam comme une «menace» – est lié à une «visibilité» fortement accrue de l’islam sur la scène publique et médiatique. «Ces dernières années, il n’est pas une semaine sans que l’islam, pour des questions sociétales, voile, nourriture halal, ou pour une actualité dramatique, attentats, ou géopolitique, n’ait été au cœur de l’actualité.» D’où cette autre impression: 60 % pensent que cette religion a désormais «trop d’importance». Ils étaient 55 % il y a seulement deux ans. Ceux qui se disaient indifférents à cette question passent de 41 à 35 %.

Je me disais qu’il serait intéressant (ou de très mauvais goût) que le journal Le Figaro convoque un sondage du même type sur le judaïsme, en adaptant au besoin le questionnement proposé aux sondés. par exemple, en leur demandant si cette religion et ses adeptes ne sont pas trop présents dans tel ou tel domaine de la vie publique et économique, reproches qui étaient communément adressé aux Juifs par une fraction de l’opinion publique entre les deux guerres.

Olivier Roy faisait déjà ce genre de réflexion dans un entretien accordé au Nouvel Observateur suite à un sondage du même type pratiqué par l’institut CSA en 2009.

Quand on dit qu’on ne tire pas assez de leçons de l’histoire, c’est un euphémisme. Encore faudrait-il qu’on enseigne l’histoire et pas des mythes.

« Les mêmes questions se posaient avec la pratique du judaïsme »
Le Nouvel Observateur,  le 10-12-2009

Un sondage CSA publié jeudi 10 décembre semble montrer une spécificité de la perception de l’islam par les Français. Alors que les religions catholique et juive sont jugées compatibles avec la vie en société pour 82% et 72% des Français, seuls 54% d’entre eux estiment que la pratique de la religion musulmane s’accorde avec le mode de vie français.
Nouvelobs.com donne la parole à Olivier Roy, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence.

Selon vous, la pratique de l’islam est-elle compatible avec la vie en société en France ?

– Evidemment. Les plus de 5 millions de musulmans en France le prouvent. Le problème est qu’en ce moment certaines personnes essaient de définir une sorte d’islam libéral (qui validerait l’homosexualité, par exemple), alors que cela n’existe pas. De même que le catholicisme libéral n’existe pas. La religion est ce qu’elle est. Ce sont les pratiques de la religion qui diffèrent. Il y a trente six manières de pratiquer l’islam.
Le sondage pose une question à laquelle il faut répondre par oui ou par non, elle ne peut donc pas rendre compte de la compatibilité des pratiques, mais plutôt du rapport des gens à l’image qu’ils ont de l’islam.

Comment expliquer cette perception négative de l’islam en France et en Europe ?

– Par sa nouveauté. L’islam est intégré en Europe seulement depuis trente ans. Si on regarde la presse française, dans les années 30, les mêmes questions se posaient avec la pratique du judaïsme. La pratique israélite était intégrée, mais pas celles des nouveaux arrivants. Ils étaient qualifiés de métèques quotidiennement. Il n’y avait pas besoin de lire les pamphlets antisémites de Céline pour trouver ce genre d’expression. Aujourd’hui, à travers ces sondages, c’est un discours tout à fait théorique qui est relayé selon lequel le musulman est un immigré, alors que l’intégration est faite, et depuis des années.

Pensez-vous que le débat sur l’identité nationale présenté par le gouvernement influence cette perception ?

– C’est un discours purement idéologique et politique (car il n’aura aucune traduction dans la législation) qui crispe un débat qui a lieu depuis des années d’un point de vue pratique. Quand Eric Besson dit qu’il y a un fort intérêt pour son débat, qu’il y a une forte participation, ce n’est pas vrai. Les gens ne sont pas dupes. Ils connaissent bien la réalité : en France la mixité est très forte. Le discours qui consiste à considérer les musulmans comme des étrangers est totalement abstrait. Le président de la République fait comme s’il fallait séduire un électorat, mais en fait il n’a pas compris cette réalité. Il a 20 ans de retard. Comme lui, le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui, considère que l’Europe est une terre chrétienne. Les promoteurs de la vision culturaliste qui consiste à associer la religion à la culture se trouvent donc des deux côtés. Alors que cette vision est dépassée.

Les élus locaux connaissent-ils mieux cette question ?

– Oui. Ils ont une pratique beaucoup plus subtile. Ils constatent que la mixité a lieu. La question des minarets, par exemple, a lieu au sein des mairies depuis les années 80. Les maires, connaissent bien la question et se la pose en termes de compatibilité architecturale. Dans cette réalité, les musulmans sont perçus comme des citoyens français et non comme des immigrés.

La religion doit-elle rester dans la sphère privée ?

– Pas du tout. A aucun moment la loi de 1905 sur la laïcité ne le laisse entendre. Ce serait une vision idéologique de la laïcité. Par ailleurs, les minarets ont été créés par symétrie aux clochers. Mais ces derniers ne sont pas évoqués dans la Bible, ils apparaissent plus tard, et sont culturels. C’est pour cela que l’interdiction des minarets est discriminatoire. En revanche, il n’a jamais été question d’autoriser l’appel à la prière par le muezzin, de même que la sonnerie des cloches est très réglementée, et n’est permise que lorsque la tradition le justifie. Si une nouvelle église s’implante et fait sonner ses cloches, vous pouvez faire appel à la jurisprudence pour porter plainte.

Propos d’Olivier Roy recueillis par Donald Hebert
le jeudi 10 décembre (Nouvelobs.com)


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