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Obama à l’assaut de l’Etat Islamique ou la stratégie du chaos (ou encore la Turquie prise à son propre piège)

11 septembre 2014

Les choses semblent se dessiner maintenant. Le gouvernement des Etats Unis a décidé de former une coalition à laquelle est fixée la mission de vaincre l’Etat Islamique qui a pris corps sur une partie des territoires de l’Irak et de la Syrie.

La coalition comprend un noyau dur avec des pays comme la Grande Bretagne et la France et des partenaires plus périphériques.

L’article que je vous propose parle justement du positionnement de la Turquie par rapport à cette orientation stratégique du président Obama, Turquie qui vient de refuser l’utilisation de ses bases aériennes pour des bombardements en territoire syrien et irakien.

L’auteur nous explique que, parmi les pays susceptibles de participer à ce noyau dur,  la Turquie, est le seul Etat  à partager une frontière avec l’Etat islamique n’a nulle envie de faire partie de ce noyau dur.

Pour la bonne raison que les autorités turques ont longtemps misé et misent encore sur des mouvements comme celui qui a donné naissance à l’Etat Islamique en Irak et au Levant (aujourd’hui Etat Islamique) pour venir à bout des régimes qui selon elles maltraitent les Sunnites. La priorité du gouvernement turc étant de corriger le gouvernement irakien et d’éliminer le régime baathiste au pouvoir à Damas.

Une bonne partie des milliers de combattants qui peuplent les rangs du Califat proclamé par Abou Bakr al-Baghdadi ont en effet à un moment ou à un autre transité par le territoire turc et y retournent à l’occasion pour se soigner par exemple.

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Un autre problème auquel fait face le gouvernement turc tient à ce qui se passerait si l’Etat Islamique était contraint d’abandonner ses positions : ce serait alors le reflux des miliciens « djihadistes »vers la Turquie où l’armée de ce pays n’aurait sans doute plus d’autre choix que de leur livrer bataille.

Tout cela est exposé dans cet article (que j’ai traduit de l’anglais à partir d’un original écrit en turc, ce qui explique certains défauts du texte), Ainsi que ce cauchemar pour le gouvernement turc que constituerait une alliance formelle ou de facto entre la coalition anti-EI et le régime de Bachar al-Assad !

Pour l’heure on ne sait cependant pas si l’intervention militaire occidentale aura un effet positif pour le régime syrien où si elle cherchera à l’affaiblir sous couvert de bombarder les forces de l’Etat islamique.

Enfin l’auteur observe que, en cas de défaite de l’Etat Islamique, les organisations qui pourraient se substituer à lui sont faites à peu près du même bois, l’une d’entre elles étant officiellement affiliée à al Qaïda.

Ce qui ne saurait gêner outre mesure la CIA comme on peut s’en douter.

Le dilemme de la Turquie devant la lutte contre l’Etat Islamique

par Fehim Taştekin, Al-Monitor 7 septembre 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri

Après quehttp://www.al-monitor.com/pulse/contents/authors/fehim-tastekin.html les Etats Unis ont annoncé qu’ils constituaient un « noyau de coalition » avec dix pays pour combattre l’Etat Islamique (EI), les regards se sont tournés vers la Turquie. La Turquie aura-t-elle vraiment une place parmi les dix pays cités par Reuters ? Dans l’affirmative, quel rôle jouera-t-elle ? Après le sommet de l’OTAN du 5 septembre au Pays de Galles, le Secrétaire d’Ertat à la Défense Chuck Hagel a indiqué que ce noyau de la coalition facilitera la formation ultérieure d’un groupe plus large et plus structuré. Le Secrétaire d’Etat US John Kerry a déclaré que la coalition devait être mise en place de sorte à empêcher l’EI de s’emparer de plus de territoires sans avoir à envoyer sur place des soldats de l’alliance [OTAN], par un soutien aux forces de sécurité irakiennes et à d’autres qui sont prêtes à affronter l’EI. Il a précisé que la ligne rouge pour tous était de ne pas lancer d’opération terrestre.

Selon des informations de coulisses rapportées par CNN Turquie après la rencontre entre le président américain Barack Obama et le président turc Recep Tayyip Erdogan, Ankara n’est pas favorable à l’idée de participer au noyau de la coalition. Le quotidien Cumhuriyet a rapporté que la Turquie formulait des réserves et que la rencontre Obama – Erdogan s’est conclue avec un accord sur une participation de la Turquie de derrière les coulisses.

Les réserves de la Turquie sont répertoriées comme suit :

Les otages turcs détenus par l’EI ne doivent subir aucun mal

L’équilibre des forces dans la région ne doit pas être modifié, et de ce point de vue, aucun armement ne devrait être fourni aux Chiites qui sont puissants à Bagdad.

La Turquie est dans un processus de règlement avec les Kurdes. La présence d’armes incontrôlées dans la région pourrait représenter une menace pour la sécurité intérieure de la Turquie.

L’opération ne devrait pas renforcer le régime de Bachar al-Assad en Syrie.

Reuters a cité un diplomate US affirmant qu’en raison de la situation particulière qui prévaut, la contribution de la Turquie ne peut pas être très visible.

Les dilemmes de la Turquie

Les dilemmes de la Turquie devant la lutte contre l’EI ne se limitent pas à la question des otages. Les Etats Unis ont fixé comme ligne rouge la présence de troupes au sol. Dans une telle situation, il est inévitable que les troupes sur le terrain pour combattre l’EI doivent provenir de forces locales [de la région]. Un succès durable implique que les forces locales consolident leur emprise. Les forces terrestres qui ont repris des sites stratégiques comme le barrage de Mossoul et la ville d’Amerli avec l’appui aérien des Etats Unis étaient des acteurs que la Turquie n’a pas vraiment envie d’aider. A Amerli, ce sont des milices chiites comme les Brigades de la Paix, les brigades Abou Ali avec des unités de l’armée irakienne dominée par les Chiites qui ont ouvert la voie. Les opérations dans le nord sont conduites par les peshmerga, la branche militaire du Gouvernement Régional du Kurdistan, le Parti des Travailleurs du Kurdisatn (PKK) et les Unités de Protection du Peuple (YPG, Kurdes de Syrie). Repousser l’EI sans les forces locals à propos desquelles Ankara a émis des réserves ne sera pas possible. En déclarant « Nous devons soutenir les autres [forces] qui sont prêtes à résister à l’EI, » Kerry a souligné l’importance de ces forces locales. La Turquie, qui a interprété les soulèvements dans les provinces de Mossoul, Salahuddin et Anbar comme des rébellions sunnites contre le gouvernement chiite en Irak et a maintenu des contacts étroits avec ces organisations dans l’espoir d’une issue favorable aux Sunnites, ne veut pas que la coalition contre l’EI relance les forces chiites. Les propos suivants du premier ministre turc Ahmet Davutoglu sur l’Etat Islamique (qui s’appelait lui-même auparavant EIIL, Etat Islamique en Irak et au Levant) doivent être compris comme l’expression de l’attente par la Turquie d’un nouveau rapport de forces en faveur des Sunnites : « La colère, la marginalisation et les insultes ont abouti à l’éruption soudaine d’une réaction sur un vaste front. Si les Arabes sunnites n’avaient pas été marginalisés en Irak, il n’y aurait pas eu une telle accumulation de fureur La structure que nous appelons EIIL pourrait être vue comme une organisation terroriste extrémiste. Mais parmi ceux qui la rejoignent, il y a des Turcs, des Arabes et des Kurdes. »

Le deuxième dilemme important pour la Turquie est le renforcement de la puissance du PKK et du PYG par leur combat contre l’EI et leur gain de légitimité aussi bien aux yeux des populations de la région que de la communauté internationale.

Depuis que le Parti d’Union Démocratique (PYD) est apparu comme le catalyseur de l’autonomie de fait des Kurdes de Syrie, la Turquie a dû revoir son approche. Cette nécessité a été ressentie pour la défense des frontières avec l’Irak et la Syrie, et même pour assurer la sécurité de la tombe de Suleiman Shah qui est considérée comme territoire turc sur la rive de l’Euphrate [en Syrie]. Les mouvements militaires turcs pour ravitailler les soldats turcs qui gardent la tombe et pour la relève doivent se faire en concertation avec le YPG.

La Turquie coopère-t-elle avec l’EI ou le YPG ou le PKK ? Le co-président du Parti Démocratie Populaire Kurde (HDP) Selahhatin Demirtas explique, « Ca pourrait sembler marginal, mais le PKK combat la barbarie de l’EI. S’il doit y avoir la paix avec la Turquie et si le PKK doit renoncer à la lutte armée contre la Turquie, pourquoi ne pas l’aider maintenant avec des armes ? » La question que la Turquie cherchait à éviter est ainsi revenue à l’ordre du jour. La Turquie doit décider si elle veut préserver le processus de paix [avec les Kurdes] en passant de l’animosité à la coopération ou tout perdre en exagérant les craintes de voir les armes que pourraient acquérir les Kurdes se retourner un jour contre la Turquie. Les craintes de la Turquie limitent bien sûr sa marge de manoeuvre pour accéder au statut d’acteur régional auquel aspire tant les dirigeants du Parti de la Justice et du Développement (AKP au pouvoir).

Un dilemme de plus : La possibilité que l’Etat Islamique qui amasse pas mal d’argent avec le gas oil qu’il vend en contrebande en Turquie se serve des frontières turques comme route logistique pour orienter ses attaques contre la Turquie. L’EI qui a été en capacité de s’organiser dans les grandes villes turques pourrait très bien cibler ces villes. De nombreuses informations alertent sur une telle possibilité. Si l’EI se désintégrait , le pays vers lequel il se repliera en premier lieu pour s’y réorganiser sera la Turquie.

C’est un motif de migraine pour le long terme, mais ce qui est indéniable c’est que la Turquie est beaucoup plus préoccupée par des attaques de l’EI qu’elle ne l’était au moment de la prise de Mossoul par l’EI. Le gouvernement avait même dit auparavant à propos de le prise du consulat de Turquie à Mossoul : « Notre consulat est territoire turc. Mais l’attaque qu’il a subie et la prise d’otages ne sont pas significatifs pour la Turquie. Le territoire turc n’est pas visé. » La Turquie – seul pays du noyau dur à avoir une frontière avec l’Etat Islamique est une cible aisée et parfaite pour des représailles – a fait connaître ses inquiétudes au sommet de l’OTAN. D’autres pays qui pourraient être visés par l’EI n’appartiennent pas au noyau de la coalition. La Jordanie que l’EU veut ajouter au Califat ne s’est pas montrée avec la coalition même si le roi Abdallah de Jordanie était au sommet de l’OTAN et que son pays a été chargé de fournir des renseignements sur les forces présentes sur le terrain. L’Arabie Saoudite, qui apporte ses ressources financières pour ce genre d’opérations, est un autre pas à ne pas se manifester de manière visible

Un autre motif d’inquiétude pour le gouvernement AKP est la possibilité d’une reprise du contrôle par l’armée syrienne après avoir éliminé l’EI. Erdogan n’est pas disposé à voisiner à nouveau avec une Syrie qui resterait gouvernée par Assad. L’administration Obama n’a pas encore décidé si elle allait coopérer avec Assad où avec les ennemis d’Assad contre l’Etat Islamique. En Irak, un partenariat informel s’est mis en place avec l’Iran et le mouvement de Moqtada al-Sadr qui avait combattu l’invasion américaine, mais ce n’est pas si facile de prendre une décision quand on en vient à la Syrie. Même si Obama peut continuer à envisager l’option du soutien à l’opposition syrienne modérée, rien ne garanti que ça marchera contre des organisations extrémistes comme l’EI. C’est pourquoi les Etats Unis veulent se concentrer sur l’EI pour le moment.

Il y a deux candidats assez forts pour remplir le vide laissé par l’Etat Islamique : le Front Islamique, qui est lui-même constitué d’éléments extrémistes, et la branche syrienne d’al Qaïda, le Jabhat al-Nosra. C’est suffisant pour compliquer les efforts d’élaboration d’une stratégie pour la Syrie.

L’Etat et le régime turcs à l’épreuve de la Syrie

20 janvier 2014

Un petit article qui en dit long : des gendarmes Turcs, donc des militaires, interceptent des camions chargés d’armes destinées à la Syrie,

Et l’équipage de ces camions n’est pas constitué de membres d’une quelconque milice du genre Jabhat al-Nosra mais tout simplement d’agents secrets agissant sur ordre des autorités de leur pays,

L’incident décrit ici attire notre attention sur l’hypocrisie du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan mais surtout sur le manque de confiance et même l’animosité qui règnent dans l’appareil d’Etat turc.

 La gendarmerie turque fouille des camions près de la frontière avec la Syrie

Hürriyet (Turquie) 19 janvier 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri

ADANA – Des équipages de gendarmerie ont intercepté trois camions dans la province méridionale d’Adana le 19 janvier suite à un renseignement reçu selon lequel ils transportaient des armes et des munitions.

Le bureau du gouverneur d’Adana a publié un communiqué indiquant que les personnes qui se trouvaient dans les camions appartenaient aux services de renseignements turcs ((MİT) et étaient en mission officielle.

Les camions sont repartis après la fouille, ajoute le communiqué.

Les services de sécurité ont saisi des armes dans les camions, selon le quotidien Radikal.

Les camions avaient été interceptés au péage de Ceyhan sur la route principale entre les provinces d’Adana et de Gaziantep.

Adana et Gaziantep sont deux pièces maîtresses du dispositif militaire de l'OTAN en Turquie

Adana et Gaziantep sont deux pièces maîtresses du dispositif militaire de l’OTAN en Turquie

Plus tard dans la même journée, le nombre de camions interceptés par les services de sécurité était monté jusqu’à sept, selon les informations de presse.

Des mesures de sécurité auraient été prises contre le risque d’explosion pendant l’opération, avec des dispositifs de brouillage déployés sur place.

La police a arrêté au moins deux journalistes qui avaient pris des photos des camions, a indiqué Doğan News Agency.

Début janvier, le gouverneur du Hatay, Celalettin Lekesiz, avait empêché la fouille d’un camion en prétextant que son chargement était un secret d’Etat. Le camion avait continué sa route après que le procureur avait pris note de cet élément.

Le gouvernement avait ensuite annoncé que le camion transportait de l’aide pour les Turkmènes en Syrie.

« Il y a des Turkmènes [en Syrie]. L’aide est pour eux. Chacun doit savoir ce qu’il a à faire ; » avait dir le ministre de l’intérieur Efkan Ala sans donner de précisions sur la nature de cette aide.

Les membres des services de sécurité qui avaient intercepté le camion avaient été par la suite relevés de leurs fonctions.

Scandale dans le scandale en Turquie: la police protège al Qaïda!

28 décembre 2013

Le chef du gouvernement turc, Recep Tayyip Erdogan a fait beaucoup pour contribuer à la chute du régime syrien. Or, non seulement ce régime est toujours en place, avec Bachar al-Assad à sa tête, mais il a engrangé et continue à engranger des gains substantiels aussi bien sur le terrain politique que sur le terrain militaire.

Tandis que le pouvoir du premier ministre turc est en train de vaciller, ébranlé par un scandale politico-financier de grande ampleur qui a déjà entraîné la démission de trois ministres et un profond remaniement du gouvernement.

En admettant qu’il ne soit pas contraint à remettre sa démission, on voit mal, dans ces conditions, comment M. Erdogan pourrait briguer un mandat présidentiel lors des élections de 2014 d’autant, nous dit-on, que le mouvement religieux de Fethullah Gülen est entré en opposition ouverte contre lui (Gülen avait contribué à la victoire électorale d’Erdogan).

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Recep Tayyip Erdogan et Fethullah Gülen

Le scandale ne se limite cependant pas à des affaires strictement turques mais concerne aussi l’action du gouvernement AKP (Parti de la Justice et du Développement) dans la Syrie voisine. En effet, parmi les personnes recherchées par la justice, on compte deux ressortissants Arabes présentés comme membres d’al Qaïda, c’est-à-dire en réalité des services secrets saoudiens.

Ces deux personnages sont actuellement en fuite, une fuite qui a été permise par une police dirigée désormais par des fidèles du gouvernement et qui se permet de ne pas appliquer les ordres des magistrats.

Yusuf Al Qadi et Osama Khoutub ne menaient pas une existence clandestine en Turquie où ils avaient au contraire l’oreille de hauts responsables politiques .

Il fallait bien ça pour organiser le transit de ces milliers de combattants européens vers le champ de bataille syrien.

Des suspects membres d’al Qaïda fuient après le blocage par le gouvernement turc d’une descente de police

Eaman (Turquie) 26 décembre 2013traduit de l’anglais par Djazaïri

Selon des informations, Yusuf Al Qadi et Osama Khoutub qui sont liés à al Qaïda et figurent parmi les suspects dans une importante affaire de corruption, auraient fui la Turquie après que le Parti de la Justice et du Développement (AKP au pouvoir) a bloqué une descente de police mercredi, le police d’Istanbul ayant refusé d’exécuter les ordres donnés par des magistrats afin d’arrêter plusieurs suspects dans le second volet de l’enquête,

Le bureau du procureur d’Istanbul a ordonné l’arrestation de 30 suspects, dont un certain nombre de parlementaires et d’hommes d’affaires, Le département de police d’Istanbul qui a connu unevaste purge au niveau de ses officiers supérieurs la semaine dernière, ne s’est cependant pas conformé aux instructions.

Les informations de presse laissent entendre que quand la liste des 30 suspects a été révélée aux médias mercredi, certains des suspects ont pris des mesures de précaution pour éviter de laisser des éléments à charge contre eux en cas de descente de police chez eux où dans leurs bureaux.

Et certains suspects ont fui la Turquie, dont les agents d’al Qaïda pour la Turquie, Al Qadi et Khoutub, après que le gouvernement a bloqué l’enquête par le truchement de chefs de la police récemment nommés qui ont refusé de se conformer à la décision de justice.

Le procureur Muammer Akkaş, qui conduisait la deuxième phase de l’enquête, a été dessaisi du dossier. «L’ensemble de mes collègues et l’opinion publique devraient savoir qu’on m’a empêché en tant que procureur d’effectuer l’enquête, » a expliqué jeudi le procureur dans une déclaration, ajoutant qu’une entrave à l’action judiciaire a été exercée aussi bien par le bureau du procureur général que par la police, donnant ainsi l’occasion aux suspects de détruire les preuves.

Akkaş a déclaré que malgré la délivrance de mandats d’arrêt et de perquisition à l’encontre des suspects et leur transmission mercredi matin aux services de police d’Istanbul, ces derniers n’ont pas respecté ses ordres.

«En n’appliquant pas les décisions de justice, les chefs de la police ont commis un délit. Une occasion a été offerte aux suspects de prendre des dispositions, de fuir ou d’altérer des éléments à charge,» a-t-il dit.

 Les avoirs en Turquie de l’homme d’affaires saoudien Al Qadi ont été gelés après sa désignation comme financier du terrorisme international. Des articles de presse observent que le suspect d’appartenance à al Qaïda est autorisé à entrer librement en Turquie et a accès à des diplomates et à des responsables sécuritaires de haut niveau, comme le sous-secrétaire des services de renseignements (MİT) Hakan Fidan.

Selon des allégations, l’ancien ministre de la justice Sadullah Fergin, qui a quitté son poste mercredi suite à un important remaniement ministériel, avait demandé au procureur général de fermer le dossier.

La route de la Turquie reste ouverte pour ceux qui veulent combattre en Syrie

31 octobre 2013

L’article que je vous propose évoque le transit par la Turquie de combattants qu’on qualifie de «djihadistes» et qui veulent rejoindre les milices qui combattent le régime syrien.

Ce que montre l’article, c’est que ce transit est organisé avec des hommes qui assurent l’acheminement et le contrôle des futures recrues, pour détecter la présence d’espions éventuels, s’appuyant pour cela sur tout un réseau de planques en Turquie, notamment le long de la frontière syro-turque.

L’article n’affirme pas que le gouvernement turc participe à cet acheminement de combattants étrangers, mais suggère qu’il ferme au minimum les yeux.

On retiendra les pauvres arguments de la police turque pour justifier son incapacité à endiguer l’entrée en Syrie de voyageurs à qui on ne peut rien reprocher du fait que leurs papiers sont en règle!

Ce qui est certain par contre, c’est que les autorités turques ont perdu le contrôle d’un phénomène qu’elles ont tout fait au départ pour encourager.

Et que certaines agglomérations du sud-est du pays sont désormais sous le contrôles des milices djihadistes de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Comme je l’écrivais tantôt, des lendemains douloureux attendent le gouvernement turc quand la crise syrienne sera terminée (et peut-être même avant) et ce, quelle que soit l’issue de cette crise, que Bachar al-Assad reste en place ou pas.

Les recrues d’al Qaïda pénètrent en Syrie à partir de leurs planques en Turquie

Des djihadistes étrangers – dont des Britanniques – affluent en Syrie pour rejoindre al Qaïda à partir de planques en Turquie

par Ruth Sherlock, The Daily Telegraph (UK) 31 octobre 2013

Des centaines de recrues d’Al-Qaïda sont accueillies dans des centres d’hébergement dans le sud de la Turquie, avant d’être transférées clandestinement vers la frontière pour mener le « djihad » en Syrie, a appris le Daily Telegraph.

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Le réseau de planques permet à un flux régulier de combattants étrangers – dont des britanniques et des Australiens – de participer à la guerre civile en Syrie, selon plusieurs personnes impliquées dans le dispositif.

Ces djihadistes étrangers ont largement éclipsé l’aile «modérée» des rebelles de l’Armée Syrienne Libre (ASL) qui a le soutien de l’Occident. La capacité d’al Qaïda à utiliser le territoire turc va soulever des interrogations sur le rôle que joue ce pays membre de l’OTAN dans la guerre civile en Syrie.

La Turquie soutient les rebelles depuis le début – et on supposait que son gouvernement partageait les préoccupations occidentales au sujet d’al Qaïda. Mais des spécialistes disent qu’on craint de plus en plus le risque que la Turquie puisse avoir perdu le contrôle des mouvements des nouvelles recrues d’al Qaïda – voire même qu’elle ferme les yeux.

«Chaque jour arrivent des moudjahidine de toutes nationalités,» déclare Abu Abdulrahma, un bénévole Jordanien qui supervise le flux de combattants étrangers. Il gère un réseau de centres d’accueil dans le sud de la Turquie pour les volontaires qui souhaitent rejoindre la branche d’al Qaïda en Syrie, connue sous l’appellation d’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL).

Il s’exprimait depuis une planque d’al Qaïda, au moyen du compte Skype d’un intermédiaire tout en étant écouté par des volontaires de plusieurs pays, dont la Grande Bretagne.

Une fois que le volontaire est arrivé en Turquie, il y a des «procédures» avant qu’il puisse rejoindre al Qaïda, explique Abu Abdulrahman: «Si vous voulez entrer [dans al Qaïda], vous devez être un bon musulman. Nous devons enquêter pour être sûrs que vous n’êtes pas un espion. Si vous êtes étranger, quelqu’un de notre réseau doit vous recommander,» dit-il.

Ces planques sont en général des appartements loués sous de faux noms dans des villages proches de la frontière turque avec la Syrie. Les recrues doivent parfois attendre des semaines avant d’être autorisées à franchir la frontière. Les logements sont aussi utilisés comme lieux de repos pour les combattants d’al Qaïda qui reviennent du front syrien.

Il y peut-être 10 000 combattants étrangers en ce moment en Syrie, selon des experts. Certains sont des vétérans endurcis par la guerre en Irak, d’autres sont des jeunes «des bleus du djihad» et une part significative d’entre eux vient de pays occidentaux.

Abu Abdullah, un volontaire Australien, dit être parti pour aller combattre en Syrie parce qu’un «mode de vie occidental est contre l’Islam», Il a aussi été révulsé par les atrocités commises par le régime du président Bachar al-Assad.

« Quand vous voyez des femmes et des enfants – n’importe quel être humain – être abattus ou violés ou tués devant leurs pères et leurs familles, tout simplement parce qu’ils prient Dieu [Allah], vous devez être ému par leur humanité. Le prophète Muhammad a dit que si une partie du corps est blessée, alors le reste du le corps ne peut connaître le repos. Si une seule personne est blessée et si quelque chose va contre l’Islam, nous avons le devoir de réagir.»

Mais Abu Abdullah hésite quand il essaye de se rappeler un passage du Coran [justifiant ses dires, NdT]: «Je suis désolé, je ne suis pas le plus compétent des musulmans. Dieu, pardonne-moi pour cela « , dit-il.

Charles Lister, d’IHS Jane’s, un consultant défense, déclare: «Il existe de fortes présomptions sur le fait que le nombre de djihadistes en Syrie est en augmentation. Si on examine par exemple la nature de la présence de l’EIIL, l’aire géographique de présence des étrangers est en expansion. Ce qui a probablement un rapport avec la facilité avec laquelle les recrues peuvent traverser la frontière.»

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Un autre analyste dit que la Turquie «ferme les yeux» devant le nombre de combattants étrangers qui entrent en Syrie via son territoire, y compris en passant par Antakya, la capitale de la province limitrophe de Hatay. Le résultat, ajoute-t-il, est que les djihadistes sont devenus une épine dans le pied de la Turquie, ayant pris de facto le contrôle de villes et de villages proches de la frontière.

Les officiels Turcs contestent ces affirmations avec véhémence et mettent l’influx de combattants à l’échec de la communauté internationale à mettre fin à la guerre en Syrie. «Nous n’avons jamais été laxistes sur ce problème. Nous ne tolérons pas la présence d’extrémistes et d’éléments terroristes sur notre sol,» déclare un officiel Turc. «Si des djihadistes sont passés [par notre territoire], c’est à notre insu et hors de notre contrôle. La présence d’extrémistes en Syrie est un motif de préoccupation pour la Turquie et d’autres pays – et la raison pour laquelle le nombre de djihadistes en Syrie continue de croître en Syrie tient à l’échec de la communauté internationale à résoudre la crise actuelle.»

Cet officiel appelle les pays étrangers à ne pas «pointer seulement la responsabilité» de la Turquie et à oeuvrer à renforcer la surveillance de leurs citoyens qui pourraient vouloir aller en Syrie: «Sauf si on nous donne des informations sur l’appartenance de ces gens à al Qaïda, à une organisation terroriste, sur quelle base juridique pouvons nous les stopper s’ils voyagent avec un passeport valide?»

La police turque essaye de fermer les planques d’al Qaïda en faisant des descentes dans les appartements où des renseignements ont signalé une présence d’al Qaïda. Et les autorités turques ont commencé à améliorer la qualité des contrôles à la frontière. Mais avec plus de 800 kilomètres de frontières communes entre la Turquie et la Syrie, et avec le grand nombre de djihadistes étrangers qui arrivent dans le pays, les autorités ont été pour l’instant incapables de couper le robinet. Si la police arrête quelqu’un, elle ne peut pas l’incarcérer ni le renvoyer dans son pays d’origine parce qu’il est difficile de prouver qu’il est membre de l’EIIL, jubile un djihadiste.

Dans la ville frontalière de Kilis, à trois heures de route d’Antakya, les djihadistes se sentent suffisamment à l’aise pour siroter le café dans les halls d’hôtels en discutant tranquillement avec leurs collègues. Cette semaine, le Telegraph a discuté avec un membre de l’EIIL dans uns de ces hôtels, Que la Turquie le veuille ou pas, «elle a été très bonne avec nous,» dit en clignant de l’oeil le djihadiste qui souhaite rester anonyme.

Commercer ou s’indigner (de l’attitude du gouvernement turc vis-à-vis de l’Etat sioniste)

20 octobre 2013

Réflexion inspirée par une information déjà ancienne.

S’il est une personnalité du Moyen Orient qui aura déçu, c’est bien le premier ministre Turc Recep Tayyip Erdogan.

Ce dernier avait en effet suscité beaucoup d’espoirs quand il avait exprimé sans ménagement son indignation à la face du chef du gang sioniste Shimon Peres suite à l’opération dite « Plomb durci » menée par les terroristes sionistes contre Gaza fin 2008 – début 2009.

C’était une réaction émotionnelle et sans doute sincère mais qui n’a pas résisté aux nécessités politiques du gouvernement turc, le tournant pouvant être situé au moment où la Turquie, après de fortes réticences, avait accepté d’apporter sa contribution à l’effort de guerre contre la Libye.

Le fait est que, même après l’arraisonnement sanglant par les tueurs sionistes (9 morts, tous Turcs dont un américano-turc) de la flottille humanitaire emmenée par le Mavi Marmara, et en dépit d’une crise diplomatique sans précédent, les échanges commerciaux entre les deux pays ont non seulement continué mais ont atteint un niveau record.

Cette logique profonde des relations entre la Turquie d’Erdogan et l’entité sioniste est en quelque sorte un démenti par les faits des postures indignées du chef du gouvernement turc.

On peut comparer cette manière de récompenser l’Etat prétendu juif avec l’attitude intransigeante et agressive qu’a adoptée M. Erdogan à l’égard des autorités syriennes qui n’ont pourtant assassiné aucun ressortissant turc.

Des députés de l’opposition turque font éclater aujourd’hui au grand jour l’hypocrisie de M. Erdogan dont le fils ne s’est pas gêné pour profiter du boom des échanges entre l’Etat prétendu juif et la Turquie.

L’info est reprise par un journal sioniste selon le bon vieux principe en vigueur à Tel Aviv qu’il faut écraser impitoyablement ses ennemis et humilier ses amis car l’humiliation a la vertu paradoxale de les rendre encore plus dociles (pour ceux que ça intéresse, allez voir du côté de la théorie de la dissonance cognitive de Leon Festinger).

Selon l’opposition: le fils de M. Erdogan fait des affaires avec Israël

 Des membres de l’opposition turque affirment qu’un bateau appartenant au fils dy premier ministre a accosté au port d’Ashdod trois mois avant la réconciliation entre les deux pays

 par Itamar Eichner, Yediot Aharonot (Sionistan) traduit de l’anglais par Djazaïri

 Des membres de l’opposition turque ont mis dans l’embarras le premier ministre Recep Tayyip Erdogan en révélant que durant ces trois dernières années, alors que les relations entre Tel Aviv et Ankara étaient au plus bas, son fils avait continué à faire des affaires avec Israël.

Le fils, Ahmet Burak Erdogan, est propriétaire de la MB Shipping company qui possède deux navires cargos. L’un d’entre eux, le Safran-1, a relié des ports turcs et israéliens plusieurs fois, transportant des marchandises dans les deux sens.

Le bateau qui mesure 95 mètres de long a accosté au port d’Ashdod le 12 janvier – environ trois mois avant la fin de la crise entre les deux pays.

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Erdogan père et fils avaient un petit bateau

Lors d’une conférence de presse à Ankara, l assistant du président du Parti Républicain du Peuple (CHP), le principal mouvement d’opposition à Erdogan au parlement, a pourfendu le premier ministre Turc pour son «hypocrisie.»

D’autres membres de l’opposition ont posé une série de questions à Erdogan: «Votre fils avait-il été exempté de l’embargo commercial contre Israël? Est-ce que c’est moral? Quelle a été la part prise par le bateau dont votre fils est propriétaire dans le commerce avec Israël?»

 Les parlementaires Turcs se sont pourtant trompés: en fait, la Turquie n’a jamais proclamé un embargo commercial contre Israël même au plus fort de la crise diplomatique. Erdogan avait bien annoncé qu’il suspendait les relations économiques avec Israël, mais il avait ensuite précisé qu’il ne parlait que des échanges en matière de défense.

Pendant la crise entre Israël et la Turquie, les échanges commerciaux entre les deux pays ont prospéré et atteint le niveau record de 4 milliards de dollars – une augmentation de 30%.

Sex Shop halal sur internet

20 octobre 2013

Après le sex shop halal de Casablanca (à moins que ce soit un canular),un sex shop halal en ligne en Turquie.

Après tout, on a bien les sauces végétales et les oeufs halal.

En tout cas Youssef al Qaradaoui saura maintenant où acheter ses godemichés

Ouverture du premier sex shop halal en ligne en Turquie

Hürriyet (Turquie) 20 octobre 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un sex shop en ligne vient d’être lancé pour vendre des produits « halal » aux Musulmans en Turquie, ce qui en fait le premier de ce genre dans le pays.
Sex Shop halal on line

Sex Shop halal en ligne

Le site web présente ses produits comme absolument sûrs et halal conformément aux normes islamiques.

Quand les usagers d’internet entrent sur le site marchand en ligne, il y a deux liens différents, un pour les hommes et un pour les femmes, qui guident les visiteurs vers deux sections séparées pour les produits féminins et masculins.

Il y a aussi d’autres sections sur le site web pour discuter des relations sexuelles sous l’angle de l’Islam.

Armes chimiques en Syrie, les premières inculpations.

13 septembre 2013

Le gouvernement turc est un des plus fermes soutiens à l’opposition syrienne armée à laquelle il fournit une aide multiforme.

Il n’empêche que la justice turque vient d’inculper un «rebelle» syrien dont une des activités consistait à acheter des substances chimiques dont certaines qui entrent dans la composition du gaz sarin.

Le sarin est ce gaz de combat que les forces gouvernementales syriennes sont accusées d’avoir utilisé en août dernier dans la périphérie de Damas.

Laurent Fabius devrait aller expliquer à la justice turque qu’elle fait fausse route et que c’est Bachar al-Assad quelle devrait inculper.

 

Des groupes de rebelles syriens ont essayé d’acheté des composants d’armes chimiques, affirment des procureurs

ADANA – Doğan News Agency, Hürriyet (Turquie) 12 septembre 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un procureur a bouclé le 12 septembre son acte d’inculpation dans le cadre d’une enquête sur les substances chimiques saisies dans la province méridionale de Hatay. Il affirme que des groupes de rebelles djihadistes syriens avaient cherché à acquérir des matériaux qui pouvaient être utilisés dans la production de sarin, un gaz extrêmement toxique.

L’acte d’accusation qui comprend des transcriptions de plusieurs conversations téléphoniques entre les suspects impliqués indique qu’un citoyen syrien âgé de 35 ans, identifié sous le nom d’Hytham Qassap était entré en contact avec un réseau en Turquie afin de se procurer des substances chimiques pour le Front al-Nosra et les djihadistes des brigades Ahrar al-Sham.

L’acte d’accusation  a rejeté la validité des déclarations des suspects selon lesquelles ils ignoraient que les substances chimiques qu’ils essayaient d’obtenir pouvaient servir à produire du gaz sarin.

“Les suspects ont plaidé non coupable en affirmant qu’ils ne savaient pas que les substances qu’ils essayaient d’acquérir pouvaient servir à fabriquer du gaz sarin. Les suspects n’ont cessé d’énoncer des faits incohérents et contradictoires sur cette question,» indique l’acte d’accusation.

Les magistrats ont aussi signalé que les fournisseurs turcs des substances chimiques avaient dit au principal suspect, Qassap lors des conversations téléphoniques, que deux des huit produits chimiques qu’il essayait d’acquérir étaient soumis à approbation par l’Etat.

L’acte d’accusation contient aussi le témoignage de Qassap où il avoue ses liens avec les brigades Ahrar al-Sham et s’être rendu à Antakya sur ordre de leur chef, Abu Walid. «Après mon arrivée à Antakya, d’autres groupes rebelles sont entrés en contact avec moi. Tandis que certains le demandaient des médicaments et d’autres fournitures de nature humanitaire, d’autres voulaient obtenir de l’équipement militaire,» a-t-il dit aux procureurs.

Onze personnes en tout avaient été arrêtés au cours d’une enquête lancée en mai dernier après que la police avait reçu un tuyau suggérant que certains groupes de rebelles syriens cherchaient à se procurer des matériaux qui pouvaient servir à produire des armes chimiques.

Qassap et cinq suspects turcs ont été arrêtés tandis que cinq autres ont été relâchés. Ces derniers ont été libérés après que des tests en laboratoire ont démontré que les substances saisies durant l’opération n’étaient pas du gaz sarin.

 

Turquie: le retour de flamme d’une politique syrienne désastreuse

30 juillet 2013

Recep Tayyip Erdogan brigue le poste de président de la république turque, une ambition somme toute justifiée pour quelqu’un qui ne passe pas inaperçu sur la scène internationale.

A son actif, on considère généralement qu’il a placé l’économie de son pays sur de bons rails et mis en route un processus qui devrait aboutir à la paix avec les rebelles kurdes.

Il estime aussi avoir posé la Turquie en exemple de démocratie dont pourraient s’inspirer d’autres pays musulmans, notamment ceux qui ont été concernés par le fameux «printemps» arabe. Et c’est sa position sur les évènements dans la Syrie voisine qui est supposée démontrer la profondeur de l’engagement d’Erdogan en faveur de la démocratie dans les pays arabes : accueil de réfugiés syriens, soutien à la direction politique de l’opposition syrienne, bases de repli en territoire turc pour les milices syriennes, facilités pour l’entraînement et le renseignement.

Côté passif, si on veut bien considérer qu’une fois élu un chef de l’Etat doit incarner une figure rassembleuse, son bilan sera lourdement grevé par la mobilisation d’une partie importante de l’opinion déclenchée par un projet de construction d’un centre commercial sur un des rares espaces verts d’Istanbul, la capitale économique et culturelle du pays.

Je ne vais pas parler du bilan économique du gouvernement Erdogan. Il faut par contre souligner que les acquis de sa politique aussi bien avec les Kurdes qu’avec la Syrie ne tarderont sans doute pas à apparaître pour ce qu’ils sont en réalité : des échecs cuisants qui ne seront pas sans conséquences en Turquie même.

Pour comprendre ce que je veux dire, il suffit de parcourir Hürriyet, un journal turc indépendant du pouvoir qui nous propose ce titre aujourd’hui (traduit de l’anglais par Djazaïri) :

Les soldats turcs tirent des grenades lacrymogènes sur 2 000 contrebandiers à la frontière syrienne

 

Les soldats turcs ont tire des coups de semonce et utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser une foule d’environ 2 000 contrebandiers qui essayaient d’entrer en Turquie depuis le territoire syrien,  a déclaré l’armée turque aujourd’hui.

Selon un communiqué écrit de l’état-major, des militaires ont lancé des avertissements au groupe [de contrebandiers] aussi bien en arabe qu’en turc, cependant le groupe a refusé de se disperser près de la ville frontalière d’Oğulpınar, dans la province méridionale du Hatay. 

Dans le même temps, un groupe de 350 muletiers dans un autre secteur à proximité ont jeté des pierres sur lés véhicules de patrouille de l’armée avant que les soldats tirent en l’air, a indiqué l’armée. La déclaration précise aussi qu’il n’y a pas eu de victimes. 

Cet incident est intervenu au lendemain de l’annonce par l’armée turque de l’utilisation par des soldats de gaz lacrymogènes pour disperser un groupe d’environ 1 000 contrebandiers également près de la ville frontalière d’ Oğulpınar.

Une réunion d’urgence pour évaluer les derniers développements à la frontière avec la Syrie se tiendra aujourd’hui au bureau du premier ministre à Ankara, rapporte le quotidien Hürriyet sur son site web.

La réunion sera présidée par le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan. Le chef d’état major, le général Necdet Özel, qui doit rencontrer Erdoğan à 16h30 participera aussi à la réunion, indique le journal.

2 000 contrebandiers! Autant dire que les autorités turques ne maîtrisent plus grand chose à leur frontière sud-est et que la situation devient de plus en plus problématique, une évolution dont la responsabilité incombe entièrement au pouvoir turc.

Parce que, avant de  s’allier avec la France, la Grande Bretagne et les Etats Unis pour attiser les flammes en Syrie, Recep Tayyip Erdogan et son ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoglu auraient dû réfléchir au fait que leurs « amis»  occidentaux sont protégés des conséquences immédiates de la crise syrienne par le simple fait qu’ils en sont éloignés par des milliers de kilomètres.

Erdogan et Davutoglu se sont en effet comportés comme quelqu’ un  qui attise le feu dans la maison de son voisin sans imaginer un seul instant qu’il accroît le risque que ce feu se propage dans sa propre maison !

Et le problème que vit aujourd’hui la Turquie à sa frontière sud-est risque de perdurer, quelle que soit l’issue du conflit en Syrie, que le régime en place l’emporte ou non :

C’est de fait un Etat dans l’Etat qui s’est constitué au Hatay sous les auspices d’un gouvernement turc qui aura sans doute bien du mal à faire rentrer dans sa boîte le «diable» qu’il a encouragé à combattre les autorités du pays voisin.

Ce «diable» ignore les frontières et pour lui, le Hatay fait partie de la Syrie [ou d’un Etat musulman à créer] et c’est là un point où il est d’accord avec Bachar al-Assad.

Mais à la différence de Bachar al-Assad, les takfiristes et autres «djihadistes» vont faire, et font déjà, comme si la frontière n’existait plus.

Si cette situation n’est déjà pas reluisante telle quelle, elle risque de s’envenimer aussi bien en cas de victoire que de défaite des «rebelles.»

En effet, en cas de victoire les rebelles parvenus au pouvoir à Damas (ou à Alep) revendiqueront officiellement la province du Hatay. En cas de défaite, ils seront contraints de refluer en masse dans la province où ils animeront une guérilla cette fois hostile au gouvernement turc.

Du côté de la question kurde, après une vague d’optimisme que je qualifierais de béat, les problèmes reviennent en force et passent aussi par la Syrie où les Kurdes essayent d’affirmer leur autonomie et semblent avoir repris le dessus sur les forces syriennes d’opposition armée, c’est-à-dire les divers mouvements djihadistes-salafistes-takfiristes dont une partie est affiliée à l’Armée Syrienne Libre (ASL) , ce qui ne laisse pas d’inquiéter le gouvernement turc ainsi qu’on peur le lire aussi dans l’édition de ce jour de Hürriyet  (traduit de l’anglais par Djazaïri): 

Le vice premier ministre Bülent Arınç a appelé les organisations kurdes en Syrie à ne pas se ranger du côté du régime d’al-Assad

 

Le vice premier ministre Bülent Arınç a appelé les organisations kurdes en Syrie à ne pas se ranger du côté du régime d’al-Assad et les a exhortés à soutenir l’opposition.

 Arınç a dit que le régime syrien cherchait à exploiter les Kurdes et d’autres groups de lé region du nord pour  s’en server de carte contre la Turquie. «Quand Assad s’en ira, et qu’un régime démocratique sera établi avec un parlement et des élections, alors tout le monde sera également représenté,» a déclaré Arınç  le 29 juillet sur TRT, une chaîne de télévision publique.

“Tout ce que nous demandons à la formation là-bas [les Kurdes du nord syrien] est de ne pas coopérer avec al-Assad. Devenez membres de l’opposition et n’essayez pas de prendre le contrôle [du territoire] par fait accompli [en français dans le texte] ,» a-t-i ajouté. 

 «Votre présence et des droits à une citoyenneté égale seront reconnus et une constitution sera rédigée après al-Assad. Si vous rangez du côté de l’opposition, vous éviterez de vous charger des péchés du régime,» a-t-il dit. 

Des responsables turcs ont rencontré la semaine dernière le chef du Parti de l’Union Démocratique (PYD), Saleh Muslim, et ils ont fait part de leurs vives préoccupations au sujet du «fait accompli» qui impose de facto une région kurde autonome dans le nord syrien.  

Il faut reconnaître qu’il est assez piquant, et même drôle, de voir un éminent dirigeant politique turc promettre joie et félicité aux Kurdes en Syrie quand on sait ce qu’il en est des Kurdes en Turquie.

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          Bülent Arınç

C’est que Bülent Arınç ne comprend pas, ou feint de ne pas comprendre, que les Kurdes ont un projet national. Et qu’en contribuant à affaiblir le pouvoir de Damas, le gouvernement turc a ouvert de nouvelles perspectives au mouvement national kurde à l’échelle de toute la région du Moyen Orient. 

C’est cette occultation ou non perception de l’aspect national de la question kurde qu’aborde Nuray Mert dans l’édition du 29 juillet de Hürriyet. Elle traite cette question avec les précautions de langage en vigueur quand on s’exprime sur la question kurde en Turquie et qu’on ne veut pas perdre son emploi ou être déféré devant les tribunaux. 

Le ‘fait national’ kurde

Par Nuray Mert, Hürriyet 29 juillet 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

 

Le principal problème dans la vie politique turque par rapport aux Kurdes, c’est que les “Turcs” ne peuvent en aucun cas admettre la perspective de voir les Kurdes se gouverner eux-mêmes. Les Turcs en général, et le gouvernement actuel en particulier, résistent à l’idée d’un « sentiment national » kurde et point final. Les Kurdes sont peut-être attardés mais le problème kurde est un «problème national» et cette réalité doit d’abord être reconnue. Sinon, les politiques de la Turquie concernant les Kurdes à l’intérieur et à l’échelle régionale ne déboucheront sur rien de positif. 

Récemment, ce sont les Kurdes de Syrie et leur Parti de l’Union Démocratique (PYD) qui est devenue la cible de la controverse. Au tout début, il y a un an, la Turquie avait réagi très sévèrement quand le PYD avait déclaré une sorte d’autonomie dans les régions kurdes. Même si la Turquie a adouci son discours contre les Kurdes de Syrie du nord et leur PYD, l’idée fondamentale selon laquelle les Kurdes ne devraient constituer aucune entité politique n’a pas changé.

Fait assez intéressant, la Turquie n’avait pas exprimé d’inquiétude quand les postes frontaliers avaient été conquis par les organisations islamistes radicales, mais s’est alarmée de la prise de ces positions par le PYD. Réagissant aux affrontements en cours entre les organisations islamistes radicales et le PYD le long de la frontière syrienne , le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu a présenté plusieurs exigences aux Kurdes syriens. Premièrement, ils ne doivent pas coopérer avec le régime. Deuxièmement, ils ne devraient pas constituer une entité de facto sur des bases ethniques ou sectaires,» a-t-il dit. En fait, pour l’instant, les Kurdes se sont arrangés sur la base de leurs propres décisions politiques pour éviter de collaborer avec le régime ; il semble donc qu’on n’a pas à leur faire la leçon sur ce point. Ensuite, les Kurdes luttent pour leurs droits et libertés en tant qu’entité politique qui se définit elle-même plus comme une nation que comme une ethnie. Enfin, ils n’ont pas l’air de rechercher une assistance de la Turquie pour définir leurs propres politiques, mais ils demandent simplement des relations amicales. Ce qui n’empêche pas la Turquie de ne pas renoncer à dire aux Kurdes ce qu’ils doivent faire.

Les Kurdes appellent maintenant à une conférence à Arbil pour mettre l’accent sur la «cause nationale» et «l’unité nationale.»  Ce sera la dernière de quatre conférences à se tenir dans le cadre du «processus de paix» et c’est Abdulah Öcalan qui l’avait proposée.  L’appel a été lancé au nom de trois dirigeants kurdes – Jalal Talabani, Masoud Barzani et Öcalan. Le PYD et le PKK seront représentés à la conférence en qualité de partis kurdes. En bref, ce sera une «conférence nationale» à part entière et la Turquie ne semble pas l’avoir compris. En fait, cette conférence va être le point d’orgue du «processus de paix» depuis qu’Öcalan a réussi é élever ce processus au niveau national [de la nation kurde, NdT]. Par ailleurs, la question des Kurdes de Syrie sera reconnue comme une parie de la «question nationale.» La Turquie devrait reconnaître ces faits, le plus tôt sera le mieux, au lieu de se bercer d’illusions avec sa politique futile de manipulations des acteurs politiques kurdes.

Hélas, sans même parler de reconnaître les faits, le processus de paix reste géré comme un jeu pour gagner du temps jusqu’aux élections. Le gouvernement considère encore le traitement de la question kurde comme un problème de citoyenneté égale, de quelques droits culturels et de gestes de courtoisie. C’est pourquoi le premier ministre et le gouvernement continuent avec insistance à exprimer une attitude très condescendante à l’égard des Kurdes et présentent le processus de paix comme un geste bienveillant de la part des Turcs et de leur gouvernement. Tant que le gouvernement et en fait, nous tous Turcs , refuserons d’admettre le fait que la question kurde est une question nationale [i.e. relative à la nation kurde], nous ne serons pas capables d’avancer.

A vrai dire, je ne suis pas pour le séparatisme kurde et les Kurdes ne semblent pas être pour non plus [ceci est le passage obligé pour ne pas perdre son emploi ou pour ne pas être traduit en justice, note de Djazaïri]. Il est parfaitement compréhensible que les Turcs désirent vivre dans les mêmes frontières que les Kurdes, mais c’est quelque chose qui vient encore s’opposer à leur appartenance nationale.

Nuray Mert est journaliste et maître de conférences à l’université d’Istanbul. Elle est dans le collimateur du premier ministre turc qui n’apprécie guère ses écrits, ce qui lui a coûté un emploi d’éditorialiste au journal Milliyet et l’animation d’une émission politique à la télévision. 

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Nuray Mert

On peut dire que Nuray Mert met les pieds dans le plat et met carrément en doute le sérieux politique du processus de paix engagé par les autorités d’Ankara avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). 

Je partageais ces doutes  depuis le début, compte tenu  d’abord du fait que l’accord sur le processus de paix a été obtenu avec un Abdullah Öcalan prisonnier, ce qui n’est pas une démarche très saine d’autant que ce prisonnier n’a pas été libéré depuis. 

Une autre invitation au scepticisme tient au fait que le vocabulaire des autorités turques pour désigner les miliciens kurdes n’a pas changé et qu’il est toujours question de terroristes.

Comme on vient de le voir, ce scepticisme se lit ouvertement aujourd’hui dans la presse turque et il est lié, comme on l’a vu également aux évolutions sur le terrain en Syrie 

Et aujourd’hui, c’est Abdullah Öcalan en personne qui  vient donner du grain à moudre aux sceptiques :

Öcalan, le leader du PKK emprisonné menace d’abandonner le processus de paix, affirme sa soeur.

ISTANBUL – Doğan News Agency Hürriyet, 30 juillet 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri 

 

Le chef emprisonné du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK illégal) Abdullah Öcalan, affirme qu’il quittera le processus de paix s’il continue à être sur «cette voie,» selon sa sœur Fatma qui s’est adressée à la presse suite à une visite [rendue à son frère] sur l’île d’Imrali [où il est détenu].

 

Öcalan a dit à sa soeur et à son oncle Süleyman Arslan qu’il « abandonnera si le processus de paix continue sur cette voie » et qu’il se «retirerait, et observerait simplement.»

Questionné sur ce qui gênait le leader du PKK incarcéré dans le processus, Fatma a dit aux journalistes qu’il était «gêné par le fait qu’il y avait une non paix.»

 

«Il est las de la prison maintenant. Ce n’est pas comme ça que ça devrait se passer,» a déclaré Fatma, ajoutant qu’ils avaient vécu un moment difficile à supporter «ce lieu clos» pendant une demi-heure où le dirigeant condamné doit purger sa peine.

Fatma a refusé d’entrer plus avant dans les détails de la conversation, observant que c’était “d’ordre familial”

Une demande de conférence de presse par öcalan a été rejetée par le gouvernement actuel pour des raisons d’ordre «juridique» selon le vice premier ministre Bülent Arınç.

Öcalan avait exprimé son souhait d’organiser un point de presse depuis sa prison sur l’île d’Imrali, exhortant le gouvernement à progresser plus vite vers l’étape suivante du processus de paix et d’avancer les discussions sur les réformes au 21 juillet, selon une déclaration rendue publique par le Parti de la Paix et de la Démocratie (BDP).

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Imrali est une île qui se trouve dans la mer de Marmara

 

Montauban, Toulouse, Boston, Reyhanli, Londres: terrorisme et affaires d’Etat

23 mai 2013

Je ne sais pas pourquoi, mais presque à chaque fois que des tueurs (ou présumés tels) commettent des crimes atroces, par exemple Mohamed Merah à Montauban et à Toulouse, les frères Tsarnaev à Boston, ou tout récemment Michael Adeboloja et un autre individu qui ont sauvagement assassiné (sans le décapiter cependant contrairement à ce qui avait été d’abord annoncé)un soldat à Londres, on constate qu’ils  avaient fait l’objet d’un suivi par les services de renseignements et la police.

Michael Adeboloja  et son complice étaient en effet connus du MI 5 (renseignements intérieurs britanniques) comme le signale la presse anglo-saxonne. Un des deux tueurs de Londres avait même appartenu à une organisation interdite, al-Muhajiroun.

Ce qui est curieux, c’est que pour l’instant, aucune campagne de presse n’a été lancée ni en France, ni aux Etats Unis, pays où dit-on la presse est libre, pour dénoncer ce qui s’apparente à des scandales d’Etat.

On verra si l’Angleterre fera exception. J’en doute.

En Turquie, on est un peu plus audacieux. En effet, quelques jours après le double attentat de Reyhanli, attribué par le gouvernement turc aux autorités syriennes , qui a tué plus de cinquante personnes, un groupe de hackers dans l’esprit de WikiLeaks a rendu publiques des communications internes de la gendarmerie qui tendent à plaider pour une responsabilité du Jabhat al-Nosra, une organisation qui est un des fers de lance de la lutte armée contre le régime de Damas…

Le journal tuc Hürriyet rapporte qu’un gendarme a été mis aux arrêts et accusé d’être à l’origine de la fuite qui ne serait pas due à un piratage informatique mais du fait d’un simple gendarme qui aurait photographié puis envoyé par mail certains documents à Redhack.

Ce que cette organisation réfute par un communiqué qui dit en substance :

“si ce gendarme est la personne qui nous a livré l’information, comment se fait-il que nous ayons su avant elles [les autorités] qu’une chasse aux sorcières avait été lancée dans l’armée et qu’on sacrifierait des fonctionnaires ‘innocents’ ? » a déclaré l’organisation via Twitter.

Redhack avait twitté plusieurs heures avant l’annonce [par le gouvernement] que les autorités allaient essayer de faire porter le chapeau à un «pauvre soldat. »

Redhack rend publics des câbles sur les explosions de Reyhanli

Redhack a rendu publics une série de communications internes aux services de sécurité qui révèlent les préparatifs du double attentat de Reyhanli  vus par des documents top secrets des services de renseignements de la gendarmerie.

İstanbul – BIA News (Turquie) 22 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

 Redhack, un groupe de hackers Turcs, a publié une série de câbles qui révèlent ce qui était connu des préparatifs du double attentat de Reyhanlı d’après les fichiers top secrets des services de renseignements de la gendarmerie turque.

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Les fichiers top secrets rendus publics par le groupe sont dates du 20 mai – 9 jours après l’attentat meurtrier qui a tué 51 civils dans la ville méridionale de Reyhanli, province de Hatay.

Un câble donne des détails sur plusieurs véhicules charges de bombes et d’explosifs destines à être livrés à des organisations liées à al Qaïda en Syrie.

Les bombes et les explosifs doivent server à une attaque contre la Syrie, lit-on dans le câble.

Un autre câble rapportait que des militants du Jabhat al-Nosra avaient transféré les bombes et les explosifs dans trois autres véhicules devant être utilisés dans une attaque contre la Turquie – une information qui venait confirmer la première.

Un troisième câble affirmait que les responsables au quartier général de la police au Hatay avaient reçu un appel anonyme qui alertait sur l’attentat à venir et donnait des informations sur certaines des allégations parues dans les medias.

* Cliquez ici pour accéder aux câbles publiés par Redhack (en turc).

Pour Jeremy Salt, une seule option en Syrie: la victoire de l’armée et du gouvernement syriens

19 mai 2013

On connaît Jeremy Salt sur ce blog. Salt a la particularité d’être un universitaire américain, spécialiste du Moyen Orient, qui enseigne dans une université turque !

Son point de vue sur la Syrie est donc particulièrement autorisé.

Quand je dis point de vue, je ne parle pas d’opinions alimentées par les informations très partielles ou déformées et la conception qu’on a du bien et du mal. Pas besoin d’avoir fait des études pour ça, et ce mode de construction de l’opinion est précisément le pain quotidien des propagandistes et des politiciens habiles à manipuler les foules.

Un vrai point de vue est d’abord un point de vue informé qui est le résultat d’une mise en relation pertinente des informations importantes, c’est-à-dire qui définit l’objet sur lequel porte le point de vue parce que cet objet n’est pas un donné à priori.

Pour Jeremy Salt, sauf évènement imprévu, le conflit syrien tire vers sa fin.

Il tire à sa fin militairement par la victoire qui se dessine de l’armée gouvernementale.

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Samedi 19 mai l’armée syrienne a investi le centre d’al Qussayr

Il tire aussi à sa fin politiquement du fait de l’implosion de l’opposition d’une part et du choix fait par les Etats Unis d’une sortie de crise négociée avec la Russie.

Cette crise syrienne aura permis de voir quelles sont les puissances qui comptent en ce moment sur la scène internationale avec le retour prévisible de la Russie au premier plan et l’irruption de la Chine.

Si les Etats Unis restent, c’est évident, un acteur majeur (le plus important) on aura par contre pu constater la vanité de puissances comme la France ou la Grande Bretagne qui, peinant à suivre les orientations de leur maître de Washington, sont soit en retard, soit en avance d’un retournement de veste. Ainsi de cette dernière sortie du gouvernement français qui prétend interdire à l’Iran de participer aux négociations sur la Syrie.

Pathétique de la part d’un gouvernement français qui a longtemps cru qu’il pourrait procéder en Syrie comme il l’a fait en Libye alors qu’il n’aurait rien pu faire en Libye (et a Mali non plus) sans le soutien politique et militaire des Etats Unis.

Un gouvernement français qui n’a cessé de mettre de l’huile sur le feu en Syrie alors que les autorités iraniennes ont pris soin d’ouvrir leurs portes à toutes les parties.

 

La crise syrienne: L’Option

By Jeremy Salt à Ankara, The Palestine Chronicle 18 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Alors que toutes les options sont censées être toujours sur la table, Barack Obama s’éloigne clairement de l’éventualité d’une implication plus profonde en Syrie maintenant qu’il est évident que rien,  à part une intervention  militaire directe, ne fera tomber le régime de Damas. Au cours des derniers mois seulement, les groupes armés ont perdu des milliers d’hommes. Même si  le conflit va perdurer un certain temps encore, l’armée syrienne est en train de réduire progressivement l’insurrection.

Ceux qui sont derrière cette aventure sont en plein désarroi. Comme le Conseil national syrien avant elle, la Coalition nationale syrienne a implosé. Muadh al Khatib [ex chef de la coalition] est maintenant une voix en marge. Ghassan Hitto [en passe d’être limogé] est la seule personne au monde à être premier ministre d’un comité. Ces personnes sont une cause complètement perdue.

Dans le monde réel, et non pas le monde des illusions, on est horrifié par la vidéo qui montre un chef «rebelle» arracher  le coeur du corps d’un soldat mort et  mordre dedans. Ou peut-être étaient-ce les poumons ou le foie. Si les médias semblent hésiter là-dessus, ils semblent considérer important assez important de savoir de quel organe il s’agit exactement. Loin de nier cet acte sanguinaire, son auteur l’a revendiqué avant de se vanter de la façon dont il avait découpé en morceaux le corps de shabiha [shabiha : désignation habituelle des milices pro gouvernementales] faits prisonniers.

Le cannibalisme semble être une première mais sinon, il n’y a pas grand chose que les psychopathes des groups armés n’ont pas encore fait en Syrie. Mais peut-être ne doit-on pas appeler  psychopathes les gens qui font ce genre de choses ? Ce sont après tout exactement le genre de personnes qu’il faut pour faire une guerre aussi sauvage. La soi-disant Armée Syrienne Libre (ASL)a dit qu’elle  allait rechercher l’homme qui a découpé le cœur du soldat. Très bien. Elle pourrait aussi partir à la recherche des égorgeurs et des ‘rebelles’ qui ont décapité des gens.

Elle pourrait aussi traquer les homes qui ont tué des fonctionnaires avant de balancer leurs corps du tout du bureau de poste à Al Bab. Elle pourrait pourchasser leurs frères d’armes qui ont visé délibérément des civils avec des voitures piégées. Elle pourrait aussi traquer les assassins de l’imam et des 50 fidèles de la mosquée de Damas et elle pourrait pourchasser tous les violeurs et tous les ravisseurs, dont les Tchétchènes qui ont enlevé deux évêques  qui restent détenus à Alep tandis que les dirigeants Chrétiens des gouvernements occidentaux regardent ailleurs. Dans cette traque de tous les individus qui ont sali sa glorieuse réputation, l’ASL n’aura pas à aller chercher bien loin parce que beaucoup d’entre eux viennent de ses propres rangs. Ce ne sont pas les preuves qui manquent. Les médias regorgent de séquences vidéos sanguinolentes à la gloire des hauts faits de ces hommes qui sont fiers de leur bravoure et veulent la donner à voir au monde. Ce sont ces gens que le Qatar et l’Arabie Saoudite ont armés et financés pour prendre le contrôle de la Syrie.

Telle est la réalité derrière le récit bidon qu’ont refilé les médias pendant les deux dernières années. Les médias ont régurgité tous les mensonges et toutes les exagérations des ‘activistes’ et du soi-disant Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), selon qui la chute du ‘régime’ syrien était imminente et toutes les atrocités étaient du fait de l’armée syrienne. A l’exception de quelques reportages récemment publiés par Robert Fisk, pratiquement aucun média grand public n’a rapporté les combats vus de la perspective du gouvernement syrien et de son armée. Les journalistes passaient les frontières avec les groupes armés et rapportaient uniquement leur version des événements. C’est comme compter sur les journalistes ‘embedded’ avec l’armée des Etats Unis pour avoir un récit fiable de ce qui se passait en Irak. Et, encore comme en Irak, la même propagande se répète au sujet des armes chimiques.

La réalité devait finalement l’emporter. Ce n’est pas le ‘régime’ ou l’armé qui sont sur le point de s’effondrer mais l’insurrection. Seule une intervention militaire directe peut la sauver et, au vu des succès de l’armée syrienne et du ferme soutien apporté par la Russie au gouvernement syrien, elle est extrêmement improbable. Obama est exhorté à ‘faire plus’ mais il ne semble guère montrer d’inclination à se laisser aspirer plus avant dans ce bourbier. Les autres ne feront rien sans les Etats Unis à leur tête. L’Allemagne est opposée à une implication et l’Autriche a déclaré que fournir des armes aux ‘rebelles’, ce que la Grande Bretagne voulait faire, quand l’embargo de l’UE arrivera à terme le 31 mai, serait une violation du droit international.

Cette semaine, les projecteurs se sont tournés vers le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avec son voyage à Washington pour discuter de la Syrie avec Barack Obama. La Turquie a joué un rôle central dans l’évolution du conflit syrien. L’Arabie saoudite, le Qatar et la Libye ont fourni l’argent et les armes, mais c’est la Turquie qui a ouvert son territoire à la mobilisation des hommes armés qui passent la frontière pour faire tomber le «régime». Erdogan n’a pas reculé d’un pouce de la position qu’il a prise contre Bachar al Assad il ya plus de deux ans. Le seul cas démontré d’une attaque à l’arme chimique à été celle faite avec un mélange à base de chlore placé dans une ogive et tiré sur un barrage de l’armée syrienne à Khan al Assal, tuant un certain nombre de soldats et de civils. Erdogan, cependant, maintient que c’est l’armée syrienne qui a utilisé des armes chimiques et, ce faisant, a franchi la ligne rouge tracée par Obama. »Interrogé peu avant son départ pour Washington pour savoir s’il soutiendrait la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, il a répondu:« Nous dirions oui tout de suite ».

La semaine dernière, des voitures bourrées de plus d’une tonne de C4 et de TNT ont explosé dans la ville frontalière de Reyhanli dans la province de Hatay. Au moins 51 personnes ont été tuées. Les destructions ont été énormes. L’immeuble de la mairie et des dizaines de commerces ont été rasés. Dans les heurs qui ont suivi l’attentat, des voitures immatriculées en Syrie ont été détruites et des réfugiés Syriens ont été attaqués par des habitants fous de rage. Tout en s’affairant autour des décombres, ils maudissaient Erdogan. Cet attentat atroce suivait un modus operandi familier aux Syriens : une bombe explose suivie d’autres une fois que les gens se sont rassemblés atour du lieu de la première, ce qui permet de maximiser nombre de victimes.

En dépit des accusations du gouvernement turc pour qui l’attentat est l’oeuvre d’une organisation terroriste collaborant avec les services secrets syriens, seuls les groups armés ou un des gouvernements qui les soutient pouvait avoir un mobile evident de commettre ce crime. L’armée syrienne est en train d’écraser l’insurrection, le conseil des «traîtres» basé à Doha a implosé et les Russes et les Américains se sont assis pour discuter. L’attentat était clairement conçu pour attirer la Turquie à entrer directement dans le conflit de l’autre côté de la frontière. 

L’attentat de Reyhanli est intervenu une semaine après qu’Israël a lancé une série d’attaques aériennes sauvages contre la Syrie. Ce n’était pas une frappe avec un seul missile. Deux attaques en trois jours, qui ont duré des heurs avec un largage massif de bombes sur la périphérie de Damas, ce qui donne à penser que le but était de provoquer une riposte syrienne, ouvrant la voie à une guerre générale dans laquelle l’Iran pourrait être attaqué. Israël a prétendu que la cible était un chargement de missiles destiné au Hezbollah, mais alors qu’un centre de recherche militaire et une usine alimentaires de l’armée été touchés, rien n’indique que des missiles auraient été détruits. Ces attaques se sont avérée par la suite avoir été un échec politique et stratégique. Poutine a passé un savon à Netanyahou et l’a puni en fournissant ou en menaçant de fournir à la Syrie des missiles anti-aériens évolués de type S300. On peut mesurer l’arrogance d’Israël à son insistance pour dire qu’il lancerait d’autres attaques si nécessaire et qu’il détruirait le régime syrien s’il osait riposter.

Obama subit en ce moment aux Etats Unis des pressions pour “faire plus”. A Washington, les mêmes personnes qui appelaient à la guerre contre l’Irak appellent maintenant à un élargissement du conflit en Syrie. Le Sénateur Bob Menendez, un chaud partisan d’Israël, comme presque tous les élus au Congrès, a introduit un projet de loi pour que l’administration Obama fournisse des armes aux ‘rebelles’ (comme si ce elle ne le faisait pas déjà secrètement ou par son soutien aux livraisons d’armes effectuées par le Qatar et l’Arabie Saoudite).L’ancien rédacteur en chef du New York Times Bill Keller qui soutenait la guerre en Irak veut aussi que les Etats Unis arment les ‘rebelles’  et ‘défendent les civils qui sont massacrés dans leurs maisons’ en Syrie. Il ne parle bien entendu pas des civils qui ont été massacrés par les groupes armés.

Le Washington Post a été force de reconnaître que l’armée syrienne est en train de gagner cette guerre mais reste déconcerté par la tournure défavorable des évènements. ‘Que se passera-t-il si les USA n’interviennent pas en Syrie ?’ demande-t-il avant de donner les réponses. La Syrie se fracturera selon des lignes sectaires, avec le Jabhat al-Nosra contrôlant le nord et les ‘résidus du régime’ contrôlant des bandes de territoire à l’ouest. La guerre sectaire s’étendra à l’Irak – comme si elle n’était pas déjà une des conséquences de l’intervention américaine – et au Liban. Les armes chimiques seraient un des enjeux, ‘forçant probablement à  une nouvelle intervention israélienne pour empêcher leur acquisition par le Hezbollah ou al Qaïda.’. Si les Etats Unis n’interviennent pas pour empêcher tout ça, la Turquie et l’Arabie Saoudite ‘pourraient conclure que les Etats Unis ne sont plus un allié fiable.’

Il existe une autre réponse plus plausible à la question sur “ce qui va arriver”.  Cette réponse est que l’armée syrienne finira par expulser du pays les ‘rebelles’ survivants et que Bachar al-Assad en sortira plus populaire que jamais parce qu’il aura vaincu la plus grande menace de son histoire pour l’Etat syrien. Des élections se tiendront en 2014 et il sera élu président avec 75 % des suffrages. C’est du moins ce que prédit la CIA.

Erdogan est venu à Washington pour avertir lui aussi Obama de ‘faire plus’, mais il est clair que le président US ne veut pas faire grand-chose de plus. Les médias turcs ont rapporté qu’Obama a dit qu’Assad «doit partir» mais ce n’est pas ce qu’il a dit. Obama a choisi ses mots avec soin. Dans sa conférence de presse avec Erdogan, il n’a pas dit qu’Assad ‘doit partir’ mais que «he needs to go» et que « he ‘needs ‘to tranfer power to a transitional body. (transférer le pouvoir à une autorité de transition) [effectivement on traduirait de la même façon ‘he must’ et ‘he needs’ par ‘il doit’ alors qu’il existe une nuance intraduisible me semble-t-il]. La différence est des plus importantes. A titre personnel, Obama ne voudra pas terminer sa présidence englué dans une guerre ingagnable et impopulaire, une guerre qui pourrait en outre rapidement évoluer d’une crise régionale vers une crise mondiale.

Un sondage récemment conduit par Pew montre que le peuple américain en a assez des guerres au Moyen Orient et les discussions entre Kerry et Lavrov indiquent que cette fois, après avoir permis à l’accord de Genève de juillet 2012 de tomber à plat, les Etats Unis sont sérieux dans la recherche d’une sortie négociée de la crise même si d’autres [pays] ne le sont pas [sérieux]. S’il existe un danger de déraillement de la position des Etats Unis, il viendra plus probablement des rangs de leurs amis et alliés.

 

– Jeremy Salt est professeur associé d’histoire et de politique du Moyen Orient à l’université Bilkent d’Ankara en Turquie. 


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