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Un début de réponse sur l’identité des assassins de trois soldats Libanais à Arsal

31 mai 2013

Le risque d’une contagion de la crise syrienne au Liban est une réalité palpable depuis le début et on en a parlé sur ce blog. Les signes inquiétants  tendent en effet  à se multiplier, en relation avec les difficultés que traverse en ce moment l’opposition au régime baathiste, désunie politiquement et mise à mal militairement.

Parmi les signaux préoccupants, il y a eu les agressions sectaires à Tripoli contre la minorité alaouite de cette ville.

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Patrouille de l’armée libanaise à Tripoli. Sous l’oeil bienveillant du monarque Saoudien, militant démocrate bien connu

Et bien sûr, la mort de trois soldats de l’armée libanaise tués mardi 28 mai

près d’Arsal, dans un secteur par lequel les rebelles syriens font entrer armes et combattants en provenance du Liban. «Les soldats du point de contrôle ont fait face aux assaillants et une fusillade, qui s’est soldée par la mort de trois militaires, s’est ensuivie», a affirmé l’armée libanaise, dans un communiqué. Les hommes armés pourraient être passés en Syrie, a dit le ministre de la Défense, Fayez Ghosn.

Pour les milices hostiles au gouvernement syrien, Arsal est une agglomération stratégique  par laquelle transitent argent, hommes et matériels acheminés vers le territoire syrien, notamment vers la ville proche d’al Qussayr qui est en ce moment l’enjeu de rudes combats.

L’assassinat des trois soldats a été unanimement condamné au Liban, que ce soit par l’ancien premier ministre Saad Hariri ou par le mouvement Amal et le Hezbollah.

Se pose donc la question de savoir qui étaient les tueurs des trois soldats dont la presse nous qu’ils se sont enfuis en direction de la Syrie après avoir commis leur acte.

Ça tombe bien, L’Orient le Jour nous apprend justement que

Deux personnes soupçonnées d’être impliquées dans le meurtre de trois soldats près de Ersal, dans l’est du Liban, ont été arrêtées, affirme la chaîne de télévision LBC, sans donner plus de précisions.

Et les précisions que ce journal libanais francophone n’a pu obtenir,  le Daily Star, son homologue anglophone les a obtenues et on peut lire ce qui suit :

Des agents du renseignement militaire ont arrêté Mamdouh al-Wazir, le frère du suspect Mashoud al-Wazir dans la vallée de la Bekaa dans le courant de la nuit.

On pense que Mashhoud est impliqué avec deux autres personnes dans l’attaque de mardi contre un point de contrôle de l’armée libanaise à Wadi Hmeid, dans la périphérie d’Arsal qui a causé la mort de trois soldats, selon notre source.

Lejournal libanais As-Safir indique dans un article détaillé ce vendredi que deux suspects pour l’attaque d’Arsal ont été arrêtés.

Il s’agit d’une infirmière libanaise dont les initiales sont A. Sh et d’un Libanais qui ont loué et livré un Hummer à un troisième suspect, M. W., un Syrien qui habite à Chtaura et dont on pense qu’il a réalisé l’attaque.

Selon As-Safir, M.W.est entré au Liban par la région frontalière nord de Wadi Khaled après avoir été blessé à Homs, dans le nord de la Syrie. Le journal indique que M. W. combattait avec le Bataillon Yarmouk qui fait partie du jabhat al-Nosra.

Selon le journal, M. W. avait été transféré dans un hôpital d’Etat à Tripoli où il a subi une intervention chirurgicale et où il est resté pour trois mois de rééducation pendant lesquels il a fait la connaissance de l’infirmière A. S.

A la mi-mai, M. W. a passé plusieurs jours dans la ville côtière du nord (Tripoli) et a consulté des financeurs Syriens avant de se rendre dans un lieu inconnu.

Il y a une semaine, selon As-Safir, M. W. a contacté A. S  et lui a demandé de louer un véhicule tout terrain, quel que soit le tarif de la location. A. S., indique le journal, avait demandé à un de ses voisins, A.M. de visiter un certain nombre de commerces d’automobiles où il a trouvé un Hummer à louer.

M. W. a viré à A. M. une somme de 600 dollars pour trois journées de location.

Le journal écrit que M. W. a ensuite gardé le silence pendant un certain temps et n’a plus répondu à aucun appel. C’est pendant cette période que l’attaque contre l’armée a eu lieu, dit le journal qui ajoute qu’on soupçonne qu’un Hummer a été utilisé par les agresseurs.

 La mort des trois soldats Libanais est une fois de plus l’oeuvre de ceux qui s’opposent par les armes au régime syrien et qui sont prêts à noyer leur déroute dans le sang libanais puisque celui des Syriens leur sera peut-être bientôt interdit.

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Des armes pour la guerre civile en Syrie… et au Liban?

14 mars 2013

 L’armée syrienne a dû évacuer le Liban il y a quelques années, cédant à la pression des mêmes que ceux qui se présentent aujourd’hui comme des «amis» de la Syrie.

J’ignore si cette pression était résistible, mais elle n’a finalement été qu’une étape dans la tentative de réduire à merci ce pays.

Il reste que les destins du Liban et de la Syrie sont inextricablement liés d’autant que ces deux nations n’en forment en réalité qu’une.

Je vous avais proposé il y a quelques jours un article sur la montée des tensions au Liban avec la volonté des partisans de l’ex premier ministre Saad Hariri de tenter l’épreuve de force avec le Hezbollah. Ces gens là pensent en effet que la situation qui prévaut en Syrie a modifié de telle sorte le rapport des forces en présence que l’heur de la revanche pourrait bien être sur le point de sonner.

D’autant que la crise en Syrie a ramené au Liban des forces syriennes armées. Sauf que  cette fois-ci, ce n’est pas l’armée régulière syrienne mais la fameuse Armée Syrienne Libre qui tend à se renforcer dans certaines portions du territoire libanais au point de commencer à constituer un Etat dans l’Etat qui ne va peut-être pas tarder à se lancer dans une action militaire d’ampleur au Liban en collusion avec le clan Hariri.

Il faut bien garder en mémoire que ces miliciens, s’ils sont pour l’instant quelques centaines présents sur le sol libanais pourraient rapidement voir leurs effectifs gonfler en puisant dans la population réfugiée et profiter des armes fournies par les pétromonarchies sans parler de celles que le molletiste Laurent Fabius s’impatiente de livrer aux prétendus révolutionnaires syriens.

Il est vrai que Shimon Peres vient d’en donner l’ordre en plaidant devant le parlement européen pour une intervention arabe en Syrie. Il va sans dire que son propos s’adressait en réalité à ses auditeurs immédiats, les pays représentés dans cette assemblée.

On constatera que Laurent Fabius en bon roquet qu’il est (dixit Jacques Chirac) s’est empressé de lever la patte et de faire le beau.

Dessiner une nouvelle carte du Nord Liban, combattants Syriens inclus

par Radwan Mortada, Al-Akhbar (Liban) 13 mars 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des réseaux de combattants Syriens au Nord Liban redessinent la physionomie du territoire. Depuis les cellules logistiques syriennes aux routes clandestines pour les armes, de nouvelles réalités politiques changent la manière dont les Libanais circulent dans leur pays.

Au Liban, dire que vous êtes stoppé par un Palestinien armé signifierait que vous êtes entré dans un camp de réfugiés contrôlé par une faction palestinienne. Mais dire que vous avez été stoppé par un combattant Syrien armé – ce mois-ci à Tripoli, plusieurs années après le retrait de l’armée syrienne – est tout à fait autre chose.

C’est même encore plus problématique quand ce combattant armé vous demande de changer votre destination, qui se trouve en plein Liban, après avoir remarqué votre appareil photo.

Ces nouveaux arrangements suggèrent que la région se dirige vers une nouvelle phase que les officiels des services de sécurité tendent à comparer avec l’époque où les opérations de la résistance palestinienne au Liban avaient valu au pays le sobriquet de Fatah Land.

Un haut responsable des services de sécurité base son évaluation sur le simple fait que le Nord Liban accueille environ 100 000 réfugiés Syriens dont il affirme qu’un tiers est prêt à prendre les armes. Il n’y a pas que ça, le même responsable indique que les informations recueillies par les forces de sécurité confirment la présence de centaines  de combattants Syriens qui se déplacent librement à l’intérieur du territoire libanais.

En parallèle, ces informations indiquent que le frère d’un député influent du district d’Akkar (près de la frontière avec la Syrie) continue à organiser des cellules syriennes. Elles sont réparties selon un plan conçu par des officiers de l’armée à la retraite qui soutiennent l’opposition syrienne.

Les informations des services de sécurité révèlent que l’officier Syrien dissident Annad A. est arrivé à Halba (chef lieu du district d’Akkar) en compagnie d’un militant d’Akkar après avoir fui  la Syrie pour une zone du Liban favorable au député Walid Joumblatt où il a reçu protection.

Ces informations dissent aussi qu’il a tenu une réunion au domicile de Mahmoud Z. Ils ont discuté de la livraison d’armes et de fournitures à distribuer sur la place [publique] d’Halba.

Halba (sous le chiffre 9 sur la carte) est proche à la fois de la frontière syrienne et de la mer Méditerranée

Halba (sous le chiffre 9 sur la carte) est proche à la fois de la frontière syrienne et de la mer Méditerranée

Il y a aussi des rumeurs sur un genre de conseil militaire syrien dans le Nord, avec différentes activités conduits par les militants, dont la collecte de fonds, la coordination et l’approvisionnement en armes. Ils constituent ce qui s’apparente à un gouvernement militaire fantôme. Il existe aussi des indications crédibles sur leur relation avec des personnalités libanaises des milieux politiques et sécuritaires

En plus de financements étrangers, le ressortissant Syrien Anwar S. B., alias Abu-Hassan al-Souri, s’occupe des fournitures et de l’armement en coordination avec des militaires en retraite et un parlementaire du Mouvement pour le Futur [le parti de Hariri] originaire du Nord Liban. Il convient d’observer que Souri avait été blessé dans l’explosion du dépôt d’armes d’Abi Samra à Tripoli.

En outre, le nom de Mohamed A., alias Abou Afif est cité. Sa mission est de fournir les salaires mensuels qui doivent être transportés à al Qusayr via Arsal (où deux soldats Libanais avaient été tués dans des affrontements avec le Jabhat al-Nosra). L’argent vient de donations effectuées en Europe et dans les pays arabes du Golfe et est déposé au domicile du député susmentionné.

Arsal fait face à la ville syrienne d'al Qusayr et est donc très proche d'Homs

Arsal fait face à la ville syrienne d’al Qusayr 

 

En matière d’achat d’armement, le rôle le plus important revient à Ismail R. C’est un homme riche présenté par les membres de l’opposition syrienne comme étant en charge de la fourniture d’armes achetées à des officiers pro régime de l’armée syrienne. Il est aussi chargé de recevoir les soldats blessés de l’Armée Syrienne Libre et de les répartir dans les hôpitaux libanais.

Tous coordonnent leur action avec le siège local de l’opposition syrienne établi dans la rue de l’Ordre des médecins à Tripoli, devant le réservoir central, derrière la maison du général Ashraf Rifi, directeur des Forces de Sécurité Intérieure du Liban.

Les informations indiquent que des réunions nocturnes se tiennent régulièrement entre des officiers Syriens dissidents, des personnalités religieuses et d ‘autres personnes. Récemment, la zone résidentielle d’Abrar a été le lieu d’une fusillade en raison des désaccords entre un des blessés et ses médecins.

Des réfugiés se font passer pour des civils en journée, puis font leur devoir “djihadiste” à la faveur de la nuit. A Akkar, il y a certains endroits de la frontière qu’il est impossible d’approcher ou de franchir sans être stoppé par des hommes armés, dont des Syriens, qui vous demandent ce que vous faites, d’où vous venez et ce que vous voulez.

Fauteurs de guerre en Syrie, fauteurs de troubles au Liban (et vice versa)

1 mars 2013

Le Moyen Orient est décidément une région compliquée et la situation en Syrie nous le rappelle une fois de plus.

En effet, il est clair qu’ en l’absence d’ingérences étrangères, le conflit armé dans ce pays serait déjà terminé depuis longtemps et n’aurait certainement pas pris la dimension qu’on lui connaît aujourd’hui.

Le régime de l’actuel président serait peut-être tombé sous des formes de pression populaire classiques : manifestations, grèves, journaux clandestins ou semi-clandestins etc., ou le régime aurait été contraint d’ouvrir plus ou moins largement  le champ politique à une plus grande diversité de sensibilités. Une ouverture qui aurait été un coup d’envoi d’une véritable démocratisation plutôt que son aboutissement.

Pour des raisons diverses, les puissances étrangères en ont décidé autrement et ont voulu répéter le scénario libyen.

Un scénario immédiatement compris par le régime qui a décidé de recourir à tous les moyens pour empêcher sa réédition. En effet, si le régime n’avait pas été clairvoyant et n’avait pas pris la mesure du risque encouru, la situation aurait été telle que ni Vladimir Poutine, ni Mahmoud Ahmadinejad n’auraient rien pu faire pour sauver un pouvoir condamné par la réalité sur le terrain.

Ceux qui se présentent comme des «amis» de la Syrie sont animés par des raisons diverses. Les Etats Unis, le Royaume Uni et la France sont intéressés par l’élimination d’un allié stratégique de l’Iran et du dernier Etat de la région en situation de belligérance larvée avec l’entité sioniste.

La Turquie imagine pouvoir s’instituer comme leader régional, prête pour cela à s’aliéner précisément d’autres acteurs régionaux comme l’Iran ou l’Irak.

Intéressées aussi par l’affaiblissement de l’Iran et du Hezbollah libanais, les monarchies du Golfe sont elles désireuses de se débarrasser de la dernière république de la région et de son système politique séculier. Leur projet est même d’instaurer partout des gouvernements dominés par telle ou telle variante du salafisme, rigoriste au niveau des mœurs et libérale sur le plan économique.

Par ailleurs, il importe pour elles de faire disparaître les deux dernières forces de résistance à l’entité sioniste, ce qui serait l’ultime étape avant la normalisation des relations avec Tel Aviv.

Je sais, le régime syrien n’est pas un ennemi très vigoureux pour l’entité sioniste. On rappellera cependant qu’il est bien seul et que sa capacité militaire est insuffisante pour faire autre chose que se défendre en cas de nouvelle agression massive. En fait, l’écart de puissance de feu entre la Syrie et l’entité sioniste n’a cessé de se creuser au profit de cette dernière, un phénomène qui est lié bien sûr à la disparition du bloc communiste mais est aussi une conséquence des accords signés par la Jordanie et l’Egypte avec l’entité sioniste. Pour comprendre les écarts dont je parle, il suffit de savoir que les avions qui équipent majoritairement l’armée de l’air syrienne restent des Migs 21 et Migs 23, des appareils qui ont fait leur temps depuis longtemps.

Mais en parlant du rôle de la Syrie dans la résistance à l’entité sioniste, on omet de relever son rôle décisif dans le soutien au Hamas (jusqu’au retournement de ce dernier en 2012) et au Hezbollah.

Ce qui me donne l’occasion de souligner que, contrairement à ce que d’aucuns affirment, la vision politique du régime syrien n’est pas sectaire sinon pourquoi aurait-il soutenu le Hamas qui est une organisation proche des Frères Musulmans ? Et pourquoi soutiendrait-il le Hezbollah, une organisation chiite alors que la doctrine religieuse chiite considère les alaouites comme des… hérétiques. On se souviendra que dans un premier temps, le Hezbollah avait été durement réprimé par l’armée syrienne.

Si le Hezbollah est ciblé de manière indirecte par la destruction de la Syrie, il est aussi visé de manière plus directe en ce que, presque depuis le début des hostilités, on l’accuse d’être engagé militairement aux côtés du gouvernement syrien, une raison supplémentaire donc d’exiger la neutralisation de cette organisation qui passe par son désarmement.

Mais le Hezbollah est ciblé aussi au Liban où, crise syrienne en ingérences étrangères aidant, les pro Hariri, des groupes salafistes dûment stipendiés par certaines pétromonarchies, pensent que l’heure a sonné de réduire le Hezbollah.

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Tripoli, janvier 2011. On lit sur la bannière des salafistes: « Celui qui accuse le cheikh Saad (Hariri) de trahison accuse le Liban

C’est ce volet Hezbollah, et donc libanais, de la crise syrienne qu’évoque Jean Aziz.

Beyrouth au bord de l’explosion après le discours de Nasrallah

Par Jean Aziz, Al-Monitor Lebanon Pulse 28 février 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Beyrouth semble sur le point d’exploser. La tension politique croissante et l’évolution de la situation sécuritaire ont atteint un niveau critique. Le secrétaire général du Hezbollah , Hassan Nasrallah, a déclaré mercredi [27 février] que «quelques jours peut-être nous séparent de la sédition. » Tout indique que les événements du 7 mai 2008 peuvent se répéter.

 La tension au Liban n’a cessé de monter depuis quelques semaines, mais elle a atteint un niveau critique dans les tout derniers jours. Les deux adversaires sont le camp chiite dirigé par le Hezbollah d’une part et le camp sunnite fondamentaliste salafiste d’autre part. Pourtant, la confrontation entre eux est le résultat de ce qui se passe hors du Liban. Il ya la guerre civile syrienne, le bras de fer régional et international avec l’Iran et la guerre entre sunnites et chiites dans le monde islamique.

Un facteur nouveau est cependant apparu sur la scène libanaise: le leader Sunnite salafiste, Cheikh Ahmad al-Assir. Dans une conférence de presse qu’il a tenue mardi 26 février dans son quartier général de Sidon, au sud Liban, le leader salafiste a indiqué qu’il donnait au gouvernement libanais jusqu’à vendredi 1er mars pour satisfaire à ses exigences : il affirme que le Hezbollah m’a mis sous siège à Sidon en se servant des habitants Chiites de la ville. Les menaces d’Assir donnaient à comprendre clairement qu’il demandait au gouvernement libanais de faire partir ces gens de Sidon ou au moins de des les expulser des alentours de son quartier général. Il a posé d’autres exigences qui s’insèrent dans le contexte du conflit qu’il a initié avec le Hezbollah. Il a dit que si ses exigences n’étaient pas satisfaites, il prendrait un certain nombre de mesures sur le terrain, plus particulièrement pour couper la route que relie Beyrouth au sud, dans la direction de Sidon.

Bien sûr, le gouvernement ne peut pas répondre positivement à ces exigences. Le cheikh salafiste avait coupé cette même route en Juillet 2012 pendant environ un mois. Elle avait été rouverte en Août sous les pressions politiques et populaires contre lui.

Mais le problème fondamental avec la menace d’Assir, c’est qu’elle isolerait les unes des autres les zones où domine le Hezbollah, en particulier les axes logistiques vitaux  et indispensables qui relient son fief dans la banlieue sud de Beyrouth et  sont extension opérationnelle, géographique et populaire dans le sud du Liban. Notons que d’autres organisations salafistes alliées avec Assir pourraient envisager de faire la même chose dans la vallée centrale de la Bekaa. Ce qui priverait le Hezbollah de deux autres artères vitales: la route entre le sud et les régions chiites de la Bekaa, et la route entre Beyrouth et Damas, où siège le régime syrien, l’allié le plus important de l’organisation chiite libanaise.

Le Hezbollah semble avoir soupesé les menaces Assir et les juge graves. En fait, l’analyse du Hezbollah est que les menances Assir sont une étape importante de la mission qui lui a été confiée: attirer le Hezbollah dans un affrontement interne [au Liban] et dans des conflits sectaires, quel qu’en soit le prix.

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Beyrouth, octobre 2012: rassemblement pour les funérailles du général Wissam Hassan, le chef des services de sécurité assassiné. On voit le drapeau du Courant du Futur (Hariri), le drapeau des « révolutionnaires » syriens (en fait celui de la Syrie sous mandat français) et bien sûr le drapeau noir des salafistes

Assir a procédé progressivement par étapes préparatoires avant de se lancer dans cette démarche. Ses miliciens et ceux du Hezbollah se sont affrontés à Sidon le 11 novembre 2012 après son exigence du retrait des affiches du Hezbollah de la zone. Deux personnes avaient été tuées. Assir avait continué à agir au même rythme jusqu’à sa dernière exigence de nettoyer la zone autour de son siège des résidents chiites et ses affrontements avec eux  le 23 février.

Il semble que le Hezbollah a décidé de donner un dernier avertissement. Nasrallah a prononcé un discours télévisé mercredi après-midi. Il a nié les rumeurs dans les médias selon lesquelles il était malade et avait été transféré en Iran. Il a également émis un avertissement sévère: Il a dit que l’incitation [à l’affrontement] sectaire conduira inévitablement à une explosion, ce qui peut n’être qu’une question de jours. Il a appelé les bonnes volontés à agir avant qu’il ne soit trop tard.

Le discours de Nasrallah était semblable à son discours du 6 mai 2008, quand le Liban était dans un vide présidentiel. Le Parlement n’avait pas réussi à élire un successeur au président Emile Lahoud, qui avait quitté le palais présidentiel à la fin de son mandat le 24 novembre 2007.

A l’époque, après plusieurs mois de tensions sectaires, une série d’affrontements entre sunnites et chiites hommes armés avait commencé à Beyrouth et dans ses faubourgs. Nasrallah était apparu à la télévision et avait déclaré que la sédition était proche et qu’il avait décidé de la prévenir. Dans les heures qui avaient suivi son discours, des éléments du Hezbollah s’étaient répandus à Beyrouth et  dans d’autres secteurs et ils avaient rapidement réglé la question. Ils avaient éliminé la présence de toutes les milices sunnites armées de la mouvance du Courant du Futur de l’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri. On estime que des dizaines de personnes avaient été tuées.

Ces affrontements avaient ouvert la voie à une médiation arabe et internationale, qui avait abouti à une conférence entre les différentes parties libanaises à Doha deux semaines plus tard. La conférence avait débouché sur un accord pour élire comme président le commandant en chef de l’armée à l’époque, le général Michel Sleimane.

Le discours de Nasrallah mercredi contient de nombreux éléments de ce scénario. Le Liban est à l’approche d’un vide parlementaire. Le Parlement est divisé et incapable de s’entendre sur une nouvelle loi électorale. Les tensions de sécuritaires s’accroissent parallèlement aux tensions politiques. Il ya cependant un élément manquant dans la situation actuelle. À savoir qu’aucun pays de la région n’est en capacité de jouer un rôle de médiation, à la suite de la forte polarisation causée par la guerre en Syrie. L’Occident en général souhaite la stabilité au Liban, mais pas au point d’investir beaucoup d’efforts pour assurer cette stabilité. Par conséquent, la situation actuelle est très volatile et les choses évoluent d’heure en heure.

Jean Aziz est journaliste contributeur pour  Al-Monitor ‘s Pulse Liban. Il est chroniqueur à  Al-Akhbar , le journal libanais, et l’animateur d’un talk-show politique hebdomadaire sur OTV, une chaîne de télévision libanaise. Il enseigne également la communication à l’université américaine de la technologie et à l’Université Saint-Esprit de Kaslik au Liban.

 

Règles de déontologie journalistique applicables dans le cas de la Syrie

25 février 2013

Le règlement politique de la crise syrienne semble avancer et c’est sans doute la meilleure solution aussi bien pour la population que pour le pouvoir en place ou pour la coalition d’opposition dont l’influence est sûrement plus  grande du côté turc de la frontière que du côté syrien. Et qui a surtout une existence médiatique.

Justement, As’ad AbuKhalil, alias Angry Arab, nous explique ce qu’est la déontologie journalistique quand il s’agit de couvrir les troubles qui secouent la Syrie.

Des principes qu’il expose ici, découle une pratique du journalisme qui prétend nous renvoyer une image des évènements correspondant peu ou prou à la réalité alors que cette image est surtout faite de faux semblants.

Sur le plan militaire d’abord, avec ces annonces régulières de prises «décisives» de routes, d’aérodromes et même d’un barrage. Des victoires qui s’avèrent sans lendemain voire même purement imaginaires.

Sur le plan politique ensuite, avec une opposition en exil qui s’avère être de plus en plus une coquille vide dont la composition est supposée refléter la diversité politique, ethnique et religieuse de la Syrie comme se la figurent les Occidentaux mais qui ne correspond pas à  grand chose sur le terrain syrien. Un terrain où l’opposition militaire réelle au pouvoir est le fait de brigades islamistes, notamment celles qui sont liées aux Frères Musulmans.

Si ces forces aspirent à représenter une alternative au régime en place, il ne s’agit en aucun cas d’une alternative démocratique. Mais comme on l’a dit, la situation militaire fait que cette alternative au régime syrien ne semble pas sur le point de renverser ce dernier.

Ce qui nous amène au dernier point qui est, en dépit de quelques défections, la  cohésion d’ensemble du régime, qui n’est pas un régime alaouite comme on le prétend, tant s’en faut.

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Cette cohésion est un des facteurs de la résistance de ce pouvoir aux coups de boutoir qui lui sont assénés par des forces qui sont loin d’être toutes syriennes puisque des tueurs sont venus de l’ensemble du monde musulman et même non musulman pour participer à la curée.

L’autre facteur de la résistance de ce pouvoir, c’est l’absence d’insurrection populaire. En effet, partout où le pouvoir est resté présent, c’est-à-dire sur l’essentiel du territoire, la vie suit son cours avec bien sûr les souffrances qu’endure la population d’un pays mis sous embargo et dont l’économie a été en grande partie ravagée, voire pillée par les prétendus révolutionnaires comme on l’a vu à Alep.

Ce fait est d’autant plus remarquable que l’armée syrienne, il faut le rappeler, est constituée en grande majorité de conscrits et qu’on ne peut pas forcer bien longtemps des appelés à tirer sur leurs propres concitoyens. Un pays comme les Etats Unis avait même pu s’apercevoir qu’il était difficile de forcer très longtemps des conscrits à tuer des étrangers, même quand ils n’ont pas la même couleur de peau. 

 

Comment couvrir la Syrie depuis Beyrouth et le Liban

par As’ad AbuKhalil, Al-Akhbar (Liban) 25 février 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

En se fondant sur la couverture de la Syrie dans la presse des Etats Unis, il est possible d’identifier certaines caractéristiques de cette couverture depuis Beyrouth. 

1. Ecrivez les articles mais appuyez vous sur des pigistes locaux sous payés qui peuvent assurer la traduction et l’interprétation pour vous. 

2. Appelez le service de presse d’Hariri et les services de presse des organisations de Syriens en exil dès votre arrive dans la ville. 

3. Vous n’avez pas besoin de sortir de chez vous: le boulot nécessite d’utiliser abondamment Skype. Vous n’avez pas besoin de chercher des adresses Skype : les services de presse d’Hariri et ses alliés dans l’opposition syrienne en exil vous donneront des noms et pourront même en inventer pour vous.

4. C’est bien de montrer de la sympathie pour les organisations syriennes armées et de l’émotion dans vos reportages, exactement comme il n’est pas bien de montrer de l’émotion quand on couvre le côté arabe du conflit arabo-israélien. 

5. Traitez largement de la souffrance humaine, sauf quand elle est causée par les groupes armés syriens eux-mêmes. 

6. Ne citez pas les vrais chefs des organisations syriennes en exil qui sont dominées par les islamistes: citez par contre des Syriens qui résident dans des pays occidentaux afin de donner un visage occidentalisé à l’opposition syrienne en exil. 

7. Essayez de minimiser le rôle de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie Saoudite aux côtés des organisations armées syriennes. 

8. N’hésitez pas à vous engager dans des campagnes de collecte de fonds dans vos articles en faisant référence constamment à la pauvreté des groupes armés et à leurs carences en armes et en équipement. 

9. Essayez de montrer l’humanité des groupes armés: des photos d’enfants soldats devraient souligner le fait que ce sont d’abord des enfants après tout et qu’ils représentent la face humaine des groupes armés [comme peut-être cet adolescent Libyen qui résidait en Irlande et qui a été tué au combat en Syrie à l’âge de 16 ans]. 

10. Ne parlez pas avec les deux parties au conflit. Un côté (celui qui est soutenu par le Qatar et l’Arabie Saoudite) est suffisant. 

11.Rappelez-vous: les voitures bourrées d’explosifs ne sont pas une mauvaise chose quand elles sont utilisées par le camp soutenu par les Etats Unis. Les voitures piégées ne sont des armes destructrices haineuses que quant elles sont utilisées par des ennemis des Etats Unis.12. Dans les articles sur une intervention étrangère en Syrie, rappelez-vous qu’une intervention par l’Arabie Saoudite, le Qatar, Bahreïn, la Turquie, la Jordanie, la Libye, l’OTAN, Israël, l’UE et les Etats Unis n’est pas vraiment une intervention. C’est simplement un geste humanitaire et de bonne volonté. Intervention militaire réfère seulement à la Russie, à l’Iran et  au Hezbollah. 

13. Quand vous traitez de l’intervention libanaise en Syrie, souvenez-vous qu’on ne parle que du Hezbollah. L’intervention (militaire ou autre) des organisations hariristes et salafistes ne compte pas et ne justifie pas une intervention [pour y mettre fin].

14. Rappelez-vous que l’étalon en matière de professionnalisme journalistique dans la couverture de la Syrie est représenté par les medias des princes Saoudiens et de la famille Hariri. 

1. Les rumeurs et les inventions répandues par les médias saoudiens et d’Hariri sont «bonnes à imprimer» si elles servent les objectifs de la propagande de la coalition emmenée par les Etats Unis. 

16. Les préjugés contre les Alaouites et la lecture sectaire sont essentiels à la compréhension du conflit. SVP, parlez de tous les Alaouites, bébés compris, comme de Shabiha. Ce qui rendra plus facile de justifier leur assassinat par les groupes armés. 

17. Faites de votre mieux pour dissimuler le poids d’un leadership islamiste fanatique et l’affiliation des groupes armés. Essayez plutôt de trouver quelqu’un qui porte des jeans et affirme parler au nom de l’unité militaire libérale et «laïque» [secular]. 

18. Toute histoire relative à la défection d’une personne, même un simple soldat ou le chauffeur d’un petit cadre d’une usine locale de traitement des déchets devra être couverte très largement. 

19.  Oublions SVP notre ancienne hostilité envers al-Jazeera. Al-Jazeera a changé maintenant et nous la considérons maintenant comme une télévision exemplaire qui représente la merveilleuse propagande de la famille royale du Qatar.

20. La famille Hariri vous fournira des noms et des numéros de téléphone de ses homes dans les services de sécurité intérieure du Liban et de ceux qui acceptant de livrer toute information ou rumeur qui va contre les intérêts du Hezbollah et vous pouvez citer ces personnes comme de «hauts responsables du gouvernement libanais en matière de sécurité.» 

21. Les intérêts et la propagande d’Israël devront être fortement représentés dans la couverture du conflit, et Israël devra être présenté comme l’ami du peuple syrien, malgré son occupation [du Golan] et ses attaques en territoire syrien.

22. Exactement comme dans le cas de la couverture de presse de l’opposition irakien en exil avant 2003, souvenez-vous SVP que toutes les personnalités de l’opposition syrienne en exil sont intelligents, éloquents (même dans le cas de Cicéron de Syrie) et vraiment drôles. 

23. En parlant des armes chimiques syriennes, ne mentionnez pas SVP l’arsenal israélien d’armes de destruction massive. Au contraire, pour que les Israéliens passent encore pour des victimes, choisissez des photos d’Israéliens posant avec des masques à gaz à chaque fois que vous écrivez sur l’armement chimique syrien. 

24. Rappelez-vous, vous êtes là pour remonter le moral et pas seulement pour “couvrir” les évènements. Vous devez écrire chaque semaine quelque chose sur la chute imminente du régime de Bachar et sur les rebelles qui sont sur le point de contrôler le centre ville de Damas. 

25. Il est important de rappeler aux lecteurs que 99 % de la population syrienne soutient l’action des Etats Unis et d’Israël en Syrie et que 99 % d’entre elle s’oppose farouchement au régime. Seuls des scélérats et des voyous persistent à soutenir le régime. 

26. A l’appui du succès de l’opposition syrienne à obtenir du soutien parmi toutes les minorités en Syrie, le service de presse d’Hariri à Beyrouth vous donnera les numéros de téléphone d’un Druze, d’un Chrétien, d’un Kurde et même d’un Alaouite qui sont contre le régime. 

27. La connaissance de la langue arabe – comme toujours quand on traite du Moyen Orient – n’est pas nécessaire du moment que vous savez reconnaître un sandwich au falafel.

Vérité et mensonge en Syrie

11 octobre 2011

Jeremy Salt nous propose une analyse bien informée de ce qui se passe en Syrie. Et je souscris sans difficulté à son point de vue : le peuple syrien a le droit d’exiger et d’obtenir la démocratie mais ce même peuple doit prendre garde aux risques que certains font courir à son pays. Son texte est peut-être un peu léger sur les enjeux politiques régionaux, et là je pense moins à l’entité sioniste qu’à la Turquie, une question sur laquelle j’aurai peut-être l’occasion de revenir.

Il est vrai qu’on ne peut pas faire comme si les exemples irakien et libyen n’existaient pas et exiger de l’ONU des résolutions de plus en plus contraignantes qui ouvriront la voie à une intervention étrangère.

Aucune des puissances qui veulent s’immiscer dans les affaires syriennes n’a en fait le désir d’une Syrie forte et le régime qui sortirait dés décombres d’une Syrie en proie à la guerre civile et aux bombardements de l’OTAN (sans parler de l’entité sioniste qui profiterait de l’occasion) serait forcément un régime encore plus faible que celui imposé par le Baath.

Vous me direz, ce n’est pas un régime faible : voyez comme il réprime la population. Mais le niveau de répression de la population ne nous donne aucune indication sur la force du régime, seulement sur sa brutalité, et on constate que le gouvernement syrien n’a pas pu empêcher la constitution de bandes armées, ni leur approvisionnement en armes. Et comme le rappelle Jeremy Salt, des actes de guerre ont été commis dès le début par ces bandes armées et des actes de cruauté leur ont été imputés, aussi bien à l’encontre de policiers ou militaires que de civils ; comme on en impute aux forces gouvernementales.

La Syrie est à la veille d’un scénario à l’algérienne que le régime a pour l’instant cependant pu enrayer. Il ne pourra pas le faire très longtemps s’il n’y a pas d’ouverture politique de la part de l’opposition qui croit malheureusement encore que le Royaume Uni ou le Qatar et l’Arabie Saoudite veulent la démocratie en Syrie. Le CNT libyen vient d’ailleurs de reconnaître le Conseil national Syrien qu’il invite donc à lui emboîter la pas, un ballon d’essai lancé par les stratèges des services secrets britanniques et américains.

Je l’ai écrit précédemment, la Syrie n’est ni la Tunisie, ni l’Egypte. Dans ces deux derniers pays, les régimes étaient des alliés de l’Occident et les Etats Unis ont pu, tant bien que mal, gérer la chute de l’autocrate avec le filet de sécurité de la nomenklatura en place. Il y a et il y aura seulement une redistribution des cartes entre le centre et la périphérie de cette nomenklatura.

Les derniers événements en Egypte, avec ces manifestants Coptes assassinés par l’armée nous montrent la véritable nature, inchangée, du régime qui n’a d’ailleurs toujours pas rouvert de manière permanente la frontière avec Gaza.

En Syrie, les occidentaux n’ont pas ce genre de ressources sur place et ce sera donc le chaos et le bain de sang, peut-être pour des années.

Mais pas la démocratie…

Vérité et mensonge en Syrie

par Jeremy Salt, Palestine Chronicle (USA) 5 octobre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri 

Ankara – Avec une insurrection qui fonce vers la guerre civile en Syrie, il convient de mettre un frein à la propagande déversée par les grands médias occidentaux et acceptée sans réserves par beaucoup de gens qui devraient être mieux informés. Voici donc une série de positions à partir desquelles on peut discuter de ce qui se passe dans ce pays très important du Moyen Orient..

1. La Syrie est un Etat des mukhabarat (services de renseignements) depuis que le redouté Abd al Hamid ai Serraj a dirigé les services de renseignements, le deuxième bureau, dans les années 1950. Le régime autoritaire qui s’est mis en place à partir de la prise du pouvoir par Hafez el Assad en 1970 a écrasé impitoyablement toute dissidence. Selon les occasions, ce fut telle ou telle dissidence. L’omniprésence des mukhabarat est une des réalités déplaisantes de la vie en Syrie mais dans la mesure où ce pays est une cible privilégiée des assassinats ou de la subversion pratiqués par Israël et des services secrets occidentaux, et qu’il a aussi été attaqué militairement à plusieurs reprises, et qu’une grande portion de son territoire est occupée et que ses ennemis cherchent constamment des possibilités de l’abattre, on peut difficilement soutenir qu’il peut se passe de mukhabarrat.

2 Il est indubitable que la majorité des personnes qui manifestent en Syrie veulent une transition pacifique vers une forme démocratique de gouvernement. Il est également indubitable que des organisations armées qui  agissent à l’ombre des manifestations  ne sont pas intéressées par des réformes. Elles veulent la destruction du régime.

3 Il y a eu de très grandes manifestations se soutien au gouvernement. Il y a de la colère contre la violence des bandes armées et contre l’interférence de l’étranger et l’exploitation de la situation par des gouvernements et la presse à l’étranger. Aux yeux de nombreux Syriens, leur pays est à nouveau la cible d’un complot international.

4 Quelle que soit la véracité des accusations portées contre les forces de sécurité; les groups armés ont tué des centaines de policiers, de soldats et de civils, un total qui doit approcher le millier maintenant. Parmi les civils tués, se trouvent des professeurs d’université, des médecins et même, très récemment, le fils du Grand Mufti de la République. Les bandes armées ont massacré, pris en embuscade, assassiné, attaqué des édifices publics et saboté des voies ferrées.

5 Bachar al-Assad a une forte popularité personnelle. Même s’il siège au sommet du système, il est erroné de le qualifier de dictateur. C’est le système lui-même qui est le vrai dictateur. Ce pouvoir profondément enraciné en Syrie – retranché depuis cinquante ans – se situe dans l’establishment militaire et des services secrets et, à un moindre degré, dans les structures du parti. Ce sont les vraies sources de la résistance au changement. Les manifestations étaient une opportunité offerte que Bachar a saisie pour faire passer le message que le système devait changer.

6 Devant les manifestations à grande échelle du début d’année, le gouvernement a finalement élaboré un programme de réformes. Il a été rejeté d’un revers de main par l’opposition. A aucun moment, il n’a été question de tester la bonne foi du gouvernement.

7 L’affirmation selon laquelle l’opposition armée au gouvernement n’a commencé que récemment est un complet mensonge. Les assassinats de policiers, de soldats et de civils, souvent de manière très brutale, ont commencé pratiquement dès le début [des troubles].

8 les bandes armées sont bien équipées et bien organisées. D’importants chargements d’armes ont été introduits clandestinement depuis la Turquie et le Liban. Ils comprennent des fusils à pompe, des mitrailleuses, des Kalashnikovs, des lance roquettes, des grenades à main fabriquées en Israël et beaucoup d’autres explosifs. On n’a pas de certitude sur qui fournit ces armes, mais quelqu’un le fait et quelqu’un les paye. L’interrogatoire des membres des bandes armées capturés pointe dans le direction du mouvement Futur de Saad Hariri. Hariri est l’homme de paille des Etats Unis et de l’Arabie Saoudite et son influence dépasse de beaucoup les frontières du Liban.

9 L’opposition armée au régime semble être largement parrainée par l’organisation interdite des Frères Musulmans. En 1982, le gouvernement avait impitoyablement écrasé un soulèvement déclenché par les Frères Musulmans à Hama. Des milliers de personnes avaient péri et une partie de la ville avait été détruite. Les Frères Musulmans ont deux objectifs principaux : la destruction du régime baathiste et la destruction de l’Etat séculier pour le remplacer par un système islamique. La soif de vengeance de la confrérie est quasi palpable.

10 Les groupes armés ont un fort soutien de l’extérieur en plus de ceux que nous avons déjà évoqués. L’ancien vice premier ministre et ministre syrien des affaires étrangères, Abdelhalim Khaddam qui vit à Paris, fait campagne depuis des années pour faire chuter le gouvernement d’Assad. Il est financé à la fois par l’Union Européenne et par les Etats Unis. Parmi d’autres opposants exilés, Borhan Ghalioune, soutenu par le Qatar à la tête du ‘Conseil National’ créé à Istanbul, vit comme Abdelhalim Khaddam à Paris et comme ce dernier également, fait du lobbying contre le régime Assad en Europe et à Washington. Tout comme Muhammad Riyad al Shaqfa, le leader des Frères Musulmans en Syrie, il est ouvert à une ‘intervention humanitaire’ étrangère en Syrie sur le modèle libyen (d’autres sont contre). La promotion des exilés pour former un gouvernement alternatif rappelle la manière dont les Etats Unis se  sont servis des exilés Irakiens (le pseudo Congrès National Irakien) en prélude à l’invasion de l’Irak.

 11 La couverture de la situation en Libye et en Syrie par les media occidentaux a été consternante. L’intervention de l’OTAN en Libye a été la cause d’énormes destructions et de milliers de morts. Cette guerre, après l’invasion de l’Irak, est encire un autre grave crime devant le droit international commis par les gouvernements de la France, de la Grande Bretagne et des Etats Unis. La ville de Syrte a été bombardée jour et nuit pendant deux semaines sans que les media occidentaux s’intéressent le moins du monde aux lourdes pertes humaines et matérielles qui en ont forcément résulté. La presse occidentale n’a rien fait pour vérifier les informations en provenance de Syrte que le bombardement de bâtiments civils et la mort de centaines de personnes. La seule raison  est que l’horrible vérité pourrait bien faire capoter toute l’intervention de l’OTAN.

12 En Syrie, les mêmes medias ont adopté le même style d’information biaisée et de désinformation. Ils ont ignoré ou sont passés par-dessus les preuves sur les nombreux assassinats perpétrés par les bandes armées. Ils ont invité l’opinion à ne pas croire les déclarations du gouvernement et à croire celles des rebelles, souvent faites par la voix d’organisations des droits de l’homme sises aux Etats Unis et en Europe. De nombreux mensonges purs et simples ont été dits, comme on en a dit pour la Libye et comme on en avait dit avant l’agression contre l’Irak. Certains d’entre eux au moins ont été mis à nu. Des gens dont on disait qu’ils avaient été tués par les forces de sécurité étaient en fait bien vivants. Les frères de Zeineb al Husni affirmaient qu’elle avait été enlevée par les services de sécurité, assassinée et son corps démembré. Cette histoire épouvantable, diffusée par les chaînes Al Arabiyya et Al jazeera, entre autres organes d’informations, était complètement fausse. Elle est toujours vivante même si la tactique de la propagande est maintenant de prétendre que ce n’est pas vraiment elle mais un sosie. Al Jazeera, la BBC et le Guardian se sont distingués par leur appui aveugle à tout ce qui peut discréditer le gouvernement syrien. La même ligne a été adoptée par les media grand public des Etats Unis. Al Jazeera, en particulier, a perdu toute crédibilité en tant que source d’informations indépendante sur le monde arabe.

13 En cherchant à détruire le régime syrien, l’organisation des Frères Musulmans a un objectif commun avec les Etats Unis, Israël et l’Arabie Saoudite dont la paranoïa à propos de l’Islam chiite a atteint son paroxysme avec la contestation à Bahreïn. Wikileaks avait révélé à quel point l’Arabie Saoudite était impatiente de voir les USA attaquer l’Iran. Un objectif de rechange est la destruction de la relation stratégique ente l’Iran, le Hezbollah et la Syrie. Les Etats Unis et l’Arabie Saoudite peuvent avoir des raisons légèrement différentes de vouloir la destruction  du régime baathiste dominé par les Alaouites à Damas… mais ce qui importe est qu’ils veulent le détruire.

14 Les Etats Unis font tout ce qu’ils peuvent pour acculer la Syrie. Ils apportent un soutien financier aux dirigeants de l’opposition en exil. Ils on essayé (et pour l’instant échoué grâce à l’opposition de la Chine et de la Russie) d’introduire un vaste programme de sanctions via le Conseil de Sécurité de l’ONU. Il est hors de doute qu’ils essayeront encore et, en fonction de l’évolution de la situation, ils pourraient avec l’appui britannique et français présenter une résolution sur une zone d’exclusion aérienne ouvrant la voie à une attaque étrangère. La situation est fluide et il est certain que toutes sortes de plans d’urgence sont élaborés. La Maison Blanche et le Département d’Etat font des déclarations d’intimidation quotidiennement. Provoquant ouvertement le gouvernement syrien, l’ambassadeur des Etats Unis, accompagné de l’ambassadeur de France, se sont rendus à Hama avant les prières du vendredi. Compte tenu de tout ce que nous savons de leurs nombreuses  immixtions passées dans les affaires des pays du Moyen Orient, il est inimaginable que les Etats Unis et Israël, avec la Grande Bretagne et la France, puissent ne pas être impliquées dans cette contestation au delà-de ce que nous savons déjà de cette ingérence.

15  Alors qu’ils se concentrent sur la violence du régime syrien, les gouvernements des Etats Unis et d’Europe (particulièrement la Grande Bretagne) ont totalement ignore ma violence exercée contre le régime. Ne parlons bien sûr même pas de leur propre violence bien plus grande exercée en Libye, en Irak, en Afghanistan et ailleurs.  La Turquie a rejoint bien volontiers leur campagne, allant même plus loin qu’eux dans la confrontation avec le régime syrien. La politique régionale turque du ‘zéro problème’ s’est retournée dans la confusion. La Turquie a finalement apporté son appui à l’agression de l’OTAN contre la Libye après avoir d’abord freiné des quatre fers. Elle s’est mise à dos l’Iran par sa politique sur la Syrie et en acceptant, en dépit d’une forte opposition interne, d’accueillir sur son sol un système radar anti-missiles américain qui vise clairement l’Iran. Les Américains disent que les données collectées par le système seront partagées avec Israël qui a refusé de s’excuser pour l’attaque contre le Mavi Marmara, causant une crise des relations israélo-turques. La politique régionale turque est donc passée de « zéro problème »  à la quantité de problèmes avec Israël, la Syrie et l’Iran.

16 Alors que certains membres de l’opposition syrienne ont pris position contre une intervention étrangère, “l’Armée de la Syrie Libre” a déclaré que son objectif était la proclamation d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus du nord de la Syrie. Nous avons vu que l’application d’une zone d’exclusion aérienne en Libye s’est soldée par des destructions massives d’infrastructures, la mort de milliers de personnes et la porte ouverte à une nouvelle période de domination par l’Occident.

17 Si le régime syrien est abattu, les baathistes et les Alaouites seront pourchassés jusqu’au dernier. Dans un gouvernement dominé par les Frères Musulmans, le statut de la femme et celui des minorités pourraient connaître une forte régression.

18 A travers le Syria Accountability Act, et avec les sanctions que l’Union Européenne a imposées, les Etats Unis tentent depuis 20 ans de détruire le régime syrien. Le démantèlement des Etats arabes unitaires selon des lignes de fracture ethno-religieuses est un objectif qu’Israël cherche à atteindre depuis des dizaines d’années. Là où va Israël, les Etats Unis suivent tout naturellement. On peut voir les fruits de cette politique en Irak où un Etat indépendant de facto a été créé pour les Kurdes et où la constitution, rédigée par les Etats Unis, distingue les Irakiens en Kurdes, Sunnites, Chiites et Chrétiens, détruisant la logique intégratrice du nationalisme arabe. L’Irak n’a pas connu un moment de paix depuis l’entrée des Britanniques à Bagdad en 1917. En Syrie, les divisions ethno-religieuses (musulmans sunnites Arabes, musulmans sunnites Kurdes, Druzes, Alaouites, les diverses sectes chrétiennes) rendent de la même manière ce pays vulnérable à l’excitation de la discorde sectaire et à la désintégration finale de l’Etat arabe unifié dont les Français avaient essayé d’empêcher l’avènement dans les années 1920.

19 La destruction du pouvoir baathiste serait une victoire stratégique inestimable pour les Etats Unis et Israël. La clef de voûte de la relation stratégique ente l’Iran, la Syrie et le Hezbollah aura été détruite, laissant le Hezbollah isolé géographiquement, avec un gouvernement musulman sunnite hostile à sa porte. L’Iran et le Hezbollah se trouveraient plus exposés à une agression militaire par les Etats Unis et Israël. Hasard ou pas, le ‘printemps arabe’ tel qu’il s’est développé en Syrie a placé entre leurs mains un levier qui peut leur permettre d’atteindre leur objectif.

20 Il n’est pas forcément certain qu’un gouvernement dominé par les Frères musulmans en Egypte ou en Syrie serait hostile aux intérêts des Etas Unis. Voulant être perçu comme un membre respectable de la communauté internationale et un autre exemple d’Islam ‘modéré’, il est envisageable et certainement possible qu’u  gouvernement égyptien dominé par la confrérie accepterait de respecter le traité de paix avec Israël aussi longtemps qu’elle le pourrait (c’est-à-dire jusqu’une nouvelle attaque israélienne à grande échelle contre Gaza ou le Liban le rende absolument intenable).

21 Un gouvernement syrien dominé par les Frères Musulmans serait proche de l’Arabie Saoudite et hostile à l’Iran, au Hezbollah et aux Chiites Irakiens, particulièrement ceux qui sont liés à Moqtada al Sadr. Il soutiendrait verbalement la cause palestinienne et la libération du plateau du Golan, mais en pratique sa politique ne diffèrerait guère du régime qu’ils cherchent à renverser.

 22. Le peuple syrien a le doit d’exiger la démocratie et de l’obtenir, mais de cette manière et à ce prix? [et même à ce prix, il ne l’obtiendra pas, note de Djazaïri]. Même maintenant, un arrêt des tueries et la négociation sur une réforme politique sont certainement la vois à suivre, pas la violence qui risque d e déchirer le pays. Malheureusement, c’est la violence et non un règlement négocié qui a la préférence de beaucoup trop de personnes en Syrie et ce que trop de gouvernements étrangers, qui observent et attendent, veulent aussi. Aucune Syrien n’y gagnera en fin de compte, quoiqu’ils en pensent pour le moment. Leur pays est entraîné vers une guerre civile, peut-être une intervention étrangère et certainement le chaos ou une poursuite à plus grande échelle de ce que nous voyons en ce moment. Il n’y aura pas de rétablissement rapide si l’Etat s’effondre ou peut être abattu. Comme l’Irak, et probablement comme en Libye, si on considère la situation actuelle, la Syrie entrerait dans une période d’agitation sanglante qui pourrait durer des années. Comme l’Irak encore, elle serait exclue du jeu des Etats capables de se mobiliser pour les intérêts arabes, ce qui signifie bien sûr, tenir tête à Israël et aux Etats Unis.

23. En fin de compte, les intérêts de qui en sortiraient-ils gagnants?

Jeremy Salt est professeur associé d’histoire politique du Moyen orient à l’université Bikent d’Ankara. Il a enseigné auparavant à l’université du Bosphore d’Istanbul et à l’université de Melbourne dans les facultés d’étude du Moyen Oriens et de science politique. Le professeur Salt a écrit de nombreux articles sur les problèmes du Moyen orient et a été journaliste pour le quotidien australien The Aga lorsqu’il résidait à Melbourne.


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