Les Panama Papers, l’argent sale et le budget militaire des Etats Unis

avril 17, 2016

Je ne pensais pas publier quelque chose sur les Panama Papers et voilà que je m’y mets!

C’est que j’ai trouvé un article, une interview radiophonique en fait, vraiment intéressant.

En effet, si beaucoup de choses ont été dites sur les Panama Papers, on parle moins de la raison d’être des mécanismes financiers qu’ils mettent (une fois de plus) en lumière. Sauf pour nous dire qu’il faut trouver les moyens de mettre un terme à l’existence de paradis fiscaux. Même le G20 s’en est fâché, c’est dire!

Il n’empêche que le cabinet juridique Mossack Fonseca d’où proviennent les documents qui ont mis en émoi la planète ne fera pas l’objet de poursuites judiciaires… Au contraire, le parlement européen vient même d’adopter un texte législatif qui « permettrait à un « Mossack Fonseca » de poursuivre les journalistes qui publient ses documents ».

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Jurgen Mossack et Ramon Fonseca, dirigeants du cabinet juridique panaméen Mossack Fonseeca

Ce qu’explique Michael Hudson dans l’interview que je vous propose, c’est que loin d’être des anomalies, ces paradis fiscaux s’inscrivent dans un modèle de financement de l’économie américaine qui s’est mis en place à l’époque de la guerre du Vietnam afin que le pays puisse faire face aux dépenses induites par la guerre en Indochine et éviter l’effondrement du dollar, cette question des dépenses militaires restant aujourd’hui encore centrale aux Etats Unis.

Ce modèle de financement a de manière consciente ouvert la voie à des mécanismes qui permettent d’attirer dans le système bancaire des Etats Unis des capitaux en provenance du crime organisé ou de dictateurs, une criminalisation de la finance qui est d’abord la conséquence de sa militarisation.

Précisons que Michael Hudson n’est pas un gauchiste illuminé, mais un spécialiste de la finance qui a travaillé dans une grande banque américaine et est aujourd’hui enseignant-chercheur à l’université du Missouri. Sa fiche Wikipedia vous en dira plus sur son pedigree vraiment impressionnant.

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Michael Hudson

Panama – un sanctuaire du blanchiment pour l’argent de la guerre

par Yves Smith, Naked Capitalism (USA)  15 avril 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Dans ses posts sur Mossack Fonseca, Richard Smith a expliqué qu’un des tests qui permet de savoir si les journalistes ont exhumé tous les cadavres du placard consiste à observer s’ils discutent de la place des compagnies pétrolières et gazières dans le jeu de la finance à Panama. Michael Hudson donne un éclairage historique important sur les us et abus de Panama par les sociétés américaines dans cette interview sur Real News Network.

Sharmini Peries vous parle depuis Baltimore.

En l’espace d’une semaine, les 11 millions de documents publiés sous le nom de Panama Papers par l’International Consortium of Investigative Journalists sont devenus familiers à tous. Les documents proviennent du cabinet juridique panaméen Mossack Fonseca qui a participé à la création de comptes offshore pour des dirigeants parmi les plus riches et les plus puissants afin qu’ils puissent blanchir de l’argent et échapper au fisc.

Mardi, la police panaméenne a effectué une perquisition dans les locaux de Mossack Fonseca à la recherche d’autres documents attestant d’activités illicites. Mais que s’attendent-ils à trouver, étant donné que nous savons depuis un certain temps que les comptes offshore sont utilisés aux fils d’évasion fiscale par le secteur de la banque, essentiellement des escrocs en col blanc, dans des institutions comme le Crédit Suisse et autres? Mais qui est réellement derrière la création de ces mécanismes et ces brèches qui permettent l’évasion fiscale?

Notre nouvel invité, Michael Hudson, affirme qu’un paradis fiscal a été créé à cette fin au Panama par certains secteurs de notre économie. Michael Hudson est en ligne avec nous depuis New York. Michael est un chercheur et professeur de sciences économiques à l’université du Missouri à Kansas City, et il a été économiste chargé des bilans financiers à la Chase Manhattan Bank. Il est l’auteur de nombreux livres dont un des plus récents est « Killing the Host: How Financial Parasites and Debt Bondage Destroy the Global Economy » (Tuer l’hôte: comment les parasites financiers et le service de la dette détruisent l’économie mondiale). Merci d’être avec nous Michael.

MICHAEL HUDSON: C’est un plaisir, Sharmini.

PERIES: Michael, commençons par une histoire rapide de la création du Panama et comment il a été acheté à la Colombie par les Etats Unis, et la pertinence de cette histoire vis-à-vis des Panama Papers.

HUDSON: Eh bien, Panama a pour l’essentiel été détaché de la Colombie pour y creuser un canal. Il a été créé d’une manière assez semblable au Liberia. Ce n’est pas vraiment un pays, au sens où un pays a sa propre monnaie et son propre système fiscal. Panama utilise le dollar américain, comme le fait le Liberia.

La vraie histoire n’est pas sortie des Panama Papers. Les journalistes se sont naturellement intéressés sur le blanchiment d’argent par des criminels. Mais Panama n’avait pas été conçu pour blanchir de l’argent. Il avait été conçu pour blanchir des bénéfices – principalement ceux des industries du pétrole, du gaz et des mines.

On a depuis longtemps observé que le Panama et le Libéria ont des « pavillons de complaisance »; Les navires pétroliers et minéraliers s’immatriculent sous les pavillons du Liberia et du Panama, ou de tel autre pays qui fonctionnent avec le dollar US et non leur propre monnaie.

Je me suis rendu compte de cela pour la première fois il y a environ 40 ans, alors que je faisais une étude des bilans financiers de l’industrie pétrolière. Je suis allé chez Standard Oil dont le trésorier m’avait présenté le rapport financier de son entreprise. Je lui avais dit que je n’arrivais pas à comprendre si la Standard Oil et les autres compagnies pétrolières faisaient leurs bénéfices dans l’amont avec la production de pétrole ou dans l’aval avec la raffinage et la distribution. Et il m’avait dit, « Nous vendons le pétrole que nous achetons en Arabie Saoudite ou au Proche Orient à des prix très bas à la compagnie de transport maritime pétrolier dont le siège social se trouve au Liberia ou au Panama. » Il n’y a pas de fiscalité sur le revenu dans ces pays parce que ce ne sont pas vraiment des pays. Les compagnies pétrolières vendent ensuite le pétrole brut aux distributeurs en aval en Europe ou aux Etats Unis – avec une marge bénéficiaire très très élevée.

La marge est si élevée qu’il n’y a pas de place pour faire quelque profit que ce soit avec les raffineries ou les stations-service qui vendent le pétrole. C’est pourquoi les compagnies pétrolières ne payent rien au fisc en Europe. Elles ne payent pas non plus d’impôt sur les bénéfices au  gouvernement des Etats Unis. Tous leurs gains sont comptabilisés dans le secteur des  navires pétroliers qui sont immatriculés dans des pays qui ne taxent pas les bénéfices.

Je lui avais dit que j’avais regardé les rapports financiers de la Réserve Fédérale et le Treasury Bulletin. J’ai vu ici l’Europe, ici l’Amérique Latine, ici l’Afrique et l’Asie. Je n’arrive pas à savoir où se trouvent les rapatriements de bénéfices.

Il m’avait dit de regarder la toute dernière ligne à droite dans les tables par pays. Elle est intitulée « International ». J’ai demandé que tous ces pays en Europe et ailleurs étaient ‘linternational. Il m’avait expliqué que « International » était une catégorie particulière pour ce qui en réalité faisait partie des Etats Unis à l’étranger. Ce sont les centres bancaires offshore – Panama, Liberia, etc.

J’ai donc compris que, à la base, Panama, et par conséquent les compagnies panaméennes, avaient été initialement mis en place pour immatriculer les bateaux pétroliers et minéraliers de sorte à faire apparaître que tous leurs profits venaient du transport du pétrole, ou du cuivre ou autres minéraux, en provenance de pays du tiers-monde à destination de l’Europe et des Etats Unis.

Les Etats Unis s’en sont accommodés. L’industrie pétrolière a ainsi été exonérée d’impôts depuis les années 1920. Quand l’impôt sur le revenu a été créé en 1913 ou 1914, il avait pour fonction de capture les rentes économiques. Mais les plus gros extracteurs de rente, pétrole, gaz et minerais, s’en sont tirés par l’évasion fiscale.

PERIES: Michael, vous avez indiqué dans un de vos articles que vous aviez été approché par un agent du Département d’Etat en 1967. Dites-nous en plus sur cette expérience.

HUDSON: C’était quelqu’un qui avait travaillé pour le Département d’Etat et était parti travailler pour la Chase Manhattan Bank. Le problème qu’avaient les Etats Unis dans les années 1960, c’était la guerre du Vietnam. Tout le déficit de la balance des paiements des Etats Unis dans les années 1950 et 1960 jusque au début des années 1970 était lié aux dépenses militaires à l’étranger. Soit le dollar baissait, soit les Etats Unis devaient vendre de l’or. C’est ce qui avait amené finalement Nixon à découpler le dollar de l’or en 1971, ce que les Etats Unis s’étaient efforcé d’éviter pendant des années.

Le Département d’Etat était donc venu à Chase pour dire qu’il fallait imaginer un moyen quelconque de trouver suffisamment de dollars pour éponger le déficit militaire. Il avait trouvé le moyen de le faire. C’était de faire des Etats Unis la nouvelle Suisse du monde. On m’avait demandé d’estimer le montant des capitaux criminels dans le monde. Combien gagnaient les trafiquants de drogue, combien gagnaient les criminels pris ensemble, combien d’argent les dictateurs avaient-ils planqué. Quelle partie de ces sommes vont en Suisse, et comment les banques américaines peuvent-elles faire venir cet argent aux Etats Unis?

Le résultat final a été que le gouvernement des Etats Unis est allé voir Chase et les autres banques pour leur demander d’agir en bons citoyens américains et de rendre l’Amérique sûre pour les criminels du monde entier, de mettre leur argent en sûreté et soutenir le dollar par la même occasion.

Auparavant, on avait demandé à Chase de créer une banque à Saigon pour que les soldats et d’autres personnes n’aient pas à utiliser les banques françaises qui transféraient l’argent en France pour que le Général de Gaulle l’échange contre de l’or. Chase avait répondu OK, nous allons participer à la mise en place de banques.

D’autres banques ont fait ça, pas pour échapper aux lois, pas pour enfreindre la loi au départ, mais pour agir en bons citoyens et attirer des capitaux douteux venus de partout dans le monde. La même chose s’est passée avec les Indes Occidentales Britanniques – les Iles Cayman. Elles avaient déclaré leur indépendance, pas pour devenir de vrais pays, mais pour attirer des capitaux en fuite vers l’Angleterre. Elles rejoignaient l’empire comme colonie qui pouvait servir d’intermédiaire pour le blanchiment d’argent. L’idée était de faire en sorte que tout cet argent aille aux Etats Unis ou chez leur allié britannique.

Tout ce contexte peut être aisément reconstitué. Si vous regardez l’argent qui va au Panama et dans d’autres centres bancaires de la Caraïbe, rien de cet argent ne reste sur place. Il devient un « passif des Etats Unis au Panama » ou dans d’autres centres bancaires – principalement dans des succursales de banques américaines dans ces régions.

PERIES: Michael, il y a une question que je voudrais vous poser. Ces derniers jours, beaucoup de questions ont été soulevées sur le fait que peu d’Américains ou même de Canadiens sont cités dans les documents rendus publics. Certains supposent que c’est parce que les Etats Unis n’ont pas besoin de paradis fiscal parce qu’ils en sont un. Des Etas comme le Wyoming, le Dakota du Sud et le Nevada sont considérés comme la nouvelle Suisse de l’évasion fiscale. Expliquez-nous comment ça marche, parce que tous est entremêlé.

HUDSON: On n’a normalement pas seulement un ou deux, mais trois ou quatre centres dans un circuit financier (veil of tiers). L’idée est de ne pas mettre l’argent directement aux Etats Unis. Imaginez que vous êtes un kleptocrate russe ou ukrainien, et que vous voulez prendre un milliard de dollars pour les mettre en lieu sûr. Vous n’allez pas directement les placer dans une société du Delaware ou du Wyoming. L’argent finira là-bas. Mais si vous l’y mettez directement, alors le gouvernement US et la banque vous diront, « Attendez une minute. Voilà qu’on a le président de l’Ukraine avec un milliard de dollars dans notre système bancaire. »

Alors ce que vous devez faire, c’est blanchir l’argent. Comme avec le cartel colombien de la drogue. Ils ne vont pas placer les bénéfices du cartel colombien de la drogue dans une banque du Delaware sous leur nom. Il doit passer par certaines étapes. L’argent sorti de Russie ou d’Ukraine va dans une banque lettonne, surtout par les banques de Riga. J’ai rencontré des personnes à Riga, des Américains dont l’activité consiste à mettre en place jusqu’à 30 sociétés pour le blanchisseur d’argent. Ils envoient ensuite l’argent, disons aux Iles Cayman. Des Iles Cayman, l’argent va au Panama. Et alors il quitte le Panama, son origine étant déjà masquée, pour finir en bout de chaîne dans une société au Delaware.

Si vous regardez les statistiques de balances des paiements, vous verrez des passifs dans les succursales des banques au Panama, dans Indes occidentales Britanniques ou ailleurs, qui sont dus à la maison mère aux Etats Unis. Vous pouvez aussi regarder et voir combien de valeurs boursières américaines, combien de bons du Trésor, combien de dépôts bancaires américains viennent de ces îles. Leur magnitude est si énorme que c’est elle qui a soutenu le dollar.

C’est le Congrès [les deux chambres parlementaires] qui est derrière tout ça. Dans les années 1960, il a reconnu que, à la base, les criminels sont les personnes les plus liquides au monde. Ils ne veulent pas attacher leur argent et leurs biens, parce que des biens peuvent se voir, c’est visible. La finance, dans les bilans comptables, est appelée « invisibles ». Si vous êtes un criminel, vous voulez que vos finances soient invisibles afin qu’elles soient en sécurité. Et l’investissement le plus sûr, ce sont les bons du Trésor américain.

Il y a alors eu une débat au Congrès dans les années 1960; Voulons-nous prélever 15 % de taxes sur les bons du Trésor, spécialement quand ils sont acquis par des étrangers? Il avait été relevé que la plupart des étrangers qui détiennent des bons du Trésor sont en fait des criminels. Alors le Congrès a dit que nous avions besoin de l’argent criminel. Nous ne prélèverons pas de taxes criminelles. Nous allons exonérer de taxes le crime. Nous allons taxer l’industrie américaine, nous allons taxer le travail américain, mais pas les criminels étrangers parce que nous avons besoin de leur argent. Alors nous n’allons pas taxer ce qu’ils détiennent via leurs comptes fiduciaires dans le Delaware, qui était le lieu principal à l’époque, à New York ou dans les succursales londoniennes des banques américaines. Les succursales des banques américaines à Londres ont été les principaux déposants uniques et sources de revenus et de croissance dans les années 1960 pour Chase, Citibank et d’autres. On appelait cet argent eurodollars. Les eurodollars qui affluaient dans ces succursales venaient en bonne partie du commerce de la drogue et d’armes ainsi que des dictateurs en Afrique et ailleurs.

Donc, sous la pression des Etats Unis, le système bancaire international a été organisé pour faciliter le blanchiment d’argent venu de la drogue. La raison pour laquelle les Américains et les Canadiens sont peu présents dans les registres de Mossack Fonseca est que son rôle était d’organiser le blanchiment d’argent pour des étrangers, pour cacher la façon dont ils obtiennent de l’argent. Mais l’industrie pétrolière ne se cache pas. L’industrie pétrolière déclare tous ses revenus, et l’industrie minière déclarent tous les revenus qu’elles tirent des compagnies de navigation libériennes ou panaméennes. Mais comme le Panama et le Liberia n’ont pas d’imposition sur le revenu, ces revenus ne sont pas assujettis à l’impôt. C’est du vol légal et sans bavure d’argent qui aurait dû aller au percepteur, exactement comme le sénateur de Californie Hayakawa avait dit le vol du Panama à la Colombie par les Etats Unis avait été légal et sans bavures.

PERIES: Wow: La grande question ici dans toutes ces discussions et fuites est de savoir quelles solutions à ce problème, et sont-elles réalisables?

HUDSON: Eh bien, la solution est de taxer les entreprises sur les bénéfices obtenus dans le monde entier. Si vous savez qu’une compagnie américaine comme Standard Oil, Exxon maintenant, fait X milliards de bénéfices, vous décidez simplement que peu importe si vous les déclarez aux Etats Unis ou au Panama. Nous allons traiter les revenus que vous déclarez pour vos compagnies maritimes panaméennes comme s’ils avaient été réalisés ays Etats Unis et nous allons les taxer selon les taux en vigueur aux Etats Unis.

Pourtant, voilà pourquoi il n’y aura pas de solution au blanchiment d’argent. Si on résolvait le problème du blanchiment d’argent et si on taxait les entreprises et leurs gains partout dans le monde, vous taxeriez Apple et tous les revenus qu’il domicilie en Irlande en tant que paradis fiscal où il est exempté d’impôts, vous attaqueriez les plus gros intérêts économiques aux Etats Unis – les monopoles du gaz et du pétrole.

Je ne pense pas qu’il y ait un seul politicien assez fort pour attirer des contributions de campagne [électorale] de la part de ces contributeurs importants [aux campagnes électorales] tout en agissant réellement pour qu’ils soient taxés. Ils vont s’attaquer au petit poisson qui essaye de passer à travers les brèches que l’industrie pétrolière a créées il y a un siècle. Mais il n’est pas facile d’attaquer le petit poisson et le petit fraudeur fiscal sans attraper le gros poisson. Et ce gros poisson, ce sont les plus grandes entreprises des Etats Unis.

C’est pour ça que le problème ne sera pas réglé. Il ne sera pas réglé en bonne partie parce que les Etats Unis veulent soutenir le dollar en attirant tout cet argent sale, exactement comme l’Angleterre veut soutenir la livre sterling en se faisant la capitale de la fuite des capitaux pour tous les grands criminels du monde entier, depuis les kleptocrates russes aux dictateurs africains et aux blanchisseurs d’argent asiatiques.

L’ensemble du système financier a été fondamentalement criminalisé dans le processus de sa militarisation, pour répondre aux besoins financiers de pays comme les Etats Unis et la Grande Bretagne qui ont de gros budgets militaires. C’est comme ça qu’ils financent leurs budgets militaires – avec le blanchiment d’argent par la classe criminelle mondiale. Le résultat annexe, c’est de laisser en fin de compte les plus grosses entreprises, d’Apple à Exxon, exemptes de taxes

PERIES: Il y a beaucoup de choses ici, Michael. Merci beaucoup de nous avoir rejoints aujourd’hui et nous espérons vous avoir à nouveau pour éclaircir certains points très importants dont vous avez parlé en termes de solutions, ainsi que comment attaquer juridiquement certaines des personnes impliquées dans la création de ces brèches et ces évasions fiscales. Je vous remercie beaucoup d’avoir été avec nous.

HUDSON: Merci beaucoup Charmini. C’était un plaisir.

 

Le 22 mars, Bruxelles a été victime des « héros de la révolution »

mars 28, 2016

Les attentats perpétrés le 22 mars à Bruxelles par des terroristes qui se rattacheraient à « l’Etat Islamique » (Daesh) ont provoqué à juste titre une vive émotion en Belgique et au-delà.

Les commentateurs se demandent pourquoi ces terroristes s’en sont pris à la petite et pacifique Belgique.

Ce sont les Français, en particulier les dirigeants politiques comme Patrick Kanner ou Michel sapin, qui ont donné quelques pistes en pointant du doigt le laxisme des autorités du royaume devant le communautarisme.

Patrick Kanner

Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports

Un danger qui existe potentiellement en France selon nos dirigeants socialistes mais qu’une politique autrement plus judicieuse que celle menée en Belgique permet de maîtriser.

Je laisse ce genre d’explication aux imbéciles parce qu’elle ne permet certainement pas d’expliquer pourquoi maintenant et pourquoi en Belgique ?

Parce que même si assurément ces attentats commis à Bruxelles n’ont pas de bonnes raisons, ils ont cependant des raisons.

L’une d’entre elles est que la Belgique n’est pas ce pays pacifique où on se contente de faire des frites et de brasser de la bière. La Belgique, ancienne puissance coloniale particulièrement brutale, est un pays membre de l’OTAN qui est une alliance militaire dont le siège se trouve précisément dans la capitale belge. A ce titre, la Belgique a participé aux opérations militaires en Libye et est impliquée dans les opérations en cours en Syrie/Irak. Par ailleurs, peu de temps avant les attentats, le gouvernement belge se posait la question de savoir si le pays allait déployer son aviation sur ce théâtre d’opérations ainsi qu’il en était prié par les Etats-Unis.

Il va sans dire que les attentats ont précipité une réponse belge  positive de la Belgique.

Mais il y  a autre chose.

Comme d’autres puissances occidentales, la Belgique a très tôt été favorable à la tentative de renverser par la force le régime en place en Syrie. C’est ainsi que des centaines de jeunes Belges (pour la plupart issus de l’immigration maghrébine) sont partis grossir les rangs de ceux qui luttent les armes à la mai contre le gouvernement syrien.

Ces jeunes ont évidemment le même profil que ceux qui sont passés à l’action à Bruxelles et à Paris ; on nous dit même qu’ils revenaient de ce champ de bataille.

La vérité, ainsi que nous le rappelle l’article que je vous propose, est que ces « djihadistes » étaient très bien vus en Europe et en Occident à une certaine époque. On se souvient de l’appel au meurtre de Bachar el Assad lancé en 2012 par Laurent Fabius selon qui le président syrien « ne mériterait même pas d’être sur la Terre  » ou encore de son jugement positif sur le « bon boulot » réalisé par al Qaïda en Syrie.

Les autorités belges n’étaient pas en reste puisqu’en 2012, le chef de la diplomatie belge envisageait même la possibilité de dédier un monument en mémoire de ceux qu’il qualifiait de « héros de la révolution. »

Nos fils sont victimes du lavage de cerveau de Daesh – et de notre gouvernement

Par Arthur Neslen, The Observer (UK) 27 mars 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Lorsque les fils de Jasmine sont partis pour la Syrie en 2013, elle en a informé la police qui n’a rien fait. Elle considère que sa famille a été trahie par les autorités belges.

Quand les bombes ont explosé à l’aéroport de Zaventem la semaine dernière, Jasmine avait d’abord été saisie par la peur pour sa propre vie et celles de ceux qui devaient prendre l’avion avec elle. Mais une autre crainte était tapie en elle, aussi : que ses fils qui avaient quitté Bruxelles pour la Syrie en 2013 aient pu être impliqués.

 “On ne sait jamais,” dit-elle. « J’ai cette crainte depuis les événements de novembre [à Paris] mais j’ai décidé d’arrêter de penser comme ça parce que c’est une attitude négative qui ne sert à rien pour améliorer les choses. »

Jasmine, qui se trouvait à l’aéroport au moment de l’attentat de la semaine dernière est furieuse que ses garçons aient eu l’autorisation de quitter tout simplement le territoire. Elle avait averti la police de sa crainte que son fils aîné ait été radicalisé et puisse se préparer à partir pour la Syrie après sa découverte dans son lit le soir de Noël 2012 d’un passeport et d’un billet d’avion pour Istanbul. La police n’avait pas été intéressée. « Ils m’avaient juste dit : ‘Non, votre fils a 22 ans. C’est un adulte. Nous n’avons pas de dossier sur lui et il n’est pas interdit d’aller en Syrie et de combattre Bachar, alors nous ne pouvons rien pour vous.’ »

 Son plus jeune fils, Rachid, avait suivi trios mois plus tard alors qu’il n’avait que 16 ans. Il avait dit à sa mère qu’il allait au cinéma puis au bowling avec quelques amis, et il l’avait appelée cette même nuit depuis Istanbul.

 “Comment avait-il pu passer le poste de douane de Zaventem alors qu’il n’avait pas 18 ans, Les autorités aéroportuaires auraient dû les stopper tous les deux, » dit-elle à The Observer. «J’étais complètement anéantie. J’ai juste eu la force d’appeler la police pour demander qu’elle aille là-bas pour me le ramener.»

 Elle fait campagne contre les organisations radicales et pour la réhabilitation de leurs recrues depuis 2013, mais sa colère n’est pas dirigée seulement vers les extrémistes. Le gouvernement a trahi ses enfants aussi, dit-elle, trop contents de laisser les extrémistes partir, et même les y encourageant tacitement.

 “Aujourd’hui, ils disent tous, ‘nous n’aurions jamais imaginé, nous ne savions pas,’ mais en fait, ils étaient complices,” dit-elle. « Nos enfants sont les premières victimes d’une organisation criminelle qui leur a lavé le cerveau. Mais ils sont aussi victimes de nos dirigeants politiques et du ministre des affaires étrangères. »

 Quelques jours après que Rachid eut quitté Bruxelles, Didier Reynders, le chef de la diplomatie belge avait dit de ceux qui partaient combattre : « Un jour, peut-être, nous leur élèverons un monument en tant que héros de la révolution. »

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Didier Reynders, vice-premier ministre et ministre belge des affaires étrangères

 Moussa était ambitieux, il étudiait le génie mécanique et il rêvait de développer des moteurs pour voitures de course. Mais après avoir rencontré par hasard un prédicateur radical à Molenbeek – actuellement jugé pour avoir recruté de jeunes hommes pour Daesh – il a commencé à se replier sur lui-même.

 Le seul signal d’alerte qu’il avait donné à Jasmine le jour de son départ avait été une embrassade d’adieu inhabituellement longue dans la cuisine. Tour en se dirigeant vers sa voiture, « il a dit ‘Pardonne-moi maman, pour tous les moments difficiles que je t’ai donnés pendant Noël,’ » explique Jasmine. « Je n’avais pas réalisé qu’il me disait adieu en réalité. »

Rachid était plus calme que d’habitude, apparemment accablé par le départ de son frère, mais un thérapeute familial leur avait dit que c’était un comportement normal pour quelqu’un qui venait de perdre son frère pour cause de départ vers une zone de guerre. « Nous avions mis ça sur le compte du fait qu’il était en état de choc, » dit Jasmine. « Nous n’aurions jamais imaginé que quelque chose d’autre couvait. »

 Depuis lors, son seul contact avec ses enfants s’est fait par le biais de brefs messages écrits.

« Ils nous envoient occasionnellement un message pour demander des nouvelles de la famille et nous dire qu’ils ont la foi. Ils disent toujours qu’ils sont dans des lieux sûrs et que nous ne devons pas nous inquiéter, à part ça,je n’ai aucune piste. »

 Jasmine, Moussa et Rachid sont des pseudonymes

Pour Pedro Santisteve, maire de Saragosse, les attentats de Bruxelles sont une conséquence de la violence exercée par l’Europe dans d’autres parties du monde

mars 23, 2016

Bon, je voulais faire juste une petite intro et je me suis laissé aller…

Quand on évoque les terribles attentats qui ont frappé Bruxelles tout récemment, ou Paris en novembre 2015, l’émotion et la tristesse sont de rigueur et c’est bien normal. Cependant, s’agissant d’événements qui ne résultent pas de phénomènes naturels mais d’actions humaines concertées dont l’objectif n’est pas celui de la rapine, on serait en droit d’attendre des réponses politiques.

Vous me direz que les hommes politiques s’expriment à ce sujet. Et en effet, on peut même trouver que Manuel Valls s’exprime plutôt trop que pas assez. Et surtout qu’il, comme les autres dirigeants européens, propose uniquement des réponses sécuritaires, dont la nature n’a souvent qu’un lien distant avec la problématique soulevée par les attentats, et qui ne donnent en guise d’explication aux agissements des terroristes que leur détestation de l’Europe, de ses valeurs, de la démocratie etc.

S’il est évident que des mesures doivent être prises pour protéger la population (et il est douteux que celles proposées y suffisent), il importe quand même de cerner correctement les causes de la mobilisation terroriste.

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Parce que, si je suis la logique de Manuel Valls ou de François Hollande, il suffira de transformer la France et l’Europe en dictature pour enfin avoir la paix puisque les terroristes n’auront plus de raisons de détester les « valeurs » et la « démocratie » européennes.

Et c’est apparemment ce chemin qu’a choisi une clique néoconservatrice qui est représentée dans à peu près tous les gouvernements européens et qui est aux manettes en France.

C’est un peu ce que dit Pedro Santisteve, le maire de Saragosse qui considère que la violence terroriste est un retour de bâton de la violence qu’exercent les pays européens ailleurs dans le monde (on pense immédiatement à la Libye, à l’Irak et à l’Afghanistan) et que le rêve d’une Europe démocratique et ouverte à tous est en train de s’effondrer.

Pedro Santisteve

Pedro Santisteve, maire de Saragosse

Et ce rêve ne s’effondre pas du fait de la menace terroriste parce qu’il faut être stupide pour supposer que des attentats, même aussi meurtriers que ceux qu’ont connu la Belgique, la France et, plus loin dans le temps, l’Espagne et le Royaume Uni représentent une menace sérieuse pour les Etats européens qui pourraient finir par sortir vaincus d’une épreuve de force qui les opposerait à quelques dizaines ou même centaines de repris de justice qui ne posaient pas vraiment problème quand ils étaient supposés participer à la mise au pas, voire à l’élimination physique, du président syrien Bachar al Assad.

Le maire de Saragosse tient des propos qu’aucun élu de ce statut ne pourrait tenir en France. Saragosse est en effet une grande ville et son maire n’est pas n’importe qui: avocat pénaliste réputé, professeur de droit, il est entré en politique avec le mouvement des Indignés et il s’inscrit dans un mouvement qui fédère plusieurs partis de gauche.

Le maire de Saragosse à propos des attentats : »La violence que nous avons contribué à semer revient chez nous »

Publico (Espagne) 23 mars 2016 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Pedro Santisteve a exprimé sa « condamnation » et sa « répulsion » devant les attentats d’hier à Bruxelles et il plaide pour la construction d’une « Europe accueillante, qui défend le droit à la vie, l’inclusion de toutes les catégories de personnes, toutes les identités, croyances et convictions. »

Madrid – Le maire de Saragosse, Pedro Santisteve (du parti Zaragoza en Comun) a exprimé aujourd’hui sa « condamnation » et sa « répulsion » devant les » attentats irrationnels et injustifiables » d’hier à Bruxelles et il a affirmé que « aujourd’hui, nous revient en quelque sorte cette violence que nous avons contribué à semer dans le monde. »

Le maire a participé, avec le conseil municipal au complet et les employés de la mairie à un rassemblement pour observer une minute de silence après laquelle il a fait lecture intégrale d’une déclaration officielle de condamnation.

Le maire a condamné l’attentat et a affirmé que, à son avis, « L’Europe que nous voulions construire sur la base des valeurs et de la défense des droits humains est en ruines,…par suite des agressions que nous, pays occidentaux, avons fait subir à des pays tiers. »

Et il a ajouté : « Maintenant, en quelque sorte, nous revient la violence que nous avons contribué à semer dans le monde. »

Santisteve a estimé que « nous devons y réfléchir parce que nous ne voulons pas de cette Europe de la fuite en avant, mais une Europe accueillante, qui défend le droit à la vie, l’inclusion de toutes les catégories de personnes, toutes les identités, croyances et convictions. »

« C’est là notre Europe pour laquelle nous allons continuer à lutter, » a-t-il affirmé.

Daesh, d’où vient l’argent?

mars 10, 2016

La récente remise d’une décoration, la Légion d’Honneur, à Mohammed ben Nayef prince héritier et ministre de l’intérieur saoudien, par le président François Hollande a fait grincer quelques dents en dépit de la discrétion dont l’Elysée a entouré cette remise de médaille.

C’est que l’Arabie Saoudite n’a pas exactement le genre de régime qu’est supposé honorer un gouvernement socialiste et un président élu sur la base de valeurs de gauche.

Et il est vrai que l’Arabie Saoudite non seulement  ne ressemble ni de près ni de loin à ce qu’on appelle démocratie, mais c’est aussi un pays où la peine de mort est appliquée à grande échelle et pour des motifs qui peuvent laisser perplexes au terme de procédures qu’on a du mal à qualifier de justice.

Certains ont pointé le rôle de l’Arabie Saoudite, et d’autres monarchies de la région, dans la déstabilisation de la Syrie et, plus précisément, dans l’encouragement des factions dites djihadistes, c’est-à-dire d’organisations considérées de manière quasi unanime comme terroristes, qu’elles s’appellent al Qaïda (avec le Front al Nosra, sa branche syrienne) ou Etat Islamique en Irak et au Levant (ou Etat Islamique ou Daessh).

Ce dernier point est d’autant plus sensible que la guerre contre le terrorisme s’est longtemps résumée dans le discours à la guerre contre al Qaïda (concrètement ce sont l’Afghanistan et l’Irak qui ont été écrasés) avant que l’EIIL soit défini comme la menace N°1.

Or, il s’avère que les monarchies du Golfe, Arabie Saoudite en tête, ont financé et financent encore l’Etat Islamique.

Cette affirmation n’est pas une simple lubie de ma part. En effet, comme on peut le lire dans l’article que je vous propose, les autorités britanniques elles-mêmes admettent un tel financement, du moins dans les débuts de l’Etat Islamique. Cette restriction aux débuts de l’organisation terroriste n’est cependant pas acceptée par certains spécialistes  de la région qui soutiennent que cette aide financière continue et qu’on ne saurait expliquer autrement que le « califat » ne soit pas déjà en faillite.

Un élément qui donne du poids à leurs assertions est le refus du gouvernement britannique de coopérer pleinement au travail d’une commission d’enquête parlementaire qui cherche à faire la lumière sur cette question.

L’effondrement des revenus pétroliers signifie que l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL – Daesh) dépend de l’argent des pays du Golfe.

Les attaques de la coalition sur les installations pétrolières de l’EIIL ont sans doute réduit ses revenus de 40 %, mais les experts disent que la dépendance de l’EIIL à l’égard du pétrole a été surestimée.

Par Patrick Wintour, The Guardian (UK), 8 mars 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

L‘effondrement des revenus pétroliers de l’EIIL l’ont probablement rendu plus dépendant des dons alloués par les riche pays du Golfe et des profits tirés des marchés des changes étrangers, a-t-on pu entendre à la première commission d’enquête britannique sur les finances de l’organisation terroriste.

Les attaques de la coalition rassemblée par les Américains sur les installations et les convois pétroliers de l’EIIL auraient réduit ses revenus de plus d’un tiers dans un contexte où les fiances de l’organisations deviennent un des principaux fronts dans la bataille pour la vaincre en Irak et en Syrie.

Le gouvernement britannique est réticent à coopérer avec la commission d’enquête parlementaire qu’il n’a pas autorisée à auditionner un cadre supérieur du ministère de la défense qui joue un rôle capital dans la supervision des visant à saper les financements de l’EIIL.

Mais le ministre des affaires étrangères Tobias Ellwood a déclaré que des progrès avaient été accomplis même si la connaissance des finances opaques de l’organisation restait lacunaire et dépendante des découvertes des services de renseignements.

Il a assuré que les revenus pétroliers du régime [de l’EIIL] étaient en voie d’effondrement et il a même laissé entendre que le quartier général de l’organisation à Raqqa pourrait imploser si et quand l’armée irakienne aura repris Mossoul.

Mais des experts ont déclaré devant la commission que le gouvernement britannique surestimait sans doute énormément l’importance des revenus pétroliers et sous-estimait l’ampleur de la dépendance de l’EIIL à l’égard de donateurs étrangers des pays du Golfe ou sa manipulation du système bancaire irakien.

Luay al-Khatteeb de l’Iraq Energy Institute a soutenu que le coût de la conduite de la guerre pour l’EIIL devait être si élevé et ses revenus pétroliers si limités qu’il doit nécessairement avoir accès à des dons financiers massifs.

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Luay al-Khatteeb

En outré, il a été déclaré devant la commission qu’il était possible que l’EIIL gagne environ 25 millions de dollars par an au moyen d’opérations sur le marché des changes, un chiffre que conteste le ministère des affaires étrangères.

Le gouvernement britannique estime que 40 % des revenus de l’EIIL proviennent du pétrole 40 % de l’extorsion, des taxes et de l’économie monétaire locale, et les 20 % restants de sources comme la vente des antiquités et les dons. Il affirme que les revenus pétroliers ont maintenant diminué de 40 %, ce qui représente une baisse de 20 % du total des rentrées d’argent de l’EIIL.

Al Khatteeb a dit à la commission que les évaluations du gouvernement britannique surestiment probablement l’importance du pétrole. Il a laissé entendre que l’EIIL avait sans doute réussi à tirer de substantiels revenus du pétrole pendant à peine quelques mois en 2014 quand il produisait 70 000 barils par jour pour une valeur d’environ 500 millions de dollars sur une année.

Le chiffre actuel doit être plus proche des 200 millions de dollars du fait des attaques contre ses infrastructures pétrolières, de la baisse des prix du pétrole et de la faible qualité du brut syrien, ce qui signifie qu’il produit au mieux 20 000 ou 30 000 barils par jour cédés contre guère plus de dix dollars chacun.

“Cette histoire d’un califat financé par le pétrole suppose une production bien supérieure, de l’ordre de 40 000 barils par jour ou un prix beaucoup plus élevé du pétrole de l’EIIL, autour de 30 dollars le baril, » a déclaré al-Khatteeb à la commission. Il était même possible, a-t-il suggéré, que l’EIIL soit maintenant un importateur net de pétrole pour faire fonctionner les camions et les Humvees fournis par les Américains qu’il a pris à l’armée irakienne..

Les revenus de la fiscalité et de l’extorsion sur les deux millions de personnes sous son autorité, dont la plupart gagnent moins de 110 dollars par mois, rapporte peut-être le mêmemontant surtout si on prend en compte le coût entrainé par l’administration de son  territoire.

Al-Khatteeb a déclaré devant la commission: “Soit ces combattants sont contents d’accepter une diminution substantielle de leurs soldes du fait de la baisse des revenus de l’EIIL, ou une autre source de financement  non prise en compte permet de continuer à leur donner satisfaction.

“C’est une conclusion raisonnable compte tenu de la surestimation des revenus pétroliers de l’EIIL, d’une assiette fiscale faible et de plus en plus étroite ainsi que des faibles prix auxquels l’EIIL effectue ses ventes d’antiquités sur la marché noir.

 «Certains se demanderont peut-être jusque à quel niveau les Arabes du Golfe ont continué à financer le califat. Il est certain que l’EIIL a pu s’appuyer sur d’autres sources de revenus entre janvier 2015, moment où l’économie de Raqqa s’est effondrée et mi- janvier 2016 quand les forces de l’Etat Islamique ont été en capacité de lancer une nouvelle offensive d’envergure en Syrie. L’argent vient de quelque part. »

Le gouvernement britannique a en effet reconnu que des pays du Golfe ont finance l’EIIL à ses débuts, disant cependant être certain que de tels financements étatiques ont maintenant cessé. Mais Dan Chugg, un expert du ministère des affaires étrangères, a reconnu devant la commission parlementaire que cette assurance avait une valeur limitée.

Chugg a déclaré: « Avec certains de ces pays, il est difficile de savoir ce qui est financement gouvernemental et ce qui ne l’est pas quand vous avez affaire à des familles royales, des princes très riches et ce genre de choses. »

Une autre source possible de revenus pour l’EIIL vient de ses transactions sur les marché des changes à l’étranger où une partie du milliard de dollars saisi dans les coffres des banques irakiennes a été négociée pour le profit.

David Butter, un chercheur associé au thinktank Chatham House soutient que l’EIIL fait passer des fonds d’une frontière à l’autre et tire profit des fluctuations des taux de change et d’un réseau informel d’agents de change connu sous le nom de « hawala. »

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Margaret Thatcher sortant de Chatham House

Butter a déclaré devant la commission : « Les système de ventes aux enchères de devises étrangères par la banque centrale irakienne doit faire l’objet d’une enquête fouillée. »

Les membres de l’EIIL, a déclaré Butter, ont effectué des mouvements d’argent entre banques en Irak et en Jordanie pour exploiter les déséquilibres sur les marchés monétaires.

 «Alors quand le gouvernement irakien procède à ses adjudications régulière de devises étrangères, l’argent de l’EIIL est injecté dans ce système et il peut obtenir une marge sur les écarts entre les différents taux de change là-bas et ramener l’argent dans son territoire via les agents hawala, » a expliqué Butter. «C’est de cette manière que l’argent circule au Moyen Orient.»

Le ministère des affaires étrangères a soutenu que ces sources de profit étaient peu probables pour trois raisons. L’EIIL aperdu ses réserves de liquidités d’abord à Mossoul puis, depuis octobre, dans les bombardements de la coalition, dont ceux sur la banque centrale de cette ville, qui ont fait partir en fumée des centaines de millions de dollars. Des pressions sur la Banque Nationale Irakienne ont aussi débouché sur des règlements plus stricts et le licenciement d’agents qui agissaient peut-être pour le compte de l’EIIL dans les ventes aux enchères de devises.

L’espoir mis dans une faillite de l’EIIL est exagéré a-t-il été dit devant la commission d’enquête, mais une diminution de ses ressources peut signifier un changement avec le passage d’une armée permanente qui mène une guerre territoriale sur deux fronts à une structure plus lâche dans le style d’une franchise d’al Qaïda qui entreprend des attentats terroristes à Damas et à Bagdad.

Après s’être aliéné le lobby sioniste, Donald Trump se met à dos les néoconservateurs

mars 5, 2016

Donald Trump est décidément un personnage inclassable à bien des égards, et il suscite légitimement  la crainte notamment chez les communautés minoritaires.

Mais d’un autre côté, ces minorités ont-elles vraiment mieux à espérer de Mme Hillary Clinton qui est la favorite dans la course à l’investiture présidentielle chez les Démocrates ?

En effet, dans cette organisation démocratique en trompe l’œil que sont les primaires du Parti Démocrate, les dés sont pipés et le candidat Bernie Sanders, dont la sincérité progressiste semble assez évidente, n’a aucune chance.

Donc côté républicain c’est Donald Trump qui tient la corde. Et ce dernier, outre sa xénophobie, affichée à défaut peut-être d’être  réelle, a un certain nombre de graves défauts.

Le premier est qu’il est riche et n’est donc pas à vendre et il l’a dit clairement devant les membres du lobby sioniste qui ont acheté à peu près tous les candidats, dont Mme Clinton qui leur appartient depuis quelques années maintenant, à la notable exception de M. Sanders dont les fonds de campagne viennent  de centaines de milliers de petites gens qui comptent sur lui pour que le pays change en leur faveur.

Le deuxième , qui n’est pas sans rapport avec le premier, est que Donald Trump a déclaré publiquement qu’il serait neutre dans le conflit qui oppose Palestiniens et sionistes. Un propos qui a déclenché l’alarme dans le lobby sioniste pour lequel les Etats Unis sont nécessairement les alliés de l’entité sioniste qui est en retour leur alliée privilégiée dans un lien « unbreakable » (qu’on ne peut briser) selon le mot employé par Barack Obama.

Le troisième défaut de Donald Trump vient tout juste de se révéler : Donald Trump souhaite sortir des logiques de confrontation avec les pays étrangers, notamment la Russie, pour aller vers des relations de coopération !

Tout ça fait un peu beaucoup pour un seul homme se mettre à dos le lobby sioniste et les néoconservateurs (deux secteurs d’influence qui se recouvrent très largement) avec leur doctrine de « full spectrum dominance » [suprématie totale], une doctrine qui a la totale adhésion des industriels de l’armement puisqu’elle justifie le maintien d’un potentiel miliaire très important  qui est une source de revenus pour eux.

Le cauchemar des néoconservateurs: Trump  veut “une bonne entente avec les pays étrangers”

Par Stuart Hooper, 21st Century Wire (USA) 4 mars 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Serait-ce la vraie raison pour laquelle Trump est si méprisé par l’establishment  républicain?

Dans ce qu’on ne peut présenter que comme un cauchemar pour les néoconservateurs, le candidat en tête pour l’investiture républicaine à la préssidentielle, Donald Trump a déclaré hier soir pendant un  débat sur Fox News qu’il veut établir des relations de coopération, et pas de de confrontation, avec les pays étrangers.

Trump a dit ce qui suit:

“Ne serait-ce pas vraiment une bonne chose si nous pouvions nous entendre avec la Russie, si nous pouvions  avoir de bonnes relations avec les pays étrangers. « 

La faction politique néoconservatrice qui a dominé le Parti Républicain dans l’histoire récente considère qu’il n’y a pas grand-chose à gagner avec une politique de coopération et elle préfère au contraire la confrontation et la domination ; comme elle l’a amplement démontré avec la guerre en irak en 2003.

La déclaration de Donald Trump selon laquelle il veut explicitement  ‘une entente  avec la Russie’ est  sans précédent et Mitt Romney, le candidat républicain à la présidentielle de 2012 avait affirmé que la Russsie était «sans l’ombre d’un doute notre ennemi géopolitique numéro un. »

Un monde avec un président américain qui souhaite ‘l’entente’ pourrait être bien différent du monde d’aujourd’hui. Pourtant comme nous le constatons avec la myriade d’attaques contre Trump, certaines élites politiques et intérêts du complexe militaro-industriel ne sont pas emballés par ce concept.

Bien sûr, nous devons garder à l’esprit que ce n’est que ça: un concept. Et aussi bon que soit ce concept, il se pourrait bien que Trump ne tienne pas cette promesse.

N’empêche, c’est  quand même un changement de ton très différent, un peu plu doux, par rapport à la rhétorique politique que nous avons l’habitude d’entendre.

Pensez-vous que Trump a la bonne orientation en matière de politique étrangère, et la mettra-t-il  en œuvre?

La laïcité dans l’armée française vue par un journal américain

mars 5, 2016

La laïcité est un des aboutissements possibles du processus de sécularisation. Un aboutissement et pas l’aboutissement puisque bien des sociétés sécularisées en Europe par exemple ne sont pas laïques, ce qui n’empêche pas que la liberté d’expression et la liberté de culte soient comparables à ce qu’on observe en France.

Depuis quelques années, la laïcité à la française a été dévoyée au point de réprimer le port de tenues vestimentaires considérées comme des signes religieux dans l’espace public, dont la rue.

L’armée fait cependant exception dans ce paysage étrange qu’est devenue la laïcité qui est normalement la séparation du religieux, au sens d’institutions religieuses, et de l’Etat.

L’armée française recrute en effet des aumôniers, c’est-à-dire des personnels religieux, pour faciliter l’exercice de divers cultes : les cultes chrétiens, le culte israélite et depuis quelques années le culte musulman. Ces aumôniers trouvent leur place dans l’organigramme de l’armée tandis que des lieux de culte existent dans les lieux où les militaires sont stationnés.

Pourquoi l’armée française est peut-être plus tolérante avec les Musulmans que la société française

De sévères restrictions sur la place de la religion dans la sphère publique ont aiguisé les tensions avec la population musulmane. Mais les forces armées font les choses un peu différemment.

par Colette Davidson, The Christian Science Monitor (USA) 1er mars 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Paris – Le bureau d’Abdelkader Arbi est assez typique pour un employé de l’armée française, spacieux, avec un drapeau français dans un coin qui monte à hauteur de plafond , et un portrait du Président François Hollande fixé au mur.

Mais de temps en temps, il a une fonction peu orthodoxe pour un local qui se trouve dans un édifice d’un service de l’Etat : quand la salle de prière de l’armée n’est pas disponible, son bureau devient une mosquée de fortune pour des soldats qui n’ont pas d’endroit où prier.

« Il est clair que les soldats doivent apprendre à vivre ensemble, mais il n’est parfois ni commode ni pratique pour eux de prier » explique M. Arbi, le premier aumônier musulman de l’histoire de l’armée française qui fête sa 11ème année à ce poste. Les soldats sont parfois jusqu’à six à vivre dans un dortoir ou à travailler en plein air pendant la journée, ce qui poser un problème à des Musulmans pratiquants qui essayent d’observer les cinq  prières quotidiennes requises. « Ils viennent prier ici afin de ne gêner personne. »

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Abdelkader Arbi

Dans un pays aux prises avec la peur de la radicalisation et le sentiment que sa définition du sécularisme (la laïcité NdT) est synonyme d’islamophobie, l’armée propose un modèle de prise en compte de la liberté religieuse qui n’exclut pas complètement le religieux de la sphère publique.

S’il est en théorie illégal pour un aumônier d’exercer son office dans une école ou un bâtiment publics l’église et l’Etat sont encore entremêlés dans l’armée. Et ces dernières années, le gouvernement a œuvré pour faire en sorte que les libertés religieuses soient élargies au nombre de plus en plus grand de Musulmans qui rejoignent l’armée.

« Ces soldats veulent simplement faire leur boulot tout en respectant pleinement leur religion, » explique Arbi. « Ils ont au final le sentiment d’être traités à égalité. Après tout, tout le monde ici combat pour la même cause – la France. »

Sécularisme strict

Permettre à des soldats de prier pour des raisons militaires ne devrait pas nécessairement être choquant, sauf que c’est en France – un pays qui se targue d’un sécularisme strict, ou laïcité, (en français dans le texte) dans ses lois

La France a combattu âprement pour garantir la laïcité, y compris par les interdictions de ports de signes religieux ostentatoires à l’école depuis 2004 et de la burka dans les lieux publics depuis 2010.

Mais une clause de la loi de 1905 qui porte séparation de l’église et de l’Etat concerne des dispositions particulières pour les personnes détenues dans les prisons, pour les hôpitaux et les internats scolaires publics – tous lles lieux où un individu ne peut accéder librement aux lieux de culte traditionnels. Dans ces cas l’Etat doit donner un accès à un aumônier  désigné par ses soins.

La loi de 1905 fait pendant à une loi semblable de 1880 qui donne ces mêmes droits aux membres de l’armée française. Il y a actuellement 38 aumôniers musulmans dans l’armée aux côtés des plus de 200 aumôniers des religions catholique protestante et juive [israélite, NdT].

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Insigne de l’aumônerie militaire chrétienne (catholique ou protestante)

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Insigne de l’aumônerie militaire israélite

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Insigne de l’aumônerie militaire musulmane

“La religion ne peut pas être pratiquée en nombre d’endroits en France, mais pour ceux qui n’ont pas tous leurs droits, la religion est ne manière de leur rendre cette liberté, » explique Valentine Zuber, professeur d’études religieuses à l’Ecole pratique des Hautes Etudes (EPHE – Paris).

Mais cela ne s’est pas toujours appliqué à tout le monde. Alors que les soldats chrétiens et juifs pouvaient fréquenter des salles de prière et des aumôniers présents sur site, les soldats musulmans étaient largement exclus de la vie religieuse, encore cent ans après que les dispositions sur la liberté religieuse eurent autorisé des aumôniers militaires.

Les Musulmans pratiquants se sentaient obliges de cacher leurs prières quotidiennes avant l’arrivée de Arbi en 2005 au fort militaire de Vincennes dans la banlieue de Paris, et ils n’avaient guère de recours quand ils étaient confrontés à des plaisanteries et des insultes racistes ou à un sentiment d’exclusion.

Un contingent musulman de plus en plus nombreux.

Mais ce genre d’attitudes est intenable aujourd’hui du fait de l’importance croissante dans l’armée du contingent musulman qui représente entre 10 et 20 % des effectifs militaires de la France.

L’évolution vers un recours à des aumôniers musulmans est finalement intervenue en 2004, quand une étude qui s’intéressait à la deuxième génération d’immigrés dans l’armée avait montré l’existence d’une discrimination très répandue  et avant tout religieuse.

Samir, soldat dans le sud de la France et Marocain de la seconde generation (des détails sur son identité ont été changes pour protéger son anonymat), était un Musulmans pratiquant quand il est entré dans l’armée en 2005. Si sa pratique religieuse se limite aujourd’hui à s’abstenir de consommer du porc, Samir dit qu’il a vu la différence entre la vie avec et sans libertés religieuses.

“Il y a dix ans, les Musulmans ne pratiquaient tout simplement pas leur religion sur la base, » déclare Samir. « Les officiers ne voulaient pas la voir. »

Et quoique le racisme et la discrimination religieuses subsistent dans les rangs – Samir dit avoir récemment entendu parler d’un jeune officier qui a réprimandé un soldat musulman pour avoir prié dans sa chambrée – les attitudes à l’égard des Nord-Africains et des soldats noirs s’améliorent. « Cette nouvelle génération de soldats et très diverse et les choses changent pour le mieux, même si cette évolution se déroule très lentement. »

Depuis que des aumôniers musulmans sont arrives sur la base, les soldats ont l’autorisation de prier dans leurs chambrées, de consulter l’aumônier en cas de besoin, et de choisir  des rations halal pendant les missions à l’étranger. Certains aumôniers participent chaque année  à l’organisation de voyages pour le pèlerinage à La Mecque. Pour le reste, les lois du pays relatives à la laïcité sont appliquées de la même manière que celles qui concernent l’espace public – aucun symbole religieux visible n’est autorisé.

ration sans porc

“Nous ne pouvons pas exprimer quoi que ce soit de visible concernant notre religion” explique Samir. « Pas de médaillon, pas de barbe – nous devons rester neutres. Le seul endroit où nous pouvons prier est la chapelle militaire ou notre chambre.

Une approche équilibrée

Maintenir un équilibre entre la pratique religieuse ouverte et privée  et une approche modérée en termes de soutien [spirituel] – les aumôniers n’ont pas le droit de faire du prosélytisme – est peut-être ce qui permet à la version du sécularisme dans l’armée de continuer à fonctionner. A la différence des locaux des administrations publiques ou des écoles, où les débats sur la laïcité ont créé des tensions profondes, la pratique religieuse dans l’armée est généralement épargnée par le soupçon et le scandale.

Oscillant entre sphère publique et sphère privée, l’armée permet aux indivdus de pratiquer leur religion dès lors qu’elle ne trouble pas l’ordre public – ce qui est a définition originelle de la laïcité.

L’armée semble être le lieu où la neutralité et la liberté sont les plus respectées en France” déclare Zuber.

Et parce que l’Etat rémunère les aumôniers militaires, dans un pays où l’Etat n’a pas le droit de subventionner des institutions ou des personnels religieux, la religion elle-même se voit accorder une certaine présence et crédibilité, ajoute-t-elle.

“Notre système de laïcité actuellement en vigueur ne nous permet pas d’appliquer des règles semblables partout ailleurs, » observe Zuber, « mais peut-être que si le rôle des aumôniers était mieux compris, cela changerait les mentalités chez les gens. Pour l’instant, il n’y a pas de volonté politique en ce sens. »

Tenir à distance toute forme de radicalisation?

Cette approche modérée pourrait aussi être vue comme une tentative pour tenir à distance la radicalisation. Alors que la France a eu des problèmes avec la radicalisation dans ses prisons, de tels exemples dans l’armée restent rares. Pourtant Arbi dit que même s’il a rarement pu observer un soldat montrer des signes de radicalisation de ses idées, son rôle est de rester vigilant particulièrement sepuis que des attaques terroristes ont traumatisé la France en janvier et novembre de l’année dernière.

“N’importe qui peut dérailler, mais ce n’est pas un problème musulman » affirme Arbi. Quand Mohamed Merah s’est lancé dans sa folie meurtrière à Toulouse en 2012, deux des tois soldats tués étaient musulmans. « Ce sont des soldats français et même sion peut avoir du malà s’en rappeler, l’Islam n’est pas une religion ‘étrangère’. La relation entre l’Islam et la France a une histoire longue. »

Alors que la France continue à débattre de l’équilibre entre la promotion du sécularisme et le découragement de l’islamophobie, Arbi considère que la possibilité pour les Musulmans de pratiquer librement dans l’armée est une assurance contre une dérive radicale d’un ressentiment musulman. La meilleure façon d’envisager les choses, dit-il, c’est comme dans la parentalité – traiter chaque personne de manière égalitaire est fondamental.

“Notre boulot consiste à faire la guerre,” explique Arbi. « Mais si les soldats ne ressentent pas une égalité entre eux, cette guerre peut devenir intestine. »

Au regard du droit, le régime sioniste est un régime d’apartheid et son boycott est légitime

février 25, 2016

J’ai eu vraiment plaisir à traduire cet article de Ben White, un militant pro-palestinien très connu en Grande Bretagne.

La traduction est perfectible, j’en suis bien conscient, mais je suis heureux de proposer ce texte à tous ceux qui s’intéressent à la cause palestinienne et à la question de la liberté des peuples en général.

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Ben White

Ben White a écrit ce texte dans un contexte marqué en Grande Bretagne comme en France mais aussi au Canada par une offensive de ceux qui sont opposés aux campagnes BDS, c’est-à-dire Boycott Désinvestissement et Sanctions à appliquer à l’entité sioniste.

Une offensive concertée et sans douté décidée à Tel Aviv avant d’être relayé jusque dans nos mairies.

boycott total

Ben White

Qualifier d’apartheid l’occupation israélienne de la Palestine n’est ni de la simplification, ni de la provocation – c’est un constat de fait.

Non seulement ce constat a le soutien des Sud-Africains qui ont lutté contre l’apartheid mais la situation correspond à la définition [de l’apartheid] selon le droit international.

Par Ben White, The Independent (UK) 24 février 2016 traduit de l’anglais par Djazairi

Cette semaine, j’ai participé à des événements organisés dans le cadre de la Semaine de l’Apartheid Israélien qui chaque année « vise à éveiller les consciences sur le projet colonial israélien en cours et les politiques d’apartheid appliquées à la population palestinienne. »

Aux yeux de certains, parler d’un « apartheid » israélien peut leur sembler être juste un autre effet de manche utilisé par des militants. D’autres considèrent cela comme inutile, simplificateur, provocateur ou même antisémite.

Mais que disons-nous vraiment quand nous parlons d’un apartheid israélien ?

Tout d’abord, et surtout, il ne s’agit pas d’une analogie trait pour trait avec ce qu’était le régime sud-africain. Même s’il est vrai que de fortes personnalités de l’époque de la lutte anti-apartheid ont invoqué la comparaison. En 2002, par exemple, Desmond Tutu avait dit qu’un séjour en Palestine lui avait rappelé « beaucoup de choses qui nous étaient arrivées, à nous population noire d’Afrique du Sud. » Et en 2009, Tutu avait aussi approuvé un livre que j’avais écrit intitulé « Israeli Apartheid : A Beginner’s Guide » (l’apartheid israélien, un guide pour les débutants).

Il y a énormément de choses à dire sur ce qui s’est passé en Afrique du Sud et ce qui se passe en Israël et en Palestine. Mais cette comparaison n’a pas de rapport avec la recherche de savoir si parler d’apartheid israélien est juste ou adapté.

La raison en est que l’apartheid est un crime en droit international, indépendamment de ce qu’a connu l’Afrique du Sud. Le protocole additionnel de 1977 aux Conventions de Genève de 1949, cite l’apartheid comme une « grave violation » qui n’a « aucune limitation géographique« .

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Le boycott a été et reste un moyen de lutte légitime

L’apartheid est aussi qualifié de « crime contre l’humanité » dans le statut de Rome de la Cour Pénale Internationale adopté en 1998 – quatre ans après la fin officielle de l’apartheid en Afrique du Sud.

Le statut de Rome définit l’apartheid comme des actes inhumains « commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime »

Les lois et les pratiques israéliennes répondent-elles à cette définition ? Selon les termes mêmes du Département d’Etat des Etats Unis, les Palestiniens font face à « une discrimination institutionnelle et sociétale. » Elle touche des domaines comme l’immigration et la vie de famille, le logement et le foncier.

Il n’existe aucune garantie d’égalité, et les défenseurs des droits de l’homme ont identifié plus de cinquante lois discriminatoires.

En Cisjordanie, l’Etat juif a créé et établi un réseau de colonies illégales dont les habitants – des citoyens d’Israël – vivent parmi des Palestiniens qui sont soumis à la loi martiale. Pendant que les colonies s’étendent, les maisons palestiniennes sont démolies.

Récemment, selon les termes de l’ONG israélienne pour les droits de l’homme B’Tselem, les autorités israéliennes ont « accentué leurs efforts pour expulser des villages palestiniens de vastes zones de la Cisjordanie » – c’est du nettoyage ethnique.

Entre le 1er janvier et le 15 février de cette année, selon les chiffres des Nations Unies, les forces israéliennes ont détruit ou confisqué 283 maisons et autres structures palestiniennes, déplaçant 404 personnes.

Un haut fonctionnaire de l’ONU a expliqué que si la plupart de ces démolitions « ont été pratiquées sur la base de l’argument juridique spécieux que ces Palestiniens n’avaient pas de permis de construite, » les chiffres israéliens eux-mêmes montrent que « seulement 1,5 % des demandes de permis déposées par des Palestiniens sont acceptées. »

Amnesty International a décrit le « déni officiel de participation à la planification [d’occupation du sol] pour toute une population, couplé avec l’établissement d’un système parallèle de planification pour les colonies israéliennes qui est une discrimination explicite en faveur d’une autre population dont la fait même de vivre dans le territoire en question enfreint le droit international » comme  » unique au monde ».

Dans la bande de Gaza, les Palestiniens continuent à souffrir sous un blocus israélien qui constitue un châtiment collectif illégal. Quant d’Israël ne conduit pas ses horribles attaques à grande échelle sur ce territoire entièrement clôturé, il y a des attaques de routine contre des pêcheurs et des paysans palestiniens.

En fait, les Palestiniens de Gaza sont en majorité des réfugiés dont les terres se trouvent à seulement quelques kilomètres plus loin dans le territoire israélien d’avant 1967. Ce qui nous rappelle le fait que la « majorité juive » d’Israël a été obtenue au prix de l’expulsion des Palestiniens et n’est maintenue que la perpétuation de leur exclusion.

Ce n’est là qu’un échantillon – mais le point essentiel ici est que les crimes d’Israël ne sont pas des « aberrations ». Ce ne sont pas les agissements de quelques généraux excités ou d’un gouvernement d’une droite particulièrement extrême. Nous parlons ici d’une législation qui fixe un cadre et de politiques poursuivies par l’Etat depuis des dizaines d’années.

Nous parlons donc, ainsi que le statut de Rome l’énonce, « d’actes inhumains…commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé ». C’est pourquoi le Comité des Nations Unies pour l’Elimination de la Discrimination Raciale a exhorté Israël à « éradiquer » toutes les pratiques qui enfreignent la prohibition de la « ségrégation raciale et de l’apartheid. »

Rejeter tous ces éléments au motif qu’Israël « ce n’est pas la même chose que l’Afrique du Sud » revient à passer à côté du sujet, de la même manière que blanchir la discrimination systématique simplement parce qu’il y a un « Arabe » à la Cour Suprême israélienne (un seul sur 66 juges aujourd’hui comme hier) n’est que de la symbolique à bon marché.

Les faits sont clairs. C’est l’apartheid israélien qui devrait susciter l’indignation – pas les campagnes (ou les boycotts) en faveur des droits élémentaires des Palestiniens.

Pour la majorité des étudiants juifs américains, l’Etat « juif » n’est pas civilisé.

février 24, 2016

Le site de Philip Weiss reste une des sources les plus riches quand on s’intéresse à l’actualité relative à la cause palestinienne. [vous pouvez aller directement à l’article qui se trouve à la fin de mon texte]

Il le prouve une nouvelle fois en révélant l’essentiel de la teneur d’une conférence qui s’est tenue à Jérusalem dans l’objectif de trouver les moyens d’une propagande efficace en faveur de l’entité sioniste et de contrer le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions)

On sait que faute d’arguments légitimes, les partisans de l’entité sioniste en sont désormais le plus souvent réduits à faire pression sur les gouvernements étrangers pour qu’ils adoptent des dispositions qui rendent l’appel au boycott illégal. C’est déjà le cas en France avec la circulaire Alliot-Marie que Sainte Christiane Taubira s’est bien gardée d’abroger. Ailleurs, comme au Canada, c’est une motion motion votée au parlement tandis que le Royaume Uni se prépare à légiférer pour interdire le BDS…

Ce qui n’empêchera pas le mouvement de boycott de prendre de l’ampleur tout comme l’impopularité ou du moins le scepticisme à l’égard de l’entité sioniste.

Ainsi, les conférenciers sionistes ont pu avoir un état des lieux inquiétants sur la perception de l’entité sioniste par les étudiants juifs américains. Ces derniers non seulement ne sont pas une majorité à penser que l’entité sioniste veut la paix, mais ils sont à peine 38 % à considérer que nous parlons d’un Etat « civilisé ».

Ce qui ne signifie bien sûr pas qu’ils renoncent nécessairement à soutenir l’entité sioniste mais qui donne à penser que ce soutien n’est pas un acquis intangible.

Et c’est là un gros problème pour le régime sioniste. En effet, cette entité coloniale s’est elle-même mise sous la coupe d’une métropole en obtenant la protection des Etats Unis. Au fil des ans, la colonie juive a su construire tout un dispositif de propagande, d’influence et de contrôle qui lui permet d’influer fortement sur la politique de la métropole, du moins quand cette politique est en rapport avec sa sécurité et sa prospérité.

Ce contrôle n’est pas absolu et il peut être mis en échec à force de patience et d’habileté, ce qu’ont su démontrer Barack Obama et John Kerry dans le dénouement de la crise avec l’Iran. Une démarche qui n’a été possible que parce que Barack Obama effectue son deuxième et dernier mandat présidentiel !

Un des instruments de ce contrôle est la communauté juive, ou plus exactement les organisations communautaires juives qu’elles agissent dans le domaine social, culturel, religieux ou politique. C’est par leur intermédiaire que l’actions sioniste peut se déployer verticalement, vers les couches dirigeantes (élus municipaux, gouverneurs d’Etats, sénateurs etc.) et horizontalement (vers les citoyens ordinaires).

L’animation et les relais de ces organisations, aussi bien verticalement qu’horizontalement, est le plus souvent assurée par des membres de l’élite, c’est-à-dire des gens qui occupent des postes à responsabilité dans les domaines de l’économie, de la culture, de l’information, de la religion etc. Ces gens ont généralement été formés à l’université [il n’existe pas de « grandes écoles » aux Etats Unis] où ils ont acquis non seulement des compétences et des connaissances mais aussi une vision de la vie et de la politique au sens large parfois sur la base d’engagements pour telle ou telle cause.

L’état moral de cette frange de la population étudiante donne donc une indication sur les orientations que pourrait prendre cette population une fois arrivée à l’âge de maturité et de la participation active à la vie publique locale, régionale ou nationale.

Et quand on s’intéresse à la population étudiante juive, cet état moral semble des plus préoccupants si on en croit un spécialiste des enquêtes d’opinion qui participait à la conférence de Jérusalem.

 La majorité des étudiants juifs américains ne voit pas Israël comme un pays « civilisé » ou une « démocratie » affirme Luntz lors d’une conférence secrète anti-BDS

par Ofer Neiman, Mondoweiss (USA) 2 février 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le lien vers l’information en hébreu. En résumé :

Le ministre Gilad Erdan [ministre de la sécurité publique, des affaires stratégiques et de l’information] a organisé une conférence secrète à Jérusalem, qui a réuni 150 partisans influents d’Israël.

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Gilad Erdan et son complice Benjamin Netanyahou

Le spécialiste des sondages d’opinion Frank Luntz, marqué politiquement à droite, [qui avait auparavant affirmé que sionisme était devenu un gros mot pour les élites des Etats Unis] a présenté des statistiques :

_ La tentative du ministère du tourisme pour vendre Israël comme une destination sympa [filles et bikinis] a échoué.

– Les étudiants juifs américains ont une image de plus en plus négative d’Israël

– Ils ne sont que 42 % à croire qu’Israël veut la paix.

-Seulement 38 % d’entre eux pensent que ‘Israël est civilisé et occidental”.

-31% seulement considèrent qu’Israël est une démocratie.

– Pas moins de 21 % d’entre eux pensent que les Etats Unis devraient prendre le parti des Palestiniens.

Le nouvel agenda, pas si nouveau que ça, proposé par Luntz et Cie : les partisans d’Israël doivent dire qu’ils sont pour le dialogue et un processus de paix qui passe par la diplomatie, et ils doivent accuser ceux qui soutiennent le BDS de faire obstacle au dialogue et de répandre la haine.

Syrie: Jeffrey Sachs balance tout (ou presque)

février 17, 2016

L’article que je vous propose est signé Jeffrey Sachs. Jeffrey Sachs n’est pas exactement n’importe qui: c’est un universitaire de renom qui dirige un institut à la Columbia University (New York) et est consultant auprès du Secrétaire Général des Nations Unies.

Eh bien dans cet article Jeffrey Sachs balance tout sur la Syrie. Dans le meilleur esprit complotiste, il pointe le rôle des services secrets américains dès le début de la crise en Syrie et il souligne l’obstination de la diplomatie américaine, de Hillary Clinton en particulier, à empêcher tout règlement politique qui ne passerait pas par le préalable d’une reddition du président Bachar al-Assad quitte à aggraver et à prolonger l’effusion de sang.

Jeffrey Sachs

Il est , je pense, une des premières signatures dans la presse grand public américaine à relever le rôle de l’entité sioniste dans la situation en Syrie et le partenariat entre cette même entité et deux puissances régionales qu’il qualifie de « sunnites », la Turquie et l’Arabie Saoudite.

Hillary Clinton et le bain de sang en Syrie

par Jeffrey Sachs, The Huffington Post (USA) 14 février 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pendant le débat de Milwaukee [avec Bernie Sanders] , Hillary Clinton s’est flattée de son rôle dans une récente résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU pour un cessez-le-feu en Syrie:

Mais je voudrais ajouter ceci. Vous le savez, le Conseil de Sécurité a finalement adopté une résolution. Au coeur de cette résolution se trouve un accord que j’avais négocié en juin 2012 à Genève qui prônait un cessez-le-feu et la marche vers une solution politique en essayant d’amener les parties prenantes en Syrie  à se parler.

C’est là le genre de déclarations compulsivement trompeuses qui rendent Clinton inapte à la fonction présidentielle. Le rôle de Mme Clinton en Syrie a été de contribuer à provoquer et à prolonger le bain de sang en Syrie, pas d’y mettre un terme.

En 2012, Mme Clinton était l’obstacle, pas la solution, à un cessez-e-feu qui était négocié par l’envoyé spécial de l’ONU Kofi Annan. C’est l’intransigeance des Etats Unis – l’intrnsigeance de Mme Clinton – qui avait abouti à l’échec des démarches pour la paix de M. Annan au printemps 2012, un fait bien connu des diplomates. En dépit de l’insinuation de Mme Clinton pendant le débat de Milwaukee, il n’y eut (évidemment) pas de cessez-le-feu en 2012, mais seulement une escalade dans le carnage. Mme Clinton porte une lourde responsabilité pour le carnage qui a causé la mort de 250 000 Syriens et en a déplacé plus de dix millions.

Comme tout observateur averti l’a bien compris, la guerre en Syrie n’avait pas tellement rapport avec Bachar al-Assad, ni même avec la Syrie. C’est surtout une guerre par procuration avec l’Iran.Et le bain de sang n’en est que plus tragique et malheureux pour cette raison.

L’Arabie Saoudite et la Turquie, les principales puissances sunnites au Moyen Orient perçoivent l’Iran, la grande puissance chiite, comme un concurrent en termes d’influence et de pouvoir dans la région. La droite israélienne voit l’Iran comme un ennemi implacable qui contrôle le Hezbollah, une organisation militante chiite qui opère au Liban, un Etat limitrophe d’Israël. C’est pourquoi la Turquie l’ Arabie Saoudite et Israël ont tous  réclamé l’élimination de l’influende iranienne en Syrie.

Cette idée est d’une naïveté incroyable. L’Iran est présent en tant que puissance régionale depuis longtemps – en fait depuis près de 2700 ans. Et l’Islam chiite ne va pas disparaître comme par enchantement. Il n’ y  a auun moyen, et aucune raison, de « vaincre » l’Iran. Lespuissances régionales doivent forger un équilibre géopolitique qui reconnaît les tôles mutuels et d’équiliration des pays arabes du Golfe d el’Iran et de la Turquie. Et la droite israélienne est naïve et profondment ignorante de l’histoire pour regarder l’Iran comme son ennemi implacable, particulièrement quand cette façon de voir erronée pousse Israël à se ranger du côté des djihadistes sunnites.

Pourtant Mme Clinton n’a pas suivi cette voie. Elle a au contraire rejoint l’Arabie Saoudite la Turquie et le droite israélienne pour essayer d’isoler et même de vaincre l’Iran. En 2010, elle avait encouragé des négociations secrètes entre Israël et la Syrie pour essayer de soustraire la Syrie à l’influence de l’Iran. Ces discussions avaient échoué. Alors la CIA et Mme Clinton avaient poussé avec succès en faveur d’un Plan B: renverser Assad

Quand les troubles du Printemps Arabe ont éclaté début 2011, la CIA et le font anti-iranien constitué par la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël y virent une opportunité pour renverser rapidement Assad et de s’assurer ainsi une victoire géopolitique. Mme Clinton se fit la principale promotrice de l’entreprise menée par la CIA pour un changemet de régime en Syrie.

Début 2011 la Turquie et l’Arabie Saoudite mirent à profit des protestations locales contre Assad pour essayer de fomenter les conditions de son éviction. Vers le printemps 2011, la CIA et les alliés des États Unis organisaient une insurrection armée contre le régime. Le 18 août 2011, le gouvernement des États Unis rendait publique sa position: »Assad doit partir. »

Depuis, et jusqu’au récent et fragile accord de cessez-le-feu au Conseil de Sécurité de l’ONU, les États Unis ont refusé d’accepter tout cessez-le-feu tant qu’Assad n’était pas écarté du pouvoir. La politique américaine – sous Clinton et jusqu’à récemment – a été celle du changement de régime d’abord et du cessez-le-feu ensuite. Après tout, ce ne sont que des Syriens qui meurent. Les efforts de paix d’Annan avaient été sabotés par l’exigence inflexible des États Unis pour qu’un changement de régime contrôlé par les USA précède ou au moins accompagne un cessez-le-feu. Comme l’avait observé en août 202 la rédaction de The Nation [hebdomadaire progressiste américain]::

L’exigence par les États Unis d’un départ d’Assad et de l’imposition de sanctions avant même que débutent des négociations sérieuses, tout comme le refus d’inclure l’Iran dans le processus condamnaient la mission [d’Annan].

Clinton n’a pas été un acteur mineur dans la crise syrienne. Son représentant diplomatique à Benghazi, Chris Stevens, avait été assassiné alors qu’il s’occupait d’une opération de la CIA pour expédier des armes lourdes libyennes en Syrie. Clinton elle-même a été à la pointe de l’organisation des soi-disant « Amis de la Syrie » pour soutenir l’insurrection dirigée par la CIA.

La politique américaine a été un échec massif et terrible. Assad n’est pas parti, et il n’a pas été vaincu. la Russie est venue l’aider, l’Iran est venu l’aider. Les mercenaires envoyés pour le renverser étaient eux-mêmes des djihadistes extrémistes avec leurs propres agendas? Le chaos a ouvert la voie à l’Etat Islamique, bâti avec des officiers de l’armée irakienne mécontents (exclus de l’armée par les États Unis en 2003) des armes américaines et avec le soutien considérable de fonds saoudiens. Si la vérité devait être entièrement connue, les nombreux scandales associé rivaliseraient certainement avec le Watergate dans leurs ébranlement des fondations de la classe dirigeante des États Unis.

L’arrogance des États Unis dans cette approche semble ne connaître aucune limite. Le procédé du changement de régime fomenté par la CIA est si profondément inscrit comme un instrument « normal » de la politique étrangère américaine qu’elle est à peine remarquée par l’opinion publique ou les médias aux États Unis. Renverser le gouvernement d’un autre pays est contraire à la charte de l’ONU et au droit international. Mais a-t-on besoin de telles subtilités entre amis?

L’instrument [la déposition d’Assad] de la politique étrangère des États Unis n’a pas été seulement en violation flagrante du droit international mais a aussi été un échec massif et répété. Au lieu d’un coup d’état rapide et décisif pour résoudre un problème de politique étrangère, chaque changement de régime ourdi par la CIA a été, presque inévitablement, le prélude à un bain de sang. Comment pouvait-il en être autrement? Les autres sociétés n’aiment pas que leur pays soit manipulé par des opérations secrètes des États Unis.

Écarter un dirigeant, même quand l’opération est un « succès » ne résout aucun des problèmes géopolitiques sous-jacents, et encore moins les problèmes de nature écologique, sociale ou économique. Un coup d’état invite à la guerre civile, du genre de celles qui secouent aujourd’hui l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et la Syrie. Il invite une réaction internationale hostile, comme celle de la Russie en appui à son allié syrien pour faire face aux opérations dirigées par la CIA. Nous en sommes au point où la somme des malheurs causés par es opérations secrètes de la CIA peut littéralement remplir des volumes. Sera-t-on dès lors surpris de voir Mme Clinton reconnaître en Henry Kissinger un mentor et un guide?

Et où en sont les médias de l’establishment  dans cette débâcle? Le New York Times a fini par parler d’une partie de cette histoire le mois dernier en présentant la connexion entre la CIA et l’Arabie Saoudite, dans laquelle l’argent saoudien sert à payer les opérations de la CIA afin de contourner le Congrès et le peuple américain. Après cette première publication, il n’y a pas eu de suite. Pourtant le financement saoudien d’opérations de la CIA est fondamentalement le même procédé que celui utilisé par Ronald Reagan et Peter North dans le scandale Iran-Contra des années 1980 (avec des ventes d’armes à l’Iran utilisées pour financer des opérations secrètes de la CIA en Amérique Centrale sans le consentement ou la supervision du peuple américain).

Mme Clinton elle-même n’a jamais montré la moindre réserve ou le moindre scrupule à mettre en oeuvre cet instrument de la politique étrangère américaine. A son actif en matière de soutien enthousiaste à des changements de régime sous l’impulsion des Etats Unis, on inclura (liste non exhaustive) le bombardement de Belgrade en 1999 l’invasion de l’Afghanistan en 2001 la guerre contre l’Irak en 2003, le coup de force au Honduras en 2009, l’assassinat du Libyen Mouammar Kadhafi en 2011 et l’insurrection contre Assad coordonnée par la CIA de 2011 à ce jour.

         Libye octobre 2011 -Pour  une Hillary Clinton radieuse, c’est comme si                                   Mouammar Kadhafi était déjà mort

Il faut un grand leadership présidentiel pour résister aux malheureuses aventures de la CIA. Les présidents finissent par s’entendre avec les entreprises du secteur de la défense, les généraux et les cadres de la CIA. Ils se protègent ainsi des attaques venues de la droite extrémiste dure. Ils réussissent en exaltant la puissance militaire des États Unis, pas en la contenant. Beaucoup d’historiens pensent que JFK [John Fitzgerald Kennedy] a été assassiné suite à ses ouvertures de paix en direction de l’Union Soviétique des ouvertures qu’il avait faites contre les objections d’une opposition de droite tenante d’une ligne dure au sein de la CIA et d’autres secteurs de l’appareil d’état américain.

Hillary Clinton n’a jamais fait montre d’un iota de courage, ou même de compréhension , dans la confrontation avec la CIA. Elle a été un inlassable partisan de la CIA et  jubilait à montrer sa fermeté en soutenant chacune de ses opérations malavisées. Les échecs sont bien sûr constamment dissimulés à notre vue. Clinton est un danger pour la paix mondiale. Elle doit répondre de beaucoup de choses en ce qui concerne le désastre en Syrie.

Jeffrey Sachs est le Directeur de l’Earth Institute (Institut de la Terre) à la Columbia University

Intervention russe en Syrie: clarté et cohérence des buts et des moyens

février 16, 2016

On n’a guère l’habitude d’entendre ou de lire les diplomates russes s’exprimer sur la politique étrangère menée par leur pays. 
Ici, c’est l’ambassadeur de Russie en Grande Bretagne qui publie une tribune dans un tabloïd londonien à grand tirage. Et il le fait pour exposer la vision russe du conflit en Syrie ainsi que de son règlement.
Deux choses ressortent nettement de son propos. La première est que l’intervention de l’aviation militaire russe a été dictée par la perspective de voir la capitale syrienne tomber entre les mains de Daesh avec la bénédiction des puissances occidentales qui auraient « repeint en blanc » un Sunnistan qui correspond aux objectifs stratégiques des Etats Unis. La deuxième chose qui apparaît nettement, c’est que le gouvernement russe a une vision très précise des buts de son intervention et des moyens militaires mais aussi politiques de les atteindre. Et cette vision ne nie le rôle d’aucun acteur pour peu qu’il n’entre pas dans la liste des organisations terroristes, une liste à établir entre « partenaires » et dont certaines organisations pourraient sortir sous certaines conditions
La diplomatie russe nous offre en définitive un brillant contre exemple de celui donné par les actions brouillonnes, nocives, criminelles et contraires au droit international entreprises dès 2011 par les puissances occidentales et leurs alliés régionaux. Des actions qui n’ont fait qu’aggraver la situation tout en fermant méthodiquement toutes les issues vers une solution de la crise en Syrie.

Alexander Yakovenko: la Russie et les Etats Unis sont partenaires pour essayer de mettre fin à la guerre en Syrie
par Alexander Yakovenko, ambassadeur de Russie au Royaume Uni,
The Evening Standard (UK) 15 février 2016, traduit de l’anglais par Djazaïri

La récente réunion à Munich du Groupe de Soutien International à la Syrie (GSIS) qui cherche un règlement en Syrie – avec la présence de la Russie, des Etats Unis, de la Turquie, de l’Arabie Saoudite et de l’Iran – s’est conclue avec un plan pour essayer de trouver des moyens de mettre fin aux hostilités entre les organisations de l’opposition syrienne et le gouvernement, sans toutefois faire de compromis sur la lutte contre l’Etat Islamique (Daesh) et d’autres force extrémistes.
Cette réunion intervenait après les succès de la récente offensive de l’armée syrienne qui, selon les experts, a progressivement mis en route la dynamique qui lui permettra de mettre un terme à la guerre civile en Syrie.

alexander yakoveenko

Alexander Yakovenko lors de la présentation de ses lettres de créance à la reine Elizabeth II

Pour avoir une idée de l’immense défi qu’affronte la communauté internationale, on peut regarder comment la situation en Syrie a évolué ce quatre dernières années. Nous avons constaté un processus de radicalisation du côté de l’opposition. Beaucoup d’organisations syriennes se sont liées à des organisations terroristes étrangères qui étaient bien équipée et financées par divers acteurs régionaux qui, à leur tout, projetaient leurs propres agendas de politique intérieure sur le champ de bataille syrien.

La situation en était arrivé au point où les Américains avaient renoncé à trouver des gens en qui ils auraient pu faire confiance parmi les organisations rebelles qui combattent le gouvernement syrien. Il y a quelques mois, nos collègues britanniques nous avaient dit que la situation en Syrie était un foutoir complet. La situation était rendue encore plus compliquée par l’émergence de Daesh, un mélange explosif de fanatiques religieux et de lambeaux du régime baathiste, dont des anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein.
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Dans le même temps, les Etats Unis constituaient leur coalition anti-Daesh forte de quelque 70 pays membres qui se lança dns des frappes aériennes inefficaces contre Daesh pendant plus d’un an avant que la Russie doive intervenir avec son aviation militaire à la demande du gouvernement syrien. L’été dernier, nos partenaires occidentaux nous avaient dit que’en Octobre Damas tomberait entre les mains de Daesh. Ce qu’ils avaient prévu de faire par la suite, nous l’ignorons. Ils auraient probablement fini par repeindre les extrémistes en blanc pour les accepter en tant qu’Etat sunnite à cheval sur la Syrie et l’Irak.

En ce circonstances l’intervention russe a changé la donne de manière décisive, permettant à l’opposition syrienne démocratique de se réapproprier la cause d’une Syrie démocratique qui avait été détournée par des organisations terroristes étrangères. C’est alors seulement que les principaux acteurs pouvaient se réunir dans le GSIS pour ue approche globale en vue de trouver une solution politique en Syrie et d’éradiquer Daesh. L’ampleur de cette double tâche n’a jamais été sous-estimée, compte tenu de la situation sur le terrain. C’est pourquoi le GSIS a accepté de faire l’inventaire des organisations d’opposition authentiques et de celles qui sont terroristes. C’est difficile à cause des ingérences régionales. Par exemple, les Kurdes syriens n’ont pas été invités aux discussions de Genève en raison de l’opposition de la Turquie.

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Hélicoptère russe en couverture de soldats syriens

Cette démarche, impulsée par les Russes et les Américains pour séparer les modérés des organisations extrémistes est cruciale. Elle permettra à l’opposition modérée de rompre ses alliances avec les groupes terroristes de l’étranger. Elle permettrait aussi de soulager l’armée syrienne en tant que principale force à affronter Daesh sur le terrain. Dès lors, un front anti-terroriste commun pourrait se faire jour pendant qu’une solution politique à la crise syrienne se discute entre le régime et l’opposition à Genève. Pendant ce temps, l’armée de l’air russe et la coalition dirigée par les Etats Unis continueront leurs frappes aériennes contre Daesh.

Cette approche est la vraie chance de pouvoir résoudre le problème syrien. Ce n’est pas facile, mais si nous voulons mettre fin à cette guerre nous devons essayer.


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