La tuerie de la synagogue de Pittsburgh et les racines politiques des discours de haine aux Etats Unis

31 octobre 2018

Quelques jours nous séparent maintenant de la tuerie qui a été perpétré dans une synagogue de Pittsburgh aux Etats Unis. Robert Bowers, l’assaillant, tenant d’une idéologie d’extrême-droite, s’est rendu à la police après avoir été blessé mais non sans avoir auparavant assassiné 11 fidèles au simple motif qu’ils étaient juifs et que les Juifs, selon lui, sont une menace pour la survie de son propre peuple, c’est-à-dire les Américains blancs et chrétiens.

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Blessé, Robert D. Bowers a néanmoins pu être présenté à un juge

Les commentateurs, en France comme aux Etats Unis, n’ont pas tardé à mettre ce crime au compte de Donald Trump et de sa rhétorique xénophobe, voire antisémite (au sens d’anti-juive). Alors même que chacun sait que Donald Trump a un gendre de confession juive, que sa fille Ivanka s’est convertie au judaïsme et qu’elle-même et son mari jouent un rôle politique significatif notamment sur les questions relatives au Proche Orient.
Cet état de fait aurait dû amener les commentateurs à s’interroger sur la relation en quelque sorte « constructive » entre sionisme et antisémitisme.
Ce n’est cependant pas le cas car il est des couvercles qu’on se garde bien de soulever de peur qu’ils se referment sur ses doigts.

Le blogueur Moon of Alabama nous a proposé dès le lendemain des faits une lecture politique de ce  crime. Et Moon of Alabama nous montre que ce crime, tout abject qu’il soit, s’inscrit dans une logique profonde de la vie et du discours politiques aux Etats Unis, et pas seulement dans la mouvance dite Alt-Right (droite alternative) mais dans le discours des grands partis et de responsables politiques de premier plan. Hillary Clinton nous l’a rappelé à deux reprises, en 2016 et tout récemment.

A cet égard, Donald Trump ne déroge pas à la règle.

Ces exploitations de l’attentat de Pittsburgh se moquent des victimes

Moon of Alabama (USA) 28 octobre 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’attaque terroriste d’hier contre une synagogue de Pittsburgh a été commise par un homme aux opinions extrêmement anti-juives et anti-immigration. C’est la troisième attaque contre un lieu de culte en trois ans.

Comme les incidents précédents, c’est un crime odieux aux motivations ignominieuses.

Mais il y a peu de bonnes raisons de blâmer Trump pour cet incident. Il ne justifie pas non plus de prétendre faussement à un « antisémitisme accru ». L’exploiter pour une cause coloniale à caractère raciste revient à se moquer des victimes.

Le New York Times rapporte:

Armé d’un fusil d’assaut de type AR-15 et d’au moins trois armes de poing, un homme criant des insultes antisémites a ouvert le feu à l’intérieur d’une synagogue de Pittsburgh, tuant au moins 11 fidèles et en blessant deux autres ainsi que quatre policiers, ont annoncé les autorités.

L’assaillant, identifié par les responsables de la police comme répondant au nom de Robert D. Bowers, a tiré pendant plusieurs minutes et quittait la synagogue lorsque des agents, en tenue d’intervention et armés de fusils, l’ont rencontré à la porte. Selon la police, M. Bowers aurait échangé des coups de feu avec les policiers avant de se replier à l’intérieur et de se barricader dans une pièce au troisième étage. Il s’est finalement rendu.

En lisant entre les lignes, nous apprenons que le tueur n’est pas un musulman. Sinon, il aurait été qualifié de « terroriste ». Nous pouvons également conclure que le tueur était blanc. Sinon, la police l’aurait tué

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Fusil AR-15 est une déclinaison du M-16, fusil standard de l’armée américaine

Le meurtrier était extrêmement anti-juif. C’était un suprématiste blanc qui s’imaginait que les personnes de confession juive étaient à l’origine de tous les problèmes qu’il voyait :

Le suspect de la fusillade meurtrière dans une synagogue de Pittsburgh a déclaré aux policiers que les Juifs étaient en train de commettre un génocide et qu’il voulait qu’ils meurent tous, selon un document de l’accusation rendu public dans la matinée de dimanche.

Les fidèles « ont été brutalement assassinés par un homme armé qui les visait simplement en raison de leur confession « , a déclaré Bob Jones, responsable du bureau du FBI à Pittsburgh, qui a cependant averti que le mobile du tireur n’était pas encore entièrement connu.

Les publications de Robert Bowers sur les réseaux sociaux montrent que la raison immédiate de l’attaque contre la synagogue a été la cérémonie nationale de Shabbat organisée par la Hebrew Immigrant Aid Society (HIAS – Société Hébraïque pour l’assistance aux immigrants) :

Quelques heures avant la fusillade du samedi matin, un nouveau message était publié à partir de son compte |sur les réseaux sociaux]: « HIAS aime faire venir des envahisseurs pour tuer notre peuple. Je ne peux pas rester assis et regarder mon peuple se faire massacrer. Fini de jouer [le tueur emploie l’expression « screw your optics » qu’on pourrait traduire par « bloquez vos FPS, le FPS étant le tireur virtuel qui est à la place du joueur dans un jeu vidéo, note de Djazaïri], j’y vais. »

HIAS est une organisation fondée il y a 137 ans par et pour les juifs qui fuyaient les pogroms en Russie. Elle assiste aujourd’hui tous les réfugiés. La haine de l’assassins pour HIAS, souligne la proximité idéologique des suprématistes blancs et des sionistes :

À l’extrême droite juive, la Zionist Organization of America a attaqué HIAS et d’autres organisations juives pour avoir fait pression pour l’admission de réfugiés syriens aux États-Unis et a accusé HIAS de le faire dans un but lucratif.

Le New York Times tente de relier l’incident à Trump :

 [L’agression] a également eu lieu à la suite de l’arrestation vendredi matin d’un homme qui, selon les autorités, aurait envoyé plus d’une douzaine de bombes artisanales à des détracteurs de M. Trump, dont plusieurs importantes personnalités démocrates.

Les bombes artisanales, qui n’auraient pu tuer personne, ont été envoyées de Floride par un paumé pro-Trump. Toutes  ce bombes ont été détectés avant d’atteindre leur cible.

Le tueur de Pittsburgh détestait Trump. Il mobilisait contre lui sur les réseaux sociaux en expliquant qu’il [Trump] était contrôlé par des Juifs. Il a écrit qu’il n’avait pas voté pour lui. Extrait de ses tweets archivés ( partie 1 , partie 2 ):

Trump est un mondialiste, pas un nationaliste. Il n’y a pas de #MAGA [Make America Great Again, rendre sa grandeur à l’Amérique, slogan de Trump] tant qu’il y a une infestation de kikes [péjoratif: Juifs, NdT].

Mais l’article du New York Times ignore la position anti-Trump du tueur. L’incident est ensuite imputé à la rhétorique de Trump:

L’émotion soulevée par le massacre de samedi a exacerbé le sentiment de malaise national face à une rhétorique politique de plus en plus hostile. Les détracteurs du président Trump ont fait valoir qu’il était en partie responsable des récents actes de violence parce qu’il avait excité la fibre nationaliste sur Twitter et lors de ses meetings, accusations que M. Trump a rejetées.

C’est ignorer que Trump recourt à la même rhétorique nationaliste qu’utilisent tous les présidents des Etats Unis :

Obama a déclaré sans équivoque à l’US Military Academy  l’année dernière: «Je crois en l’exceptionalisme américain avec toutes les fibres de mon être».

Pas plus que les positions anti-immigration ne sont particulières à Trump. C’est Obama qu’on appelait « l’expulseur en chef » :

Plus de 2,8 millions d’immigrants sans papiers ont été expulsés au cours des huit dernières années, [les deux mandats de M. Obama],…

Le nationalisme extrême et les positions anti-immigration sont aussi américains que la tarte aux pommes. La rhétorique hostile [à l’immigration aux Etats Unis n’est certainement pas le propre d’un seul camp. C’était Hillary Clinton qui parlait de citoyens comme de gens « minables » [elle avait décrit ainsi la moitié des électeurs de Trump caractérisés comme racistes, islamophobes, sexistes etc.] C’est seulement le style de Trump, pas ce qu’il dit, qui différencie sa manière « d’exciter » l’opinion de celle d’autres politiciens. Blâmer Trump pour cet incident est une tentative d’empêcher de prendre conscience de cela.

Le New York Times amalgame le mobile anti-immigration du tueur avec l’antisémitisme quand il cite les statistiques mensongères de l’ADL [Anti Defamation League, équivalent américain de la LICRA ] :

 [Le massacre] a eu lieu dans un climat d’inquiétude croissante à propos de l’immigration clandestine et dans une décennie qui a vu une augmentation des crimes de haine [hate crime: le hate crime va de la mauvaise blague raciste  à l’assassinat, NdT]. Selon le rapport annuel publié par l’Anti-Defamatiojn League plus tôt cette année, le nombre de signalements d’incidents antisémites aux Etats Unis a bondi de 57 % en 2017, la plus forte hausse en une seule année depuis que l’ADL a commencé à recenser ce genre de délits en 1979.

L’ADL ne recense pas « ce genre de délits », mais tout incident qu’elle perçoit comme étant du harcèlement, une menace ou « antisémite ». La forte augmentation dans les statistiques de 2017 de l’ADL n’a été constatée que parce que l’ADL a truqué les chiffres, comme l’ont relevé de manière critique d’autres organisations juives, en incluant les centaines de menace qu’un adolescent juif instable a faites contre des institutions juives :

L’augmentation présumée de l’antisémitisme selon l’ADL est une « histoire de requins« 

Un homme, américano-israélien, âgé de 19 ans a été reconnu coupable d’avoir proféré des centaines de menaces d’attentats à la bombe contre des centres communautaires juifs et des écoles juives aux États-Unis, ainsi que des compagnies aériennes.

Les fausses alertes visant les centres communautaires juifs et d’autres institutions juives au cours des trois premiers mois de 2017 ont provoqué de nombreuses évacuations et fait craindre une recrudescence de l’antisémitisme. Les parents et l’avocat de Kadar n’ont pas contesté son implication dans les menaces d’attentats à la bombe, mais ont affirmé pour sa défense qu’il souffrait d’une tumeur au cerveau et d’un faible QI.

Non seulement l’ADL truque ses chiffres , mais confond  ostensiblement la haine contre des personnes de confession juive et l’activisme antisioniste comme le Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) .

Kenneth Marcus du Centre Louis D. Brandeis pour les droits de l’homme a déclaré que certains signalements d’incidents antisémites « sont ce qu’on pourrait appeler des histoires de « requins », évoquant les les informations des médias sur des attaques de requins il y a quelques étés de cela. Beaucoup de gens, avait-il dit, craignaient que les attaques de requins se multiplient tandis que les experts cherchaient à en comprendre la raison. En fin de compte, il s’était avéré que ces attaques n’étaient pas du tout en augmentation – on en avait beaucoup plus parlé dans les médias parce que ces histoires de requins avaient attiré l’attention de rédacteurs en chef et de médias influents. »

Robert D. Bowers était actif sur les plateformes de réseaux sociaux Facebook et Gab , un service comparable à Twitter avec un minimum de censure. Il a posté et reposté beaucoup de calomnies anti-juives. Gab, qui est souvent utilisé par des personnes censurées ailleurs, a réagi immédiatement après l’incident. Il a archivé et fermé le compte et informé la police. Néanmoins, il a été immédiatement censuré. Paypal, qui servait à collecter les dons, a fermé son compte sans donner de raison particulière. Une telle réaction déraisonnable ne fera que renforcer le sentiment de persécution de l’extrême droite.

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Hommage aux victimes devant la synagogue de Pittsburgh

 

Le gouvernement israélien va envoyer son membre probablement le plus raciste, le ministre de l’Education, Naftali Bennet, exploiter cet incident pour sa colonisation de la Palestine. Bennet s’est vanté d’avoir tué des Arabes :

« J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie – et cela ne pose aucun problème. »

Il appelle les réfugiés qui sont venus en Israël « des infiltrés ». Il aurait applaudi le meurtrier si la cible avait été un autre groupe religieux :

Le ministre de l’Education, Naftali Bennett, a obtenu jeudi le soutien d’un important militant anti-immigration clandestine, après s’être engagé à bloquer le projet de régularisation de centaines d’infiltrés soudanais.

Jeudi, [..], le parti de du Foyer Juif, dirigé par le ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, a annoncé qu’il bloquerait l’application du plan du ministère de l’Intérieur visant à accorder des permis de séjour aux 300 Soudanais.

« Rien ne justifie d’absorber ces infiltrés en Israël. »

Israël s’est déclaré Etat d’apartheid . Son gouvernement a les mêmes opinions d’extrême droite contre les « autres » que l’assaillant de Pittsburgh. Comme lui, il confond les croyants juifs avec une race. Comme lui, il se mobilise contre l’immigration. Envoyer Bennet pour exploiter l’attaque terroriste, c’est se moquer de ses victimes.

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Peut-on reprocher à Donald Trump d’avoir secouru un enfant juif?

24 octobre 2018

L’article date de 2015, époque où Donald Trump était en campagne électorale pour le scrutin présidentiel aux Etats Unis.

Le propos de cet article est des plus étranges puisque si il relate un geste humanitaire du futur président à l’égard d’une famille juive dont l’enfant était gravement malade, il semble impliquer que le milliardaire a une quelconque responsabilité à l’égard des malversations financières de la même famille sous couvert d’œuvres de bienfaisance !

La moralité de cette histoire devrait donc être : ne tendez pas une main secourable à une personne (à un rabbin?) car on pourrait vous reprocher les délits qu’elle serait amenée à commettre sans vous demander votre avis et à votre insu.

Un article en français sur ce geste de Trump paru dans un média sioniste francophone ne fait nulle mention de la dérive des parents de l’enfant secouru.

NB: je n’ai pas bien compris la nature du placement dont il est question dans l’article mais j’ai l’impression que c’est une sorte de rente viagère avec capital versé à ayant droit en cas de décès du bénéficiaire de la rente.

Fin tragique pour l’histoire de l’enfant juif « sauvé » par Trump

Le milliardaire s’était porté au secours de la famille Ten et avait transféré leur fils gravement malade de Los Angeles à New York à bord de son avion privé, mais l’histoire ne s’arrête pas là.

par Cathryn J. Prince, The Times of Israel (Sionistan) 25 août 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

New York – C’est par un triste épilogue que s’est terminée l’histoire récemment recyclée de l’aide héroïque apportée par le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump pour permettre à un garçon juif dans un état de santé critique d’accéder à des soins médicaux il y a 27 ans.

En 1988, le rabbin Harold « Hershy » Ten et son épouse Judy étaient à bout. Ils devaient transporter leur fils Andrew, alors âgé de trois ans, de Los Angeles à New York pour y recevoir des soins médicaux. Le bambin souffrait d’une maladie respiratoire rare et non diagnostiquée.

Hershy Ten

2013: le rabbin « Hershy » Ten (2ème à partir de la droite) célèbre Hanoucca à Beverly Hills

Mais les compagnies aériennes avaient refusé de transporter Andrew qui ne pouvait pas sortir de la maison sans certains équipements médicaux dont un respirateur à oxygène portable et un aspirateur de mucus, selon un article archivé de la Jewish Telegraphic Agency (JTA).

Désespérée, la famille fit appel à Trump qui accepta de mettre à disposition son Boeing 727 privé. Dès que l’avion se posa à La Guardia, Andrew fut évacué l’hôpital pédiatrique Schneider du Long Island Jewish Medical Center.

Boeing 727 Trump-vert

Le Boeing 727 privé de Donald Trump (remplacé depuis par un Boeing 757)

Dans l’article de la JTA, le père d’Andrew déclarait, « M. Trump n’a pas hésité quand nous l’avons appelé. Il avait dit, « Oui, je vais envoyer mon avion. » Et la grand-mère Feigy Ten avait déclaré avec enthousiasme, « Donald Trump est un miracle, un miracle tout simplement. »

À l’exception de la mention occasionnelle de l’incident par Trump – il y fait référence dans son livre de 2000  » L’Amérique que nous méritons  » -, cette histoire n’a pas fait l’actualité.

Jusqu’à la semaine dernière quand plusieurs médias ont ressorti l’article de la JTA – sans préciser qu’elle remontait à 27 années en arrière.

Le Times of Israel a appris cette semaine qu’Andrew était décédé dix ans après le «sauvetage» par Trump en 1998. En hommage à leur fils, ses parents avaient parrainé le camp Avraham Moshe pour les adolescents et les jeunes adultes juifs ayant des besoins particuliers.

Le camp de Los Angeles propose plusieurs activités, dont la natation, l’équitation et l’artisanat, le tout dans un cadre juif. Aujourd’hui, le camp fait partie d’ETTA / OHEL, une organisation juive de service social.

L’histoire des Tens a toutefois pris une tournure nouvelle en août 2014 lorsque la Securities and Exchange Commission, la SEC [commission des transactions financières et boursières], a accusé Harold Ten de participer à un stratagème qui «permettait à un groupe de courtiers, de conseillers en investissement et à leurs clients de tirer profit de la mort de malades en phase terminale. « 

Selon la SEC, Ten aurait utilisé sa position de président de Bikur Cholim, une organisation à but non lucratif fournissant aux patients hospitalisés des repas casher et des prêts gratuits d’équipements médicaux, afin d’aider Michael A. Horowitz, un courtier basé à Los Angeles, à identifier, et obtenir des informations personnelles auprès de Juifs en phase terminale.

La SEC a déclaré que les clients investisseurs de Horowitz avaient acheté des rentes [une formule apparentée à l’assurance vie apparemment], NdT], une forme d’assurance ou d’investissement qui verse un paiement annuel à un bénéficiaire déterminé, en désignant les patients en phase terminale comme rentiers. De cette façon, les investisseurs percevaient rapidement le paiement du capital décès et réalisaient des bénéfices considérables aux dépens de la compagnie d’assurance.

Ni l’équipe de campagne de Trump, ni la famille Ten n’ont répondu à nos demandes répétées d’informations à ce sujet.

Un livre à compter sur le thème de la protection des oliviers de Palestine

23 septembre 2018

Après l’abécédaire « P est pour la Palestine », Golbarg Bashi récidive en proposant un autre livre pour enfants, un livre à compter basé sur la problématique de la destruction des oliviers des paysans palestiniens par les colons ou les « soldats » sionistes.

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Le Dr Golbarg Bashi

Gageons que ce livre à compter aura le même succès que l’abécédaire malgré l’hostilité active manifestée par les milieux sionistes aux Etats Unis.

De fait, quand on voit l réaction que peut provoquer chez les sionistes un simple livre pour enfants, on mesure la difficulté de la tâche de ceux qui veulent communiquer, par l’art ou par des productions savantes sur l’injustice du sort du peuple palestinien.

Golbarg Bashi donne une suite à ‘P is for Palestine’ avec un livre pour enfants sur la protection des oliviers

Par Bada Elia, Mondoweiss (USA) 20 septembre 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’année dernière, lorsque le livre d’alphabet pour enfants « P is for Palestine» a été publié, l’auteur d’origine iranienne, le Dr Golbarg Bashi, s’attendait à une réaction, mais certainement pas à un déluge de haine. En effet, c’est l’absence de représentation positive de la vie des Palestiniens dans les livres pour enfants qui avait motivé Bashi à écrire. Elle met en lumière les personnes qu’elle a d’abord eu à connaître et dont elle s’est occupée en Suède, où elle-même était une jeune réfugiée après que sa famille eut fui la guerre Iran-Irak. « En Suède, j’ai rencontré des enfants d’autres zones de guerre et j’ai échangé des histoires avec eux. C’est la situation difficile des réfugiés palestiniens qui m’a profondément marqué », écrit Bashi .

Aujourd’hui, Bashi est une intervenante régulière dans les écoles de New York, où elle initie les jeunes enfants à diverses cultures du monde entier. Au début, elle ne pouvait trouver aucun livre sur la Palestine qui dépeignait ses habitants comme des gens ordinaires avec leur vie quotidienne, alors elle a décidé d’en écrire une Comme Bashi l’a expliqué peu de temps avant la publication du livre : «Ce livre est destiné à l’enfant palestinien pour qu’il le montre à son ami(e) pendant des moments de jeu ou qu’il l’emmène à l’école pour une lecture».

La publication de « P is for Palestine» a été aussi saluée par les amis de la Palestine, qu’elle suscité l’opposition des sionistes. Le choix de Bashi du «I est pour Intifada», illustré par un père portant sa fille sur son épaule avec un keffieh qui flotte, a provoqué la colère des sionistes qui ne peuvent pas admettre la volonté d’autodétermination palestinienne. Mais Bashi a insisté, dans un communiqué publié alors que la tentative de la faire taire allait crescendo: «P est pour la Palestine et I pour l’Intifada. Il serait irresponsable de la part de l’auteur d’un livre pour enfants palestiniens (ou par exemple des enfants amérindiens) d’ignorer ou d’édulcorer le fait que leur peuple a un mouvement de résistance, qui se manifeste majoritairement par une contestation pacifique. »

Bashi a depuis reçu des menaces de mort et quelques rabbins ont forcé Book Culture, une chaîne de librairies indépendante à New York, à présenter des excuses pour avoir fait la promotion du livre, intimidant ainsi potentiellement d’autres librairies. Selon le propriétaire de Book Culture, Chris Doeblin, la dernière fois que le magasin a été confronté à de telles menaces il y a quelques dizaines d’années, c’était avec la publication par l’Iran d’une fatwa sur Salman Rushdie pour « Les versets sataniques». Ce dernier livre reste proposé à la vente via Amazon – quand il n’est pas en rupture de stock.

De fait, malgré l’énorme retour de flamme, « P is for Palestine » a connu plusieurs réimpressions épuisées à chaque fois. Tout récemment, le Middle East Monitor l’a placé parmi les quatre titres qu’il recommande dans sa sélection pour le Palestine Book Award 2018. Et en ce moment, Bashi travaille sur un livre complémentaire très plaisant, « Counting Up the Olive Tree: a Palestine Number Book., illustré par Nabi H. Ali, qui apprend à compter dans le contexte de la résistance à la destruction de d’une icône emblématique de la Palestine: l’olivier.

Dans le nouveau livre, dont j’ai eu un aperçu, de jeunes joueurs de football de différents villages palestiniens doivent se réunir pour protéger « le dernier olivier » « du sinistre bûcheron. »

 «S’il vous plait, ne coupez pas notre olivier, sur notre terre pas encore libre», plaident les enfants auprès du bûcheron, qui les congédie. Alors que le bûcheron se couche pour faire la sieste, les enfants en appellent d’autres à les rejoindre au moment où ils grimpent sur l’arbre. «Le joueur numéro 1 a dit au joueur numéro 2, attrape le numéro 3, qui dit au numéro 4, il faut protéger l’olivier, nous tous et quelques autres… »

Et comme tous les onze joueurs de cette équipe grimpent l’olivier, avec de petits cris de Yallah! Yallah! (vite! Vite!) ils peuvent voir «Regardez qui vient! Les joueurs de en-Nai’me (un village)!

Et tous les enfants se sont rassemblés «Gardiens et défenseurs, milieux de terrain et attaquants, ils se tiennent debout et droits». Et ces «chiffres héroïques» ont protégé l’arbre: « Nous vous défendrons et le dernier olivier, » affirment les défenseurs de la terre qui attend d’être libérée! »

Quand le bûcheron se réveille de sa sieste, il regarde les branches de l’arbre qui sont lourdement chargées, pas seulement d’olives ais de tous les jeunes enfants du village palestinien voisin.

A propos de son livre précédent, Bashi observe : «Ils ont essayé de brûler ‘P est pour la Palestine’ à New York, mais voyez la réponse mondiale à notre précieux petit livre écrit avec amour pour les enfants palestiniens et tous les autres enfants innocents du monde entier, et publié uniquement grâce à une collecte de fonds longue / modeste.» Maintenant, il y a une pression pour que paraisse “Counting up the Olive Tree.”

Beaucoup d’émotions différentes ont surgi en moi comme je regardais le livre à paraître. J’ai beaucoup apprécié le scénario édifiant, ainsi que les illustrations enjouées. «Delightful» [agréable, merveilleux] m’est apparu comme l’adjectif le plus approprié. Mais aussi, stimulant. Inspirant. J’ai adoré la présentation objective, une observation sobre et factuelle, qui tend néanmoins vers un résultat encourageant, «la terre n’est pas encore libre». Surtout, je suis reconnaissante envers Bashi, qui non seulement n’a pas cédé après la campagne haineuse lors de la publication de « P is for Palestine », mais a au contraire écrit un autre livre pour nous

  Le livre à compter pour enfants devrait être disponible en janvier 2019. J’en ai pré-commandé quelques exemplaires moi-même, dans le cadre de la collecte de fonds qui rend possible cette aventure si nécessaire. Vous pouvez également le faire. Nus pourrons ainsi sauver nos oliviers, dans le pays qui sera libre un jour.

« Counting Up the Oliver Tree: a Palestine Number Book », illustré par Nabi H. Ali

Pamphlet antisémite : le guide des Juifs influents de l’ère Donald Trump

24 mai 2018

A vrai dire ce pamphlet antisémite n’est pas de moi, mais publié par la Jewish Telegraphic Agency, une agence de presse qui alimente nombre de titres de la presse communautaire juive un peu partout dans le monde.

Le cliché le plus répandu sur les Juifs est bien présent et parfaitement illustré de cas concrets.

Connaissez votre oligarque : Un guide des machers (mot yiddish:hommes d’influence) juifs dans l’enquête sur la Russie

Par Ron Kampeas, Jewish Telegraphic Agency (USA) 23 mai 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Washington – L’enquête du procureur spécial sur l’ingérence russe dans les élections de 2016 offre un voyage étrange pour quiconque est bien au fait de la communauté juive russe et du passage de la répression dans l’ex-Union soviétique aux libertés relatives de la Fédération de Russie.

Sur les 10 milliardaires ayant des liens avec le Kremlin qui ont versé des contributions [financières] politiques à Donald Trump et à un certain nombre de hauts dirigeants républicains, au moins cinq sont juifs. (Le Dallas Morning News propose une série de graphiques interactifs très parlants.)

Il y a Len Blavatnik, le citoyen binational américano-britannique qui a déversé d’énormes sommes d’argent sur les candidats républicains au cours du dernier cycle électoral, dont la plus grande partie a transité par ses innombrables sociétés d’investissement.

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Len Blavatnik et Harvey Weinstein

(Le même Len Blavatnik finance des bourses d’études pour les vétérans de Tsahal et est un ami du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.)

Alexander Shustorovich est le président d’IMG Artists, un géant parmi les impresarios, qui a donné 1 million de dollars au comité d’inauguration de Trumps. Il est arrivé en 1977 avec sa famille qui n’avait pas un sou à New York à l’âge de 11 ans, fuyant la persécution des Juifs en Union Soviétique.

La liste continue – nous explorons certains noms qui y figurent ci-dessous. Mais au fait, que se passait-il en Union Soviétique alors qu’elle se dirigeait vers l’effondrement à la fin des années 1980, ce qui a conduit à la prolifération de noms juifs parmi sa classe d’oligarques ?

« Tous les oligarques ne sont pas juifs, bien sûr, pas la majorité, mais il y en a un nombre important », observe Mark Levin, le PDG de la Coalition Nationale de Soutien à la Communauté Juive Eurasienne, qui avait intégré en 1980, en tant qu’employé, l’organisation qui l’avait précédée, le Conseil National de la Communauté Juive Soviétique.. « Ils étaient au bon endroit au bon moment. »

Voici quelques-uns des facteurs qui ont fait qu’ils étaient au «bon endroit au bon moment».

Vous pouvez rentrer au pays

Beaucoup de juifs soviétiques avaient quitté le pays parce que le sectarisme et les politiques répressives soviétiques les empêchaient, entre autres indignités, d’obtenir des emplois dans leurs professions préférées [je serais curieux de savoir lesquelles, NdT]. Mais avec l’effondrement de l’URSS et avec les opportunités qui s’ouvrirent dans leur pays un certain nombre de ces jeunes émigrés ont tiré parti de la montée de l’entrepreneuriat, de la formation dont ils avaient bénéficié et des relations qu’ils avaient nouées dans leurs nouveaux pays, aux États-Unis, Grande-Bretagne et en Israël.

À la fin des années 1980, quand ils ont appris que la politique de glasnost [transparence] libéralisait les marchés, un certain nombre d’entre eux sont retournés dans leur patrie à la recherche d’opportunités, armés de connaissances et de relations fortunées dans leurs nouveaux pays. Ils étaient sur place après 1991, lorsque la Russie et ses anciennes républiques ont tout privatisé au pas de charge, des mines jusqu’aux médias.

« Je connais des gens qui avaient quitté l’Union Soviétique, elle a implosé, ils sont revenus, ils avaient des amis et des connaissances qui leur disaient qu’il y avait de grandes opportunités », explique Levin. « Il y avait des gens du monde des affaires qui étaient en partenariat avec des gens en Russie et dans d’autres pays parce qu’ils avaient les connexions nécessaires pour conclure des transactions. »

Réseaux

Les Juifs qui étaient restés en Union Soviétique étaient restés en contact avec les amis et les membres de la famille qui connaissaient la réussite à l’étranger et étaient en mesure de faire appel à eux pour des opportunités d’investissements.

« Les Juifs de l’ex-URSS disposaient d’un réseau opérationnel de contacts de confiance aux Etats-Unis et en Israël avec qui ils pouvaient faire des affaires », déclare Oliver Bullough, essayiste et journaliste britannique expert en histoire et politique russes. « C’était plus difficile pour les Russes qui n’avaient pas de contacts à l’étranger d’y parvenir. Cela aussi, à mon avis, explique pourquoi les anciens du KGB se sont bien débrouillés du fait qu’ils avaient un réseau d’anciens espions dans d’autres pays. « 

La Glasnost a ouvert les portes

La Glasnost, ou ouverture, instituée par Mikhaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant soviétique, incluait l’ouverture d’emplois dans la haute administration à des minorités jusque-là marginalisées. Cela a accéléré l’entrée des Juifs dans les niveaux élevés de la bureaucratie au moment même où il était opportun d’être en mesure de savoir quel secteur allait être privatisé et quelles entreprises publiques étaient sur le point d’être démantelées.

Un facteur facilitant fut que, contrairement aux régimes communistes d’Europe de l’Est, en Russie et dans les anciennes républiques soviétiques, les élites restèrent en place – seule l’idéologie du communisme était abandonnée.

« La Russie et la plupart des Etats successeurs de l’Union soviétique sont passés par une transformation très différente de celle des anciens pays communistes européens », dit-il. « Pour l’essentiel, l’élite au pouvoir n’avait pas changé. »

De plus, les mêmes professions auxquelles [lesquelles?] les Juifs avaient été confinés sous l’ancien régime soviétique étaient celles qui se révélaient utiles dans la nouvelle économie. Les Juifs, affirme Levin, étaient plus susceptibles d’être des entrepreneurs.

« Des Juifs ont aidé à faire la transition d’une économie dirigée vers une économie de marché », dit-il.

L’essayiste Michael Wolff, dressant le profil de l’entrepreneur de la high-tech Yuri Milner en 2011, écrivait, « Les Juifs en Russie soviétique, souvent tenus à l’écart des carrières dans la fonction publique, en sont venus à prospérer dale marché informel et le marché noir. Ils étaient par conséquent les seuls capitalistes en Russie quand le capitalisme a émergé. »

Bullough explique que les disciplines scientifiques qui acceptaient les Juifs sous l’ancien système étaient soudainement très demandées sous le nouveau système.

« Les juifs étaient souvent exclus du genre d’universités qui produisaient des diplomates, et par conséquent ils allaient plus vers les sciences pures, ce qui signifiait qu’il y avait un nombre disproportionné de mathématiciens juifs qui étaient capables de s’engager dans la nouvelle industrie bancaire ».

Mais qui sait vraiment

Surtout, dit Levin, c’était le chaos. Des pans énormes de l’économie étaient en jeu. À certains moments, il semblait n’y avoir aucune autorité de contrôle. Quand la poussière est retombée, la Russie était entrée dans l’ère des oligarques. « Au début, c’était comme Chicago dans les années 1920 », dit-il. Connie Bruck, établissant le profil de Blavatnik dans The New Yorker en 2014, a cité un nouvel adage russe: « Ne posez jamais de question sur le premier million ».

Voici quelques-uns des hommes d’affaires ayant des origines juives soviétiques qui ont été cités dans des reportages sur l’enquête Trump-Russie.

 Leonard Blavatnik, 60 ans

Côté oligarque : citoyen américain-britannique. Forbes l’inscrit comme le 48e homme le plus riche du monde. Access Industries, qu’il a fondé en 1986 alors qu’il était à la Harvard Business School, a explosé dans ses premières années grâce à des investissements dans le pétrole et l’uranium au moment de l’effondrement de l’Union soviétique. Il s’est depuis diversifié dans les médias lourds. (Blavatnik rejette le terme « oligarque », le jugeant péjoratif. « M. Blavatnik n’a aucune implication dans la politique russe ou dans le gouvernement russe, et, en fait, n’a jamais été un citoyen russe », a déclaré un porte-parole à la JTA. Le porte-parole a également souligné que Blavatnik ne figurait pas sur la liste des oligarques désignés par le Trésor américain (son partenaire de longue date, Viktor Vekselberg, par exemple, figure en bonne place sur la liste).

Côté Trump : Il a donné plus de 6 millions de dollars pendant la campagne électorale de 2016, pratiquement la totalité pour les républicains, après avoir longtemps donné des sommes relativement modestes aux deux partis politiques. En relation d’affaires de longue date avec Viktor Vekselberg, l’oligarque prétendument en relation à des paiements secrets à l’avocat de Trump Michael Cohen. Blavatnik a donné l’année dernière 12 700 $ au parti Républicain, qui en a utilisé une partie pour un fonds légal qui a contribué à payer les avocats de Trump dans l’enquête sur l’influence russe. (Le porte-parole de Blavatnik a déclaré que l’homme d’affaires ne savait pas que l’argent était destiné à ce fonds légal.)

Côté Juifs : Il a siégé au conseil d’administration de l’Université de Tel Aviv, au Centre for Jewish History et à la 92nd Street Y [un important centre socio-culturel newyorkais]. Sa fondation familiale finance une banque alimentaire et un entrepôt gérés par Colel Chabad à Kiryat Malachi en Israël, qui envoie chaque mois des de la nourriture à 5.000 familles pauvres dans 25 villes israéliennes. Il est ami avec Netanyahou et a été interrogé par la police dans le cadre de l’enquête sur les cadeaux que le premier ministre aurait reçus de riches bienfaiteurs. Il finance des bourses pour les soldats de l’armée.

Andrew Intrater, 55 ans

Cousin de Vekselberg, qui a un père juif mais ne se considère pas comme juif. Intrater, un citoyen américain, est le PDG de Columbus Nova, une société d’investissement avec des liens étroits avec Renova de Vekselberg. Une déclaration à la Commission des opérations de bourse de 2007 cite Intrater en tant que président du conseil d’administration de CableCom, un opérateur de télévision par câble de la région de Moscou

Côté Trump : Columbus Nova a transféré les paiements de Renova à Michael Cohen, l’avocat de Trump. Intrater a également fait don de 250 000 $ au comité inaugural de Trump.

Côté Juifs : Intrater, fils d’un survivant de l’Holocauste, a donné plus de 500 000 $ à la Fondation Shoah de l’Université de Californie du Sud et a fait un don au Comité de la Fondation Auschwitz-Birkenau. Le frère d’Intrater, Frederick, directeur de la modélisation pour Columbus Nova, a acheté un lot de noms de domaine en relation avec « l’alt-right » [droite alternative, extrême droite, NdT] à l’été 2016, quand le soutien venu d’extrême droite en faveur du candidat Trump augmentait.et que les campagnes pour inciter à aller voter s’intensifiaient. Frederick Intrater a dit avoir les achats [de noms de domaine] sans qu’Andrew en soit informé, et plus tard, il l’a regretté, laissant noms d’URL dépérir. « Conclure que je soutiens la suprématie blanche ou l’antisémitisme n’a pas de sens compte tenu de ce que j’ai décrit ci-dessus et aussi en tenant compte du fait que je suis un Juif et fils d’un survivant de l’Holocauste, » a déclaré Frederick Intrater.

Alexander Shustorovich, 52 ans

Côté oligarque : Shustorovich, un citoyen américain, s’est rendu à Moscou en 1989, un an après avoir été diplômé de Harvard, et est immédiatement devenu un acteur dans le domaine des médias, en lançant des publications scientifiques. Il a cherché en vain à faire entrer son entreprise, Pleiades Group, dans la transaction de 12 milliards de dollars pour la vente de combustible nucléaire soviétique aux États-Unis. Il est actuellement PDG d’IMG Artists, une société qui gère des talents de la musique classique et de la danse.

Côté Trump : Shustorovich a donné 1 million de dollars au comité inaugural de Trump. On notera que sa tentative de donner à la campagne de George W. Bush 250 000 $ en 2000 avait été rejetée en partie à cause de ses liens avec le gouvernement russe à l’époque.

Côté Juifs : Shustorovich est arrivé à New York à l’âge de 11 ans en 1977 avec sa famille, qui n’avait pas assez d’argent pour acheter de la nourriture. Son père, Evgeny, avait quitté son travail de chimiste en Russie en raison des espoirs qu’il plaçait dans d’émigration et avait rejoint Kodak à Rochester, NY et il avait rapidement gravi les échelons dans son domaine. En 1986-1987, Evgeny Shustorovich était l’un des visages du mouvement juif soviétique, car il devint un fervent défenseur du droit de son frère – également nommé Alexander – à émigrer de l’ex-Union soviétique.

Simon Kukes, 72 ans

Côté oligarque : Kukes, un citoyen américain, a quitté l’Union soviétique en 1977, s’installant dans la région de Houston. Chimiste, il a exercé un certain temps à l’université puis a travaillé dans l’industrie pétrolière du Texas. Il est retourné en Russie et est devenu un dirigeant dans l’industrie pétrolière post-soviétique là-bas. En 2003, il a pris la tête de la compagnie pétrolière Ioukos après qu’un autre oligarque juif, Mikhaïl Khodorkovski, a été emprisonné par le dirigeant russe Vladimir Poutine pour évasion fiscale et vol – mais surtout, selon la plupart des observateurs, pour avoir financé des partis d’opposition.

En 2003, The Guardian a découvert des documents de la CIA liant Kukes à des dessous de table, accusations qu’il a démenties. Kukes était président de TNK, une autre compagnie pétrolière, dont les principaux actionnaires étaient Blavatnik et Vekselberg. En 2012, alors qu’il dirigeait la branche russe de la compagnie pétrolière Hess, Forbes a rapporté que l’ancien chauffeur de Kukes, qui avait gravi les échelons, était un patron de la mafia russe. L’homme a nié les accusations, mais Kukes l’a écarté de la compagnie. L’année dernière, Kukes était PDG de Nafta, une société américaine de conseil pour les investisseurs dans le secteur de l’énergie en Russie. Le site web de Nafta a depuis été nettoyé.

Côté Trump : Sans antécédent de dons importants au parti Républicain, Kukes a soudainement injecté 285 000 $ dans la campagne électorale de Trump – en grande partie après juin 2016, lorsque l’intérêt russe pour l’éventualité d’une présidence de Trump s’est intensifié.

Côté Juifs : Kukes n’a pas de liens formels apparents avec la communauté juive organisée, bien qu’il dise aux interviewers qu’il a quitté l’ex-Union soviétique parce qu’il était juif. En 2015, il a pris une participation de 12,5 % dans Leverate, une société fondée en Israël qui développe des logiciels de courtage

Yuri Milner, 56 ans

Côté oligarque : Milner n’a jamais fui l’Union soviétique – ses parents vivent encore à Moscou. Il a été le premier non-émigré de l’Union soviétique à fréquenter l’école de commerce de Wharton [à Philadelphie] et a été pendant des années engagé dans les activités bancaires russes avant d’entrer dans le domaine de la technologie. Il est connu comme un investisseur de la Silicon Valley, propriétaire de l’une des maisons les plus luxueuses de Los Altos Hills, estimée en 2011 à 100 millions de dollars. L’année dernière, il a été révélé à travers des documents divulgués que le gouvernement russe avait financé des prises de participations importantes dans Twitter et Facebook qui furent détenues pendant un certain temps par sa société, DST Global.

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Mark Zuckerberg et Yuri Milner

En 2013, Milner a rejoint Mark Zuckerberg de Facebook, Sergey Brin de Google et Anne Wojcicki de 23andme dans la création du prix Breakthrough doté de plusieurs millions de dollars pour les scientifiques.

Côté Trump : Après les révélations de l’année dernière, Milner a tourné en dérision l’idée que la Russie investissait dans les médias sociaux pour influencer les élections, soulignant qu’il n’avait jamais cherché à siéger au conseil d’administration des entreprises dans lesquelles il investissait. En 2015, Milner a investi 850 000 dollars dans Cadre, une startup immobilière lancée par Jared Kushner, le gendre de Trump, et Josh, le frère de Kushner. Milner a indiqué qu’il avait rencontré Jared Kushner une seule fois. La participation de Kushner dans Cadre était l’un des nombreuses participations qu’il avait initialement omis de déclarer lorsqu’il est devenu un conseiller de son beau-père.

Côté Juifs : Milner fréquente une synagogue quand il est à Moscou. A un moment donné, il semble avoir acquis la citoyenneté israélienne. Parlant avec Forbes en 2017 après que le magazine l’ait nommé l’un des 100 «plus grands génies des affaires vivants», Milner a déclaré qu’il était «touché et honoré» d’être «le seul citoyen russe ou israélien sur la liste».

 

L’art du deal à la manière persane – Notes de Pepe Escobar en marge de la 6ème Conférence Internationale de Soutien à l’Intifada Palestinienne

22 mai 2018

Non seulement les Etats Unis ont annoncé ne plus être liés par l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien, mais ils ont aussi précisé qu’ils imposeraient des sanctions aux entreprises, européennes ou autres, qui commercent avec l’Iran. Il faut savoir que les Etats Unis peuvent s’opposer à une vente si le produit concerné comporte des pièces de fabrication américaine ou basées sur des brevets américains. Pis, le simple fait d’utiliser le dollar US pour une transaction peut exposer aux foudres de Washington.

Les Etats Unis viennent de présenter les douze conditions nécessaires, selon eux, à la conclusion d’un nouvel accord.

Cette proposition comme l’annonce du désengagement américain dont elle est le pendant et le train de nouvelles sanctions annoncées comme très dures, n’est évidemment pas de nature à apaiser les relations avec l’Iran. Ce dernier pays gère cependant avec beaucoup de sang froid le reniement américain dont nul ne sait s’il annonce une guerre à venir prochainement.

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Pepe Escobar

Ce sang froid iranien, le journaliste brésilien Pepe Escobar l’attribue à l’art persan du deal, de la négociation, de la transaction, un art multimillénaire.

L’article que je vous propose parle aussi de quelque chose de plus important qui tend à échapper à l’observateur occidental. Ce quelque chose, ce sont de grands courants de pensée iqui sont nés avant et/ou se sont développés contre l’esprit des Lumières ou sans référence à l’esprit des Lumières. Des courants de pensée philosophiques et politiques vigoureux, ancrés dans la tradition, qui nourrissent l’action et la réflexion des décideurs comme des acteurs sociaux à tous les niveaux et capables d’armer idéologiquement un processus révolutionnaire.

 

L’autre art du deal, à la manière de Téhéran

L’iran a accueilli la Conférence Internationale de Soutien à l’Intifada Palestinienne et est resté froid devant le retrait de l’accord sur le nucléaire.

Par Pepe Escobar, Asia Times (Hong Kong) 18 mai 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’art de la transaction, pratiqué depuis 2500 ans, mène au palais de la sagesse. J’avais à peine mis les pieds à Téhéran quand un diplomate a déclaré: «Trump? Nous ne sommes pas inquiets. C’est un bazaari (un commerçant) « –  sous-entendant qu’un compromis politique sera finalement atteint.

La réponse du gouvernement iranien à l’administration Trump se ramène à une variante de Sun Tzu : le silence – surtout après la chute de Flynn [Michael Flynn, ex conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump],  qui avait « mis l’Iran en garde » après un test de missiles balistiques qui n’enfreignait pas les dispositions de l’accord nucléaire iranien, et l’idée d’un anti-Iran formé de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Uni, de l’Egypte et de la Jordanie, soit une mini-OTAN. Les manoeuvres navales iraniennes – du détroit d’Ormuz à l’océan Indien – étaient prévues depuis longtemps.

J’étais à Téhéran en tant que membre d’un petit groupe d’analystes étrangers, invités du Majlis (Parlement) pour la 6ème Conférence internationale de soutien à l’Intifada palestinienne. Aucun risque de rencontrer des membres du cercle de Trump dans un tel rassemblement – avec des délégués parlementaires venus de plus de 50 pays, une mini-ONU de facto. Pourtant, ce qu’ils ont raté avec l’impressionnante inauguration dans une salle de conférence ronde et bondée, c’était le centre du pouvoir iranien qui s’affichait : le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, le président de la république Hassan Rouhani et le président du parlement, Ali Larijani.

Khamenei a admis que « les crises en cours dans chaque partie de la région et dans l’Oumma islamique méritent l’attention « , tout en soulignant que la question centrale est la Palestine. Par conséquent, la conférence pourrait devenir «un modèle pour tous les musulmans et les pays de la région pour mettre progressivement de côté leurs différences en s’appuyant sur leurs points communs.» Incidemment, la maison wahhabite des Saoud, n’était visible nulle part.

Le discours de Khamenei était un appel nécessaire à l’unité musulmane. Rares sont ceux en Occident qui savent que pendant les années 1940 et 1950, alors que la décolonisation était en marche, l’islam n’était pas déchiré par la vicieuse haine sunnite-chiite qui fut fomentée plus tard par l’axe wahhabite / salafiste-djihadiste.

Les échanges avec les analystes et les diplomates iraniens ont porté sur l’efficacité des discussions multilatérales par rapport à l’évolution des faits sur le terrain – de la construction de nouvelles colonies en Cisjordanie au mythe des deux États d’Oslo, désormais presque mort et enterré.

Sur la Palestine, le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a présenté une sombre évaluation des trois solutions actuellement disponibles ; le suicide; l’abandon; ou fuir ce qui reste de la terre palestinienne. Plus tard dans la salle, j’ai interrogé le secrétaire général adjoint du Hezbollah, l’affable Naim Qassem, à propos de l’idée d’une solution à un Etat par l’administration Trump. Sa réponse, en français: « Un état signifie la guerre. Deux états signifient la paix dans leurs conditions, ce qui nous conduira à la guerre. « 

La route vers l’ère post-Lumières

Comme pour la plupart des conférences, ce qui compte, ce sont les rencontres bilatérales. Leonid Savin a confirmé que l’espace aérien russe est désormais pratiquement sanctuarisé par de multiples déploiements du système de défense antimissile S-500 contre tout ce que les États-Unis pourraient déchaîner. L’historien albanais Olsi Jazexhi a déconstruit la nouvelle poudrière des Balkans. Muhammad Gul, fils de feu l’immense général Hamid Gul, a explicité les subtilités de la politique étrangère pakistanaise et la volonté de construire le Corridor économique sino-pakistanais (China-Pakistan Economic Corridor,CPEC).

Blake Archer Williams, connu aussi sous le nom d’Arash Darya-Bandari, dont le pseudonyme célèbre le maître anglais [le poète William Blake] du « tyger tyger burning bright« , m’a donné un exemplaire de Creedal Foundations de Waliyic Islam (Lion of Najaf Publishers) – une analyse sophistiquée de la manière dont la théologie chiite la théologie a abouti à la théorie du velayat-e faqih (la guidance juriste) qui est au cœur de la République islamique d’Iran. J’envisage d’envoyer le livre à ce lecteur vorace qu’est Steve Bannon.

Pyongyang était également présent. Le délégué nord-coréen a produit un discours étonnant, expliquant essentiellement que la Palestine devrait suivre son exemple, avec une «dissuasion nucléaire crédible». Plus tard, dans les couloirs, j’ai salué les membres de la délégation, et ils m’ont salué en retour. Aucune chance d’une bilatérale cependant pour développer les points obscurs entourant l’assassinat de Kim Jong-nam.

Chaque fois que je reviens à Téhéran, je suis impressionné par les voies ouvertes à une discussion intellectuelle sérieuse. Une fois de plus, Téhéran s’est avéré être inégalé dans toute l’Asie comme théâtre où débattre de tous les courants qui s’entrecroisent impliquant les post- ou les contre-Lumières, ou les deux.

Je repensais constamment à Jalal Al-e Ahmad, le fils d’un mollah né dans le sud pauvre de Téhéran, qui plus tard a traduit Sartre et Camus et a écrit Westoxification (1962, un livre fondateur.

Il avait passé l’été 1965 dans un séminaire à Harvard organisé par Henry Kissinger et «soutenu» par la CIA, et ne s’était tourné vers le chiisme que vers la fin de sa vie. Mais c’est son analyse qui a ouvert la voie au sociologue Ali Shariati pour croiser l’anticolonialisme avec le concept chiite de résistance contre l’injustice pour féconder une idéologie révolutionnaire apte à politiser les classes moyennes iraniennes, ce qui mènera à la révolution islamique.

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Ali Shariati

Telle est la toile de fond de discussions très sérieuses sur la manière dont l’Iran (résistance contre l’injustice), la Chine (confucianisme remixé) et la Russie (eurasianisme) offrent des alternatives post-Lumières qui transcendent la démocratie libérale occidentale – un concept vidé de son sens par l’hégémonie néolibérale.

Mais à la fin, tout renvoyait inévitablement au fantôme anti-intellectuel planant sur la les lieux : Donald Trump, et c’était avant même d’avoir reçu une lettre  d’Ahmadinejad.

Puis j’ai fait ce que je fais habituellement avant de quitter Téhéran; Je suis allé au bazar, en passant par une mosquée qui le jouxte – pour me refamiliariser avec l’art du deal, à la manière persane.

Ce qui m’a conduit à Mahmoud Asgari, qui habiter dans le passage Sameyi du bazar Tajrish et à une grave discussion sur les subtilités des tapis tribaux d’avant la première guerre mondiale de Zahedan dans le Sistan-Baloutchistan. Le résultat final fut – quoi d’autre – un accord gagnant-gagnant, contournant le dollar américain. Et puis, l’argument massue: « Quand vous appellerez votre ami Trump, dites-lui de venir ici et je lui offrirai le meilleur deal. » Steve Bannon, c’est un message pour vous.

 

Mario Vargas Llosa, du sionisme au boycott? (Patience, pas encore)

21 mai 2018

Le texte que je vous propose ici est d’un intérêt certain, moins par son contenu que par son auteur.

En effet, l’auteur de cet article d’opinion est un illustre écrivain hispano-péruvien qui appartient à la même génération que Gabriel Garcia Marquez et Julio Cortazar. Comme Garcia Marquez, Vargas Llosa est lauréat du prix Nobel de la paix.

Engagé dans sa jeunesse à gauche, soutenant notamment la révolution cubaine, Mario Vargas Llosa a évolué politiquement pour se situer nettement à droite.

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Mario Vargas Llosa

Pour le sujet qui nous intéresse, il faut surtout savoir que Mario Vargas Llosa a regardé et continue à regarder l’aventure coloniale sioniste d’un œil très favorable. J’ignore depuis quand l’auteur péruvien est dans ces dispositions mais j’ai l’impression que c’est ancien et que c’est probablement d’abord lié à des amitiés personnelles entretenues avec des hommes de lettres de l’entité sioniste. Mais aussi à un vieux fond colonialiste chez cet homme originaire d’une ancienne colonie espagnole mais dont je doute qu’il appartienne à la communauté indigène de son pays. Ce fond colonialiste, je le repère dans sa reprise du mythe qui, après avoir servi en Algérie, a servi et continue à servir pour l’entité sioniste, à savoir que les colons juifs ont « construit des villes modernes et des fermes modèles là où il n’y avait que des déserts ».

On se demande comment quelqu’un d’intelligent et cultivé peut, en 2018, écrire ce genre de choses et en plus en faire un argument justifiant une entreprise de dépossession.

Une autre origine de son soutien au projet sioniste est évidemment le drame de la seconde guerre mondiale. Mais là aussi, l’écrivain parle des « Juifs expulsés d’Europe après les atroces massacres des nazis ».

J’ignore d’où Mario Vargas Llosa tient cette information mais les Juifs n’ont pas été expulsés d’Europe après la fin de la deuxième guerre mondiale. Les agents sionistes allaient par contre à la rencontre des réfugiés pour de leur vendre l’idée d’un départ vers la Palestine.

On voit comment, quand la réalité des faits ne permet pas de justifier une prise de position politique, on travestit ou déforme les faits pour qu’ils puissent assurer ce rôle justificateur.

Il n’empêche que Mario Vargas Llosa se pose des questions et qu’il se demande sérieusement si le pays qu’il a soutenu, et continue de soutenir, correspond encore au projet qu’il reconnaît chez ses quelques amis à présentables qu’il lui reste dans l’entité sioniste.

Encore un petit effort, et l’écrivain appellera au boycott de l’entité sioniste.

PS: je sais que la traduction n’est pas très bonne, mais Llosa est un écrivain (de renom), pas moi.

La boîte de Pandore

Ce ne sont pas les Palestiniens qui représentent le plus grand danger pour l’avenir d’Israël, mais Netanyahou, ses sbires et le sang qu’ils ont versé

Par Mario Vargas Llosa, El Pais (Espagne) 20 mai 2018 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Au moment même où Ivanka Trump, enveloppée dans une robe diaphane qui devait parler à ceux qui étaient présents, découvrait la plaque inaugurant la toute nouvelle ambassade américaine à Jérusalem, l’armée israélienne tuait par balles soixante Palestiniens et en blessait mille sept cents, qui jetaient des pierres, en essayant d’approcher les barbelés qui séparent Gaza du territoire d’Israël. Les deux événements n’ont pas coïncidé par hasard, le dernier était une conséquence du premier.

La décision du président Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, annoncée lors de sa campagne électorale, brise soixante-dix ans de neutralité [sur ce point, NdT] des États-Unis. Ces derniers, comme ses alliés en Occident, soutenaient jusqu’à présent que le statut  de Jérusalem, revendiquée comme capitale par les Palestiniens et les Israéliens, devrait être décidé dans l’accord entre les deux parties en vue de la La boîte de tonnerrecréation de deux Etats existant côte à côte dans la région. Bien que la théorie des deux Etats soit encore parfois évoquée par les dirigeants des deux pays, personne ne croit que cette formule est encore possible, compte tenu de la politique expansionniste d’Israël dont les colonies de Cisjordanie dévorent les territoires et isolent un peu plus chaque jour  les villes et villages qui devraient former l’État palestinien. Si cet Etat existait, il serait à l’époque actuelle à peine moins qu’une caricature des bantoustans sud-africains du temps de l’apartheid.

 Le président Trump a affirmé que sa décision de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël était «réaliste» et que, au lieu d’entraver l’accord [entre les parties au conflit, NdT], elle le faciliterait. Il est possible qu’il ne l’ait pas seulement dit mais, dans sa formidable ignorance des affaires internationales auxquelles il pense quotidiennement d’une manière si irresponsable, qu’il le croie. Mais je doute que r beaucoup d’autres, à part lui et la poignée de fanatiques qui ont applaudi comme des enragés quand Ivanka a dévoilé la plaque dont Bibi Netanyahou qui, les larmes aux yeux, a hurlé : « Quel jour glorieux. » En effet, Trump a ouvert la boîte de pandore avec cette décision et, outre la confusion et la perplexité dans lesquels il a plongé ses alliés, il a provoqué en bonne partie la tuerie cruelle et stupide qui est venue s’ajouter au supplice qu’est, depuis longtemps déjà, la vie pour les malheureux habitants de Gaza.

La création des deux États coexisteraient en paix était la formule la plus sensée pour mettre fin à cette guerre larvée qui dure depuis soixante-dix ans au Moyen-Orient, et de nombreux Israéliens y ont cru pendant longtemps. Malheureusement, à l’époque d’Arafat, les Palestiniens rejetèrent un projet de paix dans lequel Israël fit des concessions notables, comme la restitution d’une grande partie des territoires occupés et l’acceptation de Jérusalem comme capitale d’Israël et de la Palestine.

Depuis lors, cet immense mouvement de l’opinion publique israélienne qui voulait la paix est allé déclinant tandis que croissait le nombre de ceux qui, comme Sharon, pensaient que la négociation était impossible et que la seule solution viendrait d’Israël seulement et serait imposée aux Palestiniens par la force. Et il y a beaucoup de gens dans le monde, comme Trump, qui le croient aussi et qui sont prêts à soutenir cette politique insensée qui ne résoudra jamais le problème et continuera à remplir le Moyen-Orient de tension, de sang et de cadavres.

Ce processus a été rendu possible un gouvernement tel que celui  présidé par Netanyahu, le plus réactionnaire et arrogante qu’ait jamais eu Israël, et sûrement le moins démocratique donc convaincu de sa supériorité militaire absolue dans la région, qui harcèle sans relâche ses adversaires, vole chaque jour un peu plus de territoire et, les accusant d’être des terroristes qui mettent en péril l’existence du petit Israël, leur tire dessus et les blesse et les assassine à sa guise au moindre prétexte.

Je voudrais citer ici un article de Michelle Goldberg paru dans The New York Times du15 mai, à propos de ce qui s’est passé au Moyen-Orient et qui porte le titre de: « Un spectacle grotesque à Jérusalem ». L’article décrit en détail la concentration fantastique d’extrémistes israéliens et de fanatiques évangéliques américains venus célébrer l’ouverture de la nouvelle ambassade et la gifle que fut pour le peuple palestinien ce nouvel affront infligé par la Maison Blanche. L’auteur n’oublie pas l’intransigeance du Hamas, ni le terrorisme palestinien, mais rappelle également les conditions indescriptibles dans lesquelles les habitants de Gaza sont condamnés à vivre. Je les ai vues de mes propres yeux et je connais le degré d’abjection dans lequel survit à grand peine cette population, sans travail, sans nourriture, sans médicaments, avec des hôpitaux et des écoles en ruines, avec des bâtiments effondrés, sans eau, sans espoir, soumise à des bombardements aveugles chaque fois qu’il y a un attentat.

Mme Goldberg explique que l’image du sionisme a souffert dans l’opinion publique mondiale avec la droitisation extrême des gouvernements israéliens et qu’une partie importante de la communauté juive aux Etats-Unis ne soutient plus la politique actuelle de Netanyahu et des petits partis religieux qui lui donnent une majorité parlementaire. Je crois que cela s’applique également au reste du monde, à des millions d’hommes et de femmes qui, comme moi, ressentaient une identification à un peuple qui avait construit des villes modernes et des fermes modèles là où il n’y avait que des déserts et au sein duquel un nombre très important voulait vraiment une paix négociée avec les Palestiniens. Cet Israël n’existe malheureusement plus. Maintenant, c’est une puissance militaire, sans aucun doute, et d’une certaine manière coloniale, qui ne croit qu’en la force, surtout ces derniers temps,

Toute cette puissance ne sert pas à grand-chose si une société reste en permanence sur le qui-vive, dans l’attente de passer à l’attaque ou d’être attaquée, à s’armer chaque jour davantage parce qu’elle se sait haïe par ses voisins et même par ses propres citoyens, à exiger de sa jeunesse qu’elle passe trois ans dans l’armée pour assurer la survie du pays et continuer à gagner les guerres, et punir avec férocité et sans relâche, à ma moindre agitation ou protestation, ceux dont la seule faute est d’avoir été là, pendant des siècles  quand commencèrent à arriver les Juifs expulsés d’Europe après les atroces massacres des nazis. Ce n’est pas une vie civilisée ou désirable, vivre entre deux guerres et tueries, aussi puissant et fort que soit un Etat.

Les vrais amis d’Israël ne devraient pas soutenir la politique à long terme suicidaire de Netanyahou et de sa clique. C’est une politique qui fait de ce pays, qui était aimé et respecté, un pays cruel et sans pitié pour un peuple qu’il maltraite et subjugue tout en se présentant en même temps comme une victime de l’incompréhension et du terrorisme. Ce n’est plus vrai, si ce fut jamais le cas.

J’ai beaucoup d’amis en Israël, en particulier parmi ses écrivains, et j’ai défendu à plusieurs reprises son droit à l’existence, avec des frontières sûres, et, surtout, à ce qu’il trouve un moyen pacifique de coexister avec le peuple palestinien. Je suis honoré d’avoir reçu le Prix de Jérusalem et je suis heureux de savoir qu’aucun de mes amis israéliens n’a participé au « spectacle grotesque » qui mettait en vedette l’emblématique Ivanka Trump dévoilant la plaque inaugurale, et je suis sûr qu’ils ont ressenti tout autant de tristesse et d’indignation que moi pour la tuerie sur les barbelés de Gaza. Ils représentent un Israël qui semble avoir disparu ces jours-ci. Mais espérons qu’il revienne. En leur nom et en celui de la justice, nous devons proclamer haut et fort que ce ne sont pas les Palestiniens qui représentent le plus grand danger pour l’avenir d’Israël, mais Netanyahou et ses acolytes et le sang qu’ils font couler.

 

Les 7 péchés capitaux de la hasbara sioniste

19 mai 2018

Marc Lamont Hills’attache ici à rétablir la vérité sur 7 mythes qui servent souvent d’arguments aux partisans de l’entité sioniste.

Un pense-bête utile pour tous ceux qui ont à cœur la cause de la Palestine

7 mythes sur le conflit israélo-palestinien

Par Marc Lamont Hill, The Huffington Post (USA) 17 mai 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

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Mark Lamont Hill

Lundi, un jour avant le 70e anniversaire de la fondation d’Israël, l’administration Trump a tenu sa promesse de déplacer l’ambassade des Etats Unis à Jérusalem . Cet événement a été suivi par des manifestations palestiniennes en Cisjordanie et à Gaza, les soldats israéliens tuant plus de 50 Palestiniens, y compris des enfants, et en blessant plus de 1.000 autres. Depuis lors, les débats font rage entre les experts, les décideurs et les citoyens ordinaires au sujet du conflit entre Israël et la Palestine. Malheureusement, beaucoup de ces discussions mobilisent les mêmes points de discussion périmés et problématiques. Voici sept des plus dommageables :

  1. Ces gens se battent depuis toujours.

C’est un des arguments les plus souvent répétés et inexacts sur le conflit. La vérité est que les Arabes et les Juifs ne se battent pas depuis toujours. Au contraire, on peut dater la confrontation à la fin du 19ème siècle ou, plus précisément, au début de la période du mandat britannique après la Première Guerre mondiale. En plus d’être historiquement inexacte, une telle affirmation pose le problème comme étant quelque chose d’insoluble et d’inextricable, en plus de renforcer les vieilles idées sur les Arabes qui seraient barbares et fondamentalement violents.

  1. C’est un conflit religieux

Cela aussi est inexact. Les Palestiniens ne sont pas un monolithe religieux. Bien que majoritairement musulmane, la communauté palestinienne a toujours compris des musulmans, des chrétiens et des juifs. En outre, avant la colonisation sioniste à la fin de l’Empire ottoman, la diversité religieuse était une caractéristique de la Palestine historique. Même après le début de l’immigration juive, les colons sionistes étaient principalement laïques [au sens de non pratiquants ou non particulièrement engagés dans l’action religieuse NdT], tout comme les indigènes palestiniens.

Mais ce n’est pas seulement une question d’exactitude historique. En définissant le conflit comme religieux, nous sommes incités à le considérer comme une querelle intestine entre deux partis tout aussi fervents qui sont en possession de textes religieux concurrents ou d’interprétations scripturaires divergentes. Pour le dire simplement, cela ne concerne pas la religion. Il s’agit de vols de terres, d’expulsions et de nettoyage ethnique par des colons étrangers sur des terres indigènes.

  1. C’est très compliqué.

D’une certaine manière, le problème est en effet compliqué. Après plus d’un siècle de conflit, il y a certainement beaucoup de subtilités autour des diverses, revendications de la vérité, politiques et solutions. Trop souvent, cependant, l’affirmation que « c’est compliqué » sert d’excuse pour éluder une réalité très simple : il s’agit de 70 ans de lutte d’un peuple qui a été expulsé, assassiné, volé, emprisonné et occupé. Bien qu’il y ait certainement un besoin de traiter les points les plus subtils du conflit, nous ne devons jamais perdre de vue ce point fondamental et d’une grande simplicité.

  1. Les Palestiniens persistent à refuser des offres équitables.

Cet argument présume à tort que tout accord qui inclut le partage de terres volées avec les victimes de ce vol pourrait être équitable. Mais même en termes relatifs et pragmatiques, ce n’est pas vrai. Repensez à la proposition disproportionnée de partage des Nations Unies de 1947 qui accordait 55% de la terre à la population juive, alors même qu’elle ne représentait que 33% de la population et possédait 7% de la terre. Ou regardez les négociations de 2008 entre le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et l’ancien Premier ministre israélien, Ehud Olmert, qui ne permettaient pas l’établissement d’un territoire palestinien contigu ni un véritable règlement de la dispute sur Jérusalem. Les Palestiniens ne se sont jamais vu offrir un accord qui permette un Etat véritablement indépendant, fertile, viable et sûr.

  1. Les Palestiniens ne veulent pas la paix

Cet argument joue sur les récits orientalistes qui représentent les Arabes comme étant intrinsèquement violents, irrationnels, prémodernes et indignes de la démocratie ou de la diplomatie occidentale. L’argument blâme également les Palestiniens pour avoir résisté à la brutalité de l’occupation et de la répression. Les personnes sous occupation ont le droit légal et moral de se défendre. Leur demander de ne pas résister c’est leur demander de mourir en silence. Les Palestiniens veulent la paix. Mais la justice est toujours une condition préalable de la paix.

 

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A l’image de ce jeune qui joue de la guitare sur les ruines de sa maison à Gaza, le peuple palestinien est un peuple résilient

  1. Israël a le droit d’exister !

Cette revendication est un produit de la hasbara, ou propagande, américaine et israélienne. Premièrement, cet argument n’est mobilisé que de manière rhétorique par rapport à Israël, par opposition à la Palestine ou à pratiquement tous les autres États-nations. Après tout, personne ne demande systématiquement qu’Israël et ses soutiens reconnaissent le «droit à l’existence» de la Palestine en tant qu’idée abstraite, espace physique ou nation indépendante. Plus important encore, cependant, cette revendication obscurcit une vérité plus fondamentale : aucun pays n’a le droit d’exister, seuls les peuples ont ce droit. En naturalisant l’idée que les États-nations ont un « droit d’exister », nous réduisons notre capacité à proposer une critique morale de l’histoire de son origine par Israël (ou de toute colonie).

Si un pays a un droit naturel d’exister, il est plus difficile de contester les moyens par lesquels ce pays obtient des terres, comment il interagit avec les populations autochtones ou respecte la règle de droit au niveau international et national. Après tout, il avait le droit d’exister, n’est-ce pas ? L’argument du «droit d’exister» réifie aussi l’État-nation, faisant oublier son émergence relativement récente en tant que construction politique imaginaire. En d’autres termes, l’idée des nations et du nationalisme est relativement nouvelle. (C’est pourquoi l’ensemble de l’argument « il n’y a jamais eu un pays appelé Palestine » est à la fois anhistorique et malhonnête). Cet argument limite également notre capacité à imaginer le monde selon des termes différents et des formations politiques différentes, y compris la reconstitution de la Palestine historique (ou Israël contemporain) comme une démocratie unique pour TOUS les citoyens, sans distinction de race, classe, sexe ou religion.

  1. Vous êtes antisémite !

L’antisémitisme est un phénomène bien réel dans le monde entier. Et nous devons être vigilants pour traiter et détruire l’antisémitisme partout où il se manifeste. Trop souvent, cependant, cette allégation est dirigée contre quiconque critique ou proteste contre les pratiques de l’État-nation israélien.

Dans ces conditions, les allégations d’antisémitisme ne sont plus guère qu’une réaction de défense destinée à stopper la discussion. Plus important encore, c’est un élément clef de la stratégie sioniste : assimiler le judaïsme au sionisme  et à l’État israélien lui-même . Dans cette logique, critiquer Israël, c’est critiquer le judaïsme. De tels arguments ignorent également le fait que la tradition juive est une de celles qui prônent la justice et l’équité, et ses principes sont en opposition fondamentale avec les actions du gouvernement israélien.

Espérons que nous pourrons dépasser ces arguments et aller vers des discussions plus profondes et plus nuancées sur la construction de la paix, de la justice et de la liberté dans la région.

Marc Lamont Hill est titulaire de la chaire Steve Charles de Media, Cities and Solutions à la Temple University, commentateur politique sur CNN et ancien animateur de HuffPost Live.

Le rêve sioniste converge avec le cauchemar suprémaciste

17 mai 2018

Un  texte intéressant de Lluís Bassets. Si l’article figure dans la rubrique opinion du journal El Pais, il n’en reste pas moins que Bassets est non seulement journaliste (et pas n’importe lequel) mais également directeur adjoint de ce journal espagnol pour la Catalogne.

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Lluís Bassets

Bassets capte bien l’essentiel de ce qui se joue en ce moment en Palestine, terre où s’exerce  avec une force inégalée l’idéologie agressive et suprémaciste  qui domine actuellement aux Etats Unis, pays où elle n’a jamais disparu malgré les succès de la lutte pour les droits civiques. C’est la convergence de ces suprémacismes qui est au cœur du texte présenté ici.

Comme le dit Lluís Bassets en conclusion, la Palestine est le miroir où chacun peut se regarder et où sont condensés tous les maux qui affectent le monde et l’empêchent de vivre en paix.

Avec Netanyahou et Trump, le rêve sioniste converge avec le cauchemar suprémaciste

Par Lluís Bassets, El Pais (Espagne) 17 mai 2018 traduit de l’espagnol par Djazaïri

La mutation est achevée. Le rêve a tourné et ne se différencie guère maintenant, 70 ans plus tard, du cauchemar Trumpien. Au moment même où des habitants de Gaza tombaient, tués par des tirs de snipers [sionistes], la fille de Donald Trump et son mari, Jared Kushner, accompagné par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, inauguraient l’ambassade américaine à Jérusalem. Douleur pour les uns et gloire pour les autres, le même jour et à seulement environ 80 kilomètres de distance.

El primer ministro de Israel, Benjamin Netanyahu, junto a  Ivanka Trump y a Jared Kushner frente a la nueva embajada estadounidense en Jerusalén, el pasado 14 de mayo.

14 mai 2018: inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem occupée.       Sara et Benjamin Netanyahou, Ivanka Trump et Jared Kushner

Le statut de la ville est l’un des trois sujets majeurs d’un différend persistant (les deux autres sont la restitution des territoires occupés et le droit au retour des Palestiniens expulsés). Dans tous les plans de paix, la question de Jérusalem devait être abordée en dernier. Ce ne sera plus le cas, puisque Washington, qui avait jusqu’alors prétendu agir en médiateur honnête, l’a laissée au bon vouloir de son président.

Trump tient ainsi sa promesse électorale. Au Moyen-Orient, on n’est pas dupe: il fait ce que veut Netanyahou, que ce soit rompre l’accord nucléaire avec l’Iran, ou reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël. Ce n’est pas une question de politique internationale. La seule politique qui l’intéresse est la politique intérieure des États-Unis, où il soigne son électorat avant les élections de mi-mandat au cours desquelles la majorité républicaine est en jeu au Congrès et au Sénat et l’éventualité d’une réélection à la présidence en 2020

Le geste aura un impact international relatif. Peu de pays, et seulement de petits pays, le suivront dans la relocalisation des ambassades. Mais la répression militaire qui s’abat sur les Gazaouis est déjà de toute évidence disproportionnée. La tuerie isole encore plus Israël et détériore son image de démocratie civilisée, bien que cela ne soit guère important pour Netanyahou du moment que Trump est inconditionnellement de son côté.

La dérive de Washington laisse un vide que personne ne comblera. La Russie ne le fera pas, qui est revenue dans la région avec des réflexes tactiques de superpuissance prudente, mais sans la capacité d’agir comme un médiateur honnête. C’est encore moins le cas de la Chine, pas encore mûre pour agir comme une superpuissance mondiale. Ce n’est pas le cas non plus de l’Union Européenne qui, comme l’a souligné Jeremy Shapiro dans Foreign Affairs, manque d’unité et de volonté (« Pourquoi Trump peut-il tranquillement ignorer l’Europe? Ses dirigeants s’empressent de condamner mais n’agissent jamais »).

Selon Netanyahou, également maître dans l’art de l’inversion du sens, Trump a fait l’histoire dans un grand jour pour la paix. C’est pourquoi il donnera son nom à une place, à une gare et même à un club de football, le Beitar Jerusalem qui ajoutera le nom du président à son nom.

La lumière parmi les nations est maintenant un miroir du monde. De l’unilatéralisme, du désordre international, du bellicisme, et aussi des inégalités, de l’injustice, de la discrimination, de l’extrémisme, du suprémacisme. Dans ce territoire disputé, deux nations sont dans une étreinte sanglante , victimes de différents moments historiques: l’une ayant obtenu réparation et l’autre mise à terre, 70 ans ensemble, mais sans paix, sans pitié, sans pardon. Le miroir où nous regarder.

 

Le terrorisme sioniste et ses mystifications, un texte important de Rémi Brulin

15 mai 2018

La récente parution en langue anglaise d’un ouvrage consacré à la stratégie adoptée par l’entité sioniste pour combattre ses ennemis, palestiniens mais pas seulement, une stratégie basée notamment sur l’assassinat, donne l’occasion au chercheur Rémi Brulin de revenir sur la construction idéologique et médiatique du terrorisme et de la figure du terroriste en prenant comme exemple précisément le cas de l’entité sioniste.

Rémi Brulin a en effet consacré sa thèse, soutenue à Paris, à la constitution et à l’évolution du discours américain sur le terrorisme. Un discours à l’élaboration duquel le régime sioniste et ses agents n’est pas étranger.

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Rémi Brulin

La thèse de doctorat de Rémi Brulin est téléchargeable. Elle est en français puisqu’elle a été soutenue en France et que Rémi Brulin est français. Le texte de ce chercheur que je vous propose ici n’est disponible qu’en anglais. Peut-être M. Brulin en donnera-t-il une version en français. En attendant, il faudra se contenter de ma traduction de cet article où Brulin illustre sa thèse en prenant l’exemple de l’entité sioniste.

Une thèse dont la validité vient encore d’être démontrée par les propos de Simona Frankel, l’ambassadrice de l’entité sioniste en Belgique pour qui « tous les palestiniens abattus par balle étaient des terroristes, y compris les 8 enfants« .   (Notez que la RTBF titre « propos musclés » là où nous sommes devant des propos abjects).

La remarquable occultation de la campagne israélienne d’attentats à la voiture piégée au Liban ou : Ce dont nous (ne) parlons (pas) quand nous parlons de terrorisme

Par Rémi Brulin, MondoWeiss (USA) 7 mai 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le ministre de la défense Ariel Sharon et le chef d’état-major sioniste Raphael Eitan au Liban en 1982

« Avec le soutien de Sharon, des choses terribles ont été faites. Je ne suis pas végétarien et j’ai soutenu et même participé à certaines des opérations d’assassinat réalisées par Israël. Mais nous parlons ici de meurtres de masse dans le but de tuer, de semer le chaos et l’alarme chez les civils aussi. Depuis quand envoyons nous des ânes chargés d’explosifs pour qu’ils explosent sur des marchés ? »

– Un agent du Mossad, cité dans Rise and Kill First de Ronen Bergman: L’histoire secrète des assassinats ciblés d’Israël

Le 29 août 1982, Ariel Sharon s’est invité dans les pages d’opinion du New York Times pour démontrer que la «réalisation la plus immédiate» d’Israël après son invasion du Liban avait été la «défaite écrasante» de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Le ministre israélien de la Défense expliquait que les roquettes Katioucha tirées depuis « des sanctuaires terroristes du Liban » avaient cessé de pleuvoir sur les villages israéliens, et les soldats israéliens avaient été accueillis en libérateurs pour avoir expulsé les terroristes qui violaient et pillaient. Le « royaume de terreur » établi par l’organisation de Yasser Arafat sur le sol libanais « n’était plus ». « Cela a été le cas », insistait Sharon, « malgré les pertes qui ont inévitablement résulté du combat contre les terroristes de l’OLP qui utilisaient des civils comme boucliers humain » et qui stockaient délibérément leurs armes et leurs munitions au milieu des immeubles d’habitation, des écoles, des camps de réfugiés et des hôpitaux. « 

En fait, ajoutait le ministre de la défense, «aucune armée dans l’histoire de la guerre moderne n’a jamais pris autant de précautions pour éviter les pertes civiles que l’armée israélienne.» Une expression hébraïque, «tohar haneshek», exprimait parfaitement cette idée, ajoutait le ministre de la Défense. Cela signifie « la conduite morale de la guerre » et tous les Israéliens étaient « fiers que nos soldats se conforment scrupuleusement cette doctrine juive ». Ils avaient averti les civils qu’ils venaient malgré les « coûts élevés » pour eux-mêmes, avaient attaqué « seulement des positions reconnues au préalable de l’OLP » et bombardé « des bâtiments seulement quand ils servaient d’abris à l’OLP.  »  » Cette politique « , concluait Sharon, » contraste de manière frappante avec la pratique de l’OLP qui consiste à attaquer seulement des cibles civiles. »

1979-1984 : Des responsables israéliens lancent une énorme campagne de relations publiques dénonçant le fléau du «terrorisme» ...

La tribune libre d’Ariel Sharon est parue alors qu’Israël menait une offensive de relations publiques délibérée et finalement remarquablement réussie visant à influencer le discours américain naissant sur le «terrorisme» d’une manière qui coïnciderait avec ses propres intérêts.

La tribune libre d’Ariel Sharon fut publiée alors qu’Israël entreprenait une offensive de relations publiques délibérée au succès en définitive remarquable dans le but d’influencer le discours américain naissant sur le terrorisme d’une manière conforme à ses propres intérêts.

En juillet 1979, à Jérusalem, une importante conférence sur le « terrorisme international » avait été organisée par le Jonathan Institute, une organisation intimement liée au gouvernement israélien et baptisée du nom de Jonathan Netanyahou, tué pendant un fameux raid des forces spéciales israéliennes à Entebbe (aéroport de la capitale de l’Ouganda, NdT)

Benzion Netanyahou, historien du judaïsme et ancien secrétaire particulier de Ze’ev Jabotinsky, était un des principaux acteurs derrière la création de l’institut et il prononça la déclaration inaugurale de la conférence. Cet événement, avait-t-il expliqué, a annonçait le début d’un « nouveau processus – le processus de ralliement des démocraties du monde à la lutte contre le terrorisme et les dangers qu’il représente ». « Contre le front international du terrorisme, » avait soutenu le père de Jonathan et Benjamin, «nous devons construire un front international de la liberté – celui de l’opinion publique organisée qui poussera les gouvernements à agir».

Les orateurs à la conférence de Jérusalem en 1979 représentaient un véritable Who’ who des dirigeants politiques, les universitaires et les commentateurs politiques conservateurs, principalement d’Israël et des États-Unis. L’un après l’autre, ils avaient insisté sur le fait que prendre position contre le «terrorisme» consistait à témoigner d’une «clarté morale» et que la «clarté morale» exigeait une clarté dans le langage. Le terme «terrorisme» devait donc être défini avec précision et il fallait faire en sorte d’empêcher les «terroristes» de «travestir le langage» en prétendant lutter pour la liberté.

Benzion Netanyahu avait ainsi condamné le « relativisme moral facile du « le terroriste de l’un est le combattant de la liberté d’un autre » et avait insisté sur le fait qu’il était » important d’établir d’emblée un cadre définitionnel clair, sans tenir compte des opinions politiques « . « Le terrorisme », avait-il expliqué, «est le meurtre délibéré et systématique de civils afin d’inspirer la peur.» Il est« au-delà de toute nuance et ergotage, un mal moral» qui « infecte non seulement ceux qui commettent de tels crimes, mais aussi ceux qui, par intention de nuire, ignorance ou simple refus de penser, les approuve. » Il était ensuite allé un peu plus loin, et avait insisté sur le fait que les moyens et les fins des » terroristes « étaient » indissolublement liés, et tous deux pointent dans une seule direction: l’horreur de la liberté et la détermination à détruire le mode de vie démocratique. « 

Pour sa part, le premier ministre Menahem Begin avait affirmé que l’OLP était « la plus vile des organisations armées depuis le temps des nazis ». La gravité de la menace « terroriste » posée par les Palestiniens et leurs alliés arabes était telle, avait-il soutenu. Qu’elle justifiait le recours préventif à la force militaire. « Que devrions-nous faire ? » avait demandé Begin. « Se contenter de représailles, attendre entre les attentats contre la population civile juive dans notre pays, en d’autres termes, condamner un nombre indéterminé de nos concitoyens à mourir ? » Non, avait-il répondu : « Nous les frappons et c’est l’autodéfense nationale la plus sublime, la plus légitime. « 

L’Institut avait organisé une deuxième conférence à Washington DC en juin 1984. Ses actes ont ensuite été rédigés par Benjamin Netanyahu et publiés sous le titre « Terrorisme : Comment l’Occident peut gagner ». Le livre avait recueilli des critiques élogieuses de la part de grands journaux américains, était réputé avoir été lu avec beaucoup d’intérêt par le président Reagan lui-même et avait obtenu un succès éditorial remarquable. Comme Netanyahu l’avait expliqué, la conférence de 1979 avait représenté «un tournant dans la compréhension du terrorisme international» et «aidé à attirer l’attention des cercles influents en Occident sur la véritable nature de la menace terroriste» car une « réponse internationale cohérente et unie » n’existait pas encore. « Promouvoir une telle politique unifiée et suggérer en quoi elle pourrait consister », concluait Netanyahou, avait été « l’objectif principal du deuxième rassemblement international de l’Institut Jonathan ».

Comme son père quelques années plus tôt, l’ambassadeur israélien auprès des Nations Unies avait insisté sur le fait que «le terrorisme est toujours injustifiable, indépendamment de ses objectifs déclarés ou réels», ajoutant que «les véritables objectifs des terroristes sont en pratique liés à leurs méthodes. « L’histoire nous a donné à plusieurs reprises un avertissement préalable », avait-il expliqué. Les gens qui «délibérément massacrent des femmes et des enfants n’ont pas en tête la libération», avait-il affirmé avec assurance avant d’ajouter : «Ce n’est pas seulement que les fins des terroristes ne justifient pas les moyens qu’ils choisissent. C’est que le choix des moyens indique ce que sont les vrais buts. Loin d’être des combattants de la liberté, les terroristes annoncent la tyrannie. « 

À la fin du premier mandat de Ronald Reagan, les élus américains en étaient venus à accepter et à adopter les principales affirmations et hypothèses qui, depuis des années, étaient au cœur du discours israélien sur le «terrorisme». Le «terroriste» est le non-gouvernement. Le terroriste est « l’Autre » non occidental. « Il » recourt à des moyens diaboliques et immoraux au service du mal et de fins immorales. En ce sens, «le terroriste» appartient au monde pré- ou non civilisé. En revanche, «nous» sommes opposés, condamnons et rejetons «tout terrorisme». «Nous» défendons la clarté morale et respectons profondément le caractère sacré de la vie des civils innocents. « Notre » fin, comme nos moyens, sont purs. « Nos » recours à la force sont légitimes et toujours défensifs. Ils interviennent en réponse à la «menace terroriste» ou en légitime défense et visent toujours à limiter les pertes de vies civiles.

La tribune libre d’Ariel Sharon représente l’une des illustrations les plus claires de la mesure dans laquelle un tel discours est de la pure idéologie.

…Tandis que plusieurs de ses plus hauts fonctionnaires sont occupés à diriger une campagne « terroriste » massive d’attentats à la voiture piégée au Liban

En effet, de 1979 à 1983, soit précisément la période située entre les conférences de Jérusalem et de Washington, de très hauts responsables israéliens ont mené une vaste campagne d’attentats à la voiture piégée qui a tué des centaines de Palestiniens et de Libanais, pour la plupart civils. En fait, au moment où sa tribune libre était publiée dans le New York Times, Sharon dirigeait personnellement cette opération «terroriste» depuis une année entière. Fait encore plus remarquable, l’un des objectifs de cette opération secrète était précisément d’inciter l’OLP à recourir au «terrorisme» afin de fournir à Israël une justification pour envahir le Liban.

 

Ronen Bergman

Ces assertions ne sont pas le produit d’un esprit enfiévré et conspirationniste. Une description détaillée de cette opération secrète par Ronen Bergman, un journaliste israélien très respecté, a été publiée par le New York Times Magazine le 23 janvier 2018. Cet article a été adapté de Rise and Kill First: L’histoire secrète des assassinats ciblés d’Israël, où est fourni un compte rendu beaucoup plus détaillé de l’opération, entièrement basé sur des entretiens avec des responsables israéliens impliqués ou au courant de l’opération à l’époque.

Comme l’explique Richard Jackson dans « Writing the War on Terrorism » (Écrire la guerre contre le terrorisme), un discours politique est une façon de parler qui cherche à donner un sens aux événements et aux expériences à partir d’un point de vue particulier. Analyser le discours sur le «terrorisme», affirme Jackson, implique «l’identification des règles guidant ce qui peut et ne peut pas être dit et de découvrir ce qui a été omis ainsi que ce qui a été inclus.» «Les silences d’un texte» ajoute-t-il « sont souvent aussi importants que ce qu’il dit. »

L’opération secrète d’attentats à la voiture piégée menée par les autorités israéliennes au Liban au début des années 1980 représente un exemple historique remarquable de tels «silences» et des «règles» qui sous-tendent le discours sur le «terrorisme» et confirme que certaines choses ne peuvent tout simplement pas être dites. « Certains faits ne sont tout simplement jamais mentionnés .Rise and Kill First a reçu des éloges de la part de la critique dans la presse américaine. Au cours des trois derniers mois, son auteur a participé à d’innombrables interviews avec les médias et a donné des conférences publiques très remarquées dans tout le pays. Et pourtant, dans ces revues critiques, ces entretiens et ces discussions publiques, cette opération secrète n’a pas été mentionnée une seule fois. En fait, la discussion publique qui a entouré la publication de Rise and Kill First a eu lieu comme si les révélations contenues dans ce livre n’avaient jamais été publiées.

Notre » opposition au « terrorisme » se base sur des principes et est absolue. « Nous » par définition ne recourons pas au « terrorisme ». Si et quand une preuve du contraire est présentée, la réaction est : le silence.

The New York Times Magazine: L’opération secrète d’Israël au Liban et la création du Front pour La libération du Liban des étrangers

Dans le New York Times Magazine, Ronen Bergman, chef correspondant pour les affaires militaires et du renseignement pour le journal israélien Yediot Ahronoth, décrit comment, le 22 avril 1979, une « unité terroriste » du Front de Libération de la Palestine débarqua sur la plage de Nahariya, une ville israélienne à quelques kilomètres au sud de la frontière avec le Liban. Ils firent irruption dans une maison et, au moment où la situation des otages était réglée, un père et deux de ses filles, âgés de quatre et deux ans, avaient été brutalement assassinés [Samir Kountar, alors âgé de 17 ans, faisait partie du commando. Il a toujours nié avoir tué une fillette. L’autre enfant décédé est morte accidentellement asphyxiée par sa mère qui l’enveloppait pour la protéger. Samir Kountar a été condamné à de la prison avant d’être libéré dans le cadre d’un échange par l’entité sioniste. Il a été tué par un bombardement de l’aviation sioniste sur la périphérie de Damas. NdT]

« Suite à l’atrocité de Nahariya », explique l’auteur, le général Rafael Eitan  » avait donné au commandant régional Avigdor Ben-Gal un ordre simple « Tuez-les tous », c’est-à-dire tous les membres de l’OLP et quiconque a un lien avec cette organisation au Liban. « Avec l’approbation d’Eitan, Ben-Gal avait choisi Meir Dagan, le » meilleur expert en opérations spéciales  » de l’armée israélienne et, écrit l’auteur, » tous trois mirent en place le Front pour la Libération du Liban des Etrangers « . Pour citer David Agmon, chef de l’état-major du Commandement de l’armée israélienne et l’un des rares hommes à avoir été au courant de l’opération, expliquant ainsi l’objectif de la création du Front: « Le but était de semer le chaos parmi les Palestiniens et les Syriens au Liban, sans laisser d’empreintes digitales israéliennes, pour leur donner l’impression d’être constamment attaqués et pour leur insuffler un sentiment d’insécurité. » Pour cela, Eitan, Ben-Gal et Dagan » *recrutèrent des locaux libanais, Druzes, Chrétiens et Musulmans chiites qui en voulaient aux Palestiniens et les voulaient hors du Liban « Entre 1979 et 1983, » le Front a tué des centaines de personnes « .

Dans cet article, Bergman ne donne pas de détails sur les méthodes utilisées pendant cette opération secrète. Il est également assez vague sur l’identité (des « gens ») de ses victimes.

Pour ceux qui sont bien informés sur le conflit au Liban, cependant, la référence au Front de Libération du Liban des Etrangers est extraordinairement significative car cette organisation était, au début des années 1980, tristement connue pour avoir revendiqué la responsabilité de dizaines d’attentats à la voiture piégée extrêmement violents et destructeurs visant les palestiniens et leurs alliés au Liban. Ces attentats ont été largement couverts par la presse américaine à l’époque. Le plus souvent, les journalistes américains présentaient le FLLE comme une « mystérieuse » ou « insaisissable organisation d’extrême droite ». Ils notaient parfois que les palestiniens et leurs alliés libanais avaient la conviction que cette organisation était purement fictive, une invention israélienne dans le but de cacher son rôle dans ces activités.

En ce qui concerne le livre lui-même, aucune connaissance préalable du conflit libanais n’est requise pour comprendre l’ampleur et la signification des révélations de Bergman.

Rise and Kill First : Récits de première main sur le rôle d’Israël dans la grande campagne d’attentats à la voiture (et à la bicyclette et à l’âne) piégé au Liban.

Très tôt, explique Bergman, l’opération a eu recours principalement à « des explosifs dissimulés dans des bidons d’huile ou des boîtes de conserves » fabriqués dans un atelier de métallerie du Kibboutz Mahanayim où résidait Ben-Gal. Les explosifs eux-mêmes venaient de l’unité de neutralisation des bombes de l’armée israélienne afin de « fortement minimiser les risques qu’un lien avec Israël soit révélé si les engins explosifs tombaient entre des mains ennemies. » « Nous y allions de nuit, » a déclaré Ben-Gal à Bergman, « Meir [Dagan] et moi et les autres gars, avec le chef du commandement du génie qui apportaient les explosifs, et nous remplissions ces petits bidons et branchions les détonateurs. »

Ces « petits bidons » étaient alors envoyés aux courriers dans de grands sacs à dos ou, s’ils étaient trop gros, sur des motocyclettes, des bicyclettes ou des ânes. » Comme le dit Bergman : « Bientôt des bombes commencèrent à exploser aux domiciles des collaborateurs de l’OLP au Sud Liban, tuant tous ceux qui s’y trouvaient, ainsi que dans des positions et des bureaux de l’OLP, surtout à Tyr, Saïda et dans les camps de réfugiés palestiniens autour de ces villes causant des dégâts et des pertes considérables.

L’opération avait été menée dans le plus grand secret, selon Bergman. Elle n’a jamais reçu l’approbation du gouvernement lui-même, et on n’a «aucun moyen de savoir» dans quelle mesure Ezer Weizman, le ministre de la Défense lors du lancement de l’opération, était au courant.

Malgré leurs efforts, Eitan, Ben-Gal et Dagan ont été incapables de garder leur opération complètement hermétique, amenant plusieurs officiers supérieurs d’AMAN (l’acronyme hébreu pour le Département du Renseignement de l’état-major général de l’armée israélienne) à freiner des quatre fers en objectant vigoureusement.

Le chef de la Division de la recherche d’AMAN, Amos Gilboa, a parlé à Bergman de ce qu’il a appelé une «lutte constante» entre l’AMAN et le Commandement du Nord. « Yanosh [Ben-Gal] nous a menti tout le temps. Nous n’avons cru aucun de leurs rapports « , a déclaré Gilboa. « Ce fut l’une des périodes les plus laides de l’histoire du pays ». Plus tard, AMAN a appris « par ses sources au Liban » les « attentats à la voiture et aux ânes piégés » mais, écrit Bergman, mais avait finalement décidé de laisser tomber.

Des réserves furent aussi exprimées par le vice-ministre de la Défense, Mordechai Zippori qui avait été informé d’une attaque qui avait eu lieu en avril 1980 et au cours de laquelle des femmes et des enfants avaient été tués suite à l’explosion d’une voiture piégée dans le sud du Liban. L’objectif était, selon Bergman, de frapper «le personnel de l’OLP». En juin, une réunion était convoquée dans le bureau de Begin, Zippori accusant Ben-Gal de «mener des actions non autorisées au Liban» et que «dans ces activités, des femmes et des enfants ont été tués. « Ce dernier avait répondu : » Inexact. Quatre ou cinq terroristes ont été tués. Qui circule au Liban dans une Mercedes à 2 heures du matin ? Seulement des terroristes. « 

Begin accepta l’assurance de Ben-Gal qu’il avait effectivement reçu la permission pour cette action et mit fin à la réunion. Selon Bergman, l’étendue des informations du Premier ministre sur ces activités est incertaine. A partir de ce moment-là, cependant, « les hauts gradés se rendirent compte qu’il était inutile de demander au Premier ministre de rectifier la situation. » La réunion de Tel Aviv marqua ainsi la fin de toute opposition interne à l’opération secrète menée par Eitan, Ben -Gal et Dagan, un développement fatidique car l’opération était sur le point d’entrer dans sa deuxième (et encore plus violente) étape suite à la nomination d’un nouveau ministre de la Défense.

Le 16 juillet 1981, des roquettes palestiniennes Katiouchas tuèrent trois civils israéliens dans le village de Kiryat Shmonah. Le lendemain, l’armée de l’air israélienne ripostait par un bombardement massif visant le siège de l’OLP au centre-ville de Beyrouth ainsi que plusieurs ponts vers Saïda, tuant entre 200 et 300 personnes, principalement des civils libanais, et en blessant plus de 800.

Philip Habib, envoyé spécial du président Ronald Reagan dans la région, négocia un cessez-le-feu par lequel l’OLP s’engageait à cesser toute attaque à l’intérieur d’Israël. Pour les dirigeants israéliens, un tel accord était inacceptable. L’OLP était une organisation «terroriste» et la décision américaine de considérer Arafat comme partenaire d’un cessez-le-feu était un véritable affront. En ce qui concerne les détails de l’accord, ils firent valoir que l’OLP devrait cesser toutes les attaques contre Israël et les intérêts israéliens, y compris les attaques menées dans les territoires occupés ou dans des endroits comme l’Europe. Comme le note Bergman, « le monde extérieur voyait les choses différemment, et Habib fit comprendre aux Israéliens que les Etats-Unis ne soutiendraient une incursion terrestre au Liban qu’en réponse à une provocation flagrante de l’OLP ».

Le 5 août 1981, Begin désigna Ariel Sharon pour le remplacer au poste de ministre de la Défense. Dans la dizaine de mois qui suivit, comme les historiens israéliens comme Zeev Schiff et Ehud Yaari, Benni Morris, Avi Shlaim ou Zeev Maoz l’ont depuis longtemps documenté, Israël se lança dans de nombreuses opérations militaires dans le but clair d’inciter les Palestiniens à réagir militairement, ce qu’Israël pourrait alors condamner comme une attaque «terroriste» justifiant une offensive majeure au Liban.

Août 1981 : Ariel Sharon devient ministre de la Défense et intensifie la campagne de d’attentats du FLLE pour pousser l’OLP à recourir au «terrorisme»

Rise and Kill First représente une contribution majeure à notre compréhension de ce moment historique, car il démontre, sur la base de témoignages directs de responsables israéliens impliqués dans l’opération, que la campagne d’attaques à la voiture piégée s’est intensifiée lorsque Sharon est devenu ministre de la Défense, devait être comprise précisément comme un élément de cette stratégie plus large de de provocation.

Immédiatement après avoir pris ses nouvelles fonctions, Sharon décida d’activer «le dispositif secret de Dagan dans le Commandement Nord». Il choisit Eitan comme «émissaire personnel» qui «surveillait les activités clandestines dans le Nord» et, explique Bergman, « à la mi-septembre 1981, des voitures piégées explosaient régulièrement dans les quartiers palestiniens de Beyrouth et dans d’autres villes libanaises. « 

L’auteur qui mentionne spécifiquement les attentats de Beyrouth et de Saïda au début du mois d’octobre observe qu’ ​​ »en décembre 1981 seulement, dix-huit bombes placées dans des voitures ou sur des motocyclettes, des bicyclettes ou des ânes avaient explosé près des bureaux de l’OLP ou de zones d’habitat palestinien. Faisant de nombreux tués » et il ajoute que « une organisation nouvelle et inconnue qui s’appelle le Front de Libération du Liban des Étrangers avait revendiqué la responsabilité de tous ces incidents. » Comme Bergman l’écrit : « Sharon espérait que ces opérations provoqueraient Arafat à attaquer Israël, qui pourrait alors répondre par l’invasion du Liban, ou au moins pousser l’OLP à riposter contre les Phalangistes, après quoi Israël serait en mesure d’accourir en grande force à la défense des chrétiens. « 

L’auteur ajoute des détails opérationnels remarquables. Au cours de cette étape de l’opération, les explosifs étaient «emballés dans des sacs de poudre à lessive Ariel» afin de ressembler à des «marchandises innocentes» lorsqu’ils franchissaient des barrages routiers. Des femmes étaient parfois enrôlées pour conduire « afin de réduire la probabilité que les voitures soient arrêtées sur le chemin de la zone cible.» « Les voitures elles-mêmes «avaient été développées dans le Special Operations Executive de l’armée israélienne (Maarach Ha-Mivtsaim Ha-Meyuchadim). Ces opérations impliquaient une première génération de drones aériens, utilisés pour observer lorsque les agents de Dagan conduisaient et garaient les voitures, puis pour déclencher à distance les dispositifs. Le FLLE avait également «commencé à attaquer des installations syriennes au Liban», ajoute M. Bergman, et même «revendiqué la responsabilité des opérations contre des unités de l’armée israélienne». Selon Dagan, le FLLE n’a jamais été derrière aucune attaque de ce genre mais « il en revendiquait pour se créer une crédibilité, comme s’il agissait contre toutes les forces étrangères au Liban. »

La presse américaine et sa couverture à l’époque des attentats à la voiture piégée du FLLE

Tout en fournissant des détails remarquables sur le côté israélien de cette opération secrète, le récit de Bergman reste très vague en ce qui concerne les attentats eux-mêmes et, plus important encore, leurs victimes. Les reportages des médias de l’époque sur les attentats à la bombe à Beyrouth et à Saïda d’octobre 1981, auxquels il fait spécifiquement allusion, donnent une idée plus claire de la violence et des destructions infligés.

Le 1er octobre, une voiture « piégée avec une centaine de kilos de TNT et 75 litres d’essence » a explosé près des bureaux de l’OLP, dans ce qu’un journaliste de l’UPI a décrit comme « une rue animée dans l’ouest musulman de Beyrouth avec de nombreux vendeurs de fruits et légumes « La bombe » a arraché la façade des bâtiments, détruit 50 voitures et laissé la rue jonchée de débris et de corps démembrés. « Immédiatement après l’explosion, une deuxième bombe, pesant 150 kilos et qui avait été placée dans une autre voiture garée dans la même rue, a été retrouvée et désamorcée par des experts en déminage. Plus tard le même jour, « six autres voitures chargées de centaines de kilos d’explosifs ont été retrouvées et désamorcées à Beyrouth et à Saïda dans ce qui devait être un blitz dévastateur des terroristes de droite contre les Palestiniens et les miliciens libanais de gauche « .

Comme le rapportaient Barbara Slavin et Milt Freudenheim dans les pages du New York Times, un « appel anonyme » du FLLE avait déclaré aux « agences de presse étrangères que les attaques étaient dirigées contre des cibles palestiniennes et syriennes au Liban et continueraient » jusqu’à ce qu’il « ne reste aucun étranger. »  « Il poursuivait en ajoutant que Mahmoud Labadi, le porte-parole de l’Organisation de libération de la Palestine, et le Premier ministre libanais Chafik Wazzan » ont accusé Israël et ses alliés chrétiens au Liban d’avoir perpétré les attentats à la voiture piégée » tandis que « Israël attribuait les attentats à des luttes fratricides à l’intérieur de l’OLP. »

Olympia et Olympia 2 : deux opérations FLLE qui n’ont pas été exécutées

Arafat avait cependant compris la stratégie d’Israël et s’était assuré que les membres de l’OLP ne répondraient pas. Comme l’écrit l’historien israélien Benni Morris dans Righteous Victims, «l’OLP a pris grand soin de ne pas violer l’accord de juillet 1981.» «En effet, ajoute-t-il, malgré la propagande israélienne subséquente, la frontière connut entre juillet 1981 et juin 1982 une période de calme sans précédent depuis 1968. « 

Sharon perdait patience. Comme l’écrit Bergman, «face à cette retenue palestinienne, les dirigeants du front [le FLLE] décidèrent de monter d’un cran». En 1974, le Mossad avait décidé de retirer Arafat de sa liste de personnes recherchées, en concluant qu’il devait être considéré comme une personnalité politique et ne devrait donc pas être assassiné. Le ministre de la Défense remit le président de l’OLP sur la liste [des hommes à abattre] et, avec Ben-Gal et Eitan, il commença à planifier l’opération Olympia, dont ils espéraient qu’elle «changerait le cours de l’histoire du Moyen-Orient».

 

Selon le plan, plusieurs camions chargés d’environ deux tonnes d’explosifs devaient être stationnés près d’un théâtre de Beyrouth où les dirigeants de l’OLP prévoyaient de dîner en décembre. « Une explosion massive éliminerait toute la direction de l’OLP », écrit Bergman. L’idée fut abandonnée (Bergman ne donne aucune explication quant au pourquoi) et immédiatement remplacée par un schéma encore plus ambitieux (et potentiellement destructeur). Baptisé Olympia 2, il était prévu pour le 1er janvier 1982. La cible : un stade de Beyrouth où l’OLP prévoyait de fêter l’anniversaire de sa fondation.

Dix jours avant l’attaque, des agents recrutés par Dagan avaient disposé de grandes quantités d’explosifs sous l’estrade VIP où les dirigeants palestiniens devaient être assis, tous ayant des «dispositifs de détonation télécommandés». Ce n’était pas tout. «À l’une des bases de l’unité, à cinq kilomètres de la frontière, explique Bergman, trois véhicules – un camion chargé d’une tonne et demie d’explosifs et deux berlines Mercedes chargées de 200 kilos chacune – avaient été préparés. Le jour de la célébration [de l’anniversaire de la fondation de l’OLP], « trois membres chiites du Front pour la Libération du Liban des Etrangers », conduiraient ces véhicules et les gareraient à l’extérieur du stade. « Ils seraient actionnés par télécommande environ une minute après les explosifs placés sous l’estrade », écrit l’auteur, « quand la panique serait à son comble et que les gens qui auraient survécu essayeraient de s’enfuir », avant d’ajouter : La mort et la destruction devaient être d’une « ampleur sans précédent, même au niveau libanais, » selon les propres termes d’un haut gradé du Commandement Nord. »

Sharon, Dagan et Eitan furent incapables de garder leur opération entièrement secrète. La rumeur du plan parvint à Zippori, et le vice-ministre porta l’affaire devant Begin, qui convoqua une réunion d’urgence le 31 décembre, un jour avant la mise en œuvre d’Olympia 2. Eitan et Dagan furent invités à présenter leur plan, et Zippori eut l’occasion de faire valoir ses objections. Begin était le plus troublé par la possibilité que l’ambassadeur soviétique puisse être présent à l’événement [au stade avec l’OLP]. Dagan lui assura que « la probabilité était très faible que lui ou tout autre diplomate étranger soit là », tandis que Saguy soutenait que cette probabilité était élevée et que « si quelque chose lui arrivait, nous risquions une crise très grave avec l’URSS. « 

Sharon, Dagan et Eitan tentèrent de convaincre Begin qu’une telle opportunité de détruire la direction de l’OLP pourrait ne jamais se présenter à nouveau, mais, écrit Bergman, « le Premier ministre prenait au sérieux le risque d’une menace russe et leur ordonna d’annuler ». Saguy lui dira des années plus tard : « Mon devoir à la tête d’AMAN était de m’occuper non seulement des aspects opérationnels et militaires, mais aussi de l’aspect diplomatique. J’ai dit à Begin qu’il était impossible de tuer tout un stade comme ça. Et que se passerait-il le lendemain après un tel massacre ? Le monde entier nous tomberait dessus. Cela n’aurait fait aucune différence si nous avions refusé d’en reconnaître jamais la responsabilité. Tout le monde aurait su qui était derrière. « 

« Abou Nidal, Abou Shmidal » : Tentative d’assassinat de Shlomo Argov et invasion israélienne du Liban pour vaincre le « terrorisme »

Le 3 juin 1982, Shlomo Argov, l’ambassadeur d’Israël en Angleterre, était touché par des tirs d’armes à feu dans les rues de Londres. Il survivra à ses blessures, mais Sharon et Begin tenaient finalement leur prétexte pour envahir le Liban.

Pour les services de renseignement israéliens, il fut rapidement évident que le coup avait été ordonné par Abou Nidal, un ennemi juré d’Arafat dont les propres objectifs, la destruction de l’OLP, coïncidaient avec ceux d’Israël. Le cabinet israélien se réunit le lendemain matin et, comme plusieurs historiens israéliens l’ont documenté, ni Begin ni Eitan ne s’étaient montrés très intéressés par le fait que l’OLP n’était pas responsable de la tentative d’assassinat. Quand Gideon Machanaimi, le conseiller de Begin pour le terrorisme, a commencé à développer la nature de l’organisation Abou Nidal, son patron l’a tout simplement coupé : «Ils sont tous OLP !» Quelques minutes plus tôt, Eitan avait réagi de manière très similaire. Un officier du renseignement lui avait assuré que les hommes d’Abou Nidal étaient clairement derrière l’attaque : « Abou Nidal, Abou Shmidal », avait-il répondu, « nous devons frapper l’OLP ! »

Le gouvernement ordonna un bombardement aérien massif des positions de l’OLP dans et autour de Beyrouth, tuant 45 personnes. Cette fois, Arafat réagit et les agglomérations israéliennes le long de la frontière nord se retrouvèrent bientôt sous des tirs nourris d’artillerie. Le 5 juin, Sharon présenta son plan au Cabinet, Opération Paix en Galilée, un nom «conçu», comme l’écrit Bergman, «pour donner l’impression qu’il s’agissait d’une mission d’autoprotection effectuée presque à contrecœur».

Le jour suivant, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunissait pour discuter de l’opération militaire israélienne.

Le représentant israélien expliqua que si le Liban « refusait ou était incapable d’empêcher d’héberger, de former et de financer les terroristes de l’OLP » qui « opéraient ouvertement depuis le territoire libanais en vue de harceler Israël, les Israéliens et les Juifs dans le monde », alors Le pays devrait « s’apprêter à faire face au risque qu’Israël prenne les contre-mesures nécessaires pour arrêter de telles opérations terroristes ».

Les arguments d’Israël furent fermement rejetés par le Conseil de sécurité. Comme l’expliqua le représentant du Royaume-Uni, la tentative d’assassinat contre l’ambassadeur Argov, « aussi méprisable soit-elle, ne justifie en rien les attaques massives contre les villes et villages libanais par l’armée de l’air israélienne, attaques qui ont déjà causé d’importantes pertes humaines, de nombreux blessés et des destructions. »

Le Conseil de sécurité adopté immédiatement la résolution 509, qui exigeait qu’Israël retire ses forces du Liban et appelait toutes les parties à cesser les hostilités.

Les forces israéliennes continuèrent d’avancer et, le 8 juin, le Conseil de sécurité se réunit à nouveau. Un projet de résolution condamnant Israël pour son non-respect [de la résolution 509] et réitérant l’appel à toutes les parties à cesser les hostilités fut rapidement mis aux voix. Quatorze États membres votèrent pour, mais les États-Unis opposèrent leur veto à la résolution. Les troupes israéliennes continuaient leur marche vers Beyrouth.

Les attentats à la voiture piégée du FLLE et le « terrorisme »

Les reportages de presse contemporains des attentats à la bombe revendiqués par le FLLE entre 1980 et 1983 suggèrent que de telles attaques correspondent aux définitions les plus communément admises du «terrorisme», ainsi qu’à celle de la conférence de Jérusalem de 1979 : «Le terrorisme est le meurtre délibéré et systématique de civils afin d’inspirer la peur. « 

Une conclusion similaire peut être tirée de l’affirmation de Bergman selon laquelle d’innombrables bombes israéliennes ont explosé dans des «camps de réfugiés», des «quartiers palestiniens» ou des «concentrations de populations palestiniennes», suggérant des cibles purement civiles. Dans le texte de Rise and Kill First, Bergman n’utilise pas le terme «terrorisme» lorsqu’il se réfère à cette opération secrète. Cependant, dans une note de bas de page de son Prologue, l’auteur décrit le FLLE comme « une organisation terroriste qu’Israël a dirigée au Liban dans les années 1980-1983, et qui a attaqué à son tour de nombreux membres de l’OLP et des civils palestiniens ».

Pourtant, il est fort probable que, s’ils étaient encore en vie, Sharon, Ben-Gal, Dagan et Eitan rejetteraient l’idée que leur opération s’apparentait à du «terrorisme».

Eitan est décédé en 2004 et, comme le note Bergman dans son article du 23 janvier dans le New York Times, il n’a pas parlé avec lui de cette opération. L’auteur écrit cependant que Ben-Gal et Dagan «ont fermement nié que le front ait jamais eu l’intention de blesser des civils.» Alors que Ben-Gal l’assurait simplement que «les cibles étaient toujours des cibles militaires», Dagan soutenait pour sa part qu’il n’y avait pas d’alternative à l’utilisation d’une organisation écran et de faire mine de l’accuser pour tout attentat contre des civils. « Vous pouvez lui donner des explosifs et lui dire d’aller faire sauter un quartier général de l’OLP quelque part », a déclaré Dagan à l’auteur, « mais elle a ses propres comptes à régler, et maintenant il a aussi une bombe pour le faire. Il arrivait donc parfois que ça parte ailleurs. « 

Inutile de dire qu’un tel argument est difficile à concilier avec l’insistance du Premier ministre Begin, à la Conférence de Jérusalem de 1979, à affirmer que le «terrorisme» était «au-delà de toute subtilité de langage et chicane, un mal moral» qui infecte non seulement ceux qui commettent de tels crimes, mais ceux qui, par méchanceté, ignorance ou simple refus de penser, les admettent.

Cela contredit aussi complètement les arguments avancés par les responsables israéliens depuis les années 1960, chaque fois que le Conseil de sécurité discutait de l’utilisation de la force militaire par leur pays et, en particulier, ceux avancés par le représentant israélien à l’ONU le 6 juin 1982. Selon leur propre logique, la tentative de Dagan pour se soustraire à la responsabilité des actions des tiers exécutants, qu’il n’était pas simplement «réticent» ou «incapable» d’arrêter [dans leurs actions contre des civils] mais qu’au contraire il utilisait activement, entraînait et à qui il fournissait des voitures piégées, est manifestement absurde.

Enfin, comme le rapporte Bergman, Dagan est resté convaincu que l’opération Olympia 2 aurait dû être exécutée. «À la fin, bien sûr, il s’est avéré que j’avais raison», a déclaré Dagan à l’auteur, «et il n’y avait ni ambassadeur soviétique ni aucun autre diplomate étranger.» «Mais que pouvions-nous faire ?  » s’est-il lamenté. Le Premier ministre a dit d’abandonner, alors nous annulons. Par la suite, il y a eu une affaire très compliquée pour laquelle les explosifs sont ressortis. « 

Cette opération aurait dû être mise en œuvre par des Israéliens et des FLLE agissant ensemble pour faire exploser une bombe à retardement dans un stade bondé ainsi qu’un camion et deux voitures remplis d’explosifs placés à l’extérieur afin de cibler les survivants, provoquant la mort et la destruction dans des « proportions sans précédent » même selon les normes libanaises. Certes, les regrets de Dagan qu’une telle opération a finalement été annulée soulèvent d’importantes questions quant à la signification réelle des prétentions israéliennes répétées de « tohar haneshek », la « conduite morale de la guerre » saluée par Ariel Sharon (le cerveau derrière Olympia 2) dans sa tribune libre 1982.

Des déclarations faites à Bergman sous condition d’anonymat par deux officiers du Mossad confirment également que de nombreux attentats du FLLE relevaient en effet clairement du «terrorisme». Le premier est cité au tout début de cet article. Quant au deuxième, il expliqua à Bergman comment il « voyait de loin l’une des voitures exploser et démolir toute une rue », ajoutant : « Nous enseignions aux Libanais à quel point une voiture piégée pouvait être efficace. Tout ce que nous avons vu plus tard avec le Hezbollah découle de ce qu’ils ont vu après ces opérations. « 

Il est encore plus évident qu’il est difficile d’imaginer des élus israéliens ou américains, des commentateurs politiques ou des «experts du terrorisme» ne qualifiant pas (et ne condamnant pas) des attentats similaires de «terrorisme» s’ils avaient touché Israël (ou les États-Unis) et s’ils avaient été perpétrés par des Palestiniens ou d’autres acteurs régionaux. Après tout, à l’époque, les attentats à la voiture piégée contre les forces militaires israéliennes stationnées à Tyr et les Marines américains à Beyrouth ont été très clairement condamnés comme des actes de «terrorisme» inadmissibles par ces gouvernements. Enfin, onze et quinze attentats revendiqués par le Front pour la Libération du Liban des Etrangers entre 1980 et 1983 figurent respectivement dans les bases de données RAND et START, deux des bases de données sur le «terrorisme» les plus prestigieuses et les plus fiables.

L’occultation de la campagne d’attentats à la voiture piégée du FLLE et la construction du «terrorisme» au Liban : le rôle joué par la RAND Corporation et les experts du «terrorisme»

En fait, le FLLE était longuement évoqué dans une note d’avril 1983 sur les «tendances récentes du terrorisme international» produite par RAND et qui portait sur les attentats de 1980 et 1981.

Dans leur propos introductif, ses auteurs, Brian Michael Jenkins et Gail Bass, notaient qu’il y a eu 24 incidents avec de nombreux tués en 1980 et 25 en 1981, que le nombre de morts a fortement augmenté, passant de 159 en 1980 à 295 en 1981, et ils ajoutaient: « Une série d’attentats sanglants à Beyrouth a causé la plupart des morts. »

Dans la section suivante intitulée « Les Terroristes », Jenkins et Bass consacraient deux pages aux « terroristes palestiniens ». Ils notaient que ces derniers avaient « poursuivi leurs attaques contre Israël et des cibles israéliennes à l’étranger », que « de petits attentats à la bombe et des attaques à la grenade, faisant souvent des tués, constituaient l’essentiel de l’activité terroriste en Israël et dans les territoires occupés « et qu’entre 1980 et 1981 »,16 personnes sont mortes et 136 ont été blessées dans 19 attentats à la bombe, attaques à la grenade et embuscades. « 

Les auteurs consacraient ensuite une page au Front pour la Libération du Liban des Etrangers, une «nouvelle organisation mystérieuse» qui était «apparue en 1980 pour revendiquer une série d’attentats sanglants au Liban». Ils décrivaient ensuite en détail les attentats à la bombe qui avaient eu lieu entre le 17 septembre et le 1er octobre 1981 et fait 122 morts et des centaines de blessés. Ces attaques du FLLE représentaient ainsi à elles seules plus de 40% de tous les tués à cause du «terrorisme» dans le monde pendant toute l’année et 8 fois plus de morts que toutes les attaques des «terroristes palestiniens» des deux années précédentes.

Cependant, le fait que plusieurs attentats à la voiture piégée perpétrés par le FLLE soient recensés dans la base de données de la RAND Corporation et ont été discutés dans cette Note de 1983 ne signifie pas que ces actes terroristes ont eu un impact sur la façon dont les chercheurs RAND traiteraient par la suite du « terrorisme » dans leurs rapports sur le Liban ou le conflit entre Israël et les Palestiniens.

En effet, depuis la note d’avril 1983, aucun rapport ou analyse produit par RAND n’a plus mentionné le FLLE.

De plus, cet « acte d’occultation » de la campagne d’attentats à la voiture piégée par le FLLE coïncidait avec la publication de rapports et d’analyses qui s’empressaient, au milieu des années 1980, de situer l’invasion israélienne du Liban dans le contexte de la lutte générale contre le «terrorisme international» et assimilait clairement la «menace terroriste» au Liban et dans la région aux Palestiniens et à leurs alliés arabes. L’occultation du FLLE coïncidait ainsi avec la construction d’un récit qui dépeignait les Israéliens uniquement comme des victimes (et jamais des auteurs) du «terrorisme» et décrivait les Palestiniens (et leurs alliés arabes) comme l’essence même de la menace «terroriste».

De même, la campagne d’attentats à la voiture piégée du FLLE n’a jamais été évoquée dans les articles parus dans les principales revues consacrées au terrorisme, à savoir « Terrorism Studies » (publiée de 1979 à 1992), « Studies in Conflict and Terrorism » (pendant la période 1992-2018) et « Terrorism and Political Violence » (entre 1997 et 2018.)

Le débat public autour de Rise and Kill First : la persistance de l’occultation du FLLE et la poursuite de la construction du «terrorisme»

Suite à la publication de Rise and Kill First, Ronen Bergman a donné de grandes conférences publiques, notamment à la 92nd Street Y[ un important centre culturel de New York, NdT] et au Centre sur la Sécurité Nationale de l’Université Fordham (une conférence retransmise en direct sur C-Span.) Il est apparu sur NPR Fresh Air et dans l’émission Newshour sur PBS, il a été interviewé sur CBSN, MSNBC, CNN ainsi que dans GQ Magazine et sur le podcast de STRATFOR.

L’auteur a écrit un article d’opinion dans la National Review, un article de une pour Newsweek. Le magazine Foreign Policy a publié un long article adapté de son livre et l’a interviewé sur son podcast. Enfin, le livre a été présenté par la plupart des grands journaux du pays, du New York Times (deux fois, la deuxième revue critique accompagnée d’un podcast ) au Washington Post , à Newsweek , au Washington Times , à Bloomberg News ou au New Yorker , et par Lawfare, un blog très connu qui traite du droit et de la sécurité internationale. Il a également été mentionné et commenté dans le Guardian, le Times de Londres, The Independent et sur la BBC.

Le débat public autour de Rise and Kill First s’est concentré sur l’histoire, l’efficacité, la légalité et la moralité des soi-disant «assassinats ciblés» d’Israël ou du programme d’ «exécutions ciblées». Ce programme et toutes les utilisations israéliennes de la force, ont été discutés uniquement dans le cadre de la lutte de ce pays contre le « terrorisme ». Fait remarquable, et tout à fait révélateur, cette discussion s’est déroulée, dans son intégralité et sans exception aucune, comme si la campagne d’attentats du FLLE n’avait jamais eu lieu, comme si les Palestiniens n’avaient jamais été victimes d’une vaste campagne de « terrorisme », comme si cette campagne n’avait pas été dirigée par certains des plus hauts responsables israéliens des dernières décennies, c’est-à-dire comme si les révélations contenues dans Rise and Kill First n’avaient tout simplement jamais été publiées .

Dans toutes ces revues critiques, toutes ces interviews et discussions publiques, l’opération secrète mise en place par Eitan, Ben-Gal, Dagan et Sharon n’est pas mentionnée une seule fois. L’idée selon laquelle les responsables israéliens auraient pu se livrer au «terrorisme» au début des années 1980 a été considérée comme tout simplement déraisonnable ou, pour employer la terminologie de l’universitaire spécialiste des médias Daniel Hallin, comme une idée «déviante» qui «n’appartient pas» au discours public et doit donc en être exclue.

Ces revues critiques, entrevues et discussions publiques ne mentionnent pas une seule fois les pratiques israéliennes au Liban avant et pendant l’invasion. Quand on parle d’attentats à la voiture piégée, c’est uniquement dans le contexte de l’utilisation d’une telle tactique par Israël pour tuer une cible spécifique, jamais pour toucher des cibles civiles de manière non discriminée.

Les références aux «civils» mettent davantage en évidence les limites étroites dans lesquelles cette discussion publique est restée circonscrite. Quand les recours israéliens à la force sont discutés et parfois critiqués, c’est uniquement dans le contexte de la réponse d’Israël à la «menace terroriste». Quand des civils sont tués ou blessés, c’est toujours par inadvertance, et les responsables israéliens sont présentés comme s’interrogeant sur la moralité et éthique de telles actions.

En effet, il est souvent fait référence à des cas précis où des officiers israéliens ont courageusement tenu tête à leurs supérieurs et refusé de suivre des ordres qui auraient mis en danger la vie de civils innocents. Par exemple, le refus du commandant de la force aérienne David Ivri d’obéir aux ordres d’abattre un avion transportant Yasser Arafat ou la décision d’Uzi Dayan de modifier les rapports de renseignements pour s’assurer que les frappes aériennes de l’armée israélienne sur Beyrouth pour tuer Arafat ne seraient pas exécutés si les risques pour la vie des civils étaient trop élevés, ont été discutés et décrits à de nombreuses reprises depuis la publication de Rise and Kill First .

Ces récits multiples, souvent extraordinairement détaillés et vivants, d’opérations ordonnées par Eitan ou Sharon et qui auraient pu tuer de nombreux civils, mais qui ne tuèrent personne grâce à la bravoure d’autres officiers israéliens, ont donc été présentés dans un contexte où une campagne d’attentats à la bombe dirigés par ces mêmes responsables israéliens qui ont tué des centaines de civils a été purement et simplement effacée du dossier .

Dans leur livre de 1988 sur la propagande et les médias d’information, « Manufacturing Consent » (la fabrication du consentement), Edward Herman et Noam Chomsky montrent comment la presse tend à traiter de manières très différentes les victimes «dignes» et «indignes». « Notre hypothèse, » écrivent-ils dans l’introduction, « est que les victimes dignes d’attention figureront en bonne place et de façon dramatisée, qu’elles seront humanisées et que leur victimisation recevra des précisions et des éléments de contexte dans la construction du récit qui susciteront l’intérêt et la sympathie chez le lecteur . « En revanche », ajoutent-ils, « des victimes indignes d’intérêt ne mériteront que de légers détails, une humanisation minimale et d’éléments de contexte minimaux qui l’excitera et le mettra en colère ».

Le débat public autour de Rise and Kill First suit parfaitement ce script, à une variation près. Les civils palestiniens qui ont été victimes de la campagne d’attentats à la voiture piégée perpétrée par Sharon et d’autres ont été traités comme des « victimes indignes ». Leur sort a été complètement oublié et l’existence même de l’opération secrète dont ils ont été victimes a été totalement effacée.  Les Palestiniens qui auraient pu être victimes d’opérations spécifiques ordonnées par Sharon et d’autres, mais qui n’ont pas été réalisées grâce à des officiers israéliens courageux et motivés, ont été traités comme des « victimes dignes » ou « potentiellement » dignes. Leur survie a été mentionnée et saluée, les officiers qui les ont «sauvés» ont à maintes reprises été loués pour leur héroïsme, leurs efforts pour s’assurer que de telles opérations ne soient pas mises en œuvre sont décrits dans les moindres détails.

Enfin, une analyse non scientifique des communications sur Twitter faisant référence au livre de Bergman au cours des derniers mois montre que de nombreux «experts du terrorisme» ont loué Rise and Kill First tout en gardant le silence sur les révélations concernant la campagne FLLE. Par exemple Bruce Hoffman (qui, en 1984 et 1985, avait rédigé les rapports de RAND Corporation indique qui occultaient complètement l’existence des attentats du FLLE tout en se concentrant sur la mesure dans laquelle l’invasion israélienne avait «déstabilisé» l’infrastructure des « organisations terroristes » palestiniennes au Liban) a simplement twitté le 19 février :

Parmi les livres les plus importants écrits sur le terrorisme. J’ai passé presque tout le long week-end de vacances complètement absorbé dans ce livre superbe. À lire absolument.

Illustrant à merveille le processus d’inclusion (des actes qui donnent une image positive des politiques israéliennes envers les civils) et d’exclusion (des actes qui ne n’en donnent pas une image positive) décrits ci-dessus, Max Boot, membre du Council on Foreign Relations et chroniqueur au Washington Post, a publié un lien vers l’article du New York Times sur Bergman et écrit :

C’est une bonne nouvelle pour Israël. Il [le livre] montre comment l’armée israélienne a résisté à plusieurs reprises aux pressions des civils, notamment de la part d’Ariel Sharon, pour tuer Arafat par craintes de causer des victimes civiles. Il montre que Tsahal respecte les lois de la guerre.

Thomas Friedman, qui à l’époque a couvert plusieurs attentats à la bombe du FLLE en première page du New York Times, n’a encore rien écrit sur les révélations de Bergman.

Effacer les récits alternatifs

Au cœur du processus complexe, et fondamentalement politique, par lequel le «terrorisme» a acquis son sens très spécifique, étroitement délimité, a été l’effacement d’une multiplicité de récits alternatifs sur le «terrorisme» et, spécifiquement, sur l’identité de ses auteurs et des victimes. Au fil des années, voire des décennies, l’occultation complète de la campagne d’attentats du FLLE a permis la construction des seuls Palestiniens (et de leurs alliés arabes) comme auteurs, et jamais victimes, du «terrorisme». Inversement, ce silence a permis la construction des Israéliens en tant que victimes uniquement, et jamais auteurs, du « terrorisme ».

Des actions qui sont manifestement du «terrorisme» (attentats à la voiture piégée), des actions qui le sont de manière moins évidente

Dans le domaine du terrorisme et du droit humanitaire, le professeur de droit international Christopher Greenwood a proposé que le «terrorisme» pourrait être «divisé en un noyau interne et une région extérieure».

Dans le «noyau dur», on trouve «toute description du terrorisme comme acte de violence considéré comme terroriste en raison des objectifs choisis (civils, ressortissants d’États non directement impliqués ou enfants) ou des méthodes employées (comme le meurtre).» Ces descriptions du« terrorisme »ont toutes une caractéristique importante : « elles impliqueraient des violations des lois de la guerre si elles étaient exécutées par les forces armées d’un État en situation de guerre.» Ces actes sont donc« intrinsèquement contraires au droit international ».

La difficulté cependant, expliquait-il, est que « peu de descriptions du terrorisme s’arrêtent à ce noyau dur. » « Beaucoup de commentateurs et la plupart des politiciens, » écrivait-il en 1989, « appliquent l’étiquette » terroriste  » à une série d’actes qui ne seraient pas contraires au droit international s’ils étaient perpétrés par les forces armées d’un État engagé dans un conflit armé « , par exemple des attaques contre des cibles militaires. Lorsque des actes appartenant à cette catégorie sont qualifiés et dénoncés comme étant du «terrorisme», poursuit-il, ce n’est pas «à cause d’une certaine iniquité inhérente à l’acte mais plutôt à cause de l’identité de l’auteur, du statut du groupe auquel il appartient ou de la fin qu’il cherche à atteindre. « Il existe, ce n’est pas une surprise, » un désaccord considérable sur quels actes de cette catégorie extérieure sont correctement décrits comme terroristes. « 

L’attaque de Nahariya de 1979 mentionnée par Bergman dans l’article du New York Times était sans aucun doute un acte de «terrorisme» qui appartient à ce «noyau dur», comme ce fut le cas d’innombrables autres attaques contre Israël au cours des décennies. En revanche, les attaques contre le quartier général israélien à Tyr ou les marines américains à Beyrouth appartiendraient probablement au «noyau extérieur» et leur présentation (et dénonciation) comme «terroristes » prête à controverse.

Contrairement aux affirmations répétées des dirigeants israéliens (et américains) à l’époque, il n’y a rien de simple et d’évident à propos du «terrorisme» dans le contexte d’un conflit aussi extraordinairement complexe que le conflit libanais au début des années 1980. Les gens de toutes les parties pouvaient (et ont fait) valoir qu’ils étaient les victimes d’actes qui appartenaient au «noyau externe» ou au «noyau interne» décrit par Greenwood, c’est-à-dire des victimes du «terrorisme».

Pour utiliser un (célèbre) exemple, les Palestiniens soutiennent que le massacre commis à Sabra et Chatila par des phalangistes chrétiens alliés d’Israël était un exemple clair de « terrorisme ». Si nous prenons au sérieux la définition du « terrorisme » par Benzion Netanyahou, massacres systématiques de civils afin d’inspirer la peur », il semble difficile d’être en désaccord avec eux. Si nous acceptons sa logique sur le « mal moral » du « terrorisme » « infectant » non seulement ceux qui commettent de tels actes mais aussi « ceux qui, par méchanceté, ignorance ou simple refus de penser, les acceptent », il est difficile d’être en désaccord avec les Palestiniens qui voient Ariel Sharon (qui, selon la Commission Kahane, a «la responsabilité personnelle» de ce qui s’est passé dans les camps) comme le responsable de cet horrible acte de «terrorisme».

La discussion sur le « terrorisme » pourrait bien entendu être étendue aux tirs indiscriminés d’artillerie et aux bombardements aériens aveugles par les forces militaires israéliennes, pratiques que d’innombrables pays ont maintes fois qualifiées, chaque fois qu’un tel sujet était débattu aux Nations Unies, de « terrorisme » ou «terrorisme d’État». Depuis 1972, il convient de noter que les États-Unis ont à plusieurs reprises opposé leur veto ou menacé d’opposer leur veto à toute résolution qui utiliserait la terminologie du «terrorisme» pour désigner et condamner les utilisations de la force par Israël.

Cependant, cet article se concentre uniquement sur la campagne d’attentats à la voitures piégée du FLLE, précisément parce que les attentats aveugles à la voiture piégée font indiscutablement partie du «noyau dur» de Greenwood, c’est-à-dire à un type de pratiques que tout le monde reconnaît comme étant « terroristes ». C’est précisément pour cette raison, à savoir qu’on ne peut nier que ces attentats étaient un «terrorisme», que le silence absolu sur les révélations de Bergman est si révélateur et troublant.

La construction du «Terrorisme essentialisé» et l’échec de la guerre (extraordinairement violente) contre le «Terrorisme»

En 1986, Edward Saïd a écrit une critique cinglante de « Terrorism : How the West Can Win » de Benjamin Netanyahou, un texte qui reste à ce jour l’une des analyses les plus puissantes du discours émergent sur le «terrorisme».

Dans ce texte intitulé « Le terroriste par essence », Saïd explique comment une caractéristique centrale de ce discours, déjà, était « sa sélectivité » : «  » Nous « ne sommes jamais des terroristes, peu importe ce que nous avons pu faire », écrit-il. « Ils » le sont toujours et le seront toujours « . Le principal objectif de ce discours était » d’extraire son ennemi de la temporalité, de la causalité, de l’action préalable, et de le représenter ainsi ontologiquement et gratuitement intéressé à semer le chaos dans son propre intérêt. En effet, ajoutait-il, « si vous pouvez montrer que les Libyens, les Musulmans, les Palestiniens et les Arabes, en général, n’ont pas de réalité autre que ce qui confirme tautologiquement leur essence terroriste en tant que Libyens, Musulmans, Palestiniens et Arabes ». Il devient possible de «continuer à les attaquer eux et leurs états« terroristes »en général, et éviter toute question sur votre propre comportement ou sur votre rôle dans leur situation actuelle.

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington DC, le président George W. Bush avait demandé : «Pourquoi nous haïssent-ils?» Et il avait répondu qu’ils «détestent» notre démocratie et nos libertés. Un objectif important, voire central, du discours sur le «terrorisme» a été d’exclure toute autre réponse à cette question, notamment les réponses qui iraient, du moins en partie, dans le sens de mettre en cause «nos» politiques passées et présentes.

As’ad Abou Khalil, un libano-américain qui enseigne à la California State University, anime un blog intitulé The Angry Arab News Service. Sa réaction à la publication de l’article de Bergman dans le New York Times a été citée sur MondoWeiss. Elle représente, à ce jour, la seule référence au FLLE à avoir été publiée n’importe où depuis que Rise and Kill First est arrivé en librairie. Né à Tyr et ayant grandi à Beyrouth, Abou Khalil a vécu ces attentats aux premières loges. Son témoignage, et ce qu’il dit de la réalité de la violence politique dans notre monde, est précisément de ceux qui, plus de trois décennies plus tard, continuent d’être systématiquement effacés et cachés :

L’article dit en passant que « des centaines de personnes ont été tuées » par [le Front pour la Libération du Liban des Etrangers créé par Israël]. Mais voilà ce qu’ils ne vous disent pas : ce front était spécialisé dans les attentats à la voiture piégée dans les quartiers populeux. Ils plaçaient des voitures piégées à Beyrouth-Ouest à des fins de pure terreur. J’estime que le nombre de victimes innocentes tuées par ce groupe était de l’ordre de milliers et non de centaines. Ce sont des actions d’Israël que beaucoup d’Arabes libanais et non-libanais n’oublieront pas. Elles font partie des crimes de guerre dont les Arabes tiennent Israël responsable, en plus de l’occupation illégale de la Palestine – toute la Palestine.

Dans The Nation, Edward Saïd posait la question de façon poignante (et prophétique) : « Sommes-nous si sûrs de l’inconséquence de millions de vies arabes et musulmanes dont nous supposons que c’est une affaire banale ou sans importance quand ils meurent, soit de nos mains, soit de nos alliés judéo-chrétiens préférés? Croyons-nous vraiment que les Arabes et les musulmans ont le terrorisme dans leurs gènes ? « Plus de trois décennies plus tard, les mêmes politiques extraordinairement violentes dans la soi-disant lutte contre le » terrorisme « ont été mises en œuvre et ont lamentablement échoué. Une discussion sérieuse et honnête sur la réalité de la violence politique dans notre monde, passé, présent et à venir, est plus qu’urgente.

Donald Trump, l’accord sur le nucléaire iranien et l’argent

6 mai 2018

On saura bientôt, le 12 mai en principe, si Donald Trump dénonce l’accord sur le nucléaire iranien qui engage les Etats Unis mais aussi la Chine, la Russie, le Royaume Uni, l’Allemagne, la France et l’Union Européenne. Un accord multilatéral donc, dont la dénonciation unilatérale décrédibiliserait les Etats Unis.

A moins évidemment que les autres puissances occidentales finissent par se rallier à leur parrain étatsunien en dénonçant à leur tour l’accord. Les signaux envoyés pour l’instant sont mitigés puisque le président français Emmanuel Macron, chargé de porter la voix de l’UE en plus de celle de la France lors de sa dernière visite à Washington a quand même parlé de discuter d’un nouvel accord, une proposition qui a fâché tout net le gouvernement iranien.  

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Signé le 14 juillet 2015, l’accord sur le nucléaire iranien n’engage pas que les Etats Unis

Un des arguments avancés par le président Donald Trump pour critiquer l’accord avec l’Iran consiste à insister sur les dépenses occasionnées aux finances américaines avec plus de 150 milliards de dollars qui seraient passés des caisses du Trésor fédéral à celles du trésor public iranien.

Un argument de poids pour un homme d’affaires comme Donald Trump.

Et aussi pour ceux qui soutiennent le régime sioniste et rêvent de faire de l‘Iran une république bananière à défaut de vitrifier ce pays. Ces gens sont évidemment peu scupuleux du droit, à la différence des Iraniens comme on le constatera encore dans cette affaire.

Ce sont ces gens sans scrupules qui sont en réalité à la manœuvre dans les couloirs de la Maison Blanche où Trump est désormais leur prisonnier en dépit de quelques manifestations de volonté propre comme quand il a désavoué Nikki Haley, sa représentante à l’ONU qui avait annoncé un nouveau train de sanctions contre la Russie.

Nikki Haley a cependant entrepris de faire payer au président l’outrage subi.

Vérification des faits par AP : l’histoire souvent racontée par Trump des paiements à l’Iran effectués par les Etats Unis

Associated Press (USA) 24, avril 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Washington – Le président Donald Trump aime à raconter que les Etats-Unis ont versé des milliards de dollars à l’Iran dans le cadre de l’accord multilatéral qui gèle son programme nucléaire et assouplit les sanctions contre ce pays. Ce qu’il ne dit pas, c’est que la plus grande partie de cet argent appartenait à l’Iran. Le reste se rapporte à une vieille dette que les États-Unis avaient envers l’Iran.

Les chiffres et quelques détails changent dans son récit – qui remonte à la campagne électorale de 2016 – mais la chute est toujours le même : l’administration Obama a été bernée pour donner à l’Iran tout cet argent, dont une partie versée en cachette en énormes sommes d’argent liquide.

La dernière itération de cette affirmation mardi dernier et la réalité qui est derrière elle :

TRUMP: « L’accord avec l’Iran est une affaire terrible. Nous avons payé 150 milliards de dollars. Nous avons donné 1,8 milliard de dollars en liquide, de l’argent, des barils d’argent. C’est insensé. C’est ridicule.  Cet accord n’aurait jamais dû être. Mais nous allons en parler.  » – propos tenus avant une rencontre avec le président français Emmanuel Macron. Lors d’une conférence de presse mardi, il a parlé de « leur donner, à l’Iran, 150 milliards de dollars à un moment donné »

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LES FAITS: Il n’y a pas eu de versement de 150 milliards de dollars de la part du Trésor américain. L’argent dont il parle consiste en des avoirs iraniens détenus à l’étranger qui avaient été gelés jusqu’à ce que l’accord soit conclu et Téhéran a alors été autorisé à accéder à ses fonds.

Le versement d’environ 1,8 milliard de dollars est une question distincte. La chose remonte aux années 1970, lorsque l’Iran avait payé 400 millions de dollars aux Etats Unis pour du matériel militaire qui n’a jamais été livré parce que le régime [impérial] avait été renversé et que les relations diplomatiques avaient été rompues.

C e qui avait laissé des gens, des entreprises et les gouvernements de chaque pays endettés à des partenaires dans l’autre, et il a fallu des dizaines d’années de tribunaux et d’arbitrages pour traiter des réclamations complexes. Pour sa part, l’Iran a versé plus de 2,5 milliards de dollars à des citoyens et des entreprises américains.

Le lendemain de la mise en œuvre de l’accord nucléaire, les États-Unis et l’Iran ont annoncé qu’ils avaient réglé la réclamation relative à la commande d’équipement militaire des années 1970, les États-Unis acceptant de payer 400 millions de dollars avec environ 1,3 milliard de dollars d’intérêts. Les 400 millions de dollars ont été versés en espèces et transportés à Téhéran à bord d’un avion-cargo, ce qui a donné lieu aux récits spectaculaires de Trump sur l’argent contenu dans des barils ou des caisses et livré en pleine nuit. L’arrangement prévoyait un paiement ultérieur des intérêts, autrement qu’entassés dans des conteneurs.


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