L’incursion de l’armée turque en Syrie, un témoignage des bonnes relations de la Turquie avec l’Etat Islamique (Daesh)

février 22, 2015

La presse se fait l’écho de la récente opération de l’armée turque pour évacuer des soldats qui se retrouvaient encerclés par l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, Daesh) dans le mausolée où est inhumé un ancien chef militaire seldjoukide, grand-père du fondateur de la dynastie ottomane.

L'armé turque a démoli le mausolée après avoir retiré la dépouille de Süleyman Chah

L’armée turque a démoli le mausolée après avoir retiré la dépouille de Süleyman Chah

Ce qui est étonnant, et que la presse ne semble pas relever, c’est que les forces turques aient pu pénétrer en plein territoire contrôlé par l’EIIL sans rencontrer aucune opposition.

On dira que le déploiement de forces était plutôt dissuasif ; plus de 80 véhicules blindés en tout et près de 700 soldats.

Mais cette dissuasion était-elle vraiment destinée à calmer les ardeurs des miliciens de l’EIIL ?

Non, si on en croit Elijah Magnier, cité dans l’article ci-dessous par le blogueur Moon of Alabama, Pour Magnier, l’entrée de l’armée turque s’est faite avec le plein accord de l’EIIL qui a laissé libre passage, Le convoi turc est d’ailleurs passé par un poste frontière tenu par les miliciens de Daesh dont le drapeau flottait tout à fait « normalement ».

NB : Elijah Magnier est le correspondant de guerre du journal jordanien Al RAI.

Alors qui était visé par ce déploiement de force ?

La réponse se trouve dans la nature des équipements mis en œuvre par l’armée turque avec en particulier la mobilisation d’avions radars dont le rôle est de détecter la présence d’aéronefs hostiles et de guider les avions amis sur un théâtre de combat aérien.

La seule force hostile qui aurait pu déployer des aéronefs, avions ou hélicoptères, est bien entendu l’armée syrienne, pas Daesh.

Quel prix la Turquie a-t-elle dû payer pour libérer les otages de l’Etat Islamique au mausolée du Chah ?

Moon of Alabama 22 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

La nuit dernière, environ 700 soldats turcs lourdement armés ont pénétré en Syrie et ont évacué quelque 40 de leurs camarades. Ces derniers veillaient sur la tombe de Süleyman Chah, un chef militaire de l’émir seldjoukide du 12ème siècle.

Situation du mausolée de Süleyman Chah

Situation du mausolée de Süleyman Chah

L’emplacement de la tombe était considéré comme une enclave turque depuis un accord passé en 1921 avec l’administration coloniale française du Levant :

Pendant l’opération qui a été lancée dans la nuit du 21 février, des avions radars (AWACS), des hélicoptères militaires et des drones étaient mobilisés tandis que 39 tanks et 57 véhicules blindés traversaient la frontière avec des équipes de soutien des forces spéciales turques. Les vidéos en direct ainsi que d’autres informations obtenues sur place étaient traitées dans une salle d’opérations au siège de l’état-major.

Sans avoir à s’engager dans des combats, les troupes turques ont quitté la Syrie dans la matinée du 22 février après avoir fait exploser le mausolée pour éviter qu’il serve de base aux militants de l’EIIL.

Davutoğlu a annoncé dans une série de tweets le 22 février que le contenu du mausolée avait été « temporairement » emmené en Turquie et que l’armée turque « prenait le contrôle d’une zone dans la région d’Ashma en Syrie, en hissant nos couleurs, où Süleyman Chah sera transféré plus tard. »

Alors, la Turquie veut voler plus de territoire syrien près de sa frontière pour y déposer les restes du Chah. Pourquoi devrait-ce être considéré comme quelque chose de légal ?

Mais revenons aux raisons de l’évacuation. Les soldats chargés de la tombe, à seulement 40 kilomètres de la frontière turque, étaient encerclés par des combattants de l’Etat Islamique. En temps normal, la garde était relevée touts les trois ou quatre semaines, mais les soldats turcs qui viennent d’être évacués étaient sur place depuis 11 mois. Ils étaient en pratique des otages de l’Etat Islamique. Alors pourquoi l’Etat Islamique les a-t-il laissés partir ?

Il est très peu probable que l’opération turque n’ait pas été connue de l’Etat Islamique. La Turquie a mis en œuvre près de 100 véhicules blindés. Avec des combattants de l’Etat Islamique présents dans tout le sud de la Turquie, la concentration de cette force près de la frontière ne sera pas passée inaperçue. Deux jours auparavant, la Turquie avait informé de l’opération le YPG kurde qui combat l’Etat Islamique dans le secteur. Quand les troupes sont entrées en Syrie, elles ont été filmées passant près d’un grand drapeau de l’Etat Islamique au poste frontière.

L’Etat Islamique n’aime pas les tombeaux. Il a démoli des centaines de tombeaux historiques dans les zones qu’il contrôle en Syrie et en Irak. Il n’a pas touché à la tombe de Süleyman Chah mais a gardé les troupes qui la surveillaient sous son contrôle. L’Etat Islamique devait savoir que les Turcs venaient pour évacuer les soldats et la dépouille mais il n’a rien fait pour s’y opposer, Comment est-ce possible ?

Comme l’observe Elijah Magnier (correspondant de guerre d’ Al Raï, journal jordanien)

Nous pouvons l’affirmer avec force : L’organisation « Etat Islamique » a autorisé une armée membre de l’OTAN à entrer dans son territoire et lui a donné libre passage.

En effet. Ce qui m’amène à cette question :

Qu’est-ce que la Turquie a donné à l’Etat Islamique pour obtenir la libération des otages du mausolée de Süleyman Chah sans avoir à livrer un seul combat ?

La Turquie a déjà un accord de libre échange et des facilités bilatérales pour les touristes [les touristes sont les « djihadistes » NdT]  avec l’Etat Islamique. Une entente a dû se faire sur quelque chose d’autre et de plus précieux pour l’Etat Islamique en échange du retour des otages. Ques-ce que c’est ?

Les Etats Unis veulent coopérer avec la Turquie pour entraîner des combattants syriens à affronter l’Etat Islamique. Il serait assez important d’avoir une réponse à la question précédente avant de continuer à explorer cette voie.

Robert Ford, celui qui voulait armer les « rebelles » en Syrie, reconnaît maintenant qu’ils ne représentent rien

février 19, 2015

Dans la famille Ford, on connaît le cinéaste John Ford (un pseudonyme en réalité), l’acteur Harrisson Ford et le critique de cinéma Charles Ford.

Un nom qui semble prédestiner à exercer une activité en rapport avec le cinéma !

Et quand on n’est pas dans le cinéma spectacle, on joue aux cow-boys et aux Indiens pour de vrai en poussant à la guerre civile, ce qu’a fait avec entrain et ténacité l’ancien ambassadeur des États Unis en Syrie, un certain Robert Ford.

Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush

Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush

Robert Ford était en poste à Damas au moment où les premiers troubles ont agité la Syrie, Plutôt que de se contenter de rendre compte à son gouvernement de l’évolution de la situation quitte à rappeler aux autorités locales comment les États Unis concevaient un règlement politique de la crise, Robert Ford s’est immédiatement attelé à attiser les tensions et à bien faire comprendre qu’un révolution à la libyenne trouverait un entier soutien à Washington.

C’est exactement ce qui s’est passé et comme en Libye, la France et le Royaume Uni étaient chargés de jouer les utilités en tant qu’avant-garde de la communauté internationale.

Mais outre le fait que la leçon libyenne a parfaitement été retenue par le gouvernement syrien mais aussi par le gouvernement russe, les références idéologiques et les méthodes des « rebelles » n’ont pas tardé à renforcer le soutien populaire au pouvoir syrien.

L’idéologie et les méthodes sont les mêmes que celles des prétendus rebelles libyens mais comme en Libye, le régime syrien n’aurait pu être abattu que grâce à une intervention étrangère directe. Or cette dernière n’a pas été possible parce que l’armée gouvernementale ne s’est pas effondrée mais est restée au contraire motivée, et parce que la Russie comme l’Iran ont clairement fait connaître leur ferme opposition à une telle entreprise.

Les temps ont bien changé depuis 2011 et la fameuse opposition démocratique syrienne apparaît pour ce qu’elle est une nébuleuse de clients des pétromonarchies qui sont motivés surtout pas l’appât du gain. De fait, les pétromonarchies ont été très généreuses et leurs clients leur en donnent pour leur argent en matière de pillages, de destructions et de têtes coupées.

Aujourd’hui Robert Ford ne soutient plus la dotation en armes de l’opposition syrienne . Il n’a cependant pas renoncé à ses beaux projets pour la Syrie puisqu’il recommande l’envoi de soldats, pas nécessairement américains, précise-t-il.

On verra ce qu’il en sera étant donné que le parti de la guerre à Washington cherche maintenant à prendre prétexte de la force de l’Etat Islamique en Irak et au Levant pour demander une action militaire directe.

Les gens informés savent pourtant que les milices de la mouvance d’al Qaïda (et Daesh a été un moment affilié à cette organisation) ont joué un rôle prédominant très tôt dans l’histoire de la crise syrienne

Après avoir été un de leurs principaux promoteurs, l’ex-ambassadeur des Etats Unis n’est plus favorable à l’armement des rebelles

par Hannah Allam, McClatchy Washington Bureau 18 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Washington – Robert Ford a toujours été un des plus chauds partisans des rebelles syriens à Washington, se démenant à l’intérieur d’une administration réticente en faveur de l’armement de rebelles modérés triés sur le volet pour combattre le régime brutal de Bachar Assad.

Ces dernières semaines, cependant, Ford, l’ancien ambassadeur des États Unis en Syrie qui avait fait la une quand il avait quitté le service de l’Etat il y a un an en critiquant sévèrement la politique de l’administration Obama, a renoncé à son appel à fournir des armes aux rebelles. Il est au contraire devenu de plus en plus critique à leur égard, les considérant comme incohérents et indignes de confiance parce qu’ils collaborent avec les djihadistes.

Cette volte-face qui fait murmurer parmi les spécialistes de politique étrangère et les personnalités de l’opposition syrienne à Washington, est un signe supplémentaire que l’option des rebelles soi-disant modérés a fait long feu et que le choix en Syrie se réduit au régime contre les extrémistes dans une guerre qui a tué plus de 200 000 personnes et en a déplacé des millions.

Dans la foulée de réunions avec les dirigeants rebelles en Turquie, Ford a expliqué dans une interview cette semaine pourquoi sa position a évolué: Sans un commandement central fort ou même d’entente entre les acteurs régionaux pour désigner le Front al Nosra Front affilié à al Qaida comme un ennemi, dit-il, les modérés auront peu de chances de devenir une force viable, que ce soit contre Assad ou contre les extrémistes. Il a estimé la fraction restante de modérés parmi les rebelles à moins de 20 000 hommes. Ils sont incapables d’attaquer et, en ce moment, ils sont «surtout dans des batailles défensives ».

Pour faire court : ça n’a aucun intérêt d’envoyer de l’aide au camp du perdant.

« Nous devons faire face à la réalité telle qu’elle est», a déclaré Ford, qui collabore maintenant avec le Middle East Institute à Washington. «Les gens que nous avons soutenus n’ont pas été assez forts pour tenir leur terrain contre le Front al Nosra. »

Le ton de Ford sonne aujourd’hui comme celui d’une personne différente de l’optimiste qui, il y a seulement six mois, écrivait un essai de politique étrangère qui commençait ainsi: « Ne croyez pas tout ce que vous lisez dans les médias: Les rebelles modérés de la Syrie ne sont pas finis. Ils ont gagné du terrain dans plusieurs parties du pays et ont rompu publiquement à la fois avec la filiale d’Al-Qaïda qui opère sur place et avec les djihadistes de l’Etat islamique « .

Maintenant,pourtant, dans les tables rondes et dans ses conférences, Ford accuse les rebelles de collaborer avec le Front al Nosra, la branche d’al-Qaïda en Syrie que les USA ont déclaré organisation terroriste depuis plus de deux ans. Il dit que les luttes intestines de l’opposition se sont aggravées et il déplore le fait que des organisations extrémistes dominent désormais dans la plupart des territoires qui échappent au contrôle du régime syrien.

Ford affirme que le problème tient en partie à ce que que trop de rebelles – et leurs parrains en Turquie et au Qatar – ont insisté pour dire que le front al Nosra était une force anti-Assad indigène, alors qu’en fait c’était une branche d’Al-Qaïda dont l’idéologie était pratiquement indiscernable de celle de l’État islamique. L’administration Obama a déjà eu toute une série de déconvenues concernant des fournitures données aux rebelles qui se sont retrouvées entre les mains d’organisations désignées comme terroristes par les États Unis.

« Le front al Nosra est tout aussi dangereux, et pourtant ils prétendent que ce sont des gens biens, ils sont Syriens, » déclare Ford. « Le deuxième problème est que notre matériel a échoué chez eux. »

En même temps que ses appels à armer les rebelles se faisaient de plus en plus fables, Ford s’exprimait plus vigoureusement sur les relations entre les rebelles et le front al Nosra, chose que les officiels américains avaient préféré ignorer, du moins publiquement.

Lors d’un séminaire le mois dernier en présence d’un public auquel participaient des figures importantes de l’opposition syrienne avec lesquels il avait travaillé pendant des années, Ford a commencé par un préambule d’avertissement que ce qu’il allait dire était « ne serait pas populaire» parmi la partie de l’assistance appartenant à l’opposition syrienne.

Il s’est ensuite lancé dans un acte d’accusation des rebelles modérés, leur disant sans ménagement qu’ils pouvaient oublier l’aide extérieure aussi longtemps que ils continueraient à collaborer avec le front al Nosra. Il a laissé entendre que les responsables américains qui les soutenaient s’étaient lassés de devoir les couvrir auprès de l’administration et d’une opinion publique américaine qui sont sceptiques quant à une implication plus grande des États-Unis en Syrie.

« Pendant longtemps, nous avons détourné le regard pendant que le Front al Nosra et les groupes armés sur le terrain, dont certains reçoivent de l’aide de notre part, coordonnaient leurs opérations militaires contre le régime », a déclaré Ford. « Je pense que ces jours où nous regardions ailleurs sont terminés. »

La plupart des membres de l’auditoire étaient familiers avec l’historique de Ford sur le dossier syrien, et ils avaient été visiblement surpris de ces paroles de remontrances; ils le connaissaient comme un défenseur acharné des rebelles, quelqu’un qui avait mis fin à une longue carrière diplomatique il y a un an ce mois-ci avec des propos acerbes sur le refus de l’administration Obama de les armer. Ford est souvent décrit comme le premier haut fonctionnaire à s’être exprimé aussi ouvertement contre la politique américaine envers la Syrie; la Maison Blanche est toujours furieuse contre sa décision de passer outre le devoir de réserve.

Ford n’a pas assoupli sa position sur la responsabilité des États Unis dans la catastrophe syrienne – il présente toujours la politique américaine comme un « immense ratage » et «un échec singulier » – mais maintenant, il n’épargne pas aux rebelles leur part de responsabilité. Il n’est guère patient devant l’argument selon lequel ils étaient forcés de collaborer avec le front al Nosra et d’autres partenaires infréquentables à cause des promesses d’assistance non tenues par l’Occident. Il faut qu’on s’accorde, dit-il, sur le fait que al Qaïda est hors-jeu comme partenaire.

« Il devient impossible d’aligner une opposition efficace quand personne n’est d’accord sur qui ou quoi est l’ennemi, » dit-il.

Ford considère que la dernière approche américaine consistant à laisser tomber l’ancien modèle de rébellion pour construire une nouvelle force paramilitaire triée sur le volet pour se concentrer sur la lutte contre l’Etat islamique était vouée à l’échec ; les rebelles syriens sont plus motivés par la destitution d’Assad que par le combat contre les extrémistes pour le compte de l’Occident, et il y a bien trop peu de combattants pour prendre le projet au sérieux.

« L’effectif [de combattants] est encore trop réduit, » dit-il. « Que feront-ils avec 5 000 hommes ? Ou même avec 10 000 dans un an ? Qu’est-ce que ça pourra faire ? »

Le régime Assad veut de présenter lui-même comme une alternative [à al Qaïda et à Daesh], mais Ford explique que l’armée syrienne a été très affaiblie et qu’il est douteux que le régime puisse mener une campagne victorieuse contre les extrémistes. Et puis il y a les retombées politiques et morales qui découleraient d’une détente des relatiosns de l’Amérique avec un homme que des dirigeants américains décrivent depuis 2011 comme un boucher qui a perdu toute légitimité à gouverner.

Ford affirme que le moment est venu pour les dirigeants américains et leurs alliés d’avoir une discussion sérieuse sur l’envoi de « troupes sur le terrain, » tout en ajoutant aussitôt que ces combattants ne doivent pas être forcément américains. Il considère que seule une force terrestre professionnelle peut débarrasser la Syrie des djihadistes.

Et toute action parallèle pour bâtir un mouvement rebelle local devrait se faire de manière rationnelle à travers un commandement central et un canal hiérarchique syrien, dit-il. Les partenaires internationaux, déclare Ford, doivent renoncer au cadre de fonctionnement « insensé » actuel dans lequel chaque puissance régionale financent dans l’anarchie un écheveau d’organisations clientes qui, dit-il, serait du plus haut comique si les conséquences n’en étaient pas si tragiques.

Et si cette démarche ne peut pas être mise en place, déclare l’homme connu pour plaider en faveur d’une plus grande implication des États Unis, « alors nous n’avons plus qu’à nous retirer et dire que nous ne pouvons rien faire pour la Syrie. »

Islamo-fascisme et responsabilités de l’Islam de France: aux sources de la « pensée » de Manuel Valls

février 17, 2015

Les attentats de Paris, la marche « républicaine » du 11 janvier, les tout récents attentats de Copenhague et enfin la profanation d’un cimetière juif en Alsace mettent au centre du débat politique français les questions de l’Islam et de l’antisémitisme.

Peu importe si la profanation du cimetière juif est probablement plus le fait d’adolescents désoeuvrés qui s’approprient ainsi un territoire sinon ignoré d’eux et des camarades du même âge, et surtout si ces sales gosses ne sont pas musulmans.

Le président Hollande qui s’est déplacé pour faire part de son indignation devant cette profanation n’a curieusement pas insisté sur la nécessité de renforcer l’éducation à la laïcité. Il est vrai qu’un tel propos aurait été plutôt mal venu dans un département où le régime de la laïcité ne s’applique pas sauf pour la religion musulmane!

De toute façon, cet incident effectivement déplorable  sera exploité jusqu’à la corde et finira par abonder le discours sur les Musulmans et le nouvel antisémitisme, une thématique en quelque sorte théorisée par le premier ministre Manuel Valls sous l’appellation d’islamo-fascisme ;

On voit bien l’intérêt de cette notion d’islamo-fascisme qui renvoie à une menace de nature non seulement sécuritaire mais politique pour la démocratie française et même européenne et justifie un rassemblement de tous ceux qui veulent protéger les libertés publiques. Un autre avantage de cette notion est qu’elle fait le lien avec ceux qui, en terre d’Islam, l’utilisent pour populariser et faire comprendre en Occident leur combat contre les mouvements politiques islamistes.

Ces confusions sont dangereuses parce qu’elles ne font finalement que convoquer à chaque fois l’imaginaire politique occidental et interdisent l’analyse concrète des réalités politiques des pays concernés.

Je fais partie des gens qui estiment qu’on ne doit pas dire n’importe quoi au prétexte que tel ou tel argument sert la cause à laquelle on adhère. C’est ce qu’on appelle de la propagande et je la laisse à ceux qui ont un avantage à en tirer. Je considère notamment qu’on n’a pas besoin de qualifier de manière erronée l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL – Daesh) ou al Qaïda de mouvements fascistes (islamo-fascistes) pour rejeter leurs thèses et leurs procédés.

Si on en revient à ce terme d’islamo-fascisme, il faut bien garder en mémoire son origine dans les milieux néo-conservateurs américains et sa reprise par leurs homologues européens tels Bernard-Botul-Henri Lévy, Caroline Fourest ou Geert Wilders.

La nouveauté, c’est que le terme est aujourd’hui repris par le premier ministre d’un gouvernement français réputé de gauche, ce qui est un signe à la fois d’un grave déficit de culture historique et politique chez Manuel Valls et de l’adhésion de ce dernier à la vision néo-conservatrice de l’Islam et des Musulmans.

Mme Valls n'a probablement aucune influence sur son choix de costumes et de cravates

Mme Valls n’a probablement aucune influence sur son choix de costumes et de cravates. malheureusement.

Le premier ministre ne s’est par ailleurs pas borné à appeler à la lutte « dans l’unité » contre l’islamo-fascisme puisque dans cette unité, il met cependant à part les Musulmans : «

Il faut une rupture. Il faut que l’islam de France assume, prenne totalement ses responsabilités», a réclamé le premier ministre. «C’est ce que demande d’ailleurs l’immense majorité de nos compatriotes musulmans qui n’en peuvent plus d’être confondus avec cette terreur», a-t-il conclu.

Les choses sont dites : dans la France qui ne connaît pas de communauté, les Musulmans doivent prendre leurs responsabilités en tant que tels (il est en outre question d’un Islam « de France » ).

Nous avons là aussi un mécanisme de pensée, en contradiction avec la laïcité, élaboré par les néo conservateurs qui semblent décidément plus inspirer Manuel Valls que Louis Blanc ou Jean Jaurès,

La doctrine d’action qu’on devine chez Manuel Valls est clairement exposée par David P. Goldman, un spécialiste de la finance (et de musicologie) mais aussi essayiste néo-conservateur influent aux Etats Unis. Comme tous les néo conservateurs, croyants ou non, David P. Goldman inscrit sa réflexion dans une perspective « judéo-chrétienne », juive en réalité mais l’oxymore du judéo-christianisme est un passe-partout idéologique efficace. Comme un certain nombre d’intellectuels néo-conservateurs, David P. Goldman a fait un passage par l’extrême gauche avant de s’orienter vers l’extrême droite.

David P. Goldman: virer Obama améliorera l'économie

David P. Goldman: virer Obama améliorera l’économie

Je doute que Manuel Valls adhère à la radicalité de ce qui est proposé mais il est clair qu’il en assume l’esprit.

Il est par contre certain que le chef du gouvernement « socialiste » s’en inspire consciemment.

Beaucoup trop « d’hommes les plus recherchés »

par David P. Goldman, PJ Media (USA)15 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les autorités danoises affirment avoir arrêté l’auteur des coups de feu à la synagogue de Copenhague ; son nom n’a pas encore été divulgué [c’est fait depuis], mais c’était une personne « connue des services de sécurité, » rapporte Der Spiegel ce matin. Les Danois ont refusé de donner plus d’informations. Nous avons probablement une répétition du modèle parisien : des terroristes que les services de sécurité surveillaient et qu’ils utilisaient peut-être comme informateurs sont soudain passés à l’action et ont commis des atrocités.

Il semble que les méthodes employée par les services de sécurité européens pour contrôler les djihadistes soient tombées en panne. Quelque 8 000 ressortissants français combattent pour l’Etat Islamique en Irak et au levant (EIIL, Daesh) ou dans d’autres organisations djihadistes, selon une estimation du gouvernement français. Après quelques centaines de milliers de morts en Syrie et en Irak et la désintégration de la Libye et du Yémen, un très grand nombre de jeunes Musulmans sont prêts à sacrifier leurs vies.

Les services de sécurité contrôlent les terroristes potentiels en exerçant un chantage sur de petits délinquants qui évoluent à la frange des organisations djihadistes pour en faire des informateurs. Comme il y a un large chevauchement entre le milieu criminel musulman et les organisations terroristes, cette stratégie a été efficace ces quinze dernières années. Le roman de John Le Carré et le film de Philip Seymour Hoffman qui en a été tiré « Un homme très recherché » décrit assez bien cette approche.

Peu de jeunes Musulmans plongent directement dans la violence : ils rejoignent des bandes, ils fréquentent des mosquées radicales, ils fréquentent des salons de discussion (chat rooms) djihadistes sur internet, se signalant ainsi aux autorités.

Les services de sécurité les menacent de la prison, d’expulser des membres de leurs familles et ainsi de suite pour les contraindre à coopérer. Cette approche marche jusqu’à un certain point, c’est-à-dire quand le sujet sous surveillance cesse de tenir compte des conséquences [de ses actions]. Comme John Schindler l’avait observé dans le blog XX Committee, il n’y a pas eu un « échec du renseignement » à Paris : le problème était que les services de sécurité étaient débordés. Un officiel d’un service de sécurité européen qui s’exprime sous un pseudonyme a fait la même observation récemment sur Asia Times Online.

La leçon de Copenhague est la même que celle de Paris : la fragile paix civile que les gouvernements européens ont maintenue avec leurs communautés immigrées musulmanes nécessite une révision fondamentale. Par le passé, les services de sécurité européens ont laissé les djihadistes monter en pression tout en éliminant discrètement les tueurs potentiels. Cette approche a échoué. L’alternative consiste à serrer la vis aux communautés musulmanes. J’ai ainsi soutenu le mois dernier sur Asia Times :

Les moyens par lesquels la France, ou n’importe quelle autre nation, pourrait défaire les terroristes sont évidents : contraindre la majorité des Musulmans français à se tourner contre les terroristes, les autorités françaises devant les amener à craindre l’Etat français plus qu’ils ne craignent les terroristes.

C’est un sale boulot qui  nécessite de nombreuses expulsions, de retraits de la nationalité française et d’autres menaces qui toucheront inévitablement beaucoup d’individus qui n’ont aucun lien direct avec le terrorisme. A court terme, ça pourrait conduire à plus de radicalisation. Tout le projet de l’intégration comme antidote à l’extrémisme tomberait à l’eau. Ce serait une fort coûteux mais, au bout du compte, il réussirait : la plupart des Musulmans français veulent simplement rester en France et gagner leur vie.

Il ne suffit plus de patrouiller au bord du marécage et de tuer les moustiques avec un chasse-mouches. Il n’y a pas d’autre alternative que l’assèchement du marécage.

Une prosélyte aux arguments frappants

février 16, 2015

Aux Etats Unis, qui sont un pays laïque (certainement plus que la France) la religion est une donnée importante, y compris dans sa dimension prosélyte.

En effet, nombre de croyants , le plus souvent des pasteurs, se font un devoir de rappeler le message du Christ ou de le propager auprès des mécréants. Toutes les techniques de prédication sont utilisées, les plus spectaculaires étant les méga-rassemblements ou la prédication télévisée.

Mais chaque croyant peut aussi considérer comme de son devoir de transmettre le message aux incrédules.

C’est ce qu’a entrepris Marguerite Haragan, une fidèle de Boise dans l’Idaho, qui a cherché les arguments les plus frappants pour amener à Jésus une de ses concitoyennes de confession juive.

Situation de l'Idaho

Situation de l’Idaho

Le procureur explique qu’une femme de Boise a menacé et agressé une femme juive

par Erin Fenner, Idaho Statesman (USA) 13 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Boise – Marguerite Haragan a appuyé son pied sur la gorge d’une femme juive tout en lui disant qu’elle « ferait mieux d’accepter Jésus », a expliqué un procureur du Comté d’Ada pendant la mise en accusation de Haragan jeudi.

Boise est la capitale de l'Idaho et le siège du Comté d'Ada

Boise est la capitale de l’Idaho et le siège du Comté d’Ada

Haragan est sous le coup de deux chefs d’inculpation pour harcèlement malveillant. Elle a d’abord essayé de renoncer à son droit à un avocat car, disait-elle, elle était « lucide » et comprenait ses droits ; Mais le juge a insisté sur l’intérêt pour elle d’être représentée par un avocat du fait de la « gravité » des deux chefs d’inculpation retenus contre elle, selon les minutes de la mise en accusation.

Haragan se livrait déjà à du harcèlement verbal contre la femme – identifiée au tribunal par ses initiales « AG » – y compris par téléphone, selon le procureur. Mais le 5 février, elle se serait livrée à une escalade violente.

Selon le procureur, AG a rapporté que Haragan s’était présentée à son domicile ce jour là, avait frappé à la fenêtre de devant et crié qu’elle « ferait mieux de croire en Jésus, et qu’elle ne partirait pas tant qu’elle ne l’aurait pas fait. »

Marguerite Haragan

Marguerite Haragan

AG avait ouvert la porte pour relever la plaque minéralogique de Haragan et lui demander de s’en aller, a déclaré le procureur. Haragan aurait alors giflé AG au visage, lui aurait tiré les cheveux, l’avait jetée au sol pour lui donner des coups de pied dans le ventre et sur les cuisses. Haragan criant que AG devait croire en Jésus pour que cessent les coups, a expliqué le procureur. Haragan avait plaqué son pied sur le cou de AG et lui tirait les cheveux, provoquant une blessure au cou encore douloureuse, selon le procureur.

« Finalement, la victime a du s’exécuter » pour mettre fin à l’agression, a indiqué le procureur.

Mais le 7 février, Haragan est revenue chez AG et a gravé le mot « Mort » sur sa boîte à lettres, selon le procureur.

Le juge a ordonné l’interdiction de tout contact de Haragan avec ZG et a fixé le montant de la caution à 100 000 dollars. Haragan était toujours dans la prison du Comté vendredi matin. Sa prochaine comparution en audience préliminaire se teindra le 26 février, mais ces audiences sont parfois reportées ou annulées.

Après le triple meurtre raciste de Chapel Hill, les islamophobes passent à l’action au Texas

février 13, 2015

On aurait du mal à le savoir par la presse française grand public, mais on l’apprend par exemple par le site musulman d’informations Katibîn :

Incendie au centre islamique de Houston

Auteur : Lyes Dans Actualités, International 13/02/2015 0 68 Vues

Ce vendredi 13/02/15 à 05h30 heure locale, un important incendie a eu lieu au niveau de l’institut islamique de Houston.

Une investigation en cours

Les pompiers de Houston sont intervenus ce matin au niveau du Quba Islamic Institute suite à une alarme incendie. Le feu avait déjà entamé la structure du bâtiment à l’arrivée des secours sur place, ils n’ont pu que constater une épaisse fumée et des flammes vives.

L’extinction complète de l’incendie a pris plus d’une heure. L’institut étant vide à cette heure-ci, aucune perte humaine n’est à déplorer. Néanmoins, l’immeuble n’est plus du tout viable. Il servait notamment de centre éducatif pour les jeunes musulmans de la zone sud de Houston, mais aussi de centre d’aide pour les familles de la communauté.

Les forces de police ont ouvert une enquête pour déterminer la cause exacte du déclenchement de l’incendie. Pour l’heure pas d’indication sur l’origine criminelle ou non de ce désastre.

L'incendie n'a touché qu'un seul des bâtiments du Quba Islamic Center de Hosuton

L’incendie n’a touché qu’un seul des bâtiments du Quba Islamic Center de Hosuton

A l’heure où j’écris, il existe une sérieuse suspicion quant à la nature criminelle de l’incendie puisque, selon Ahsan Zahif, fils de l’imam de la mosquée, un « accélérant a été utilisé pour le feu qui s’est déclenché vers 5h30 du matin. »

On n’a cependant pas de réelle certitude car si le fils de l’imam dit tenir cette information d’enquêteurs du service de lutte contre les incendies tandis que le porte parole de ce même service affirme qu’aucune information de cette nature n’a été donnée.

L’enquête devrait en dire plus assez prochainement. (mise à jour: le caractère criminel de l’incendie est maintenant certain)

Quoi qu’il en soit, cet incident survient peu de temps après le triple meurtre dont ont été victimes trois étudiants de confession musulmane sur le campus de Chapel Hill en Caroline du Nord.

La nature raciste de ce crime est contestée aux Etats Unis où d’aucuns le lient à une banale dispute pour une place de parking !

Une explication qui en dit long non seulement sur le racisme du meurtrier mais aussi sur celui de nombre de médias.

Outre ce tragique élément de contexte, il faut quand même savoir qu’une autre institution religieuse musulmane texane à Irving près de Dallas est en ce moment l’objet d’une campagne d’une certaine presse « chrétienne » (sioniste chrétienne pour être plus précis) qui l’accuse d’avoir inauguré un tribunal traitant des affaires conformément à la charia (droit musulman).

L'Islamic Center d'Irving (Texas)

L’Islamic Center d’Irving (Texas)

L’Islamic Center d’Irving a tenu à démentir fermement ces allégations, tout en précisant qu’un de ses membres participe comme médiateur dans un tribunal islamique qu’il existe ailleurs dans l’agglomération Dallas – Fort Worth, un tribunal qui traite d’arbitrages intra-communautaires, notamment d’affaires familiales, quand les parties concernées en sont d’accord.

L’Islamic Center d’Irving rappelant au passage que ce genre de tribunal religieux n’est nullement l’apanage de la religion musulmane et qu’il en existe depuis longtemps pour les communautés chrétiennes et juives.

Le problème étant justement que les militants anti-Islam veulent traiter cette religion comme une exception et lui contester les droits que la Constitution des Etats Unis accorde à toutes les autres.

Il faut d’ailleurs relever que cette campagne « anti-charia » fait suite à l’organisation d’une manifestation le 17 janvier 2015 à Garland, près de Dallas, pour protester contre la tenue d’une conférence visant à collecter des fonds pour la création d’un centre destiné à enseigner aux Musulmans comment combattre les stéréotypes.

Dans la même ville de Garland, l’American Freedom Defense Initiative (AFDI) de la néoconservatrice et très sioniste Pamela Geller organisera le 3 mai prochain une exposition- concours de caricatures représentant le prophète de l’Islam.

Pamela Geller est "Charlie" à fond

Pamela Geller est « Charlie » à fond

On peut raisonnablement supposer que le triple meurtre de Chapel Hill, loin de dissuader les activistes de l’islamophobie, va au contraire les encourager d’autant que la mollesse des réactions de la classe politique ne leur aura pas échappée.

Des ultrasionistes dansent sur la tombe de Kayla Mueller, la jeune Américaine qui était prisonnière de Daesh

février 11, 2015

Ce qu’on appelle en France « apologie de terrorisme » s’exprime librement aux Etats Unis. Et contrairement à ce que certains imaginent quand l’apologie du terrorisme s’exprime, elle n’est pas le fait de « djihadistes » à demi-abrutis par la bière, le pastis ou le cannabis mais celui de personnes appartenant à la frange conservatrice, plus précisément néoconservatrice de la société.

L’actualité nous en donne un bon exemple avec la mort de Kayla Mueller, une jeune américaine qui était au mains de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL, Daesh) tuée dans les environs de Raqqa en Syrie dans des circonstances encore floues, dans un bombardement par les Américains ou leurs alliés selon l’EIIL ou exécutée par les miliciens de cette organisation.

Kayla Mueller

Kayla Mueller

Si Barack Obama a fait part de sa « tristesse » après avoir eu confirmation du décès de la jeune femme , le moins que l’on puisse dire est que son sentiment n’est pas partagé par tous. En effet, certains aux Etats Unis reprochaient à Kayla Mueller son engagement en faveur de la Palestine, un engagement posé comme étant un soutien au terrorisme et un parti pris motivé par l’antisémitisme.

Ainsi, parmi divers commentateurs, Debbie Schlussel n’hésite pas à insulter la jeune victime et on comprend bien qu’elle se réjouit du sort réservé à la jeune femme, comme d’ailleurs de celui de tous ces « humanitaires » tués par l’EIIL.

Je ne suis personnellement pas surpris de voir une ultra-sioniste comme Debbie Schlussel se réjouir des crimes perpétrés par l’EIIL qui fait un boulot très utile aux intérêts de l’entité sioniste.

Debbie Schlussel avec et sans retouches

Debbie Schlussel avec et sans retouches

Debbie Schlussel n’en est pas à son coup d’essai en la matière puisque elle avait abondamment justifié la tuerie perpétrée en 2011 à Utoeya en Norvège par Anders Behring Breivik.

Une tuerie qui en passant n’a jamais été évoquée dans tout le ressassement des actes terroristes perpétrés ces dernières années en Europe (Londres et Atocha principalement). Pourtant à Utoeya, 68 personnes, en grande majorité des adolescents, avaient été massacrées. Sans oublier que le terroriste d’extrême droite venait de perpétrer un attentat à l’explosif dans le quartier gouvernemental d’Oslo qui avait coûté la vie à 8 personnes .

Des conservateurs dansent sur la tombe de l’otage de l’EIIL : ‘Antisémite, Pu…n anti-Israël’

par Brendan James, Talking Point Memo (USA) 11 février 2015traduit de l’anglais par Djazaïri

Tous les conservateurs ne se sont pas servis de la mort de l’otage américaine Kayla Muller pour souligner la brutalité de l’Etat Islamique – certains ont choisi de tourner leur aversion vers le travail humanitaire en faveur des Palestiniens de la jeune femme de 26 ans.

« Pas de larmes pour Kayla Mueller qui vient de mourir, l’otage de l’EIIL dont les parents ont confirmé aujourd’hui qu’elle est morte, » écrivait mardi la blogueuse conservatrice Debbie Schlussel, sous le titre, « Kayla Mueller : l’otage de l’EIIL qui est morte était une putain antisémite et anti-Israël. »

« Mueller était un tas de merde antisémite et anti-Israël qui travaillait avec le Hamas et aidait les Palestiniens à harceler les soldats israéliens et à les empêcher de faire leur boulot de maintien des terroristes islamistes hors d’Israël, » écrit-elle.

Schlussel a condamné l’action humanitaire de Mueller dans la « soi-disant ‘Cisjordanie’ » pour empêcher la démolition de « maisons de ‘terroristes’ ».

« Je n’ai de sympathie pour aucun de ces ‘Américains’ (de nom seulement!) otages de l’EIIL, »poursuit-elle. « Et mon attitude quand j’apprends qu’ils ont été liquidés est de dire, que c’est triste, dommage. » [c’est de l’ironie, NdT]

Schlussel a qualifié l’assassinat de Muelle de « justice poétique. »

Dans le même temps, le rédacteur en chef de Breitbart Californie, ex candidat aux élections au Congrès de l’Illinois, Joel Pollack a tweeté mardi que le militantisme « anti-Israël » de Mueller lui avait coûté la vie des mains de l’Etat Islamique.

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Le blog Gateway Pundit (devise: « où l’espoir a finalement fait son retour ») a aussi affirmé que Mueller était coupable d’antisémitisme et aidait le terrorisme.

« Mueller protestait contre les Juifs, » lit-on dans le post qui présente l’International Solidarity Movement, une organisation opposée à l’occupation israélienne, comme « pro-terroriste. »

Il était une fois l’Islam en Amérique

février 11, 2015

La mort de trois étudiants musulmans assassinés à leur domicile sur le campus de Chapel Hill aux Etats Unis révèle l’impact dévastateur d’une campagne islamophobe qui a pris son essor après les attentats du 11 septembre.

Les victimes de Chapel Hill: Deah Shaddy Barakat 23 ans son épouse Yusor Abu-Salha 21 ans Razan Abu-Salha 19 ans

Les victimes de Chapel Hill: Deah Shaddy Barakat 23 ans son épouse Yusor Abu-Salha 21 ans Razan Abu-Salha 19 ans

On découvrira peut-être que leur meurtrier agissait de manière isolée, sans avoir reçu d’ordre de quiconque.

C’est fort possible. L’Amérique est un pays qui se vit comme un pays de l’initiative individuelle, même dans le crime. Il n’en reste pas moins que ces initiatives individuelles se déploient dans un cadre mental et idéologique patiemment construit par des gens très organisés, qui ont de l’argent et savent taper aux bonnes portes.

Cete affaire sera peut-être l’occasion d’un sursaut de conscience aux Etats Unis. Il est à craindre que ce ne soit pas suffisant parce que la campagne islamophobe aux USA répond avant tout à des questions de politique extérieure, le conflit du Proche Orient pour être précis. C’est la même chose qu’en France, sauf que c’est plus évident dans un pays où la (ou les) communauté(s) musulmanes sont ultra-minoritaires et représentent environ 1 % de la population du pays.

Les campagnes islamophobes articulées généralement autour de la menace terroriste et de la menace sur le droit local/les coutumes/traditions que représenteraient les exigences des populations musulmanes amènent le plus souvent à une surestimation par l’opinion globale de la part de ces dernières dans la population totale.

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Le tableau ci-dessus montre l’écart (dans les bandeaux bleus)dans certains pays entre la proportion réelle de Musulmans évaluée par la statistique et la proportion de Musulmans telle que les opinions se la représentent. l’importance des écarts est un témoin direct de l’importance de la campagne islamophobe

Si tout le monde s’accorde à dire que la présence musulmane n’est pas une nouveauté en Europe,on sait moins qu’elle n’est pas non plus une nouveauté aux Etats Unis.

En effet, l’histoire de la présence musulmane aux Etats Unis est assez méconnue alors même qu’elle est assez ancienne et qu’elle a longtemps été incarnée par les esclaves de confession musulmane parmi lesquels ne manquaient pas les gens instruits en langue arabe.

C’est ce que rappelle Peter Manseau dans l’article du New York Times que je vous propose où il évoque notamment la figure d’Omar Ibn Saïd.

Peter Manseau

Peter Manseau

Les Musulmans des débuts de l’Amérique

par Peter Manseau, The New York Times (USA) 9 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ce n’était pas la première fois que l’imam venait au rodéo

Alors que sa présence était programmée pour prononcer une invocation religieuse au Fort Worth Stock Show la semaine dernière, Moujahed Bakhach de l’Islamic Association of Tarrant County avait dû annuler sa présence en raison des réactions négatives à une prière qu’il avait faite quelques jours auparavant. On avait demandé à l’imam de bénir les chevaux, des cavaliers et les membres de l’armée. Son intervention avait été accueillie par des hoquets indignés du public et des protestations sur les médias sociaux : « Choqué par une prière musulmane à un événement américain ! » « Les cowboys n’en veulent pas ! »

L’expression ouverte du sentiment anti-islamique est en plein renouveau. Quatre jours avant l’annulation de sa bénédiction par l’imam, des manifestants devant le State Capitol (siège du gouverneur et des chambres élues) à Austin ont empêché les orateurs musulmans de parler en affirmant que seul Jésus a droit de cité au Texas. En Caroline du Nord, deux semaines plus tôt, le projet de l’université Duke de diffuser un appel musulman à la prière avait été abandonné suite à des menaces de violence. Dans le même temps, le gouverneur républicain de Louisiane, Bobby Jindal, soutenait que si les Américains musulmans « veulent affirmer leur propre culture et leurs valeurs, ce n’est pas de l’immigration, c’est une véritable invasion. »

Quel que soit le niveau d’inquiétude des gens concernant l’Islam, l’idée d’une invasion musulmane dans ce pays majoritairement chrétien n’a aucune base factuelle. En outre, il y a cette affirmation au passage que l’Islam est anti-américain : les Musulmans sont arrivés ici avant la fondation des Etats Unis – et pas seulement quelques uns mais des milliers.

Ils ont été largement ignorés parce qu’ils n’étaient pas libres de pratiquer leur culte. Ils n’étaient eux-mêmes pas libres et pour cette raison ils n’étaient le plus souvent pas en mesure de laisser des traces de leurs convictions religieuses [écrits, monuments, NdT]. Ils en ont laissé cependant juste assez pour confirmer que l’Islam en Amérique n’est pas une religion d’immigrés récents qui se serait fait connaître tardivement, mais une tradition qui a des racines profondes ici, malgré le fait qu’elle a été parmi les plus réprimées de l’histoire nationale.

En 1528, un esclave marocain nommé Estevanico avait fait naufrage en compagnie d’un groupe d’explorateurs espagnols près de l’endroit où se trouve aujourd’hui la ville de Galveston. La ville d’Azemmour où il avait grandi avait été un bastion de la résistance musulmane à l’invasion européenne jusqu’à sa chute pendant sa jeunesse. Bien qu’ayant reçu un nom chrétien après son asservissement, il avait fini par échapper à ses ravisseurs chrétiens et fait sa propre route à travers une bonne partie du sud-ouest.

Deux cents après, les propriétaires de plantations en Louisiane se faisaient un devoir d’ajouter des Musulmans asservis à leur main d’oeuvre car ils comptaient sur leur expérience dans la culture du riz et de l’indigo. Les chercheurs universitaires ont constaté la présence de noms musulmans et de titres religieux musulmans dans les inventaires d’esclaves de la colonie et dans les registres de décès.

Le Musulman le plus connu à être passé par le port de la Nouvelle Orléans était Abdul-Rahman Ibrahim Ibn Sori, un prince dans son pays d’origine et dont le sort avait attiré une large attention. Comme l’observait un article de journal, il avait lu la Bible et en admirait les préceptes, mais,ajoutait l’article, « Sa principale objection était que les Chrétiens ne les suivaient pas. »

Parmi les esclaves musulmans en Caroline du Nord, se trouvait un dignitaire religieux nommé Omar Ibn Saïd. Capturé à nouveau en 1810 après avoir fui un maître cruel qu’il qualifiait de kafir (infidèle), il s’était fait connaître par les écrits en caractères arabes qu’il avait inscrits sur les murs de sa cellule. Il a écrit un récit de sa vie en 1831 dans lequel il explique comment, à l’époque où il était libre, il aimait lire le Coran, mais devenu esclave, ses propriétaires l’avaient converti au christianisme.

L’histoire de l’Islam des débuts de l’Amérique n’est pas simplement l’histoire de quelques individus isolés. On estime que 20 % des Africains asservis étaient musulmans, et beaucoup d’entre eux cherchèrent à reconstituer des communautés telles que celles qu’ils avaient connues. En Géorgie, qui a rejoint une dizaine d’autres Etats dans la comédie politicienne qui consiste à débattre de l’interdiction pour les juges de se référer à la charia, on sait que les Musulmans d’une plantation isolée avaient vécu sous la direction d’un chef religieux qui avait écrit un manuscrit de droit musulman pour transmettre ce savoir traditionnel.

Un indice de ce qui est arrivé à ces Américains musulmans oubliés peut être trouvé dans les mots d’un missionnaire qui sillonnait le Sud pour prêcher l’évangile aux esclaves des plantations. Beaucoup d’ «Aafricains mohammédiens » observait-il ont trouvé des façons d’ « accommoder » l’Islam aux nouvelles croyances qui leur étaient imposées. « Dieu, disent-ils, est Allah et Jésus Christ est Mohammed. La religion est la même, mais différents pays donnent des noms différents. »

Le missionnaire y voyait la preuve lamentable de l’inaptitude des Musulmans à reconnaître l’importance des vérités religieuses. Mais en fait, c’est juste la preuve du contraire. Ils comprenaient que leur foi était si importante qu’ils devaient être prêts à l’écouter partout, même dans un pays si éloigné de ceux où ils entendaient autrefois l’appel à la prière.

L’Islam fait partie de notre histoire commune – une foi résiliente qui n’est pas que celle des asservis mais aussi d’immigrants arabes à la fin du 19ème siècle, et au 20ème siècle de nombreux Afro-Américains l’ont revendiquée et en ont refait leur religion. Pendant des générations, ses adeptes ont connu les secousses d’une nation qui bascule des promesses de liberté religieuse vers des événements qui démentent ces promesses.

Dans un sens, l’Islam est aussi américain que le rodéo. Le rodéo a aussi été importé mais est maintenant indéniablement une partie de la culture. Que les manifestants du Texas y soient prêts ou non, il est inévitable que certains Musulmans laisseront leurs gosses devenir des cowboys. Quelques cowboys pourraient aussi devenir Musulmans en grandissant.

Le dernier livre de Peter Manseau s’intitule « One Nation Under Gods: A New American History. » [Une nation et des Dieux : une nouvelle histoire américaine]

Bûchers en Syrie, bûchers en Amérique. Barbarie en Orient, civilisation en Occident

février 9, 2015

Mon commentaire après cet article riche de sens.

Ceci est le corps calciné de Jesse Washington et des hommes blancs de Waco – pas Daesh – l’ont brûlé vif

par Bill Moyers, Raw Story (USA) 7 février 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ils l’ont fait brûler vif dans une cage de fer, et tandis qu’il criait et se tordait dans les affres de l’enfer, sa mort pour eux n’était qu’un jeu.

Le bûcher et la cage de fer où était enfermé Jesse Washington

Le bûcher et la cage de fer où était enfermé Jesse Washington

Après avoir écouté les bulletins d’information l’un après l’autre condamner à juste titre l’assassinat barbare de ce pilote de l’armée de l’air jordanienne tombé entre la mains sanglantes de l’EIIL, je ne pouvais trouver le sommeil. Mon esprit s’évertuait à ressasser le passé pour essayer de retrouver une photo dont je me souvenais vaguement et que j’avais vue il y a longtemps de cela dans les archives d’une bibliothèque universitaire au Texas.

Soudain, vers deux heurs du matin, l’image s’est reformée dans mon cerveau. Je suis descendu pour aller à mon ordinateur et j’ai tapé les mots clefs : « Waco, Texasn Lynchage. »

Effectivement, elle était là : le cadavre carbonisé d’un jeune homme noir attaché à un arbre au tronc boursouflé au cœur de la Bible Belt du Texas. Non loin du corps brûlé, on peut voir de jeunes hommes blancs souriants et satisfaits, dans un état apparent de jubilation à être assis aux premières loges d’un carnaval de mort. L’un d’entre eux avait envoyé une photo comme carte postale à la maison : « C’est le barbecue qu’on a fait la nuit dernière. Je suis à gauche sur la photo avec la marque de la croix. Votre fils, Joe. »

La victime se nommait Jesse Washington. C’était en 1916, l’Amérique allait bientôt entrer en guerre en Europe « pour rendre le monde plus sûr pour la démocratie. » Mon père avait 12 ans, ma mère 8. Je suis né 18 ans après, à une époque, comme je devais l’apprendre, où les Blancs du coin parlaient encore de l’exécution de Washington comme si elle avait eu lieu la veille. Ce n’était pas l’Europe médiévale. Pas l’Inquisition. Pas un hérétique envoyé au bûcher par une autorité ecclésiastique dans l’Ancien Monde. C’était au Texas, et les hommes blancs sur la photo étaient des fermiers, des ouvriers, des commerçants, certains d’entre eux étant des membres respectables des églises locales à Waco et ses environs.

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Voici la photo. Regardez bien le corps raidi de Washington attaché à l’arbre. Il avait été condamné à mort pour le meurtre d’une femme blanche. Aucun témoins n’avais vu le crime ; il aurait avoué mais la véracité des allégations n’a jamais été vérifiée. Le grand jury n’avait mis que quelques minutes pour rendre un verdict de culpabilité, mais il n’y eut ni appel, ni réexamen, pas de prison [en attendant l’exécution de la sentence, NdT]. Au lieu de tout ça, la foule présente à l’audience le traîna dehors, le plaqua au sol et lui coupa les testicules. Un bûcher fut rapidement installé et mis à feu. Deux heures durant, Jesse Washington – vivant – fut levé et abaissé au-desus des flammes. Encore, encore et encore. Les officiels de la ville et la police se tenaient là, approbateurs. Selon certaines estimations, la foule grossit jusqu’à atteindre 15 000 personnes. On se moquait, on applaudissait et on riait. Les journalistes avaient rapporté entendre des « cris de joie. »

Quand les flammes s’éteignirent, le corps de Washington fut taillé en pièces qui furent vendues comme souvenirs. La fête était finie.

Bien des années plus tard, alors jeune homme, je m’étais rendu à l’université Baylor de Waco, souvent considérée comme le Vatican baptiste du Texas. On m’y avait proposé un poste d’enseignement. Je m’étais assis un moment à la bibliothèque Armstrong Browning de la faculté, une des plus belles des Etats Unis qui contient non seulement les oeuvres de Robert et Elizabeth Barrett Browning, les fameux poètes victoriens, mais aussi des vitraux, des colonnes de marbre et des plafonds élégants qui rappellent l’intérieur somptueux de la bibliothèque Laurentienne construite par Michel-Ange à Florence.

Assis là, je trouvais difficile de concilier la beauté et la quiétude de ce sanctuaire avec la photo que m’avait montré auparavant un homme nommé Harry Provence, responsable de la publication du journal local. En la voyant, je réalisais qu’au moment où le jeune Jesse Washington était soumis à la torture, des étudiants du même âge que lui, certains se préparant à une carrière ecclésiastique, venaient juste de terminer leur semestre de printemps. En 1905, quand un autre homme noir fut lynché à Waco, le président de l’université Baylor prit la tête du mouvement contre le lynchage. Mais d’horribles souvenirs continuaient à diviser la ville.

Jesse Washington n’était qu’un cas parmi d’autres d’hommes noirs qui connurent une mort horrible des mains d’escadrons de la morts blancs. Entre 1882 et 1968 – 1968 ! – il y a eu 4 743 cas répertoriés de lynchage aux Etats Unis. Environ le quart des lynchés étaient des Blancs dont beaucoup avaient été tués pour avoir sympathisé avec les populations noires. Mon père, qui était né en 1964 près de Paris (Texas) avait gardé dans un tiroir cette photo de journal datant de l’époque de son enfance quand des milliers de personnes s’étaient rassemblées comme pour un pique nique et festoyer devant le spectacle d’un homme noir torturé et pendu en plein centre ville. Au cours d’un voyage à la recherche de nos racines bien des années plus tard, mon père s’étrangla et se tut quand nous nous trouvâmes près de l’endroit ou cela s’était passé.

Oui, il avait été difficile de retourner dormir la nuit où nous avons appris la nouvelle de l’horrible fin du pilote jordanien. Maudit soit l’EIIL ! avais-je pensé. Mais après coup, je ne pouvais que songer que nos propres barbares n’avaient pas à attendre à une quelconque frontière. Ils étaient de chez nous. Eduqués ici. Dans la religion. Nos voisins, nos amis et notre parentèle. Des gens comme nous.

L’exécution/assassinat par l’Etat Islamique en Irak et au Levant (Daesh) d’un pilote de l’armée de l’air jordanienne brûlé vif dans une cage de fer a suscité une indignation tout à fait compréhensible.

Pourtant, que le pilote ait réellement ou pas été brûlé vif et mis à mort dans les conditions que donne à voir la vidéo, cette exécution date de debut janvier peu après l’échec d’une tentative de raid héliporté pour le tirer des griffes de ses geôliers.

Muad al-Kasasbeh, le pilote de l'armée jordanienne capturé et exécuté par l'EIIL

Muad al-Kasasbeh, le pilote de l’armée jordanienne capturé et exécuté par l’EIIL

Le moment de la diffusion de cette vidéo a évidemment été décidé en fonction de l’agenda des néoconservateurs qui veillent au maintien et à l’aggravation du chaos dans la région.

A l’indignation de la populace un peu partout, c’est-à-dire des gens comme vous et moi, s’est bien entendu jointe celle des grands de ce monde qui n’ont pas eu de mots assez durs pour condamner la sauvagerie de Daesh, rappelant ainsi opportunément qu’eux-mêmes se considéraient incarner la civilisation.

Les condamnations les plus fermes sont souvent venues de ceux-là mêmes qui ne sont pas sans affinité avec les types qui, aux Etats Unis, lynchaient des gens parce qu’ils n’avaient pas la bonne couleur de peau. Et qui continuent à le faire le plus souvent impunément sous couvert de leur activité de policier.

Alors oui, l’EIIL est une organisation brutale qui ne fait pas de quartier et se livre à des exactions aux dépens des civils qui sont du mauvais côté, que ce soit par leurs affinités politiques ou leurs appartenances religieuses. Mais il faut admettre qu’on en a ajouté dans l’horreur de leurs agissements, ce qui tend à laisser les réactions morales supplanter le raisonnement et l’analyse politiques.

Ce sont des procédés de ce genre qui ont été utilisés contre l’Irak de Saddam Hussein, la Yougoslavie de Slobodan Milosevic, la Libye de Mouammar Kadhafi et la Syrie de Bachar al-Assad.

Même si ces images d’horreur peuvent être jugées utiles par ceux qui sont favorables au régime syrien, il faut se souvenir que la propagande aura vite fait de les remplacer par d’autres images d’horreur qui les feront oublier et qu’on imputera alors au régime syrien si les néo conservateurs jugent le moment venu d’en terminer avec le gouvernement syrien.

Il faut comprendre que l’EIIL agit dans le cadre d’une volonté de remodelage du Proche Orient qui passe par la dislocation de certains Etats et c’est pour ça que les Etats Unis ont laissé prospérer cette organisation dont le fer de lance est constitué de combattants étrangers venus d’un pays allié de l’OTAN comme l’Arabie Saoudite ou via ce pays membre de l’OTAN qu’est la Turquie.

Bien sûr Daesh n’est pas un simple instrument qui obéirait au doigt et à l’oeil à ses maîtres, il faut plutôt le comparer à un fauve dont on gère au mieux l’agressivité en la tournant vers ses propres ennemis et qu’on fouette et punit quand il en vient à s’en prendre à vos amis.

c’est exactement ce qui s’est passé avec l’EIIl sur lequel Washington comptait pour faire tomber le gouvernement de Nouri al-Maliki mais qui a commis la faute d’attaquer dans le Kurdistan irakien, une zone que Washington a souhaité sanctuariser.

Aujourd’hui on nous parle de la nécessité impérieuse d’une intervention de troupes terrestres pour défaire les milices de l’EIIL. On pense en effet que le terrain psychologique est bien mûr après tous ces horribles crimes perpétrés par les extrémistes de l’Etat Islamique.

Il va de soi qu’une telle intervention aurait en réalité pour finalité d’abattre le régime syrien qu’aucune force terroriste n’a réussi à réduire. Et demain, les miliciens de Daesh se transformeraient comme par enchantement en combattants de la liberté.

Expulsée d’une mosquée londonienne, ou le mensonge d’une journaliste britannique

février 7, 2015

Voilà ce qu’on pouvait lire dans « Courrier International » qui reprenait la presse britannique.

La journée « Visite ma mosquée » marquée par une bévue vis-à-vis d’une journaliste

Le Conseil musulman britannique organisait hier une journée « portes ouvertes » dans des mosquées du pays. Une opération globalement réussie, jugent les journaux, hormis un incident « sexiste » – une journaliste a été refoulée à l’entrée d’un établissement.
Des visiteurs à la mosquée de Finsbury, à Londres, le 1er février 2015 - AFP/Ben Stansall
Des visiteurs à la mosquée de Finsbury, à Londres, le 1er février 2015 – AFP/Ben Stansall

Portes ouvertes, thé et gâteaux pour les non-croyants : hier n’était pas une journée comme les autres dans une vingtaine de mosquées d’outre-Manche, puisque le Conseil musulman britannique organisait la journée #VisitMyMosque (« Visite ma mosquée »). Cet événement inédit « était organisé après que le Conseil musulman britannique se fut inquiété d’un sentiment anti-musulman, après le meurtre de 17 personnes à Paris le mois dernier », note The Independent.

Journée de tolérance

L’événement a connu un certain succès, note le quotidien, qui rapporte le témoignage de Britanniques non musulmans heureux de leur visite, notamment dans une mosquée de l’est de Londres, où une cinquantaine de visiteurs se sont rendus. Les uns y sont allés « pour rencontrer des musulmans qui ne sont pas à la télévision », les autres pour « dépasser leur crainte de finir par croire à la propagande ». Les non-croyants ont pu visiter la mosquée, assister à la prière des hommes, puis des femmes, avant de terminer par la visite d’une petite exposition sur l’histoire de l’établissement, construit en 1986.

Parmi les établissements qui ont ouvert leurs portes, la mosquée de Finsbury, « dont l’histoire récente a été marquée par [la présence] de membres extrémistes », rappelle de son côté The Guardian. L’établissement souffre toujours d’une mauvaise réputation, causée par le passage en ses murs de figures extrémistes notoires comme Abou Hamza, qui « a pris le contrôle de la mosquée à la fin des années 1990 et l’a transformée en l’un des plus importants centres de l’islam radical en Grande-Bretagne », avant d’être arrêté en 2003 et d’être condamné à la prison à perpétuité aux Etats-unis, explique le journal. Mais la plupart des visiteurs qui se sont rendus hier à la mosquée de Finsbury ont été séduits par la visite et par la rencontre avec les pratiquants, poursuitThe Guardian, qui salue cette « journée de tolérance ».

« Jetée à la rue »

Pourtant, un « couac » de taille a quelque peu entamé le succès du #VisitMyMosque Day : la journaliste de Channel 4 Cathy Newman a été refoulée à l’entrée de la mosquée de Streatham, à Londres, note The Independent. Sur Twitter, elle a expliqué « avoir été surprise de se retrouver mise à la porte ». « J’étais habillée comme il faut, la tête couverte et les pieds nus, mais un homme m’a mise à la porte. J’ai dit que j’étais là pour la journée ‘Visite ma mosquée’, mais cela n’a rien changé. » Immédiatement, des réactions ont fusé sur le réseau social, notamment celle de Louise Mensch, une responsable du parti conservateur, qui a parlé d’un « gigantesque raté misogyne », regrettant que Cathy Newman ait été « jetée à la rue ».

Le Conseil musulman s’est excusé pour cet « incident », expliquant que l’établissement en question ne participait pas à la journée portes ouvertes, et que Cathy Newman s’était rendue « dans la mauvaise mosquée ». « Ce n’est pas parce qu’elle est une femme [qu’elle s’est vu refuser l’entrée], mais parce que l’établissement ne faisait pas de ‘portes ouvertes’ ce jour-là », a expliqué l’organisation. La journaliste de Channel 4 a indiqué s’être rendue ensuite dans une autre mosquée, où elle a été « chaleureusement accueillie ».

La journée Visite Ma Mosquée s’est donc globalement bien passée n’était cet incident avec Cathy Newman, la journaliste de la Chaîne de télévision Channel 4 qui a été refoulée d’un lieu de culte musulman londonien.
Cathy Newman de Channel 4

Cathy Newman de Channel 4

Cet incident dépasse la simple anecdote parce que non seulement les tweets de la journaliste ont servi d’argument à certains politiciens comme on peut le lire dans l’article ci-dessus mais aussi parce que la mosquée incriminée a ensuite reçu un flot d’insultes par internet et même des menaces de mort par téléphone.
Comme on peut le lire aussi, les responsables de la dite mosquée ont présenté leurs excuses à la présentatrice télé.
Ils l’ont fait à tout hasard car ils n’étaient pas vraiment informés de l’existence d’un incident.
Pour la simple raison que l’incident n’a pas eu lieu et que la journaliste a fait preuve de mauvaise foi dans cette affaire.
Cette mauvaise foi a été démontrée par la diffusion auprès du public d’un enregistrement de la caméra de surveillance de la mosquée qui montre que si, en effet, Mme Newman s’est bien présentée dans une mosquée où elle a ôté ses chaussures après être entrée dans le vestibule, elle n’en a nullement été refoulée mais en est sortie sans contrainte après avoir eu une brève conversation avec un homme.
De son côté l’homme croyait que cette femme était à la recherche d’une église et lui indiquait donc où se trouvait l’église du quartier, tandis que pour sa part,  la journaliste  s’était trompée de mosquée.
Mme Newman était de fait attendue dans une autre mosquée assez proche où elle devait rejoindre son équipe de tournage déjà sur place.
Cathy Newma a reconnu avoir été bien accueillie à la mosquée Hyderi où elle af inalement rejoint son équipe de tournage

Cathy Newman a reconnu avoir été bien accueillie à la mosquée Hyderi où elle af inalement rejoint son équipe de tournage

Par ailleurs la mosquée où elle s’était présentée ne participait pas à l’opération de la journée Visite Ma Mosquée.
Mme Newman a présenté ses excuses pour ce qu’elle qualifie de malentendu.
A mon avis, elle ne s’était surtout pas rendu compte de l’impact que peuvent avoir les tweets d’une personnalité publique dont les messages sont suivis par plus de 70 000 abonnés. Des tweets qui de plus sont d’autant plus crédibles qu’ils entrent en résonance avec les représentations prédominantes sur la vision des femmes en Islam.Ce qui est étonnant de la part de quelqu’un qui travaille pour un grand média audiovisuel comme Channel 4.
La presse britannique rapporte généralement en détail ces éléments correctifs avec photos et vidéo à l’appui.

Malheureusement, le mal a été fait car, comme le dit Esmat Eraj, une des responsables de de l’Hyderi islamic Centre qui a si bien accueilli la journaliste,  les allégations de Mlle Newman ‘alimentent l’islamophobie.’
 

L’ancien ministre britannique pédophile Leon Brittan. un scandale qui n’intéresse pas la presse française. Et pourquoi donc?

février 4, 2015

L’homme politique britannique Leon Brittan est décédé tout récemment, le 21 janvier dernier, à l’âge de 75 ans Au cours de sa vie, Leon Brittan a occupé diverses fonctions: député (conservateur) au parlement, ministre des finances, ministre du commerce de Grande Bretagne, ministre de l’intérieur, trois fois Commissaire européen et vice-président de la Commission européenne.

Leon Brittan était donc une personnalité politique de premier plan non seulement dans son pays mais en Europe et dans le monde.

Leon Britttan

Leon Britttan

C’était aussi un pédophile qui recourait à la prostitution infantile comme le rapporte la presse britannique. Si le scandale couvait depuis un certain temps, il n’a explosé vraiment qu’après le décès de ce politicien.

Ce scandale ne concerne pas que Leon Brittan puisque d’autres personnalités politiques sont éclaboussées, certaines d’entres elles toujours en vie, d’autant qu’on sait maintenant que les pédophiles de l’establishment britannique ont bénéficié de protections au sommet du pouvoir, Brittan et un autre pédophile, Peter Hayman, sous-directeur du MI6 étaient particulièrement bien placés pour se protéger et bloquer les enquêtes menées par des policiers non corrompus.

Selon le KGB, qui était bien informé des travers de ces hauts responsables britanniques, Leon Brittan se servait de la Special Branch comme d’une milice privée au service de l’establishment.

Mais d’autres responsables politiques ont également veillé à étouffer un dossier qui à ce jour n’a pas encore entièrement été récupéré par la police.

En 2014 encore, le député travailliste Jim Hood était dénoncé pour avoir osé, au cours d’un débat à la Chambre sur les mineurs de charbon, soulever la question des agissements pédophiles de celui qui avait joué un grand rôle dans la répression du mouvement syndical pendant les années Thatcher.

La Dame de Fer et Jimmy Saville, un autre pédophile démasqué après sa mort notoire

La Dame de Fer et Jimmy Saville *, un autre pédophile démasqué après sa mort notoire

Aucun journal français ne parle de cette affaire d’une gravité exceptionnelle qui a impliqué un responsable politique de premier plan qui a eu à se prononcer sur des politiques françaises en qualité de vice-président de la Commission européenne.

Pourquoi ?

* sur Jimmy Saville, voir un post antérieur

Scandale des abus sexuels sur des enfants à Westminster : le KGB et la CIA conservaient des dossiers sur les personnalités pédophiles britanniques

par Don Hale, The Daily Mirror (UK) 31 janvier 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les services secrets russes et américains avaient connaissance de l’existence d’un groupe de pédophiles hauts placés qui sévissaient en Grande Bretagne et le KGB espérait les faire chanter en échange d’informations.

Les espions russes et américains ont compilé leurs propres dossiers secrets sur des députés et d’autres personnalités pédophiles, a-t-on soutenu.

La police enquête sur des dossiers manquants qui ont été mis bout à bout par des militants associatifs britanniques et donnent à présumer de l’existence d’un puissant réseau au cœur de Westminster dans les années 1970 et 1980.

Le Sunday [ce journal] est en mesure de révéler que des agents du KGB russe et de la CIA américaine ont également compilé leurs propres renseignements dans leur recherche de « saletés » sur des personnalités importantes au plus fort de la guerre froide.

Une source proche du KGB affirme/ « C’éatit une époque de tension et mon travail était d’identifier des gens qui pourraient peut-être nous aider avec des informations.

« Nous connaissions quelques députés qui aimaient louer des garçons, et d’autres qui étaient des pédophiles actifs. »

« Nous étions aussi au courant de certaines activités inhabituelles à Westminster et du travail du Paedophile Information Exchange (Le PIE était une association visant à faire reconnaître les droits des pédophiles).

« Plusieurs noms revenaient régulièrement et nous voulions entrer en contact pour en tirer avantage pour nous.

« A l’époque, les députés étaient protégés par les policiers de la Special Branch et quiconque avait un passé trouble, ou un appétit malsain pour les jeunes enfants, était rapidement repéré par eux.

« Leur boulot était difficile mais ils étaient tout à fait conscients que nous savions ce qu’ils savaient, et ils faisaient de leur mieux pour empêcher des fuites éventuelles.»

Le nom de l’ancien ministre de l’intérieur Leon Brittan, décédé la semaine dernière, a été cité dans l’affaire historique de scandale sexuel suite à des accusations selon lesquelles on lui avait remis un dossier contenant le détail des allégations d’abus sexuels dans les années 1980.

M. Brittan – dont le nom a été également cité la semaine dernière parmi les auteurs d’abus sexuels à la tristement célèbre Elm Guest House – a été accusé de ne pas avoir agi sur la base de preuves que lui avait transmises le député conservateur Geoffrey Dickens en 1983.

S’il avait reconnu avoir rencontré M. Dickens et avoir reçu un dossier en mains propres, il avait déclaré l’avoir transmis à des officiels [de la police] et ne plus avoir été saisi de ce sujet.

L’ancienne ministre travailliste Barbara Castle (décédée en 2002) avait réuni ses propres dossiers accablants sur PIE – une association qui plaidait auprès du gouvernement pour la légalisation des relations sexuelles avec les enfants – et ces derniers avaient été saisis par des agents de la Special Branch en 1984.

Barbara Castle en1968. Elle reste sans doute à ce jour une des plus remarquables femmes politiques européennes

Barbara Castle en 1968. Elle reste sans doute à ce jour une des plus remarquables femmes politiques européennes

La police essaye maintenant de retrouver les dossiers dans le cadre d’une vaste enquête sur ces allégations historiques d’abus sexuels.

Une source affirme : « La CIA a tuyauté maintes fois les Britanniques sur leurs propres types, mais c’était comme jouer au chat et à la souris.

« Nous avons tous deux [CIA et KGB] gardé des dossiers, et certains noms surprenants étaient impliqués.

« je suis sûr qu’ils seront conservés. Tous les services de renseignements ont amassé d’importantes archives et je pense que les dossiers sur ces députés anglais vont rester disponibles. »

L’ancien député libéral de Rochdale, Cyril Smith [décédé en 2010], était un nom bien connu des Russes.

Il [l’ancien agent russe] déclare : « Nous savions que Smith avait été arrêté pour détention de matériel pédopornographique, et des activités sexuelles dans des foyers pour enfants. La Special Branch était intervenue à plusieurs reprises.

« Nous étions aussi au courant de l’ancien député Geoffrey Dickens et de son dossier sur les abus sexuels sur des enfants confié à votre ministre de l’intérieur Leon Brittan en 1983.

« Nous nous attendions à une enquête de grande ampleur avec l’arrestation de Smith et d’autres, mais rien ne se passa.

« Brittan dirigeait votre Special Branch. Il organisait aussi des campagnes de « coups bas » avec le premier ministre Thatcher contre les mineurs et les militants syndicaux. »

Tony Robinson, 81 ans, un ancien agent expérimenté de la Special Branch qui avait été en poste à Widnes, a confirmé une bonne partie des assertions du KGB, reconnaissant que sa tâche prioritaire consistait à surveiller les parlementaires du nord-ouest.

Il a aussi été celui qui a découvert que les dossiers d’accusation de Cyril Smith avaient été délibérément cachés au quartier général de la Special Branch à Blackburn, et il explique : « Mon rôle était de traiter avec des politiques plutôt qu’avec des éléments criminels. C’étaient des années excitantes avec des incidents liés aux conflits dans le monde du travail, aux syndicalistes et aux militants subversifs. »

Il dit que quoique il ne puisse pas révéler l’intégralité de ses activités en raison des lois qui protègent le secret, il reconnaît avoir contribué à protéger des députés, essayé de contrer toute tentative de chantage’ et était conscient de l’intérêt des Soviétiques à l’égard de certains individus.

Le diplomate pédophile vulnérable au chantage, révèlent des dossiers secrets.

Un haut diplomate britannique engagé dans la « perversion sexuelle » dans les années 1960 était vulnérable au chantage, ont révélé des dossiers autrefois secrets.

Sir Peter Hayman du MI6 tenait des « dossiers explicites quant à ses propres activités et à ses fantasmes sexuels, » disait un rapport des années 1980.

Sir Peter Hayman, ex sous-directeur du MI6

Sir Peter Hayman, ex sous-directeur du MI6 (renseignement extérieur)

Certains de ses fantasmes avaient trait à des enfants mais n’avaient pas donné lieu à un passage à l’acte, lisait-on sur un briefing ministériel pour le premier ministre de l’époque, Margaret Thatcher.

Le député Geoffrey Dickens a recouru à un privilège parlementaire pour accuser Hayman d’être un pédophile.

En dépit des craintes de chantage, une n’enquête n’avait identifié « aucun risque pour la sécurité. »

Hayman, qui a été Haut Commissaire [représentant de la reine Elizabeth II qui est aussi reine du Canada NdT] est décédé en 1992.


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