L’Angleterre teste l’interdiction du burkini sur une de ses plages

29 août 2016

On le sait, les arrêtés municipaux prohibant le port du burkini sur certaines plages françaises ont suscité de nombreuses réactions à l’étranger.

On a pu lire ainsi des articles dans la presse anglo-saxonne où s’exprimait, indépendamment des opinions personnelles sur cette tenue de bain dite islamique, un mélange d’étonnement et de sarcasme devant l’attitude de responsables politiques supposés oeuvrer pour que les citoyens jouissent de leurs libertés, notamment en matière de choix vestimentaires.

La plupart des commentateurs ont relevé le racisme qui est à la base aussi bien des arrêtés municipaux que des commentaires des responsables politiques qu’ils appartiennent à la majorité socialiste ou à l’opposition de droite. Les images de la femme musulmane contrainte par la police municipale niçoise de retirer son burkini a d’abord été diffusée par la presse anglaise avant d’être reprise par celle de l’Hexagone.

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Nice: des policiers municipaux armés obligent une femme à retirer son burkini

Des Anglais se sont quand même demandés comment les choses se passeraient si la Grande Bretagne adoptait une réglementation interdisant le burkini sur ses plages. A cette fin, relate le Daily Mirror, ils ont monté une petite expérience de simulation.

Trois comédiens participent à cette expérience sur la plage de Southend-on-Sea sur la mer du Nord.

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Southend-on-Sea se trouve non loin de Londres

L’un d’entre eux joue le rôle d’un agent de police en uniforme, l’autre joue le rôle d’une estivante en burkini tandis que le troisième filme en caméra cachée.

Le but est de voir comment vont réagir les autres personnes présentes sur la plage.

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Comédienne en burkini

Le faux policier approche donc la baigneuse en burkini à qui il demande de se lever avant de lui dire

« enlevez-le ; enlevez ce vêtement, vous n’avez pas le droit de porter ça à la plage, vous avez l’air d’une terroriste. »

La scène ne semble pas au départ éveiller l’attention des autres personnes présentes sur la plage. Les choses changent quand le faux policier touche la tête de la baigneuse en burkini pour essayer de lui retirer son hidjab.

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Ce couple « blanc » regarde la scène dans sa phase échange verbal

Deux femmes s’approchent alors en criant à l’adresse du faux policier qui se retrouve bientôt entouré d’une vingtaine de femmes furieuses.A tel point que le comédien, de peur de ne plus maîtriser la situation, se retrouve obligé de révéler, plus tôt que prévu, la supercherie à des femmes médusées et toujours sous le coup d’une émotion et d’une révoltes intenses.

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Le faux policier est cerné par des femmes en colère

Le Daily Mirror note cependant que TOUTES les femmes qui sont intervenues étaient des femmes d’origine asiatique et antillaise ou africaine.

Gardons nous toutefois de tirer des conclusions définitives de ce qui ressemble à une expérimentation de psychologie sociale mais qui n’en est pas une!

Reste qu’elle sonne des pistes pour construire une expérimentation plus rigoureuse.

 

« La haine ne porte pas toujours de hidjab ». Ni de burkini. Un article au vitriol du Daily Mirror

25 août 2016

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire cet article. Moins à le traduire, because l’humour british rend la mission plus compliquée. Le résultat n’est pas complètement satisfaisant mais je dois m’en contenter.

Le Daily Mirror est un tabloïd anglais  proche du Labour Party. Il tire à environ 900 000 exemplaires par jour. En France, seuls les journaux gratuits comme 20 Minutes ou Direct Matin arrivent à de tels tirages (le Mirror n’est pas distribué gratuitement).

Chère France : s’il te plaît, arrête de fabriquer de nouveaux terroristes en arrachant les foulards des femmes

The Daily Mirror (UK) 24 août 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

OPINION par FLEET STREETFOX [Fleet Street est le nom de la rue où siègent les principaux journaux anglais]

Fleet Street Fox écrit une lettre ouverte à ceux qui interdisent le burkini

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Femme verbalisée sur une plage pour port de burkini

Mes idiots Française, [sic]

Pour rester diplomate, je vous féliciterai pour votre vin, une bonne partie de votre nourriture et ne mentionnerai pas Jean Michel Jarre.

(Oops.)

Mais je dois vous dire certaines choses au sujet des terroristes au sujet desquels, en dépit du fait qu’ils vous prennent si souvent pour cibles, vous semblez ne pas savoir grand-chose.

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Y’en a une! Y’en a une! Ah non,alors!

Nous aimerions tous qu’il n’y ait pas de terroristes.

Ce qui ne veut pas dire faire le genre de choses qui augmente la probabilité que quelqu’un, le cerveau sous cachetons et animé de la rage de l’impuissant, décide de foncer avec son camion dans une foule de civils,

Les terroristes sont de mauvaises gens. Pas parce qu’ils sont nés mauvais mais parce qu’ils ont été rendus mauvais par des gens encore plus mauvais.

Le travail qui consiste à les convaincre d’être méchants est rendu 85 fois plus facile si le proto-terroriste a l’impression qu’on le considère comme un moins que rien.

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Psst Pierre! Y’a un garçon basané dans la rue avec un ballon. C’est sûrement une bombe!

Une des meilleures méthodes pour amener quelqu’un à ressentir l’humiliation totale est de lui ordonner de se déshabiller devant d’autres personnes.

Les Nazis procédaient ainsi avec leurs prisonniers dans les camps de concentration. Les Khmers Rouges faisaient ainsi avec les gens qui portaient des lunettes [réputés être des intellectuels, NdT]. Daesh le fait avec ses otages.

C’est mal [en français dans le texte], d’accord?

Et c’est pourquoi, mes petites chums [amies en parler du Québec] françaises, c’est incroyablement stupide de dire aux personnes dont vous pensez qu’elles sont des terroristes potentielles d’être plus dénudées qu’elle ne le veulent..

C’est encore plus stupide quand vous considérez le fait que les dames en question :

  1. Ne sont pas des terroristes
  2. Ne cachent pas d’armes dans leurs manches [l’auteur fait un jeu de mot intraduisible qui joue sur le fait qu’en anglais le mot « arm » a le sens de bras ou d’arme selon le contexte].
  3. Et qu’à la base, porter un chapeau, un T-shirt et des leggings qui sont, d’après ce que j’ai pu constater moi-même la dernière fois, sont exactement le genre de vêtements que portent aussi vos agents de police, les habitants de votre pays et les touristes quand ils sont à la plage.
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Mme Nigella Lawson (présentatrice vedette de la télévision britannique), au cas où vous vous poseriez des questions, déteste le soleil par opposition à la liberté

Beaucoup d’entre nous peuvent regarder comme chose admirable votre volonté d’être une nation laïque [secular].

Mais si vous commencez à faire se déshabiller des femmes musulmanes qui veulent recouvrir certaines parties de leur corps, pour être justes vous devrez faire la même chose avec les nonnes, les membres de Hare Krishna, les femmes juives orthodoxes, les catholiques pendant la messe et, eh oui, les imams et les évêques aussi.

Et au sommet des réfractaires aux coups de soleil, les surfeurs dans leurs combinaisons, les mamans de tous les jours, les obèses, les poivrots, les policiers casqués, les personnels sur les routes avec leurs casques de sécurité,  les vieilles dames grecques, les grands-mères et tout ce qui porte un sari.

Et allez-vous sérieusement dire à chaque femme de retirer ses vêtements avant qu’elle puisse rencontrer le Pape lors de sa prochaine visité.

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Vos couvre-chefs sont peut-être des rampes de lancement de missiles, mesdames. Ôtez-les!

Les femmes qui portent un hidjab le font sans doute pour nombre de raisons. La meilleure manière de savoir si elles ont été forcées à le porter, c’est de le leur DEMANDER, pas de leur arracher leurs foulards par la force de la loi et de leur infliger une amende pour ce privilège [en anglais ce mot signifie aussi la faculté de savoir ce que quelqu’un pense].

Il se peut aussi qu’il vous vienne à l’idée que de nombreuses femmes CHOISISSENT d’en porter un – comme le font les nonnes, par pudeur – ou pour des raisons sociales.

Si vous souhaitez que les femmes montrent leurs cheveux, la meilleure façon d’y parvenir est de leur dire qu’elles ont de beaux cheveux.

Humilier une femme du fait de son apparence n’est pas la meilleur manière e l’amener à porter un bikini.

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Bien que vous pourriez essayer avec certains hommes, comme Peter Stringfellow si ça vous chantait

Une autre façon de faire serait de la laisser vivre dans un pays où elle a la liberté de choisir.

Parce que changer un code vestimentaire strict en imposant, euh, un autre code vestimentaire strict ne permettra pas d’emporter la conviction.

D’ailleurs, il y a cent ans de cela, nous couvrions toutes nos têtes.

Voyez-vous, cette dame sur la plage qui a commis le crime affreux de ne pas s’habiller comme Peter Stringfellow est mère de deux enfants.

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Je pense. I think.

Elle a probablement aussi un mari, un père, un frère, des cousins. Tous seront marqués par l’humiliation publique qu’elle a subie.

Et qui, s’ils ne pensaient pas déjà que la France les traitait mal, pourraient se mettre à le penser désormais.

Et si ce n’était pas le cas, ceux qui ont lu sur cette affaire ou vu les photos pourraient se mettre à le penser.

Et s’ils ne le faisaient pas, vous pouvez parier votre dernier franc que les vraies méchants qui cherchent à transformer les autres en terroristes agiteront ces photos au visage de leurs acolytes avant dîner [en français dans le texte].

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Imaginez si quelqu’un avait fait ça à la maman de la pub Oxo (marque d’ustensiles de cuisine)

Après tout, vous ne forceriez pas une nonne à se déshabiller, vous ne retireriez pas le turban de la tête d’un Sikh, ou vous ne rabaisseriez pas le chapelet de prière d’un Bouddhiste

C’est le genre de choses que font les terroristes. Pas vous. Pas nous.

Je sais que vous croyez que par la répression des vêtements de terroristes, vous réprimez les terroristes.

Le problème est que vous stoppez les vêtements, Ni les bombes, ni la haine ou l’islamo-fascisme.

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La haine ne porte pas toujours un hidjab. La journaliste Fatima Manji de Channel 4 a été victime des attaques islamophobes de Kelvin MacKenzie du Sun qui a critiqué le fait qu’elle ait été chargée par Channel 4 de couvrit la tragédie du 4 juillet à Nice

Ce que vous faites là, c’est FABRIQUER DE NOUVEAUX TERRORISTES.

Et une nation saine devrait se demander si ce n’est pas la raison pour laquelle la France a subi seize attentats terroristes en quatre ans.

Ce n’est pas le fait de se recouvrir de vêtements que vous avez en tête, sinon vous devriez arrêter presque tout le monde.

C’est le fait de se recouvrir de vêtements et d’être musulman que vous ne pouvez supporter.

Laissez-moi deviner. Vous voulez qu’ils collaborent ?

La Grande Bretagne a une certaine expérience parce que nous avons essayé la même chose avec les Irlandais, les immigrés à la peau foncée, les Catholiques, les pauvres et, oh, à peu près tous les autres.

Ca n’a pas marché.

Et vos propres enquêtes montrent que sur une population de deux millions d’adultes musulmans, hommes et femmes, à peine 1900 de ces adultes portent des niqabs ou des burqas.

C’est 0.095%.Est-ce là un problème massif ?

Votre problème n’est pas le burkini. C’est que vous ne pouvez pas voir [voir au sens aussi de supporter] la personne qui est dedans.

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Les maths, c’est trop difficile, non?

Vous êtes incapables de voir qu’un pays qui INTERDIT les foulards est tout aussi mauvais que celui qui en fait une OBLIGATION.

Si la raison pour laquelle nous sommes les gentils est que nous donnons aux gens plus de liberté, la retirer quand elle est exercée n’est pas exactement une bonne idée.[en français dans le texte]

Le seul résultat de ça, c’est que ça amène des gens à penser qu’on les méprise à fond et ça transforme ces 0.095 % en le genre de personnes qui non seulement applaudissent mais peuvent même participer à un massacre.

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Pourquoi ne pas lancer du gaz lacrymogène sur les réfugiés, tant qu’à faire? Oh, vous le faites déjà!

Une chose dont aucun d’entre nous ne veut plus.

Alors, s’il te plaît la France, fais une faveur au monde et à toi-même en arrêtant d’envoyer du gaz lacrymogène sue la Jungle de Calais, arrête de ghettoïser tes immigrés, arrête de t’en prendre à des femmes d’âge mûr qui ont envie de piquer une tête dans l’eau et arrête de trouver des moyens inventifs de susciter de nouvelles vocations terroristes.

Parce qu’en même temps que tu fais ce beau travail, tu pourrais tant qu’à faire rebaptiser ton hymne national Le Chant du Clone de Daesh  pour finir.

Tu es la nation de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. S’il te plaît, montre nous que ce n’est pas du passé.

Très sincèrement,

Ton ami Foxy

Le bikini et l’âme de la France, une lecture décoiffante de la chasse au burkini

24 août 2016

Cet excellent article a été signalé par des personnes que je suis sur Twitter et j’ai souhaité le traduire. Comme tout texte teinté d’humour british, il m’a réservé quelques difficultés de traduction que je n’ai pas complètement surmontées. La traduction reste cependant fidèle au sens voulu par l’auteure qui moque avec tendresse et férocité les postures prises par la classe politique hexagonale au sujet du fameux burkini.

Hadley Freeman est une journaliste américaine qui travaille en Angleterre et qui est connue pour son combat contre la misogynie.

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Hadley Freeman

Son article est parfaitement complémentaire de celui d’Amanda Taub publié par le New York Times.

Quel style de maillot de bain dois-je porter pour impressionner le chic à la française ?

Vous pouvez faire confiance aux Français pour faire de l’exposition de la chair féminine un élément essentiel de leur identité nationale. Allons France, tu vaux mieux que ces interdictions du burkini.

Par Hadley Freeman, The Guardian (UK) 22 août 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Je vais en vacances sur la côte française cette semaine. Quel style de maillot de bain dois-je porter pour impressionner le chic à la française ?

Amanda, par email

Ooh la la, la plage française – c’est si chic, n’est-ce pas ?  [en français dans le texte] Mais que diable faut-il porter pour aller sur un lieu célébré par tout le monde, de Manet à Colette en passant par Karl Lagerfeld ? Cette année, la seule réponse est : un burkini.

Comme vous en avez sans doute entendu parler maintenant, le burkini – un maillot de bain qui recouvre tout le corps a la faveur de certaines femmes musulmanes ( et de Nigella Lawson) – est le dernier vêtement dans la ligne de mire de ce que la France voudrait interdire de porter aux femmes musulmanes dans le but de les affranchir des règles patriarcales sur l’apparence des femmes, ou quelque chose comme ça. Je ne sais pas, j’ai essayé de lire environ une centaine d’articles sur ce sujet et pourtant je n’arrive jamais à aller plus loin que le premier paragraphe parce que mon cerveau se retrouve au bord e l’explosion.

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Plage de Bondi en Australie: Nigella Lawson (à droite) est une animatrice vedette de la télévision britannique. Elle n’est pas musulmane mais porte un burkini pour se protéger du soleil.

Après l’interdiction des foulards dans les écoles et celle du niqab dans l’espace public, c’est maintenant au tour du burkini d’être considéré comme incompatible avec le mode de vie français. Vous pouvez faire confiance aux Français pour faire de l’exposition da la chair féminine un élément essentiel de leur identité nationale. Pour l’heure, cinq villes ont interdit le burkini et trois autres sont sur le point d’en faire autant, pour sauver ce que Marine Le Pen appelle sans langue de bois « l’âme de la France. » Le premier ministre Manuel Valls a ajouté la semaine dernière que « la nation doit se défendre. »

Malheureusement, personne ne peut raisonnablement trancher ce qu’est cette âme française, ou pourquoi elle a besoin d’être défendue contre une tenue de main musulmane. Ma ministre socialiste des droits de femmes, Laurence Rossignol, a souligné que c’était une question féministe : [le burkini] a la même logique que la burqa : cacher les corps des femmes pour les contrôler, » a-t-elle dit, apparemment non consciente du fait que les contraindre à porter des bikinis pourrait facilement être perçu comme une autre forme de contrôle. »  » Ce n’est pas seulement l’affaire de celles qui le portent car il est, pour moi, le symbole d’un projet politique hostile à la mixité et à l’émancipation des femmes, » a-t-elle ajouté. C’est quand même quelque chose que d’entendre une ministre supposée chargée des droits des femmes piétiner allègrement les droits des individus à porter leurs tenues de bain – qui ne contreviennent à aucune loi française – dans le but de faire une généralisation d’ordre théorique qui va à l’encontre de la mixité au nom de la mixité. Vous commencez peut-être à avoir mal à la tête là ? Parce que mon cerveau à moi est à nouveau au bord de l’explosion.

Les politiciens français se figurent-ils que ces femmes viendront désormais à la plage dans la tenue française acceptable, i.e. seins nus ?

Voyez-vous, il y a beaucoup de choses dans l’attitude de l’Islam à l’égard des femmes que je n’aime pas. Il y a de même beaucoup de choses que je n’aime pas dans l’attitude de ma propre religion à l’égard des femmes, mais ne nous égarons pas. Il ne faut pas se leurrer à propos de ce sur quoi porte tout ce battage. La France a plus souffert  d’un terrorisme épouvantable perpétré au nom de l’Islam que n’importe quel autre pays européen ces dernières années et, ne sachant trop quoi faire pour lutter contre lui, elle fait précisément ce que Rossignol accuse l’Islam de faire : montrer du doigt des femmes à qui on n’a rien à reprocher  et leur donner mauvaise conscience au sujet de leur corps. C’est ce qui se passe quand les politiciens français exploitent la laïcité tant célébrée du pays (principe de sécularisme) pour obtenir des gains politiques en jouant sur le plus petit dénominateur commun. En outre, quand la ministre chargée des droits des femmes se retrouve du même côté que le Front national, eh bien au moins l’une des deux devrait prendre le temps de se regarder sérieusement dans la glace.  Après tout, si Mme Rossignol était si préoccupée par les vêtements qui sont « hostiles à l’émancipation des femmes, » elle devrait envisager l’interdiction des robes de mariées blanches qui envoient le message qu’une femme doit être vierge et innocente quand elle se marie. Ou les talons hauts qui disent que les femmes doivent être comme des gazelles qui aiment marcher sur la pointe de leurs orteils pour être sexy. Mais est-ce que l’un ou l’autre [de ces effets vestimentaires] est prohibé ? Non, ils ne le sont pas. Mais pour le coup, ils ne sont pas associés à la religion musulmane. Il n’est pas question ici de relativisme culturel mais de comprendre ce qui « diable est en train de se passer. »

Honnêtement, qu’est-ce que les politiciens français pensent qu’il va arriver à ces femmes désormais interdites de porter leurs burkinis ? Est-ce qu’ils se figurent qu’elles vont maintenant venir à la plage dans la tenue française acceptable sur la plage, i.e. seins nus avec leur nudité recouverte seulement de deux petits morceaux de tissu d’un bikini et éventuellement d’une cigarette ? Non, elles resteront à la maison, refoulées à l’intérieur et hors de la vue, dans l’incapacité d’être sur la plage avec leurs enfants. Une championne à la grande âme qui protège, la France !

France, tu sais que je t’aime. La moitié de ma famille vient de chez toi et mes parents vivent chez toi. Mais vraiment, n’as-tu rien appris de l’histoire ? Les événements du siècle dernier ne t’ont-ils vraiment pas appris que grignoter toujours plus les droits d’une minorité religieuse persécutée dans ton pays simplement pour leur rendre la vie plus difficile afin de calmer une populace apeurée et en colère ne fera aucun bien à ton « âme »? En ce moment, tu ressembles au chef vaguement raciste d’un camp de nudiste en disant aux femmes musulmanes d’être au moins à demi-nues pour prouver leur valeur. Je ne veux pas donner l’impression de trop sortir du sujet ici, mais si vous êtes si préoccupés par la persécution que doivent ressentir ces femmes musulmanes dans leurs tenues de bain, peut-être devriez-vous d’abord aller en parler avec elles avant de vous mettre à foncer comme un sauveur colonialiste pour affirmer que vous savez ce qui est le mieux pour elles

. Allons France, tu vaux mieux que ça. Et quant au reste d’entre nous [les femmes], qu’on nous laisse critiquer et fuir le burkini.

Selon l’archevêque catholique syrien de Mossoul, les puissances occidentales souhaitent que les Chrétiens d’Orient quittent leurs pays

20 août 2016

Chacun sait les malheurs qu’endurent les populations en Irak, et les Chrétiens en particulier.

En ce qui concerne ces derniers, beaucoup ont été amenés par la force des choses à quitter les régions où ils étaient enracinés depuis des siècles voire des millénaires ou même à abandonner l’Irak pour d’autres pays de la région ou vers l’Europe et le continent américain.

Cette situation est due, ainsi que l’observe l’archevêque de Mossoul Yoanna Boutros Moshe, à l’intervention militaire anglo-américaine qui a non seulement renversé l’ancien chef de l’Etat Saddam Hussein mais surtout détruit l’armature de l’Etat irakien livrant ainsi le pays à une anarchie dont la minorité chrétienne a été une des premières à faire les frais.

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L’archevêque Yoanna Boutros Moshe

L’archevêque qui a dû quitter la ville de Qaraqosh où se situe le siège de son archevêché après la prise de Mossoul par l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh) n’est guère optimiste sur l’avenir de sa communauté.

Actuellement réfugié au Kurdistan irakien avec nombre de ses paroissiens, il n’a qu’un souhait, revenir sur sa terre ancestrale, à Mossoul. Il ne se voit pas demeurer au Kurdistan mais il n’a cependant pas le sentiment que les choses avancent en ce qui concerne la reprise de Mossoul

Et il estime que les Etats Unis ne font rien !

Selon lui, les puissances occidentales ne laissent qu’une alternative à ses coreligionnaires : se convertir à l’Islam ou quitter l’Irak.

Concrètement, ça revient à ça. Parce que dans l’avenir chaotique qui est promis à la région dans la stratégie de puissance des Etats unis, le départ massif des Chrétiens est un scénario non seulement vu comme possible par l’occident, mais inexorable et même souhaitable.

C’est du moins une conviction répandue chez les Chrétiens d’Orient à partir d’une information (apparemment non vérifiée) selon laquelle Nicolas Sarkozy aurait affirmé en 2011 au patriarche maronite que « les chrétiens n’ont plus leur place dans le Moyen-Orient et qu’ils devraient tous émigrer vers l’Europe ». Une information qui a été démentie par le gouvernement français (qui a cependant une politique préférentielle d’accueil de ces populations).

Un démenti qui n’a pas vraiment rassuré l’archevêque de Mossoul semble-t-il.

« L’Occident combat Daesh pour les ressources en pétrole »

Les paroissiens de l’église catholique syrienne qui ont fui la terreur djihadiste en 2014 édifient un nouveau sanctuaire pour prier.

L’archevêque de l’église catholique syrienne accuse la communauté internationale de ne pas protéger les fidèles. « Nous nous sentons abandonnés par les politiques. »

Par Francisco Carrione à Erbil (Irak) El Mundo (Espagne) 20 août 2016 traduit de l’espagnol par Djazaïri

Dans les faubourgs arides d’Erbil on met les bouchées doubles pour construire le nouveau diocèse de l’église catholique syrienne, une branche orientale qui suit les préceptes de Rome. Deux années après son exil forcé, ses paroisses et la mémoire des siècles de présence sont encore entre les mains de l’Etat Islamique autoproclamé.

Ses fidèles, contraints de choisir entre la conversion à l’Islam ou la fuite ont échappé à la terreur à la mi-juillet 2014. Depuis lors, ils ont construit leur refuge aux abords de la capitale autrefois prospère du Kurdistan irakien. « Ici aussi, on ressent le danger, » reconnaît Yohanna Boutros, l’archevêque catholique syrien de Mossoul qui aujourd’hui dirige une diaspora déclinante. Il est 13h, au milieu du complexe en construction un groupe de jeunes Chrétiens joue au football. Les piques de Boutros, 72 ans – archevêque de la deuxième ville d’Irak depuis 2010 – n’épargnent personne, pas même le Pape François. « Je pense qu’il pourrait faire plus que ce qu’il fait, » affirme le religieux pendant l’entretien accordé à El Mundo.

Q – Deux ans après l’exode, avez-vous un espoir quelconque?

R -Aucun. Les gens ont perdu confiance dans le gouvernement irakien parce qu’on n’a constaté aucun progrès sur le champ de bataille. Règne une grande frustration. La majeure partie [des Catholiques] est restée au Kurdistan irakien mais certaines familles ont commencé à aller en Jordanie, au Liban et en Turquie. Quelque deux mille personnes se sont établies en France.

Q – La diaspora est de plus en plus…

C’est comme ça. Nous faisons face à une grande catastrophe. Notre héritage est en train de disparaître. Les gens qui sont partis seront assimilés par d’autres rites [chrétiens essentiellement, NdT]. Si nous ne faisons pas quelque chose, l’Eglise Catholique Syrienne sera rayée de la carte.

Q – La date de l’offensive pour reprendre Mossoul n’est toujours pas fixée.

La coalition internationale a promis qu’elle reprendrait Mossoul mais elle n’a pas expliqué comment elle allait faire. Qu’en sera-t-il de notre foi ? Le retour des Chrétiens semble impossible. Nos fidèles sont traumatisés. Avant de revenir, en tout cas, nous devons d’abord avoir le sentiment qu’il y a un gouvernement qui tient la situation sous son contrôle et peut garantir nos droits. Nous ne voulons pas être des citoyens de seconde zone. Et ensuite, nous avons besoin d’une garantie internationale. Nous ne faisons pas confiance à l’armée [irakienne].

Q -Qu’a laissé votre communauté à Mossoul?

Mossoul est le centre de notre église. Elle a une longue et riche histoire liée à notre foi. Moi, par exemple, j’ai étudié et passé mes diplômes à Mossoul. Dans ma qualité d’archevêque, je résidais à Qaraqosh [une ville chrétienne proche de Mossoul et toujours contrôlée par Daesh] et, comme les autres habitants, j’ai dû quitter les lieux en août 2014 suite à l’offensive de Daesh.

Q -Depuis lors, le patrimoine chrétien dans les zones contrôlées par les djihadistes a été victime des attaques. Savez-vous quelle est leur situation ?

Nous n’avons pas de sources précises sur leur état actuel. Nous savons que les croix ont été arrachées à l’extérieur des églises et que l’Etat Islamique s’en sert comme dépendances. Certains lieux qui ont été endommagés datent du IVème siècle après JC. Ils cherchent à nous humilier parce qu’ils savent que les habitants se sentent très proches de ces monuments.

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Q -La communauté internationale fait-elle assez pour protéger vos fidèles ?

Non. Nous ne sentons pas son soutien. Les Etats Unis comme les gouvernements de l’Union Européenne ne font rien. Ca donne le sentiment que nous sommes priés de nous convertir à l’Islam ou d’abandonner notre terre. « Pourquoi ne partez-vous pas? Cette région n’est pas pour vous, » semblent-ils nous dire. Nous nous sentons abandonnés par les politiques mais pas par les Chrétiens d’Occident.

Q -Qui est derrière Daesh ?

Ceux qui ont donné le jour à Daesh et l’ont amené sur ces terres le savent. L’Occident a commencé à lutter contre cette organisation mais pas par rapport à la situation des Chrétiens, ni par rapport à la transformation de la carte multireligieuse mais par rapport aux ressources [pétrolières] qui se trouvent dans la région.

Q -Quel est votre avenir ?

Si la situation perdure ainsi très longtemps, nous finirons par partir, même du Kurdistan. Bien que les dirigeants de cette région nous aident, il y a ici aussi des forces fanatiques. Ce n’est pas une existence commode.

Q -Vos propos sont très critiques à l’égard des responsables politiques occidentaux Les Etats-Unis ont-ils une responsabilité dans la situation en Irak?

Bien sûr. Ils ont une grande responsabilité. Ils ont renversé Saddam Hussein et permis le vide du pouvoir qui lui a succédé. Avant l’invasion, il y avait des fanatiques mais nous avions de bonnes relations avec la majorité de nos voisins. A partir de 2003, les problèmes ont commencé. Il n’y avait pas de gouvernement et les attaques contre les Chrétiens étaient tolérées. Ce sont les Etats Unis qui ont détruit l’Irak.

Q -Devrait-il y avoir des indemnisations pour les erreurs du passé ?

Les Etats Unis ne feront jamais rien en Irak. Ils disent maintenant que c’est le travail des dirigeants irakiens. En quête de protection, quelques jeunes Chrétiens ont commencé à s’entraîner avec les forces irakiennes pour aider à la libération de Mossoul.

Q -Quel est votre rêve?

Retourner sur ma terre. Si ce n’est pas possible, je ne resterai pas ici. Notre vie doit être là où se trouve notre patrimoine. Et ce sont les vieilles pierres qui témoignent de notre histoire.

Burkini et crise de l’identité française vus par le New York Times

19 août 2016

Je vous propose un article intéressant du New York Times qui a le double avantage de présenter un point de vue extérieur sur le débat sur le burkini qui agite en ce moment la classe politico-médiatique hexagonale et de nous offrir un regard nourri des observations sur la France fournies par la sociologie et l’anthropologie américaines.

Si l’article relève bien le passé colonial de la France qui sous-tend le discours des politiques sur l’Islam et certaines de ses manifestations extérieurs comme le hidjab ou en ce moment le burkini, il omet à mon avis un facteur de désagrégation de l’identité française qu’on ne saurait sous-estimer, à savoir les effets de l’intégration dans l’Union Européenne. Ce n’est pas pour rien, à mon sens, si les contempteurs de l’intégration européenne tendent à assimiler la place de cette dernière à celle d’une colonie, en tout cas d’un Etat qui est dépouillé de l’essentiel de sa souveraineté comme l’étaient naguère les protectorats.

Les interdictions du ‘burkini’ en France ont à voir avec bien autre chose que la religion ou l’habillement

Par Amanda Taub, The New York Times (USA) 18 août 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

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Amanda Taub

Washington – Il y a quelque chose qui donne le tournis dans ces arrêtés d’interdiction du burkini qui fleurissent sur le littoral français. L’évidence de la contradiction – imposer des règles sur ce que les femmes peuvent porter sur la base de l’idée qu’il est injuste pour les femmes de devoir obéir à des règles sur ce que les femmes peuvent porter – montre clairement que quelque chose de plus profond doit être à l’œuvre.

« Les « burkinis » sont à la base des maillots de bain qui recouvrent tout le corps en conformité avec les normes musulmanes relatives à la pudeur, et mercredi, le premier ministre Manuel Valls s’est jeté dans le débat enflammé sur les interdictions prononcées sans quelques villes balnéaires du pays, dénonçant ce vêtement qu’on voit rarement comme un élément de « l’asservissement des femmes. »

Ceci ne porte évidemment pas réellement sur une tenue de bain. Les sociologues disent que cela n’a pas non plus un rapport premier avec la protection des femmes musulmanes contre le patriarcat, mais que c’est en lien avec une volonté d’éviter à la majorité non musulmane de la France de devoir se confronter à un monde qui change : un monde qui leur demande d’élargir leur vision de l’identité quand beaucoup voudraient qu’elle demeure telle qu’elle était.

« Ce genre de déclaration [celle de Manuel Valls, NdT] est une manière de sanctionner [le sociologue emploie le verbe to police qui signifie contrôler, surveiller] ce qui est français et ce qui n’est pas français, » explique Terence G. Peterson, un professeur de la Florida International University qui étudie la relation de la France avec les immigrés musulmans et avec le monde musulman.

Si cette bataille sur l’identité prend de l’ampleur au lendemain des attentats terroristes [Nice et Saint-Etienne du Rouvray, NdT], elle fait en réalité rage sous une forme ou une autre depuis des dizaines d’années dans la société française, affirme le Professeur Peterson. Ce qui semble être une confrontation sur une petite question de vêtement islamique porte en réalité sur ce que signifie être français.

Pendant l’époque coloniale, quand la France contrôlait de vastes régions musulmanes, le voile était devenu un « symbole hyperchargé » explique le Professeur Peterson. Le voile était considéré comme un symbole de l’arriération des Musulmans et les normes vestimentaires féminines françaises, plus flexibles, étaient considérées comme un signe de supériorité culturelle, des façons de voir qui justifiaient le colonialisme.

Le colonialisme est au fondement de la crise d’identité que vit la France actuellement parce qu’il a ancré un sentiment d’identité nationale française en tant que distinct et supérieur aux identités musulmanes – tout en promettant l’égalité aux Musulmans colonisés qui avaient commencé à immigrer en France en grand nombre. La choc qui en résulte prend souvent la forme de débats sur les tenues vestimentaires.

Le voile est resté un symbole puissant de l’altérité quand le colonialisme s’est effondré après la seconde guerre mondiale et que les Musulmans des pays colonisés ont afflué en France. Mais maintenant, cette altérité se joue à l’intérieur même d’un pays qui tente de définir sa propre identité post-coloniale.

Au fil des générations, le voile s’est répandu chez les Musulmanes françaises, en tant que pratique religieuse et, peut-être, comme symbole de leur héritage culturel particulier. Il était un signe visible de la manière dont la France elle-même, ainsi que son rôle dans le monde, était en train de changer.

Le résultat a été que le voile est devenu le symbole non seulement d’une différence religieuse mais du fait que les Français « de souche » n’avaient plus le monopole de la définition de l’identité française. La France était devenue une nation multiculturelle et multiethnique où les traditions signifiaient différentes choses pour différentes personnes.

Le symbole du voile à l’époque coloniale en tant que signe de l’infériorité musulmane en a fait une cible commode pour les arguments selon lesquels l’identité française « traditionnelle » devait demeurer non seulement dominante mais la seule identité culturelle en France.

Les burkinis peuvent sembler effrayants car ils sont perçus comme menaçant ce type particulier d’identité française par l’expression d’une forme alternative d’identité – dans ce cas, en tant que Musulmans. Beaucoup de Français, au lieu de croire que ces identités peuvent coexister, les perçoivent comme nécessairement concurrentes.

Il existe même un mot français péjoratif pour qualifier l’introduction de ces identités alternatives, le « communautarisme » dont le développement est considéré comme une crise nationale.

Des articles d’habillement musulmans comme le voile ou le burkini sont devenus des symboles du fait que l’identité nationale française n’est plus le domaine réservé de groupes de populations qui vivent dans ce pays depuis des siècles. Des décisions comme les interdictions cet été du burkini ont pour but d’empêcher une redéfinition élargie de l’identité française en contraignant les Musulmans non seulement à s’assimiler mais aussi à adopter l’identité plus étroite et rigide [celle qui exclut les Français issus de l’immigration musulmane, NdT].

C’est une méthode à laquelle la France a recouru pendant des dizaines d’années, et qui a à chaque fois échoué.

John Bowen, anthropologue à la Washington University de Saint-Louis, explique que la France a tendu à essayer ce genre de restrictions aux moments où elle affrontait des tensions aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur en relation avec les Musulmans et le monde musulman.

Les choses ont commencé en 1989 avec la fameuse affaire du foulard quand trois collégiennes françaises avaient été exclues pour avoir refusé de retirer leur coiffe. Ostensiblement, la raison était que les foulards étaient des symboles religieux visibles et qu’ils contrevenaient donc avec la loi française sur la laïcité, ou sécularisme. Mais la laïcité était dans la législation depuis 1905 et les foulards sur la tête étaient néanmoins autorisés en général.

Ce qui a changé, écrivait le Professeur Bowen dans un livre sur le sujet, ce sont des événements dans le monde qui ont fait que l’Islam a semblé être une force particulièrement pernicieuse. En 1989, le leader de l’Iran, l’Ayatollah Rouhollah Khomeini avait signé un décret contre l’écrivain Salman Rushdie. A la même époque, des Algériens avaient constitué le Front Islamique du Salut (FIS), un parti tenant d’une ligne dure et qui basculera ensuite dans l’insurrection.

Interdire les foulards dans les écoles françaises devenait une manière de gérer l’anxiété générée par les événements à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et d’affirmer le droit de protéger les valeurs françaises.

Les foulards à l’école sont revenus sur le devant de la scène nationale en 1993 et 1994 quand les autorités françaises craignaient de voir de jeunes hommes membres de familles immigrées algériennes rejoindre les rangs de l’insurrection islamiste en Algérie. Après les attentats du 11 septembre 2001, le voile cristallisa une fois de plus les peurs à l’égard de communautés musulmanes qui étaient à l’écart de la culture et de la société française dominantes.

Et cet été, la France est sous le choc d’une série d’agressions terroristes et est de plus en plus préoccupée par les jeunes Musulmans qui vont en Syrie pour rejoindre l’Etat Islamique ou d’autres organisations djihadistes. Une fois de plus, certains en France voient le processus d’assimilation comme une question de sécurité nationale.

Le voile est un symbole qui a une puissance anxiogène spécifique en matière d’assimilation parce qu’il est porté par choix. Tandis que des caractéristiques fixes comme la race ou la couleur de la peau n’impliquent aucun jugement sur la culture ou les valeurs françaises, l’habillement implique une décision de se différencier – de donner la priorité à son identité culturelle ou religieuse par rapport à celle de son pas d’adoption.

Les interdictions vestimentaires ont pour but, en effet, de faire pression sur les Musulmans français pour qu’ils se détournent de tout sentiment d’identité communautaire et adoptent l’identité française étroitement définie qui préexistait avant leur arrivée. Mais essayer de forcer à l’assimilation peut avoir l’effet contraire : dire aux Musulmans français qu’ils ne peuvent pas avoir simultanément une identité musulmane et une identité française, les forcer à choisir, c’est ainsi les exclure de ce que recouvre l’identité nationale au lieu de les convier à y contribuer.

La France a un autre choix : elle pourrait élargir sa définition de l’identité nationale pour inclure les Musulmans français tels qu’ils sont. C’est quelque chose qui peut effrayer beaucoup de Français, qui le vivrait comme renoncer à une identité « traditionnelle » confortable et non comme l’ajout d’une nouvelle dimension à celle-ci. En l’absence d’acceptation de ce changement, il existe une volonté de faire pression sur les Musulmans français pour résoudre la crise identitaire, mais cette démarche employée pendant des dizaines d’années n’a apporté que peu de progrès – et beaucoup de tensions.

Combien de temps faudra-t-il au gouvernement pour comprendre que les Musulmans connaissent bien leurs propres communautés ? (à propos de la condamnation d’Anjem Choudary)

18 août 2016

Le prédicateur Anjem Choudary vient d’être condamné par un tribunal londonien pour soutien à l’Etat Islamique (Daesh). On lui reproche notamment d’avoir prêté allégeance à l’organisation susmentionnée dans une vidéo diffusée sur YouTube et d’avoir encouragé son auditoire à aller combattre en Syrie.

Tout cela paraît assez logique et normal. Ce qui l’est moins, c’est que Anjem Choudary et son acolyte Mohammed Rahman, condamné lui aussi, tenaient des discours incendiaires depuis dix ans.

Comme le remarque Siema Iqbal dans l’article que je vous propose, Anjem Choudary n’avait qu’une audience extrêmement limitée dans la communauté musulmane qui s’était détournée de ses « prêches » quand il s’exprimait dans la rue tandis que les mosquées lui avaient fermé leurs portes.

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Le Dr Siema Iqbal

Ce n’est donc pas à son influence sur la communauté musulmane qu’il devait sa notoriété mais au fait qu’il avait été désigné par les grands médias (journaux, radio et télévision) comme étant représentatif, voire le représentant, de l’Islam en Grande Bretagne.

C’est-à-dire que des médias puissants ont donné à cet individu marginal dans sa propre communauté la possibilité de distiller un message haineux et violent supposé correspondre aux dispositions d’esprit des musulmans de ce pays.

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Selon Anjem Choudary, la charia va dominer le monde. La faible profondeur de champ sur la photo laisse supposer une foule là où il n’y a peut-être que dix personnes

Dans le même temps, des personnalités musulmanes plus qualifiées étaient mises à l’écart, une législation anti-terroriste venant à point nommé les dissuader de se mettre en avant.

A y regarder de près, c’est la situation que nous connaissons en France avec un système politico-médiatique qui s’acharne à trouver et désigner des personnalités supposées représentatives de l’Islam sans se préoccuper de savoir quelle est leur légitimité. On pense immédiatement à l’imam Hassen Chalghoumi ou à Tareq Oubrou. La différence étant évidemment que ces derniers ne se livrent pas à des discours violents mais appellent plutôt les Musulmans à être des Juifs ou des Chrétiens comme les autres.

Cette ficelle est cependant tellement usée et le personnel tellement médiocre que le masque vient récemment de tomber et que le gouvernement fait appel à un non musulman, Jean-Pierre Chevènement pour présider la Fondation de l’Islam de France chargée de l’organisation de l’Islam en France.

Et si ces gens ont les faveurs des médias, c’est parce que tels sont le choix et la volonté des pouvoirs publics en place. La chose est vraie en France avec ces espèces de harkis post-indépendances et elle est vraie aussi en Grande Bretagne où les prêcheurs violents assument une fonction qui ne peut se comprendre, ainsi que le laisse entendre Siema Iqbal, que par les orientations de la politique étrangère britannique. En gardant à l’esprit que la Grande Bretagne est un pays dont les organes médiatiques, presse écrite et audiovisuelle, ont un écho considérable, peut-être inégalé, dans les pays anglophones, Etats Unis compris.

Ces « imams » prêcheurs de haine et de violence sont comme les terroristes sur le terrain : on les utilise aussi longtemps que les avantages qu’on en retire sont significativement supérieurs aux inconvénients. Cet Anjem Choudary rendait de bons services quand la politique britannique consistait à favoriser le départ de combattants pour grossir les rangs des milices qui luttent contre le gouvernement syrien. Si la Grande Bretagne n’a as encore complètement écarté l’idée d’un changement de régime en Syrie, l’envoi de combattants a montré ses aspects négatifs et n’est donc plus d’actualité.

Alors à la trappe M. Choudary comme Abou Qatada avant lui.

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Abou Qatada et son célèbre hérisson

Des harangues dans la rue à BBC News : comment les médias ont créé Anjem Choudary

Par Siema Iqbal, Middle East Eye (UK) 18 août 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les gros titres des médias versaient dans la délectation mercredi pour saluer le sort fait à Anjem Choudary qui, avec son camarade militant à al-Muhahiroun Mohamed Rahman, encourt jusqu’à dix ans de prison pour avoir exhorté à soutenir l’organisation de l’Etat Islamique dans des vidéos YouTube.

.Je me suis également réjouie : cette grande gueule va enfin être réduite au silence.

C’est cet homme dont les Musulmans se sont éloignés et auquel les mosquées ont fermé leurs portes. Beaucoup avaient appelé à son arrestation depuis des années.

Mais c’est aussi l’homme qui n’avait pas besoin de mégaphone pour diffuser son message quand on commença à l’éviter aux coins des rues. Au contraire, les médias, la télévision et les journaux nationaux lui donnèrent une bien plus vaste plateforme pour lui permettre de prêcher son message en faveur du terrorisme sans qu’il puisse être contredit par la partie vulnérable et marginalisée de la société [la minorité musulmane, NdT]. Plus la communauté le réduisait au silence, plus les médias lui donnaient la parole.

Il est certainement temps pour les médias de rendre des comptes et d’être l’objet d’une enquête sur leur rôle décisif de contribution à la dissémination du message que Choudary désespérait de transmettre, ce qu’il n’aurait jamais pu faire aussi facilement si les journalistes et les médias ne lui avaient pas offert une tribune.

Il était évident que pour les médias, Choudary était la personne ressource. Je pouvais être certaine que, pour n’importe quelle histoire sur la radicalisation, l’extrémisme ou même parfois l’Islam, je devrais voir son visage sur mon écran de télévision, sur internet ou dans le journal.

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Anjem Choudary invité de Newsnight sur la BBC

En fait, depuis vingt ans il se délectait de l’attention que lui accordaient des médias comme la BBC, Fox News et CNN qui tous lui donnaient une plateforme à partir de laquelle il pouvait amplifier son message. Il jouait volontiers et avec un cynisme parfait le rôle du méchant, devenant un nom familier associé au visage d’un « extrémiste » musulman vivant en Grande Bretagne, « parmi nous ». Il était la figure emblématique de l’extrémisme pour les médias.

Ce qui, bien sûr, a renforcé son statut à un niveau encore plus élevé aux yeux de ses partisans et de ses groupies.

Les médias doivent répondre à des questions

Choudary a pris de l’importance en 2001 quand il avait refusé de condamner les attentats du 11 septembre – mais pourquoi son point de vue a-t-il eu droit à du temps d’antenne ? Pratiquement tous les Musulmans condamnaient les attentats, pourtant ils n’avaient pas eu droit à la même publicité que lui.

Quand les Muslims Against Cusades [Musulmans contre les Croisades] avaient manifesté et brûlé un coquelicot [le coquelicot symbolise les soldats tués à la guerre] en 2010, menaçant de scander des slogans et de perturber la minute de silence du Dimanche du Souvenir, les médias avaient couvert l’événement. Ce faisant, ils avaient relié Choudary à un groupe de manifestants d’à peine 35 personnes alors que près de trois millions de Musulmans vivent en Grande Bretagne.

Les informations dans les médias avec Choudary comme personnage principal n’ont rien fait d’autre que d’attiser la division et d’instiller du poison entre les Musulmans et le reste de la communauté nationale, surtout quand ses points de vue sont assimilés à ceux des Musulmans ordinaires. Les présentateurs de la BBC, de Radio 4 comme John Humphreys affirmaient qu’il était « représentatif d’une partie de la communauté musulmane », ce qui avait évidemment suscité l’indignation dans la communauté musulmane.

Dans mon esprit, il ne fait pas de doute que les médias sont complices d’avoir aidé Choudary à diffuser son message sans lui opposer de contradiction et que la politique étrangère britannique était l’oxygène qui alimentait ce récit médiatique. Oui, les méchants font les gros titres et font vendre les journaux, mais à quel prix ? L’impact de tout cela n’apparaîtra qu’avec le temps. Même après sa condamnation, il est encore trompeusement présenté comme « un savant musulman » par certains médias.

Beaucoup de questions tournent autour de cette affaire, y compris celle de la raison pour laquelle il avait été autorisé à prêcher si longtemps des messages si haineux tandis que ceux qui le condamnaient lui et son discours sont maintenant marginalisés suite à une législation anti-terroriste mal conçue.

La communauté musulmane avait reconnu en Choudary un extrémiste et s’en était éloignée depuis des années. Combien de temps faudra-t-il au gouvernement pour comprendre que les Musulmans connaissent bien leurs propres communautés ? Travailler avec elles, au lieu de les intimider avec la législation anti-terroriste, voilà la marche à suivre.

Les médias devraient répondre de leurs actions, qu’elles consistent à donner une tribune à des prêcheurs de haine qui ont été mis au ban de leurs propres communautés ou à répandre la haine à travers des titres qui sèment le division. La propagation de la haine a des conséquences : des leçons doivent être tirées et personne ne devrait échapper à ses responsabilités.

– Siema Iqbal est une mère de famille, médecin et musulmane britannique engagée qui vit à Manchester. Elle fait actuellement partie et est formatrice du groupement de praticiens médicaux de Manchester Nord. Elle a le goût de l’écriture et s’exprime souvent en public en faveur d’oeuvres caritatives au Royaume Uni et à l’étranger.

Auschwitz est un lieu saint du judaïsme!

10 août 2016

Il est donc temps que les écoles laïques cessent d’organiser des voyages pédagogiques dans le tristement célèbre camp de concentration.

Avi Weiss est « senior rabbi » à l’Hebrew Institute qui se situe dans le Bronx (New York). L’Hebrew Institute est une sorte de centre communautaire où s’exercent des activités religieuses (culte, éducation) mais qui s’implique aussi dans le travail social et qui coordonne l’action communautaire par exemple au niveau de l’instruction publique.

Avi Weiss

Le rabbin Avi Weiss de l’Hebrew Institute

Quant à un « senior rabbi », j’imagine que c’est en fait un cadre supérieur de cette institution, un cadre ayant bien entendu une formation religieuse adéquate.

Avi Weiss a publié l’an dernier une tribune libre qui a été publiée dans un journal américain. Et pas n’importe lequel : le Washington Post! Voilà qui en dit long sur l’entregent du personnage.

Dans cette tribune, Avi Weiss s’applique à démontrer l’indécence de la présence de lieux de culte catholiques dans les anciens camps de concentration d’Auschwitz et de Birkenau en Pologne. Selon lui, en effet, ces deux camps de concentration sont des lieux saints juifs dans la mesure où y a été perpétré la plus grande partie de l’holocauste, c’est-à-dire l’extermination des Juifs.

L’idée même que ces Catholiques puissent témoigner, ainsi que souhaitaient le faire les sœurs carmélites du couvent d’Auschwitz, des souffrances endurées par les personnes détenues dans ces camps lui est insupportable car elle noie la souffrance juive dans le maelstrom des souffrances endurées par tous les déportés, dont des non Juifs, et qu’elle laisserait accroire que l’église catholique a cherché à soulager les souffrances des Juifs. Ce qui, selon Avi Weiss, est faux. Quand on lit attentivement le papier d’Avi Weiss, on comprend que pour lui les bourreaux d’hier ne sont pas enfermés dans le passé mais sont toujours vivants, prêts à recommencer. C’est le sens de sa réaction quand un médecin présent au poste de police où il a été emmené lui demande de se déshabiller.

Préserver Auschwitz a en effet moins une fonction d’entretien d’une mémoire afin d’éviter à l’humanité de recommencer ses erreurs qu’une fonction de rappel obsessionnel de la culpabilité des non Juifs à l’égard de la souffrance juive.

L’affirmation de cette sacralité juive d’Auschwitz par Avi Weiss a le mérite de dire les choses nettement car c’est cette notion qui traverse en réalité tout le discours sur la « shoah » ou « holocauste ».

Et elle devrait amener à s’interroger sur le sens des voyages scolaires à Auschwitz organisés régulièrement par les écoles laïques en France.

Auschwitz est un lieu sacré de la mémoire juive. Ce n’est pas la place d’une église catholique.

par Avi Weiss, The Washington Post (USA)  28 janvier 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

Avi Weiss est le grand rabbin de l’Hebrew Institute (Institut hébraïque) de Riverdale dans le Bronx et est l’auteur de l’essai à paraître « Open Up the iron Door : memoirs of a Soviet Jewry Activist » [Ouvrez la porte de fer : mémoires d’un activiste de la communauté juive soviétique].

Cette semaine marque le 70ème anniversaire de la libération d’Auschwitz en 1945 : le tristement célèbre camp de la mort en Pologne où 1,1 million de Juifs ont été assassiné pendant l’holocauste. Les années passant, il reste de moins en moins de survivants. Le temps n’est guère éloigné où il n’y aura plus de témoins vivants pour partager ce qu’ils ont vécu dans cette histoire, pour dire : oui, c’est arrivé et voilà comment ça s’est passé. Nous ne pouvons pas permettre que les preuves es atrocités de l’holocauste soient cooptées par d’autres groupes [des non juifs, NdT] pour d’autres fins.

C’est la raison pour laquelle les Juifs du monde entier ont été atterrés quand, en 984, des sœurs carmélites s’étaient installées dans un bâtiment d’Auschwitz qui avait servi autrefois à entreposer le gaz Zyklon B que les nazis utilisaient pour tuer les Juifs. Avec l’entier soutien du Cardinal polonais Franciszek Marcharski, les autorités locales avaient accordé aux nonnes un bail de 99 ans pour transformer le bâtiment en couvent où les nonnes avaient l’intention de prier pour les âmes des personnes assassinées. A peu près au même moment, un autre affront se produisait, cette fois à Birkenau – appelé aussi Auschwitz II – avec l’inauguration par la communauté catholique locale d’une église dans ce qui avait été le quartier général du commandant nazi.

En tant que rabbin, j’ai un profond respect pour tous les lieux de culte. J’ai aussi le sentiment que les lieux de culte chrétiens n’ont pas leur place dans ce qui est concrètement le plus grand cimetière juif du monde. C’est pourquoi, en juillet 1989, je me suis associé à un groupe de sept activistes qui protestaient contre le couvent des Carmélites. Nous avions escaladé la clôture qui entoure le couvent et nous nous étions réunis pacifiquement. Les ouvriers polonais qui étaient à l’intérieur du couvent nous avaient aspergés avec un seau d’eau mélangé à de l’urine tandis que les nonnes regardaient par les fenêtres. En 1993, le Pape Jean-Paul Ii avait ordonné personnellement aux nonnes de s’en aller, et le couvent avait été fermé.

Si cette fermeture avait été une victoire, subsistait l’affront plus grand du maintien de l’église paroissiale de Brzezinka. L’ancien prêtre James Carroll décrit avec éloquence cette insulte dans son livre « Constantine’s Sword : The Church and the Jews » [l’épée de Constantin: l’Eglise et les Juifs]. « Quand la souffrance est vue comme au service d’un salut universel, son caractère particulier en tant que tragédie et comme mal est toujours amoindri ».

« L’élimination de la judéité du lieu où les juifs ont été éliminés, » poursuit Carroll, rend le « mal encore pire. »

Et donc, en 1995, pour le 50ème anniversaire de la libération d’Auschwitz, j’ai à nouveau rejoint des activistes, cette fois pour un sit-in dans l’église de Birkenau. Après une confrontation avec les officiels de l’église qui avait duré toute la journée, nous avions été arrêtés et emmenés dans un poste de police où un médecin réquisitionné nous avait demandé de nous déshabiller. Sidéré, j’avais répondu, « Vous voulez dire que vous n’avez pas mis à poil suffisamment de Juifs en ce lieu ? » Nous avions été détenus plusieurs heures avant d’être relâchés. Notre protestation et notre arrestation n’avaient permis d’obtenir aucune concession de la part de l’église ou de la hiérarchie catholique.

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Avi Weiss (tout à fait à droite) dans l’église qui n’a pas sa place à Birkenau lit-on sur l’écriteau

L’église est toujours là, et sa simple présence dans cet espace juif sacré est inappropriée, une tromperie et un viol du souvenir de la shoah. Dans un siècle, les gens chercheront dans le camp les preuves de ce qui s’y est passé. Si le bâtiment de l’église demeure, sa grande croix projetant une ombre sur Auschwitz II, le site pourrait laisser comprendre à une personne mal informée que l’holocauste avait été une tentative de génocide contre les Chrétiens ou comme si l’église avait défendu les Juifs à l’époque – alors qu’en fait l’église avait détourné le regard de la tentative d’anéantissement à grande échelle du peuple juif. Si nous, entant qu’humanité devons apprendre quelque chose de notre histoire afin de lutter pour un avenir meilleur, nous devons savoir ce qui s’est passé avant nous. Sinon, nous perpétuerons la possibilité que les atrocités du passé se répètent à l’avenir, et qu’une souffrance occultée revienne.

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L’église de Birkenau utilise les anciens locaux administratifs de la SS

Il appartient aux personnes de conscience de lever la voix pour le respect de la mémoire de l’holocauste et de déclarer avec clarté et fermeté : une église n’a pas de place à Auschwitz. Il est aussi du pouvoir du Pape François, qui a montré qu’il était un grand ami de la communauté juive, d’ordonner à la congrégation de s’en aller. Le bâtiment devrait devenir un musée, spécifique à Birkenau, montrant comment les Nazis ont commis leurs atrocités en ce lieu. Les grandes croix placées devant le bâtiment et à son sommet devraient être enlevées. Le souvenir des Juifs assassinés là-bas – assassinés parce qu’ils étaient juifs – doit être reconnu dans toute son exactitude historique.

« Arrête de crier Hillary » ordonne le lobby sioniste à Mme Clinton

9 août 2016

Le lobby sioniste possède Hillary Clinton. Cette affirmation d’un officiel sioniste en 2008, au moment de la primaire qui opposait Mme Clinton à Barack Obama, reste d’actualité ainsi qu’en témoignent les propos d’Haim Saban, un des principaux contributeurs de la campagne de la candidate du Parti Démocrate.

Quand Haim Saban dit à Clinton d’arrêter de crier

Par Nathan Guttman, The Jewish Forward (USA)  29 juillet 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le méga-donateur démocrate Haim Saban a une ligne ouverte avec Hillary Clinton et il ne se gêne pas pour l’utiliser.

« Je lui ai dit: « Ne criez pas. Pourquoi criez-vous tout le temps, Ca me crève les tympans. Vous pouvez dire la même chose sans crier, laissez Trump, cet escroc, crier. Vous n’avez pas besoin de crier, » a déclaré Saban lors d’un entretien accordé à la chaîne israélienne Channel 10 TV. Il a expliqué qu’il se sentait en droit d’appeler la candidate chaque fous qu’il a le sentiment qu’il y a quelque chose qu’il est nécessaire de lui dire.

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Haim Saban entouré de Tzipi Livni (ancienne chef de la diplomatie sioniste) et Hillary Clinton

Pendant l’entretien, qui a été enregistré dans la suite de Saban à l’hôtel Wells Fargo arena de Philadelphie quelques heures avant le discours d’acceptation de Clinton, le milliardaire qui réside à Los Angeles a expliqué que la raison pour laquelle Hillary Clinton est perçue comme froide et distante par les électeurs est que « elle est mariée à la personne la plis charismatique du monde. » Il a ajouté que dans le cas de l’ancien président Bill Clinton, « même ceux qui ne son pas d’accord avec lui l’aiment quand même. Donc son problème est que les gens la comparent à lui et que ce n’est pas juste. »

Saban n’a pas accepté de chiffrer le montant de sa contribution à la campagne de Clinton, mais il a dit que c’était un nombre à « huit chiffres » [donc au moins une dizaine de millions de dollars, NdT].

Abordant l’inévitable comparaison avec un autre milliardaire juif et donateur pro-israélien, Sheldon Adelson, qui s’est engagé à mettre son argent en soutien à Trump, Saban a déclaré : « Sheldon aime le peuple juif et il aime Israël. Nous ne sommes pas d’accord sur le chemin à prendre, mais nous sommes au fond sur la même ligne. »

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Sheldon Adelson

Cependant, Saban pense que Trump sera « un désastre » pour Israël. Pendant l’entretien, il s’est tourné avec gravité vers la caméra et a ajouté : « Public israélien – je veux vous dire: ne croyez pas un mot de ce que dit cet homme. C’est un escroc, un menteur, un voleur et un cynique. Tout ce que fait Trump est uniquement dans l’intérêt de Donald trump. »

Original: Hank Johnson, membre du Congrès US, compare les colons sionistes à des termites

26 juillet 2016

Représentant Démocrate : les colons israéliens sont comme des termites

par Mark Hensch, The Hill (USA) 25 juillet 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

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Le Représentant au Congrès Hank Johnson

Le Représentant Hank Johnson (Démocrate, Céorgie) a comparé lundi les colons israéliens à des termites pendant une discussion sur les relations Israël  -Palestine.

« Il y a eu un flux régulier, presque comme les termites qui peuvent entrer dans une maison et la manger avant même que vous sachiez que vous avez été dévoré et qu’elle s’écroule sur vous, » a-t-il dit selon le Washington Free Beacon.

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Les termites peuvent grignoter non seulement votre rampe d’escalier mais toute partie en bois de votre maison

« Il y a eu une activité de colonisation qui est allé de l’avant en toute impunité et en s »accélérant au point que c’en est devenu alarmant, » a déclaré Johnson lors d’un événement sponsorisé par l’US Campaign to End the Israeli Occupation (campagne pour mettre fin à l’occupation israélienne).

Le Washington Free Beacon de lundi explique que l’organisation fédère le soutien au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS)

Johnson a affirmé que l’occupation actuelle par Israël de territoires disputés [The Hill fait ici sienne la terminologie employée par le régime sioniste, NdT] réduit les chances d’une Palestine indépendante.

« Nous sommes arrivés au point où l’idée d’une patrie palestinienne s’éloigne de plus en plus de la réalité, » a-t-il dit.

« Vous voyez que les maisons sont appropriées l’une après l’autre par la population juive qui vient revendiquer cette parcelle du territoire simplement parce que personne n’y a passé la nuit, » a déclaré Johnson, membre de la Commission parlementaire des forces armées.

« La maison dans laquelle leurs ancêtres [palestiniens] ont vécu pendant des générations devient une maison israélienne et un drapeau se lève dessus. Les Palestiniens n’ont pas le droit de hisser des drapeaux dans leurs propres quartiers. »

Johnson a aussi comparé le ministre israélien de la défense Avidor Lieberman au candidat républicain à la présidentielle, Donald Trump.

« Le fait est que dans le gouvernement israélien, qui est le gouvernement le plus à droite qui ait jamais existé dans l’Etat d’Israël, un gouvernement d’extrême droite, vous avez un type comme Trump qui est actuellement ministre de la défense et qui tire les ficelles de la défense en Israël, » a-t-il dit, ajoutant que d’autres membres du Congrès partagent son point de vue.

 

Crime de Saint-Etienne-du-Rouvray: religion ou politique?

26 juillet 2016

Je reproduis ici un texte rédigé par une connaissance internautique. A peu de choses près, je partage son analyse

Deux choses à observer en préambule: le prêtre assassiné, Jacques Hamel, avait 84 ans! C’est donc à un vieillard que la canaille s’en est pris. Et c’était un ami des Musulmans.

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Le Père Jacques Hamel

Comme chez la plupart des gens, je pense, l’agression sauvage contre des membres du clergé et des fidèles dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray près de Rouen en Normandie éveille en moi répulsion et dégoût.

A l’heure où ces lignes sont écrites, le bilan fait état d’un mort, le curé de la paroisse qui a été égorgé, et d’un blessé grave tandis que les deux malfaiteurs ont été tués par la police.

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J’entendais tout à l’heure sur France Info une journaliste de la Croix (peut-être Isabelle Demangeat) dire en quelque sorte que les Musulmans devraient peut-être faire le ménage dans ce qui, dans leur doctrine, incite à la violence.

Je dirais pourquoi pas? Après tout, le journal La Croix qui avait été fermé par la France Libre pour vichysme par trop voyant a sûrement dû se livrer à une quelconque introspection.

Sauf que en disant cela, cette personne situe la question du terrorisme sur le terrain religieux alors que nous sommes devant des faits de nature politique qui sont inintelligibles si on on ne prend pas en compte la politique étrangère de la France et sa situation politique et sociale intérieure.

On devrait par exemple réfléchir un peu mieux sur la question de l’état d’urgence,instauré pour faire face à la menace terroriste et pour assurer la sécurité des citoyens comme parachèvement des dispositions prévues par Vigipirate. Nous sommes pourtant bien obligés de constater son inefficacité sur ce plan.

Et en effet, l’état d’urgence, l’exemple turc le rappelle clairement, n’a pas pour but d’assurer la sécurité de la population mais de garantir celle du gouvernement et du régime. Et si nous poursuivons notre réflexion, nous sommes aussi bien obligés de dire, en dépit de l’horreur des crimes terroristes et des souffrances qu’ils infligent à des innocents, que ces crimes ne constituent en aucun cas une menace pour la Vème République.

Il est par contre patent que ce régime (la Vème) vit une crise interne d’ampleur qui résulte de son incapacité à résoudre les problèmes économiques et sociaux du pays, à agir indépendamment de l’Europe en matière de politique économique et de l’OTAN en matière de politique internationale. Le noeud coulant qui se serrait progressivement depuis le quinquennat Sarkozy est en train de se refermer sur le système de pouvoir.

C’est peut-être une des dernières occasions pour moi de réfléchir un peu posément car je crains que le crime commis dans cette église normande n’annonce des jours terribles. Et les paroles d’apaisement adressées aux fidèles de toutes confessions n’y feront rien car le problème n’est ni religieux, ni même communautaire..


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