Archive for the ‘Uncategorized’ Category

Quelle sera la riposte de l’Iran après l’assassinat du Général Qassem Soleimani par les Etats Unis?

3 janvier 2020

Je vous propose une traduction de l’analyse faite par Moon of Alabama des conséquences de l’assassinat par l’armée américaine de deux officiers supérieurs, l’un iranien, le général Qassem Soleimani, émissaire de la République islamique en Irak, l’autre irakien, Abou Mehdi al-Mouhandis . L’attention mondiale se focalisé évidemment sur l’officier iranien qui était le chef de la force al Qods qui est une composante des Gardiens de la révolution qui, comme leur nom l’indique, sont le soutien militaire le plus sûr de la République Islamique.

Il s’agit là d’une action qui vaut à la fois déclaration et acte de guerre contre l’Iran, mais aussi contre l’Irak compte tenu du fait que le chef irakien commandait une force paramilitaire plécée sous l’autorité du gouvernement irakien.

 Moon of Alabama s’intéresse à la riposte qui sera menée par l’Iran (mais aussi par l’Irak). Une entrée en guerre ouverte de l’Iran contre les Etats Unis est exclue car les iraniens ne sont évidemment pas dupes de leurs possibilités contre les Etats Unis qui auraient en plus tôt fait de rameuter leurs alliés traditionnels (Grande Bretagne, France, Belgique, Pays bas, Australie etc.).

La riposte va certes être ferme mais s’étaler dans la durée et rendre la position des forces américaines dans la région à la limite du soutenable.

A moins que les Etats Unis prennent l’initiative de déclencher une guerre de grande ampleur en attaquant directement le territoire iranien.

Une décision dont les conséquences seraient sans doute incalculables.

Les Etats Unis regretteront d’avoir assassiné Qassim Soleimani

Monn of Alabama (USA) 3 janvier 2020 traduit de l’anglais par Djazaïri

Aujourd’hui, les Etats Unis ont déclaré la guerre à l’Iran et à l’Irak

La guerre, voilà ce qu’ils obtiendront.

Plus tôt dans la journée, un drone ou un hélicoptère américain a tué le général de division Qassim Soleimani, le fameux commandant de la force iranienne Quds (Jérusalem), alors qu’il quittait l’aéroport de Bagdad où il venait d’arriver. Il avait prévu d’assister aux funérailles des 31 soldats irakiens que les États-Unis avaient tués le 29 décembre à la frontière syro-irakienne près d’Al-Qaim.

Qassim Soleimani

La force Quds est la branche extérieure du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne. Soleiman était responsable de toutes les relations entre l’Iran et les mouvements politiques et militants hors d’Iran. Hajji Qassim a conseillé le Hisbullah libanais pendant la guerre de 2006 contre Israël. Son soutien aux organisations irakiennes leur a permis de chasser les envahisseurs américains d’Irak. Il était l’homme responsable de la défaite de l’État islamique en Irak et en Syrie. En 2015, Soleimani s’était rendu à Moscou et avait convaincu la Russie d’intervenir en Syrie. Son soutien aux Houthis au Yémen leur a permis de résister aux agresseurs saoudiens.

Soleimani était arrivé à Bagdad par un vol régulier depuis le Liban. Son voyage n’était pas secret. Il avait été récupéré à l’aéroport par Abu Mahdi al-Muhandes, commandant adjoint de al-Hashd al-Shaabi, une force de sécurité irakienne officielle placée sous l’autorité du Premier ministre irakien. Les deux voitures dans lesquelles ils circulaient ont été détruites lors de l’attaque américaine. Les deux hommes ainsi que leurs chauffeurs et gardes ont péri

Les États-Unis ont créé deux martyrs qui deviendront désormais les modèles et les idoles de dizaines de millions de jeunes au Moyen-Orient.

Les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, le Djihad islamique en Palestine, les forces paramilitaires en Syrie, en Irak et ailleurs ont tous bénéficié des conseils et du soutien de Soleimani. Ils prendront tous des dispositions pour le venger.

Moqtada al-Sadr, le religieux chiite indiscipliné qui a des millions d’adeptes en Irak, a donné l’ordre de réactiver sa branche militaire «Jaish al-Imam al-Mahdi». Entre 2004 et 2008, les forces du Mahdi ont combattu l’occupation américaine de l’Irak. Elles le recommenceront.

L’assassinat pur et simple d’un chef militaire du calibre de Soleimani exige une réaction iranienne d’un niveau au moins similaire. Tous les généraux ou hauts responsables politiques américains qui voyagent au Moyen-Orient ou ailleurs devront désormais faire attention. Il n’y aura de sécurité pour eux nulle part.

Aucun politicien irakien ne pourra plaider en faveur du maintien des soldats américains dans le pays. Le Premier ministre irakien Abdel Mahdia appelé à une réunion d’urgence du Parlement pour demander le retrait de toutes les troupes américaines:

« L’assassinat ciblé d’un commandant irakien est une violation de l’accord. Il peut déclencher une guerre en Irak et dans la région. C’est une violation claire des conditions de la présence américaine en Irak. J’appelle le Parlement à prendre les dispositions nécessaires. »

Le Conseil de Sécurité Nationale iranien se réunit avec le dirigeant suprême Ali Khamenei pour « étudier les options de réponse ». Il existe de nombreuses options de ce type. Les États-Unis ont des forces stationnées dans de nombreux pays autour de l’Iran. Désormais, aucune d’entre elles ne sera en sécurité.

L’ayatollah Ali Khamenei a rendu publique une déclaration appelant à trois jours de deuil national, puis à des représailles.

«Son départ vers Dieu ne met fin ni à son chemin ni à sa mission », indique le communiqué, « mais une action de vengeance énergique attend les criminels qui ont son sur leurs mains son sang et le sang des autres martyrs de la nuit dernière.»

L’Iran liera sa réponse au calendrier politique. Le président américain Donald Trump entamera sa campagne de réélection avec des troupes américaines menacées partout. Nous pouvons nous attendre à ce que des incidents comme les attentats contre la caserne de Beyrouthse répètent au moment où il [Donald Trump] est le plus vulnérable.

Trump va apprendre que tuer l’ennemi est la partie la plus simple d’une guerre. C’est après qu’arrivent les difficultés.

En 2018, Soleimani avait répondu publiquement à un tweet dans lequel Trump avait menacé l’Iran:

« Monsieur. Trump, le flambeur! […] Vous connaissez bien notre puissance et nos capacités dans la région. Vous savez à quel point nous sommes puissants dans la guerre asymétrique. Venez, nous vous attendons. Nous sommes de vrais hommes sur le terrain, sachez-le. Vous savez qu’une guerre signifierait la perte de toutes vos capacités. Vous pouvez commencer la guerre, mais c’est nous qui déterminerons sa fin. « 

Depuis mai 2019, les États-Unis ont déployé au moins 14800 soldats supplémentaires au Moyen-Orient. Au cours des trois derniers jours, des éléments aéroportés et des forces spéciales ont suivi . Les États-Unis ont clairement prévu une escalade.

Soleimaniva être remplacé par le général de brigade Ismail Ghani, un vétéran de la guerre Iran-Irak qui a été actif pendant des décennies dans la Force Qods et a combattu l’EI en Syrie. C’est un officier de stature et de compétence égales.

Ismail Ghani

La politique iranienne de soutien aux organisations étrangères va s’intensifier. Les États-Unis n’ont rien gagné avec leur attaque mais ils en subiront les conséquences pendant les prochaines décennies. Désormais, leur position au Moyen-Orient sera fortement entravée. D’autres vont arriver pour prendre leur place.

Antisionisme=Antisémitisme, les Etats Unis et la France sont synchrones

28 décembre 2019

Si en France, l’Assemblée Nationale a adopté une résolution non contraignante (ça on le verra surtout quand auront lieu les premiers procès) assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme, aux Etats Unis c’est le président Donald Trump qui a signé un décret, un texte contraignant donc, qui interdit de critiquer l’entité sioniste sur les campus universitaires. L’hostilité au sionisme était ici aussi assimilé à de l’antisémitisme.

 Ce texte, qui n’a pas eu à passer par le législateur, est loin de faire l’unanimité et il sera certainement contesté juridiquement pour son caractère non constitutionnel. Les membres de la communauté juive, même sioniste, ne voient pas non plus toujours ce texte d’un très bon oeil. En effet, ce texte correspond à la vision trumpienne des Juifs comme un peuple foncièrement allogène , une communauté dirigée par des millionnaires, dont la nature est de faire allégeance à l’entité sioniste.

C’est dire que des voix s’élèvent contre ce texte et, du côté antisioniste, font savoir qu’il est hors de question qu’il soit respecté.

Opinon: Je suis juive, je combats l’antisémitisme et je soutiens les droits des Palestiniens

Par Phyllis Bennis, The Los Angeles Times (USA) 26 décembre 2019 traduit de l’anglais par Djazaïri

Quand j’étais une gamine juive qui grandissait dans la banlieue de Los Angeles, nous pensions qu’être juif signifiait soutenir Israël.

Phyllis-Bennis-in-Berkeley

Phyllis Bennis 

On n’avait pas vraiment le choix. Si vous vous identifiez comme juif, comme moi et la plupart de mes amis, l’éducation religieuse que nous recevions, les groupes de jeunes auquel nous participions et les camps d’été où nous jouions étaient tous fondés sur une seule chose. Ce n’était pas Dieu – c’était le sionisme, le projet politique de colonisation du peuple juif en Israël.

Nous ne demandions jamais – et personne ne nous l’a jamais enseigné à l’école du dimanche – qui vivait déjà sur cette terre, longtemps connue sous le nom de Palestine, lorsque les Juifs européens arrivèrent vers la fin du XIXe siècle et commencèrent à y construire des colonies.

Ma propre rupture avec le sionisme est survenue un peu après mes vingt ans, suite à la lecture des lettres du fondateur du sionisme, Theodor Herzl, qui implorait Cecil Rhodes, l’architecte britannique du vol de terres en Afrique, de soutenir son projet en Palestine. Leurs projets étaient tous  deux «de nature coloniale », assurait Herzl à Rhodes.

Aujourd’hui, les jeunes Juifs posent des questions difficiles à un âge plus précoce, et un plus grand nombre d’entre eux ont activement critiqué Israël pour ses attaques contre les Palestiniens et les droits des Palestiniens.

Quand la Maison Blanche de Trump dit que critiquer ou boycotter l’État d’Israël est antisémite et émet un décret exécutif visant à faire taire la critique d’Israël sur les campus universitaires, de nombreux étudiants juifs refusent d’y adhérer . Une étudiante juive de 20 ans et membre de Hillel [association universitaire juive] à l’Université de Caroline du Nord a déclaré au New York Times qu’elle craignait que le décret « assimile faussement l’antisionisme à l’antisémitisme » et vise à éliminer la critique d’Israël.

Jared Kushner, gendre et conseiller de Trump, affirme que le décret a pour but de garantir que les Juifs sont protégés par «l’interdiction de la discrimination fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale» du Civil Rights Act. Il dit que le décret exécutif ne définit pas les Juifs comme une nationalité, mais il n’en affirme pas moins que «l’antisionisme est de l’antisémitisme». Cette formulation revient à qualifier d’antisémites les Juifs – ainsi que les Palestiniens et autres – qui ne soutiennent pas le sionisme.

Les juifs sont de toutes races, couleurs et ethnies. Le point de vue de Trump / Kushner est une façon insidieuse de prétendre que les Juifs sont tous liés à Israël ou ont tous des responsabilités envers Israël. Cette accusation de « double loyauté » est l’un des plus vieux clichés antisémites.

Bien sûr, même si l’administration Trump essaie de faire taire les critiques d’Israël, le véritable antisémitisme monte , en particulier pendant l’administration Trump. Nous savons à quoi il ressemble.

L’antisémitisme ressemble à l’attaque contre une synagogue près de San Diego. Il ressemble à Pittsburgh où le meurtrier présumé de la synagogue Tree of Life accusait les Juifs de «ramener des envahisseurs qui tuent les nôtres» et de soutenir l’installation de réfugiés. C’est comme les gens du Klan et les nazis scandant «les Juifs ne nous remplaceront pas» à Charlottesville.

Cet antisémitisme virulent n’émane pas des partisans des droits des Palestiniens. Il vient des suprémacistes blancs violents qui agissent de plus en plus ouvertement et fièrement à travers les États-Unis. Ces mêmes antisémites se délectent toujours du soutien du président, qui les a appelés «des gens très bien» après Charlottesville.

Le véritable antisémitisme émane également directement de la Maison Blanche elle-même – d’un président qui dit aux républicains juifs qu’il n’attend pas leur soutien parce qu’il n’a pas besoin de leur argent , qui invite à une fête de la Maison Blanche pour Hanoukka un pasteur chrétien qui dit que les juifs qui ne se convertissent pas au christianisme « vont en enfer » et qui affirme que les juifs «devront voter pour moi, vous n’avez pas le choix» parce que les démocrates proposent des hausses d’impôts aux millionnaires et aux milliardaires.

Essayer de museler la critique d’Israël alors que le gouvernement israélien devient de plus en plus répressif contre les droits des Palestiniens ne marchera pas, surtout quand la Maison Blanche elle-même est cernée par l’antisémitisme. Des organisations juves et d’autres associations étudiants progressistes affirment déjà leur intention de lutter contre ce déni de la liberté d’expression.

De même, marteler que l’antisionisme est de l’antisémitisme n’en fait pas une vérité. Une nouvelle génération de jeunes juifs – et tout un tas d’entre nous qui ne sont plus si jeunes – savent que c’est faux.

Phyllis Bennis membre de l’Institute for Policy Studies et siège au bureau national de Jewish Voice for Peace.

« Il n’y a pas de situation révolutionnaire en Algérie »

22 décembre 2019

L’élection d’Abdelmadjid Tebboune a été accueillie diversement, entre ceux qui estiment qu’il a été mal élu et ceux qui considèrent qu’il a été en réalité désigné par la hiérarchie militaire, l’élection étant truquée.tebboune

Qu’il ait été mal élu, c’est une évidence et il n’est pas le seul chef d’État dans ce cas. Qu’il ait été désigné par la hiérarchie militaire, c’est probable mais c’était sans doute le cas de ses rivaux malheureux. C’est avant l’élection que les militaires ont fait leur choix et il n’était donc pas nécessaire de truquer le scrutin. La faiblesse du taux de participation , un peu moins de 40 %, plaide plutôt en la faveur d’une élection non truquée; on aurait pu en effet s’attendre, en cas de manipulation du scrutin ou de bourrage des urnes à ce que les autorités fassent état d’un taux de participation avoisinant au moins 50 %.

Il n’est pas douteux que ni le président nouvellement élu, ni ceux qui l’ont coopté ne se font d’illusions sur une véritable adhésion populaire à sa personne.

en-algerie-le-hirak-est-parti-pour-durer-826x459

Par contre, cette adhésion pourrait se construire progressivement en fonction de ses premiers gestes une fois son gouvernement constitué. Il y a bien sûr sa promesse de rajeunissement des détenteurs de portefeuilles ministériels, une promesse dont la réalisation semble mal engagée si on en croit les deux premières nominations aux postes de Chef de cabinet et de Secrétaire Général qui confirment la tendance à la gérontocratie (on verra ce qu’il en sera des ministres). Surtout, la majorité de la population attend du nouveau président qu’il fasse libérer les détenus d’opinion, aussi bien les gens connus que les citoyens ordinaires.

Ce dernier geste est à coup sûr celui qui donnera de la crédibilité à la volonté affichée du nouveau président de faire évoluer le pays vers plus de démocratie.

Il reste que ce qu’on appelle le Hirak n’a pas été en capacité d’empêcher le scrutin présidentiel et toutes les protestations, manifestations criant à l’illégitimité du nouveau président n’y ont rien fait et n’y feront rien.

Hugh Roberts* propose une analyse dépassionnée qui permet de comprendre pourquoi, après des succès initiaux de grande portée, le Hirak s’est retrouvé dans une impasse, ne parvenant pas à provoquer un changement radical du système politique.

hugh roberts

Hugh Roberts

L’histoire n’est évidemment pas finie et tout peut encore basculer dans un sens ou dans l’autre, par exemple si des manifestants passaient à l’action violente, ou si une grève générale était effective, ou bien sûr si les autorités se lançaient dans une répression systématique et sanglante.

* Hugh Roberts est professeur d’histoire de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient à l’université Tufts aux Etats Unis. il est notamment l’auteur d’un ouvrage sur la situation politique en Algérie entre 1988 et 2002.

Algérie: le Hirak et les ides de décembre

par Hugh Roberts, Jadaliyya 19 novembre 2019  traduit de l’anglais par Djazaïri

Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, la situation en Algérie a été souvent décrite  comme une impasse. Dans le même temps, l’habitude tout aussi répandue de qualifier le mouvement de protestation de révolutionnaire a incité à s’attendre à ce que l’impasse soit plus susceptible d’être résolue en faveur de la «révolution» qu’en faveur des pouvoirs en place. Je soutiens que ce ne sont pas là des lectures réalistes des événements ou de leur tendance.

Appeler révolution un mouvement de contestation, si impressionnant soit-il, n’en fait pas une révolution. Le «mouvement populaire» en Algérie, le Hirak , a été extrêmement impressionnant au début, lorsqu’il s’est opposé avec succès à la perspective d’un cinquième mandat pour le président Abdelaziz Bouteflika. La perspective subjective des manifestants a sans aucun doute été révolutionnaire à certains égards – surtout l’aspiration à en finir avec le régime actuel et à voir une «deuxième République» établie et le courage de descendre dans la rue à plusieurs reprises pour l’affirmer publiquement. Néanmoins, le mouvement n’a été objectivement révolutionnaire à aucun moment. Il n’y a pas de situation révolutionnaire en Algérie; il ne s’agit pas d’une situation de double pouvoir et il est peu probable qu’elle le devienne dans un avenir prévisible, qui est l’horizon temporel de la politique concrète.

L’armée est la source du pouvoir politique en Algérie depuis 1954 et n’a pas été détrônée. Le pouvoir exécutif de l’État, bien que largement contesté, reste cohérent en interne. Le commandement de l’armée en garde le contrôle, comme il vient de le démontrer en déployant avec succès la gendarmerie comme un élément décisif pour mettre au pas une justice algérienne mutine. Le Hirak lui-même, bien qu’impressionnant par sa combativité et sa détermination, n’a pas de fin réalisable au-delà d’empêcher, encore une fois, l’élection présidentielle (maintenant prévue pour le 12 décembre 2019). Et il est loin d’être certain qu’il atteindra cet objectif limité.

En l’absence d’une situation révolutionnaire, tout ce que le Hirak pouvait espérer de façon réaliste était une réforme importante – une avancée en quelque sorte vers une forme de gouvernement plus démocratique et la primauté du droit – qui ouvrirait de nouvelles perspectives politiques et établirait un précédent pour des réformes ultérieures. Mais une telle réforme stratégique nécessite l’accord du commandement militaire, qui ne peut être obtenu que sur la base d’un compromis historique entre l’armée et le mouvement populaire. Bien que cette idée ait été lancée ici et là, aucun compromis de ce genre ne s’est produit et la façon dont le Hirak a évolué depuis avril est en grande partie la raison.

Pratiquement tous les commentaires dans les médias considèrent le  Hirak  comme essentiellement inchangé depuis son début spectaculaire le 22 février 2019. Mais, en fait, son contenu politique a changé à bien des égards. Initialement, le Hirak  présentait les principales caractéristiques suivantes:

Il était incroyablement pacifique et autonome;

Il se centrait sur un point extrêmement précis  – pas de cinquième mandat pour Bouteflika (et par conséquent en corollaire: pas de quatrième mandat prolongé non plus);

il a communiqué cette exigence non pas comme l’expression véhémente d’un sentiment subjectif mais comme une annonce faisant autorité résultant d’une décision collective:  makansh khamsa!   («Pas de cinquième mandat!»);

il fondait cette décision en défense de la constitution (car une personne inapte occupant le poste de président était manifestement inconstitutionnel);

il signifiait clairement qu’il n’avait aucune querelle avec la police: sha’b, shorta: khawa, khawa («le peuple, la police: frères, frères») ou l’armée: jaish, sha’b: khawa, khawa («armée, peuple: frères, frères »).

Depuis le départ des Bouteflika, en avril dernier, le Hirak est, c’est à son crédit, resté d’un pacifisme impressionnant. Mais à tous autres égards, ses positions politiques se sont transformées  pratiquement à l’opposé de ce qu’elles étaient à l’origine.

Beaucoup de ses slogans les plus importants – «système dégage», « yetnahaw ga’a », etc. – expriment des demandes et des sentiments (en réalité, des anathèmes) plutôt que des décisions et manquent donc d’autorité ainsi que de détermination; ils sont à à l’opposé de slogans précisément ciblés. Que pourraient-ils signifier d’un point de vue pratiques? Personne ne le sait.

Quant au seul élément ciblé de la position du Hirak , son opposition à la tenue du scrutin présidentiel, il ne se fonde pas sur la défense de la constitution mais sur un rejet explicite de la constitution.

La prémisse de ce refus de l’élection présidentielle est la proposition (ou exigence) concurrente d’une transition vers «une seconde République». Il est tenu pour acquis que cette «deuxième République» postulée s’avérera de beaucoup supérieure à la «République» actuelle. Mais pourquoi devrait-il en être ainsi, alors que ses contours institutionnels et son caractère spécifiques restent entièrement indéfinis. À aucun moment, aucun partisan de cette vision n’a dit quoi que ce soit sur les principes constitutifs de la seconde République

La «transition» évoquée est également indéfinie quant à ses modalités ainsi qu’à sa finalité, sauf dans la version qui exige, comme élément central, une assemblée constituante. Qui, en l’absence d’un chef d’État faisant autorité, convoquera cette assemblée, qui déterminera sa composition, son ordre du jour et son règlement intérieur sont des questions que personne préconisant cette «feuille de route» n’a abordées à aucun moment. La façon dont une véritable assemblée constituante peut être réunie, sans parler de parvenir à un consensus national authentique sur une constitution radicalement nouvelle (et améliorée), face à l’opposition du commandement de l’armée est floue.

Ce rejet de la constitution et de l’élection présidentielle que la constitution autorise non seulement mais impose en fait a conduit le Hirak à un conflit ouvert avec l’armée, exprimé par des attaques véhémentes contre le chef d’état-major (et vice-ministre de la défense), Le lieutenant-général Ahmed Gaïd Salah. Le vieux maître mot du Hirak,  Jaish, Sha’b: Khawa, Khawa, est lettre morte depuis plusieurs mois.

C’est là, selon moi, un changement très regrettable. Il est difficile de voir comment le but tout à fait admirable du Hirak d’obtenir une meilleure forme de gouvernement pour l’Algérie peut raisonnablement espérer bénéficier de cette tournure des événements et il y a lieu de craindre qu’il ait condamné le hirak à la défaite à court terme

Si nous acceptons de nous résoudre à rejeter l’option douce qui consiste à traiter ce drame comme un conte de fée avec des bons héros et des méchants, en mettant tout au compte du méchant État profond et en dégageant nos préférés de toute responsabilité, il devient possible d’estimer que le Hirak a commis une erreur stratégique majeure erreur au printemps dernier et qu’il l’a payée. Cette erreur a été de situer sa réticence à accepter une élection présidentielle sur la base d’un rejet radical de la constitution. Ce faisant, il a abandonné la stature morale élevée qu’il avait provisoirement acquise le 22 février et a permis au commandent de l’armée d’occuper ce statut et de le conserver par la suite.

Le tragique est que le Hirak n’avait pas besoin de faire ça. Il était en principe parfaitement loisible au  Hirak  de convenir avec les chefs de l’armée que la constitution (en particulier les articles 102 et 104) exigeait la tenue d’une élection présidentielle, mais de souligner en même temps que la constitution stipulait également que «le peuple est la source de toute autorité »(article 7) et que« Le peuple choisit librement ses représentants »(article 8). En bref, la constitution donnait au  Hirak les munitions dont il avait besoin non pas pour défier le commandement militaire mais  pour traiter avec lui sur la base même de la constitution en vigueur et ainsi (i) l’empêcher de s’emparer de la position morale du Hirak (ii) et le persuader d’accepter un accord qui aurait permis à l’élection présidentielle de se dérouler dans des conditions qui représentaient un gain pour le Hirak et une réforme stratégique pour l’État.

Une question centrale pour l’historien est de savoir pourquoi le Hirak n’a pas choisi cette option. On ne peut pas supposer qu’il l’ignorait tout simplement. Divers membres de l’aile civile de l’élite nationale ont tenté de le persuader de penser en termes de compromis historique progressiste avec les chefs de l’armée. Abderrahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la banque centrale et figure de proue du groupe des réformateurs au cours de la période 1989-1991, a présenté en juin dernier une proposition très réfléchie et impressionnante dans ce sens. [1]  Un certain nombre d’autres personnalités civiles ont avancé des visions similaires. En particulier, le secrétaire général par intérim de l’association des anciens combattants ( Organisation Nationale des Moudjahidine , ONM), Mohand Ouamar Benelhadj, [2] a fait un commentaire très pointu sur la situation le 19 juin, alors que les options étaient encore ouvertes, critiquant les chefs de l’armée pour avoir invoqué exclusivement l’article 102 de la constitution et attiré l’attention sur l’importance des articles 7 et 8 et suggérant que le  Hirak  en tire  le meilleur parti. [3]  Et le plus réfléchi des dirigeants islamistes algériens, Abdallah Djaballah, a attiré à plusieurs reprises l’attention sur l’importance stratégique de l’article 7

Le Hirak n’a intégré que par intermittence des références aux articles 7 et 8 dans son discours sans leur accorder une importance particulière, sans même parler de reconnaître leur importance stratégique et d’en développer les implications possibles. Il n’a pas compris qu’une occasion de faire pression pour une réforme majeure était là suite départ des Bouteflika et il a laissé passer cette opportunité.

Il a ainsi permis au régime de se présenter finalement comme un agent tout aussi plausible – sinon plus plausible – du processus de réforme nécessaire. Sur les cinq candidats à la présidentielle, deux, Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune, tous deux anciens premiers ministres, ont maintenant publié leurs manifestes électoraux et ceux-ci indiquent leur intention, s’ils sont élus, de résoudre au moins certains des principaux problèmes et griefs qui sous-tendent l’agitation populaire. Contrairement au Hirak , le régime a eu une stratégie et, dans la dernière phase du drame, il s’agit de retirer le plus possible d’espace au Hirak , afin de le rendre superflu.

L’État algérien est un caméléon et sa capacité de cooptation ne doit pas être sous-estimée. Sans leader et, par conséquent, tendant à apparaître pas mal embrouillé au niveau politique, le Hirak puise dans des sentiments et des convictions profondément ancrés qui sont sans aucun doute ceux du peuple algérien dans son ensemble, ce qui lui a donné sa force de résistance. Et, comme l’Algérie est pleine de surprises, un quelconque événement violent ou autre pourrait fausser cette analyse  et imposer un ensemble de perspectives différentes quant à la situation dans un mois.

Mais pour l’heure, le  Hirak  n’est pas près de réaliser une percée politique révolutionnaire de sitôt, s’il la réalise jamais. Je pense que son rôle historique a été d’ouvrir la voie à la réaffirmation – après des années d’incompétence arrogante – de l’opinion publique en tant qu’acteur collectif incontournable du gouvernement algérien. Et si, au cours des semaines et des mois qui suivront le 13 décembre, il s’avère avoir réussi à orienter les élites dirigeantes du pays vers de meilleurs comportements, ce ne sera pas un mince progrès mais, au contraire, une réussite historique et immensément bienvenue.

[1] Abderrahmane Hadj Nacer, “Le Hirak pour surmonter l’impasse,” Tout Sur l’Algérie, 24 Juin 2019;  voir aussi Fayçal Metaoui, “Sortie de crise: les propositions de Hadj Nacer,” El Watan, 23 June 2019; Hacen Ouali, “Abderrahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la banque d’Algérie: « En finir avec le système qui se repose sur l’armée»,” El Watan, 24 Juin 2019; and “Les principaux messages de Hadj Nacer à l’armée,” Editorial, Tout Sur l’Algérie, 24 Juin 2019.

[2] Benelhadj est devenu Secretaire Général suite au décès de Said Abadou le 12 Juin 2019, en attendant la tenue d’une élection au prochain congrès de l’ONM qui a été reporté pour la durée de la crise politique nationale.

[3] Madjid Makedhi, “L’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) propose son initiative: L’application de l’article 102 est un échec total,” El Watan, 19 June 2019; see also Fayçal Metaoui, “Entretien avec le secrétaire général par intérim de l’ONM,” Tout Sur l’Algérie, 19 June 2019.

ALSO BY THIS AUTHOR

De deux explications (et non justifications), l’antisémitisme est la plus simple à Jersey City comme ailleurs

21 décembre 2019

Cet article traite d’une polémique consécutive à l’attaque qui a visé un magasin casher à Jersey City, une des deux plus grandes villes de l’Etat du New Jersey aux Etats Unis.

L’attaque qui a causé la mort de 6 personnes (un policier, trois civils et les deux assaillants) a été menée par un homme et une femme présentés, à tort semble-t-il, comme liés à une organisation nommée Black Israelites qui soutient que les véritables israélites sont noirs. Un tel lien aurait été commode parce qu’il pouvait permettre de donner un mobile idéologique à l’attaque, c’est-à-dire agresser de «faux israélites» sur la base d’une idéologie haineuse.

Dire autre chose impose cependant d’aller vers un peu de complexité et c’est précisément ce qu’a fait une élue locale de Jersey City qui siège au conseil chargée des affaires scolaires. Cette personne, Joan Terrell Paige a ainsi expliqué sur Facebook que l’attaque avait une motivation plus concrète et immédiate qui tient au démarchage agressif de promoteurs immobiliers juifs dans un quartier noir de la ville. L’élue locale donne d’ailleurs un aperçu des méthodes employées.

joan terrell paige

Joan Terrell Paige

Ce que l’article ne dit pas, c’est que l’objectif des promoteurs est non seulement d’acquérir toutes les maisons mais aussi de constituer un ensemble d’habitation au peuplement homogène.

A aucun moment, évidemment, Mme Terrell Paige ne justifie le meurtre sur une base antisémite ou autre. Son propos est plutôt de demander qu’on analyse la situation concrète des habitants de la ville afin de mettre fin à des pratiques qui génèrent d’énormes tensions dont on a vu une conséquence tragique. Ses propos lui valent d’être dénoncée comme antisémite et sommée de démissionner de sa fonction élective.

Invoquer l’antisémitisme est certes facile et assez confortable intellectuellement. Mais on a quand même du mal à comprendre comment une communauté très influente dans un Etat (le New Jersey est souvent appelé ironiquement le Jew Jersey) pourrait se présenter comme une minorité persécutée et en danger.

Ceux qui sont en danger sont peut-être plus ceux dont parle Joan Terrell Paige.

Appels à la démission de l’élue de Jersey City qui a critiqué les Juifs après la fusillade antisémite

par Jack Davis, The Western Journal (USA) 19 décembre 2019 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des élus locaux et au niveau de l’État exigent la démission d’une membre du conseil de l’éducation de Jersey City qui s’en est prise à la communauté juive de la ville après les tirs du 10 décembre contre un supermarché casher.

Un agent de police et trois autres personnes avaient été tuées après que les tireurs présumés, David Anderson et Francine Graham eurent ouvert le feu – d’abord sur un cimetière et ensuite au JC Kosher Supermarket.

Les deux assaillants étaient noirs. Des officiels ont affirmé que l’attaque était motivée par l’antisémitisme.

Le post retiré depuis de Joan Terrell Paige, qui est noire, sur Facebook a été sauvegardé sur des captures d’écran, selon Fox News.

«Où étaient toute cette foi et cet espoir quand des propriétaires noirs ont été menacés, intimidés et harcelés par des brutes «JE VEUX ACHETER VOTRE MAISON» de la communauté juive? a écrit Terrell Paige. «Ils venaient avec effronterie dans les propriétés des noirs du quartier Ward F et agitaient des sacs d’argent.»

Teerrel Paige qui affirmait dans le message sur Facebook s’exprimer à titre personnel et non en qualité de membre du Conseil de l’Éducation de Jersey City, expliquait que les propriétaires noirs de maisons dans le secteur étaient menacés, intimidés et harcelés par des nouveaux venus juifs qui, disait-elle, avaient promis de «RAMENER DES TRAFIQUANTS DE DROGUE ET DES PROSTITUÉES POUR VIVRE A CÔTÉ DE VOUS» si les propriétaires ne vendaient pas leurs maisons.

Dans le post, elle disait que la fusillade avait été organisée avec une valeur de déclaration politique.

«M. Anderson et Mlle Graham sont allés directement au supermarché casher,» a-t-elle écrit. «Je pense qu’ils savaient qu’ils n’en sortiraient qu’en body bag.

«Quel message envoyaient-ils? Sommes-nous assez courageux pour explorer la réponse à leur message? Sommes-nous assez courageux pour faire cesser les agressions contre les quartiers noirs aux Etats Unis? avait-elle ajouté.

«Mon peuple a droit au respect et à vivre en paix dans cette ville.»

Joan Terrell est un membre élu du Conseil de l’éducation de Jersey City, elle dit que les meurtres des Juifs à Jersey City peuvent être justifiés@jcps_district pic.twitter.com/H5o0yqpcnO

– Reagan Battalion (@ReaganBattalion) 17 décembre 2019

Le maire de Jersey City Steven Fulop a exprimé son indignation totale; il a appelé Terrell Paige à démissionner et a qualifié ses propos «d’ignorance».

J’ai vu ça et je suis peiné par l’ignorance que démontrent ses propos. Ses propos ne représentent ni Jersey City ni les sentiments dans la communauté. La communauté afro-américaine à Greenville a été tout simplement incroyable par l’aide qu’elle a apporté à ses voisins la semaine dernière.

— Steven Fulop (@StevenFulop) December 17, 2019

J’ai aussi dit que je n’allais pas mâcher mes mots. Mon opinion est qu’elle devrait démissionner. Ce genre de langage n’a pas de place dans nos écoles et pas de place parmi des officiels élus. Imaginez qu’elle ait dit ça à propos de n’importe quelel autre communauté – quelle aurait été la réaction? Le même standard devrait s’appliquer ici.

— Steven Fulop (@StevenFulop) December 17, 2019

https://t.co/QMLOlBuarR

Le gouverneur démocrate Phil Murphy a aussi appelé à la démission de Terrell Paige.

«Nous ne laisserons pas l’antisémitisme et la haine rester sans réponse dans nos quartiers,» a-t-il dit. A la lumière des propos de Mlle Terrll-Paige, je l’exhorte à démissionner immédiatement du Conseil de l’Education de Jersey City.»

— Governor Phil Murphy (@GovMurphy) December 18, 2019

Ils n’ont pas été les seuls à aller sur les réseaux sociaux pour dire leur colère suite aux propos [de Terrell-Paige]

La longue diatribe de Joan Terrell, membre élue du Conseil de l’Éducation de Jersey City, ne fait que montrer l’ancrage d’un antisémitisme sordide dans cette ville! @jcps district devrait y être attentif – est-ce ainsi que vous voulez être représentés?!

Il y a des gens vraiment malades par ici.pic.twitter.com/FipklqzSvv

— Dov Hikind (@HikindDov) December 17, 2019

[Dov Hikind nous est quelqu’un de familier]

Le président du Conseil de l’Éducation, Sudhan Thomas, a déclaré que Terrell Paige ne reflète pas le point de vue du Conseil de l’Éducation.

La haine et n’importe quelle forme d’intolérance n’ont leur place à Jersey City,» a affirmé Thomas dans un communiqué.

Mais Terrell-Paige a refusé de s’excuser, selon Politico.

A la question de savoir si elle regrettait ses propos, elle répondu à Politico, «Non, je ne les regrette pas.»

Everett Barber, calligraphe américain

5 octobre 2019

On sait évidemment que des Occidentaux, non arabophones, non musulmans, se sont initiés à la l’art de la calligraphie arabe. Mais à ma connaissance, et à la différence du Japonais Honda Koichi, aucun n’est arrivé au stade de la notoriété parmi ses pairs.
Peut-être l’Américain Everett Barber le rejoindra-t-il? Pas forcément sur le plan de l’esthétique pure mais sur celui de la thématique qui inspire ses travaux.

Le calligraphe rebelle

Le jeune américain Everett Barber dénonce le double standard de la politique internationale à travers des images créées avec la calligraphie islamique
Par Natalia Sancha, El Pais (Espagne) 5 octobre 2019 traduit de l’espagnol par Djazaïri

1570207085_336264_1570207236_noticia_normal_recorte1

Ceci n’est pas le drapeau de l’Etat Islamique

Installé à Beyrouth depuis 2011, Everett Barber recourt à un art qui a plus de 14 siècles d’histoire pour diffuser des messages de dénonciation sociale et politique. Originaire du Tennessee, ce jeune homme de 29 ans a consacré une dizaine d’années à l’étude de la calligraphie islamique. «Mon travail se distingue par mon statut d’étranger. Ils n’achètent pas mes œuvres parce qu’elles sont traditionnelles, mais à cause de thèmes qui reflètent mon identité et font référence à la culture pop de mon pays », explique Barber dans son étude sur Beyrouth. Entouré de crayons qu’il a sculptés dans du roseau ou du bambou, de papiers bruts et de petits encriers, le jeune calligraphe consacre des semaines à la recherche avant de se lancer sur le papier blanc.

Il pratique un art étroitement lié à l’islam qui interdit toute représentation imagée. Cependant, Barber façonne en caractères arabes Donald Trump, des verres à vin, des corps de femmes et des drapeaux. Dans l’une de ses toiles, le drapeau de l’État islamique peut être reconnu. A la place de la chahada (profession de foi musulmane) – il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah, et Muhammad est son prophète – par le serment d’allégeance au drapeau des États-Unis: une nation sous la protection de Dieu, l’Amérique.

Aux États-Unis, les gens sont horrifiés de voir le drapeau de l’État islamique et le symbole du terrorisme djihadiste sans même s’arrêter pour réfléchir à leurs origines. Après tout, c’est l’intervention militaire américaine en Irak qui a contribué à la création de l’organisation terroriste.  » Sur une autre toile, la graphie soignée de ce jeune homme reproduit un article de la Déclaration universelle des droits de l’homme sous la forme de la photo tristement célèbre qui montre un prisonnier irakien soumis à l’humiliation et à la torture par des soldats américains dans la prison d’Abou Ghraib. en Irak

détenu torturé.jpg

Il a étudié le commerce international et l’arabe en Écosse jusqu’en 2009, date à laquelle il s’est installé à Damas. Il s’y éprit d’une étudiante britannique qui consacrait son temps libre à des cours de calligraphie. La romance ne dura pas mais Barber fut captivé par cet art ancien qui est devenu depuis sa seule source de revenus. Aujourd’hui, il combine tradition et modernité, politique et art. « J’essaie de casser le petit nombre de règles traditionnelles pour créer des images. » Un an plus tard, il perdait son travail de serveur à Edimbourg. La nuit, en pyjama, il commença à travailler sur des dessins qu’il vendait ensuite sur le net. Il s’est fait connaître grâce aux réseaux sociaux et il vend ses œuvres en ligne. «50% de mes clients viennent des États-Unis ou d’Angleterre; le reste, des pays du Golfe. « 

En 2011, il a déménagé à Beyrouth, persuadé que le conflit syrien ne durerait pas et qu’il pourrait retourner à Damas au bout de quelques mois. La guerre s’est prolongée et huit ans plus tard, Barber est toujours dans la capitale libanaise. Autodidacte, mis à part quatre mois passés en Syrie et un master à l’université de Princeton, qui lui a appris à fabriquer ses propres matériaux, le jeune artiste suit les traces de son maître yéménite, Zaki al Hashemi. Il se déplace souvent pour présenter son travail à Istanbul, haut lieu des calligraphes traditionnels les plus prestigieux du monde. « Pour un calligraphe traditionnel, je suis un simple artiste », dit celui qui n’a pas d’origine arabe et ne professe pas la religion musulmane. Barber est un intrus dans un art né avec l’écriture koufique à la fin du VIIème siècle et qui était à l’origine utilisé pour représenter des versets du Coran dont le style sera codifié trois siècles plus tard par le père de la calligraphie islamique, Ibn Muqla.

Barber reste à l’écart des puristes pourfendeurs de blasphémateurs en s’abstenant d’utiliser des versets coraniques pour représenter des formes iconographiques. «Je ne suis pas arabe et mon rôle n’est donc pas de défier les limites imposées par la tradition islamique. C’est quelque chose qui revient aux calligraphes locaux. ” Barber dit que le plus gros défi auquel il est confronté dans son travail est le facteur humain. Devenir un élève digne de la générosité de ses mentors qui lui ont donné par altruisme un océan de connaissances. Son rêve: retourner à Damas, la ville où il a découvert sa passion. «Si on me le permet, je déménage dès demain. C’est un de ces endroits qui vous appellent et auquel vous ne pouvez pas résister. « 

 

Sik ga3! Linguistique et slogan politique en Algérie

28 mars 2019

Lameen Souag est un linguiste algérien qui collabore actuellement avec le CNRS après avoir exercé ses activités de recherche en Angleterre.

Il anime un blog (en anglais) sur lequel il fait état de certaines de ses recherches ou constatations. La situation politique actuelle en Algérie, avec sa profusion de slogans, lui donne évidemment des occasions d’interroger l’actualité du point de vue de sa discipline scientifique.

Ainsi ce slogan qui circule sur Facebook:

Son excellence le peuple
ordonne:
« Foutez les tous dehors! »
Ce qui veut dire tous!
Un million de personnes à la marche du 29 mars

Pacifique, Populaire, Nationale, Civilisée

Le commentaire du linguiste ne concerne évidemment pas l’acte politique à proprement parler mais le langage utilisé.

Lameen Souag note que les deux premières et deux dernières lignes du slogan sont en arabe standard tandis que la partie médiane est en arabe dialectal, ce qui selon notre linguiste donne une composition à l’effet amusant.

Ce qui interpelle le linguiste, c’est le mot « sik » (سيڬ), introuvable dans les dictionnaires d’arabe, même dialectal, imprimés avant 2000.

Ce mot vient en effet du Français et est une contraction de trois mots de la langue française: « c’est que »

Lameen Souag donne un exemple d’utilisation de ce mot dans AAR ALIKOUM,une chanson de Lotfi DK.

 

Le nazi qui avait voulu se convertir au judaïsme

23 décembre 2018

Les médias anglophones mainstream parlent bien de cette histoire d’un couple anglais qui a baptisé son fils Adolf en référence à Hitler et vient d’être condamné à de la prison ferme pour adhésion à un parti d’extrême droite illégal.

La presse française en parle aussi tout comme un journal francophone du Sionistan.

Mais ce journal sioniste d’expression française comme les autres grands médias anglophones tait un aspect de la biographie d’un des condamnés, à savoir Adam Thomas, le père du petit Adolf.

C’est en effet par la presse communautariste qu’on apprend que ce dernier a essayé de se convertir au judaïsme et même qu’il a une excellente connaissance de la Torah.

La démarche d’Adam Thomas n’étonnera que ceux qui ignorent ce qu’a fait l’entité sioniste de la religion juive. On sera par contre circonspect sur ce qui a motivé son exclusion de l’école religieuse qu’il fréquentait à Jérusalem. Adam Thomas était un simple agent de gardiennage, un profil peu favorable à l’aboutissement d’un processus de conversion.

Le néo-Nazi qui avait essayé de se convertir au judaïsme incarcéré pour son adhésion à la National Action

Par Ben Welch, The Jewish Chronicle (UK) 18 décembre 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le mois dernier, la Jewish Chronicle avait révélé qu’Adam Thomas avait passé plusieurs mois en Israël à l’époque où il essayait de se convertir au judaïsme, avant de rejoindre une organisation antisémite.

Un couple qui a baptisé leur bébé Adolf en référence à Hitler a été emprisonné après avoir été reconnu coupable d’appartenance à un parti néonazi illégal.

Adam Thomas, 22 ans, et Claudia Patatas, 38 ans, de Waltham Gardens à Banbury dans l’Oxfordshire, étaient parmi les six personnes condamnées par le tribunal de Birmingham pour appartenance à la National Action.

Mardi matin, Thomas a été condamné à six années et demi de prison et Patatas  cinq années

Les jurés ont pu entendre qu’ils avaient donné à leur bébé le prénom Adolf par « admiration » pour le dictateur nazi et qu’ils avaient décoré leur domicile avec des croix gammées et de l’iconographie du Ku Klux Klan.

Adam Thomas, 22, and Claudia Patatas, 38, holding a swastika flag whilst holding their baby

Adam Thomas, Claudia Patatas et le petit Adolf

Des photographies retrouvées dans leurs appareils électroniques montraient Thomas portant son jeune fils au domicile avec la robe à capuche du Ku Klux Klan.

Le mois dernier, la JC a révélé que Thomas avait séjourné plusieurs mois en Israël à l’époque où il essayait de se convertir au judaïsme, fréquentant même une yeshiva (école religieuse juive) à Jérusalem avant d’en être exclu.

Un porte-parole de la yeshiva Machon Meir avait dit à l’époque : « Nous confirmerons qu’il a essayé d’étudier au Département des Conversions de Machon Meir.

« Mais nous avions senti au bout d’un moment qu’il était vraiment bizarre. Ce n’était pas tout de suite évident. Il connaissait très bien la Torah, il avait un caractère doux et même assez agréable.

« Il avait une mémoire extraordinaire et était passionné par la connaissance de la Torah. Il avait aussi un côté sombre et une tendance à l’extrémisme. Quand ce côté est apparu, nous savions qu’il n’était pas digne des études de giur [conversion]. »

Machon Meir a confirmé que Thomas s’était inscrit sous le nom de « Avi Thomas », tandis que ses condisciples disaient qu’il se faisait appeler « Avi ben Abraham. »

Thomas et Patatas, qui est d’origine portugaise, ont été jugés en même temps que d’autres néo-nazis, Darren Fletcher, Daniel Bogunovic, Joel Wilmore et Nathan Pryke.

Dans une conversation avec un autre membre de la National Action, Patatas avait dit que « tous les Juifs doivent être mis à mort, » tandis que Thomas avait dit une fois à sa compagne qu’il « considérait qu’on ne pouvait pas tolérer les non blancs. »

En condamnant Patats, le juge Melbourne Inman a déclaré: « vous êtes aussi extrémiste que Thomas dans vos idées comme dans vos actions.

« Vous avez agi ensemble dans tout ce que vous avez pensé, dit et fait, en choisissant le prénom de votre fils et avec les photos troublantes de votre fils entouré de symboles du nazisme et du Ku Klux Klan. »

Le juge a dit de la National Action : « Ses buts et objectifs sont la mise à bas de la démocratie dans ce pays par de graves actes de violence et le meurtre, et l’imposition d’un Etat de type nazi qui éradiquerait des pans entiers de la société par cette violence et des tueries de masse.

« L’éradication de ceux que vous considérez comme inférieurs simplement à cause de leur couleur de peau ou de leur religion. »

Le lobby sioniste obtient le licenciement d’un universitaire australien

21 décembre 2018

Pour avoir rendu la vérité dans une image, un maître de conférences d’une université australienne est démis de ses fonctions pour complaire au lobby qui n’existe pas. Difficile de dire si le soutien que lui apportent ses collègues sera suffisant pour empêcher son licenciement.

Des institutions de pays occidentaux qui se targuent de protéger la liberté d’expression et d’encourager la liberté de pensée n’hésitent pas à user de la répression quand il est question de l’entité sioniste.

Les liens entre l’histoire et l’idéologie de cette dernière et le nazisme sont pourtant aujourd’hui bien établis.

Tim Anderson, conférencier à l'Université de Sydney, lors d'un récent voyage en Corée du Nord.

Tim Anderson

Des universitaires s’opposent à la suspension d’un enseignant à cause d’une croix gammée

par Jordan Baker, The Sydney Morning Herald (Australie) 7 décembre 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les universitaires de l’Université de Sydney ont critiqué la suspension d’un universitaire qui avait montré aux étudiants un document représentant une croix gammée nazie imposée sur le drapeau israélien, affirmant que c’était un coup porté à la liberté académique.

Vendredi après-midi, 30 universitaires, dont plusieurs professeurs émérites, avaient signé la lettre ouverte affirmant que la liberté académique n’avait « pas de sens si elle était suspendue lorsque son exercice était jugé offensant ».

L’universitaire au centre de la controverse, le maître de conférences en économie politique Tim Anderson, a également été critiqué par des ministres du gouvernement fédéral pour avoir visité la Syrie et la Corée du Nord, où il a exprimé sa solidarité avec leurs régimes dictatoriaux.

Plus tôt cette semaine, l’Université de Sydney a adressé une lettre de licenciement à M. Anderson, affirmant que le document avec croix gammées constituait une faute grave « irrespectueuse et offensante, contraire aux attentes de l’université en matière de comportement ».

Une semaine a été donnée au Dr Anderson pour expliquer pourquoi il ne devrait pas être licencié et il s’est vu interdire d’entrer à l’université entre-temps. Il a fait appel de la décision, qualifiant les plaintes de mesquines et absurdes.

Les universitaires, principalement de la Faculté des lettres et sciences sociales, ont déclaré que l’emploi ne devrait pas dépendre du fait que leur travail reste dans les limites d’une « contrainte contestée et intrinsèquement indéfinissable ».

Certains des signataires de la lettre sont également opposés à une proposition du Centre Ramsay pour la Civilisation Occidentale de financer un cours de tradition occidentale à l’université. Ils soutiennent que la proposition compromet également la liberté académique.

La suspension du Dr Tim Anderson en attendant la fin de son emploi est un acte de censure inacceptable et une atteinte à la liberté académique à l’Université de Sydney », ont écrit les universitaires dans une lettre ouverte.

« Il ne peut y avoir de phénomène mieux connu ou plus banal dans l’histoire intellectuelle que la répression des idées en raison de leur caractère offensant à l’égard de puissants intérêts. »

Législation foncière et colonisation sioniste, l’histoire d’une escroquerie criminelle

16 décembre 2018

Un article intéressant qui montre la continuité de la stratégie sioniste d’accaparement des terres de la Palestine pour asseoir territorialement l’Etat et établir des colons juifs.

L’auteur rappelle qu’au moment du déclenchement de la guerre qui a débouché sur la partition de la Palestine suite à la proclamation d’un Etat juif, les Juifs ne possédaient pas 4 % des terres. C’est donc par la suite qu’ils se sont appropriés les terres, d’abord dans la partie de la Palestine qui leur a été reconnue internationalement, puis sur le reste. Cette appropriation passe par des voies qui se présentent comme légales, même si elles légalisent en réalité le vol et la rapine.

Les procédés employés par les sionistes font tout à fait penser à ceux employés par la France coloniale pour acquérir des terres à livrer à la colonisation européenne, notamment à partir du constat que la politique d’achat de terres aux indigènes algériens ne donnait pas les résultats escomptés. La rapine du colonialisme français s’orienta alors vers les biens habous, forme de propriété extrêmement répandue, déclarés biens domaniaux

La question foncière et donc du territoire est en effet au cœur du processus de colonisation de peuplement. Cette question est à la fois un axe fort de la politique législative et d’aménagement du régime sioniste et son point faible.

Elle est son point fort car elle parvient à réaliser son objectif qui est d’exclure les autochtones de la propriété de la terre. Elle est son point faible car, utilisant des procédés qui relèvent purement et simplement du vol et de l’escroquerie, elle est sans valeur au regard du droit international qui prévoit le droit au retour chez eux des Palestiniens. Comme certains auteurs l’ont relevé, les colons qui avaient entrepris de coloniser ce qui est devenu les Etats Unis avaient pris soin, à chaque fois qu’ils prenaient possession d’un territoire, d’obtenir un certificat de cession en bonne et due forme de la part des populations qu’ils chassaient.

Résultat de recherche d'images pour "galilée arabe"

La reconnaissance par les Palestiniens de l’entité sioniste en tant qu’Etat juif serait un tel certificat de renonciation au droit retour.

Le contexte historique du droit de la propriété foncière et de l’aménagement du territoire en Israël

Par Gerry Liston, Mondoweiss (USA) 6 mars 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les origines des régimes fonciers et de l’aménagement du territoire  en Israël peuvent être situées en 1901, année qui a vu la création du Fonds National Juif (FNJ). Le FNJ qui, comme on le verra, joue encore un rôle prédominant dans le régime de la propriété foncière en Israël a été fondé à l’origine dans le but d’acquérir des terres en Palestine. Selon les statuts de la compagnie anglaise au sein de laquelle il avait été d’abord constitué, son objet est l’acquisition de terres en Palestine « dans le but d’installer des Juifs sur ces terres. » Les terres acquises par le FNJ pouvaient être mises en location mais « à des Juifs exclusivement. » [1]

Les dirigeants du mouvement sioniste dans ses premières années avaient de grandes ambitions pour le FNJ. De fait, une résolution avait été adoptée par le 7ème congrès sioniste pour rejeter la « colonisation non planifiée, non systématique et philanthropique à petite échelle » de la Palestine. [2] En dépit de ces ambitions, le FNJ des débuts ne réussit pas sa mission de « rachat » des terres de Palestine. En mai 1948, le FNJ ne détenait que 3,56 % du sol de la Palestine historique. En mai 1948, le FNJ ne détenait que 3,56 % du sol de la Palestine historique. ]

La confiscation des terres palestiniennes en Israël

C’est la guerre qui a enclenché le plus vaste processus d’acquisition des terres dans ce qui est aujourd’hui l’Etat d’Israël. Les violences de 1948 ont causé le déplacement de 750 000 à 900 000 Palestiniens [4]. 531 localités arabes furent détruites ou vidées de leurs habitants en 1948 et peu après, laissant vacants 20 350 km2 de terres. [5]

L’Etat d’Israël nouvellement créé recourut massivement à une législation d’urgence pur gérer ces terres. Par exemple, des « règlements relatifs aux biens des personnes absentes » furent promulgués pour donner le contrôle des biens des propriétaires « absents » à un « conservateur des biens des absents ». Le conservateur était fondé à saisir ces biens et c’était au propriétaire de la terre qu’incombait la charge de prouver qu’il ou elle n’était pas absent. Le terme « absent » était défini très largement. Il incluait non seulement ces palestiniens qui n’avaient pas complètement fui l’Etat d’Israël, mais s’appliquait aussi aux Juifs comme aux Arabes.  Cependant, une disposition réglementaire apparemment neutre au niveau racial exemptait « les absents qui avaient abandonné leurs maison par peur des ennemis d’Israël ou des opérations militaires, ou qui avaient été capables de gérer efficacement leurs biens sans aider les ennemis d’Israël, » – rendant ainsi la réglementation applicable seulement aux Palestiniens.[6]

Le rôle du conservateur sera assis sur une base juridique plus solide avec l’application en 1950 de la Loi sur les biens vacants. Cette loi permettait au conservateur de transférer le bien du propriétaire absent à un organisme créé la même année, l’Autorité du Développement. L’Autorité du Développement avait à son tour la possibilité de transférer le bien foncier au FNJ. Ces transfèrent eurent lieu, concernant près de 2 400 km2 de terrains de propriétaires absents, faisant plus que tripler le patrimoine constitué par le FNJ en 1941. [7]

Ce ne sont pourtant pas seulement les terres des « absents » qui furent visées pendant et après 1948. Beaucoup de Palestiniens qui n’avaient pas fui leur domicile furent aussi expulsés de chez eux. Par exemple, les règlements militaires (d’urgence) de 1945 (hérités du mandat britannique) furent utilisés pour déclarer « zones interdites » des secteurs peuplés d’Arabes, leur refusant en pratique l’accès à leurs terres. En fait, certains terrains furent confisqués sans absolument aucune base juridique. La loi sur l’acquisition des terres (loi de validation des actes et de compensation) de 1953 fut promulguée pour garantir la « légalité » de la confiscation des terrains (aussi bien des absents que des non absents) pendant et après 1948. Elle légalisa rétroactivement la confiscation des terres sur la base de la « sécurité » et du « développement ». Selon les termes du ministres des finances de l’époque, son but était « d’instiller de la légalité dans certaines actions entreprises pendant et après la guerre. » [8]

Cette prise de contrôle de la terre fut une telle réussite qu’n 1951 le gouvernement israélien détenait 92 % de la terre située à l’intérieur de ses frontières (ce chiffre comprend les terres du FNJ). [9] Ce qui ne signifia cependant pas la fin des efforts pour acquérir encore plus de terres. Comme le constate Sabri Jyris, les autorités israéliennes se tournèrent simplement vers la « recherche de nouvelles catégories de terres à racheter. » [10] Ce qu’elles firent avec une procédure d’établissement du ‘titre foncier’, c’est-à-dire une procédure pour déterminer l’occupant légitime d’un terrain au regard de la loi.

Les secteurs à peuplement arabe dense, comme la Galilée, furent ciblés à cet égard. En fait, le chef de la commission chargée de l’établissement des titres de propriété en Galilée, Yosef Weitz, remarquait ouvertement que le but de l’opération était la « judaïsation de la Galilée. » [11] Le géographe israélien du foncier Sandy Kedar a découvert dans ce contexte que les tribunaux israéliens « appliquaient la loi d’une manière qui restreignait la reconnaissance légale des terres « frontalières » détenues par des Arabes. » [12] Ainsi, par exemple, vers la fin des années 1960, sur les 8 000 cas de contestation en Galilée tranchés par les tribunaux, 85 % le furent en faveur de l’Etat. [13] L’élargissement de l’opération de régularisation des titres fonciers a eu pour conséquence la transformation de milliers d’hectares de terres palestiniennes privées ou communautaires en biens de l’Etat israélien. [14]

Le développement du droit foncier israélien moderne

Deux mesures importantes furent adoptées au début des années 1960 pour garantir que les terres de l’Etat israélien deviennent en pratique l’apanage de la population juive. Premièrement, la Loi Fondamentale: Terres Israéliennes fut promulguée en 1960. Elle définissait les terres détenues par l’Autorité du Développement, l’Etat d’Israël et le FNJ comme « Terres d’Israël » et disposait que ces terres ne pouvaient être vendues. Le ministre Zerah Wahrhaftig expliquait ainsi le but de la loi : « Nous voulons qu’il soit clair que la terre d’Israël appartient à ceux qui vivent à Sion, parce que le peuple d’Israël vit un peu partout dans le monde. D’un autre côté, chaque loi qui est adoptée l’est dans l’intérêt de tous les habitants de l’Etat et tous les habitants de l’Etat signifie aussi des gens qui n’appartiennent pas au peuple d’Israël [l’Etat] mais au peuple mondial d’Israël. » A la question de savoir pourquoi cela n’était pas affirmé explicitement dans la loi, Wahrhaftig répondit, « nous ne pouvons pas le dire. » Il expliqua ensuite, « il y a [dans la loi] une innovation juridique très significative : nous donnons un habillage légal aux statuts du FNJ. » [15]

Deuxièmement, un accord a été conclu entre le gouvernement israélien et le FNJ, prévoyant que ce dernier aurait près de 50% des sièges au Conseil israélien des Terres (ILC). L’ILC a été créée par la loi de 1960 sur l’administration des terres israéliennes et dispose de pouvoirs étendus pour élaborer des politiques relatives aux «terres israéliennes». Cette loi a également institué l’Administration des Terres Israéliennes (ILA) pour la mise en œuvre de ces politiques. Selon un rapport du contrôleur de l’État israélien, la participation des représentants du gouvernement aux réunions du conseil de l’ILC a été minime comparée à celle des représentants du FNJ. [16] La discrimination exercée par l’ILA à l’encontre de la population palestinienne en Israël n’est donc guère surprenante.

Discrimination contre les Palestiniens dans les politiques foncières et d’aménagement

Les chiffres relatifs à la location de terres agricoles, soit 85% des terres israéliennes, illustrent clairement cette discrimination. [17] Par exemple, le rapport de l’ILA pour l’an 2000 indique que sur les 200 000 hectares loués en vertu de baux de longue durée, aucun n’a été loué à des citoyens palestiniens. [18] L’ILA préfère clairement louer des terres à des collectivités juives (telles que des kibboutz et des moshavs). Selon Hussein et McKay, «environ 90% de toutes les terres agricoles israéliennes sont louées à [de tels] collectifs juifs». [19] À cet égard, les Palestiniens en Israël se heurtent à un obstacle majeur. En vertu de la loi de 1953 sur les candidats à la colonisation agricole, certains organismes peuvent être reconnus en tant qu’organismes participant à la création de collectivités agricoles. Aucune organisation palestinienne n’est toutefois reconnue comme telle par cette loi. A cet égard, Israël a reconnu en 2001 devant la commission des droits économiques, sociaux et culturels que « de nouvelles installations agricoles arabes ne sont pas prévues, » déclarant que c’était « en raison d’une politique de développement des installations existantes. » [21]

Cela est conforme à l’approche israélienne générale concernant l’établissement de nouvelles agglomérations arabes. Depuis la fondation de l’Etat d’Israël, aucune nouvelle communauté palestinienne n’a été créée en Israël, à part un certain nombre de «townships» établis pour la communauté bédouine du sud. [22] Cela contraste nettement avec la situation de la population juive, pour laquelle 700 nouvelles communautés ont été établies. Cela va également à contre-courant de la multiplication par six du nombre de citoyens palestiniens d’Israël depuis 1948 [24].

En outre, plutôt que de représenter une exception à la politique israélienne à l’égard de sa population arabe, le développement des cantons ou townships bédouins constitue une manifestation extrêmement dure de cette politique. Depuis l’adoption de la loi de 1965 sur la planification et la construction, les plans directeurs établis en vertu de cette loi n’ont pas reconnu l’existence d’un certain nombre de localités palestiniennes, dont la majorité sont des communautés bédouines du sud du désert de Naqab. [25] La «solution» a été de construire ces townships dans une zone du désert appelée Siyag, où de nombreux Bédouins ont été contraints de déménager après 1948. [26] Selon Human Rights Watch, ces townships font partie d’un plan visant à «Consolider [e] le contrôle de l’Etat sur un maximum de terres bédouines tout en confinant les bédouins dans les zones les plus petites possible et en rompant la contiguïté des zones bédouines. [27]

Résultat de recherche d'images pour "naqab arab village"

Village bédouin non reconnu dans le Naqab (ces villages sont régulièrement détruits par l’occupant sioniste)

Les «commissions d’admissions» constituent un autre obstacle à l’occupation des terres agricoles par les Palestiniens. Ces commissions fonctionnent dans 695 villes agricoles et communautaires, qui représentent ensemble 68,5% de toutes les villes en Israël et environ 85% de tous les villages. [28] Initialement introduite par l’ILA, cette institution a récemment été consacrée dans la législation israélienne avec l’adoption par la Knesset en mars 2011 de la loi relative à la commission d’admissions. Cette loi exige que toute personne souhaitant s’installer dans une communauté de moins de 400 familles dans les régions de Naqab (Néguev) et de Galilée (qui abritent une proportion relativement élevée de Palestiniens) obtienne l’approbation d’une telle commission. [29] En vertu de la loi, ces commissions peuvent écarter des candidats qui, entre autres, «sont peu préparés au mode de vie de la communauté» ou «pourraient nuire à la cohésion de la communauté. » [30]

Les Palestiniens sont également confrontés à une forte discrimination dans le droit du foncier et la politique israélienne d’aménagement en ce qui concerne leur utilisation actuelle de terres (principalement urbaines). Seulement 2,5% des terres en Israël sont sous le contrôle d’une autorité d’aménagement contrôlée par les Palestiniens. [31] En outre, malgré la multiplication par 16 des zones bâties dans les agglomérations palestiniennes depuis le mandat britannique, la zone de juridiction moyenne des villes et conseils locaux palestiniens a diminué de 45% au cours de cette période. [32] Par conséquent, comme Bimkom l’a observé, la plupart des localités arabes sont tributaires des décisions prises par les commissions d’aménagement qui, pour la plupart, sont dépourvues de représentation palestinienne. [33]

Les plans élaborés pour les localités palestiniennes par les organismes d’aménagement dominés par les Juifs «ne font souvent que définir les zones de développement existantes». En revanche, même «les plus petites localités juives… ont des plans de construction détaillés et des réglementations relatives à l’utilisation des terres» [34]. Les principaux experts en politique israélienne d’aménagement ont résumé la situation: «L’espace israélien a été très dynamique, mais les changements sont allés principalement dans une direction: les Juifs étendent leur contrôle territorial par divers moyens, y compris la colonisation en cours, tandis que les Arabes ont été contenus dans une géographie inchangée. » [35] Par conséquent, il est peu surprenant que, si la population palestinienne représente aujourd’hui 18% de la population israélienne totale, elle n’occupe que 3,5% du territoire. [36]

Une conséquence évidente de cet endiguement est l’augmentation de la densité de population dans les localités palestiniennes. La densité de population dans les villages arabes est près de quatre fois supérieure à celle des villages juifs. [37] En conséquence, les Palestiniens en Israël ont été forcés de construire sans les permis nécessaires. Selon Bimkom, ce phénomène est combattu par les services israéliens d’aménagement « avec toute la force de leur arsenal juridique », tandis que des pratiques similaires au sein de la communauté juive sont traitées « avec beaucoup de tolérance » [39].

Evolutions récentes

En août 2009, la Knesset a adopté la loi sur l’administration des terres israéliennes, qui introduit un certain nombre de réformes dans le régime de la législation foncière israélienne. Un aspect important de la loi est la conclusion d’un accord entre l’État israélien et le FNJ prévoyant un échange de terrains entre les deux institutions. La majorité des terres transférées au FNJ se trouvent dans les régions de Galilée et de Naqab, qui comptent une forte population arabe. [40] L’accord prévoit que ces terres seront gérées «de manière à préserver les principes du FNJ relatifs à ses terres». [41] L’échange de terres est également au cœur d’un autre élément clef des réformes de 2009, à savoir: privatisation de 80 000 hectares de terres domaniales, y compris des terres du FNJ. Parmi ces terres se trouvent des terres confisquées à des réfugiés palestiniens. Comme l’a déclaré le groupe de défense des droits civiques Adalah, cette privatisation «empêchera toute possibilité future de restituer ces terres à leurs propriétaires d’origine» [42]. La loi de 2009 garantit également au FNJ une représentation de près de 50% dans un Conseil du territoire israélien réorganisé. [43]

Les récents développements du régime de droit foncier israélien impliquent donc la poursuite de la confiscation des terres palestiniennes, de leur «judaïsation», ainsi que du confinement et de la concentration de la population palestinienne en Israël, décrits ci-dessus. Ces politiques violent clairement les obligations d’Israël imposées par le droit international des droits de l’homme. Elles sont également contraires à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale qui interdit les mesures «destinées à diviser la population selon des critères raciaux par la création de réserves et de ghettos distincts pour les membres d’un groupe ou de plusieurs groupes raciaux», ainsi que «l’expropriation de biens fonciers appartenant à un ou des groupe raciaux. « 

Notes

  1. Lehn, W. and Davis, U. The Jewish National Fund, London: Kegan Paul (1988), p. 30 – 32.
  2. Lehn, W. “The Jewish National Fund,” Journal of Palestine Studies, Vol. 3, No. 4 (Summer, 1974), p. 94.
  3. See Lehn and Davis, note 1 supra,p. 74.
  4. Jaradat Gassner, I., Haddad, T., Mazzawi, R., Akram, S., Al Azza, N., Jaradat, M., and Gado., Y (eds.) Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, BADIL Resource Center for Palestinian Residency & Refugee Rights (2009), p. 10.
  5. Dajani, S., Ruling Palestine – A History of the Legally Sanctioned Jewish-Israeli Seizure of Land and Housing in Palestine (2005), p. 33 – 34.
  6. Forman, G. and Kedar, A. “From Arab land to ‘Israel Lands’: the legal dispossession of the Palestinians displaced by Israel in the wake of 1948,” Environment and Planning D: Society and Space, Vol 22 (2004), p. 81.
  7. See Lehn, note 2 supra, p. 85.
  8. See Forman and Kedar, note 6 supra,p.820.
  9. p. 823.
  10. Jiryis, S, The Arabs in Israel London: Monthly Review Press, (1976), p. 111.
  11. Kedar, A. “The Legal Transformation of Ethnic Geography: Israeli Law and the Palestinian Landholder 1948 – 1967” New YorkUniversityJournal of International Law and Politics (2001) Vol. 33, p. 951.
  12. p. 952.
  13. Abu Hussein, H. and McKay, F. Access Denied: Palestinian Land Rights in Israel, London: Zed, 2003, p. 133.
  14. See Lehn and Davis, note 1 supra, p. 107.
  15. See Hussein and McKay, note 14 supra, p. 177.
  16. p. 182.
  17. p. 183.
  18. p. 182.
  19. p. 191.
  20. State of Israel, Second Periodic Report ot the Committee on Economic, Social and Cultural Rights (July, 2001), Ministry of Justice, Ministry of Foreign Affairs and Ministry of Labour and Social Affairs, p. 100.
  21. See Hussein and McKay, note 14 supra, p.199.
  22. Kedar, S., Khamaisi, R., and Yiftachel, O., “Land and Planning” in After the Rift: New Directions for Government Policy Towards the Arab Population in Israel(Ghanem, A., Rabinowtiz, D., and Yiftachel, O. eds), p. 17.
  23. “Off the Map: Land and Housing Rights Violations in Israel’ʼs Unrecognized Bedouin Villages,” Human Rights Watch, March 2008, Volume 20, No. 5(E), p. 14.
  24. , p. 20.
  25. , p. 43.
  26. Hesketh, K. (March, 2011), “The Inequality Report: The Palestinian Arab Minority in Israel,” p.32. Available at http://www.adalah.org/upfiles/Christian%20Aid%20Report%20December%202010%20FINAL(1).pdf (accessed 28.12.2012).
  27. Human Rights Watch (30/3/2011) “Israel: New Laws Marginalize Palestinian Arab Citizens.” Available at http://www.hrw.org/news/2011/03/30/israel-new-laws-marginalize-palestinian-arab-citizens (accessed 28.12.2012).
  28. Kedar, S. and Yiftachel O., “Land Regime and Social Relations in Israel,” p. 144. Available at http://www.geog.bgu.ac.il/members/yiftachel/new_papers_eng/Kedar%20and%20Yiftachel.pdf (accessed 28.12.2012).
  29. See Hussein and McKay, note 14 supra, p. 217.
  30. Groag, S. and Hartman, S., “Planning Rights in Arab Communities in Israel: An Overview,” p. 5. Available at http://www.bimkom.org/dynContent/articles/PLANNING%20RIGHTS.pdf (accessed 28.12.2012).
  31. See Hussein and McKay, note 14 supra, p. 228.
  32. See Kedar, Khamaisi and Yiftachel,note 24 supra, p.17.
  33. [See Groag and Hartman,note 33 supra, p. 3.
  34. Hussein and McKay, note 14 supra, p. 233.
  35. See Groag and Hartman,note 33 supra, p. 4.
  36. Bishara, S. and Hamdan, H., “Critique of the Draft Bill – Israel Land Administration Law (Amendment No. 7) 2009,” Adalah Position Paper (21 July 2009), p. 9. Available at http://www.adalah.org/newsletter/eng/jul09/Position_Paper_on_Land_Reform_Bill_july_2009.pdf (accessed 28.12.2012)
  37. p. 2.
  38. p. 17

Le Congrès Juif Européen appelle à signaler les contenus antisémites du Coran

26 novembre 2018

On se souvient qu’en avril 2018, 250 personnalités dont l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë, le chanteur Charles Aznavour, les comédiens Zabou Breitman et Gérard Depardieu et les inévitables Yann Moix ou Frédéric Haziza avaient signé un manifeste « contre le nouvel antisémitisme » proposé par Philippe Val pour dénoncer une « épuration ethnique à bas bruit » qui serait le fait d’un antisémitisme musulman qui se fonderait sur le texte coranique lui-même. Les victimes de cette épuration ethnique seraient les Français de confession juive, on l’aura compris.

D’où la demande formulée dans le texte publié par le journal « Aujourd’hui en France » (Le Parisien Libéré) :

En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime

Il est vrai que par endroits, on a trouvé des autorités chrétiennes pour réécrire des passages du Nouveau Testament.

Le texte exprimait une attente particulière vis-à-vis de « l’Islam de France » :

Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie.

Qu’il ouvre la voie par rapport à quoi et à qui ?

Comme on l’a vu et comme on le sait, les Chrétiens ont soit expurgé leurs textes, soit les ont réinterprétés, notamment pour laver les Juifs de l’accusation de déicide, accusation qui a valu bien des désagréments aux Juifs en Europe Sur ce point précis, on peut lire dans un article intéressant de la revue juive américaine Forward:

le Talmud ne fuit pas la responsabilité de la mort de Jésus. Au contraire, il dit qu’il l’avait méritée et qu’elle est l’œuvre des juifs eux-mêmes

Donc la voie a déjà été ouverte par les autorités chrétiennes , l’église catholique américaine étant même allée jusqu’à retirer le mot « holocauste » de sa traduction anglaise de la Bible pour complaire à une organisation de survivants et descendants de « l’holocauste », celui auquel on doit mettre un H majuscule.

Un article qui vient de paraître dans un journal anglais nous éclaire peut-être à ce sujet. On apprend en effet qu’une conférence organisée tout récemment en Autriche par le Congrès Juif Européen a arrêté un certain nombre de mesures à proposer aux politiques pour enrayer, voire faire disparaître l’antisémitisme.

Parmi ces mesures, l’exigence de faire accompagner toute nouvelle édition de la Bible (entendue comme Nouveau Testament) et du Coran d’un avertissement et de notes relatives au caractère antisémite de tel ou tel passage. Et l’affirmation par les autorités religieuses du rejet de ces passages.

Nous sommes donc exactement dans la même logique que le texte publié en France en avril. Un texte qui voulait que la France, et ses Musulmans, donnent l’exemple aux autres pays, un exemple qui aurait été bien utile en guise de preuve pour les conférenciers de Vienne.

La seule question qu’on peut se poser est de savoir si c’est Philippe Val qui a inspiré le Congrès Juif Européen ou si c’est l’inverse.

Exploring the Qur'an

On notera que l’article donne très brièvement la parole à Muhammad Abdul Haleem , un universitaire spécialiste du Coran, pour lui faire dire que « le Coran est entièrement négatif à l’égard des Juifs. » Ce n’est pourtant pas ce qu’il dit dans cette longue interview

 

Les leaders juifs appellent à de nouvelles éditions de la Bible et du Coran avec un texte d’avertissement mettant en évidence les passages antisémites

Un catalogue de politiques de lutte contre l’antisémitisme présente de nombreuses propositions

Il a été élaboré suite à une conférence organisée par le Congrès Juif Européen

La conférence a discuté de l’antisémitisme sur Internet et dans divers textes religieux

Les dirigeants se sont rencontrés en début de semaine à Vienne pour discuter des nouvelles propositions de politiques

Par James Woods, The Daily Mail (UK) 23 novembre 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les dirigeants juifs appellent à ce que les nouvelles éditions de la Bible et du Coran contiennent des messages d’avertissement pour mettre en évidence les passages antisémites des textes sacrés.

Les recommandations ont été formulées dans un nouveau document intitulé « La fin de l’antisémitisme ! Un catalogue de politiques de lutte contre l’antisémitisme ».

Il a été élaboré au terme d’une conférence internationale organisée par le Congrès Juif Européen, qui a vu des universitaires se réunir pour discuter de la manière dont peuvent être combattus les préjugés et la discrimination.

Ariel Muzicant, Vice-President of the European Jewish Congress, and co-author of the new document holds it up, showing the title 'An End to Antisemitism! A Catalogue of Policies to Combat Antisemitism'

Ariel Muzicant, vice-président du Congrès Juif Européen présente le rapport dont il est un co-auteur

Parmi les actions mentionnées dans le document figurait l’idée de messages d’avertissement dans les éditions des textes sacrés, thème qui est abordé dans un chapitre intitulé «Recommandations concernant les groupes et institutions religieux».

On peut lire ce qui suit dans le document : ‘Les traductions du Nouveau Testament, du Coran et d’autres textes de la littérature chrétienne ou musulmane ont besoin de mentions marginales et d’introductions soulignant la continuité du christianisme et de l’islam avec l’héritage juif et mettant en garde les lecteurs contre leurs passages antisémites.

« Bien que certains efforts aient été faits en ce sens dans le cas du christianisme, ils doivent être étendus de la même façon dans les deux religions ».

Plusieurs passages du Nouveau Testament ont été critiqués parce qu’ils ont servi à justifier des attitudes antisémites.

Parmi ces passages, ceux qui blâment les Juifs pour la mort de Jésus, pour leur nature apparemment têtue et la déloyauté du peuple juif envers Dieu.

Et il y a quelques propos négatifs sur les Juifs dans le Coran et des représentations négatives du peuple juif.

L’Archevêque de Canterbury, Justin Welby, s’est exprimé il y a quelques temps sur la manière dont des textes religieux peuvent être exploités ou mal interprétés pour promouvoir des attitudes discriminatoires.

S’exprimant dans une collection d’essais publiée en 2016, il écrivait : « C’est une vérité honteuse, par ses enseignements théologiques, l’église qui aurait dû offrir un antidote, a aggravé la propagation de ce virus.

« Le fait que l’antisémitisme a infecté le corps de l’Eglise est quelque chose dont nous, Chrétiens, devons profondément nous repentir. Nous vivons avec les conséquences de notre histoire de déni et de complicité. »

Le document, qui a été rédigé par des universitaires, dont Dana Porat et Lawrence H. Schiffman, appelle aussi à ce que tous les textes et passages antisémites qui figurent dans le corpus du Christianisme et de l’Islam « soient identifiés et rejetés. »

Une autre recommandation demande que les penseurs et dirigeants religieux « dénoncent publiquement comme impies » des écrits canoniques ou quasi-canoniques de religieux antisémites..

Ce qui justifie ces changements, explique le document, est que ces messages sont toujours communiqués par le truchement d’êtres humains et donc sujets à erreur.

On lit dans le document : «La révélation de Dieu est ainsi entachée par la faillibilité humaine. À partir du Nouveau Testament, la révélation divine s’exprime dans des textes sacrés chrétiens qui expriment également une forme de haine.

« Les manifestations de cette haine se sont traduites par une tradition d’antisémitisme qui a légitimé moralement les crimes contre le peuple juif, dont la quintessence est la Shoah ».

Austrian Chancellor Sebastian Kurz, Moshe Kantor, President of the European Jewish Congress, and Manfred Weber, Chairman of the European People's Party, are pictured during a conference on anti-Semitism in Vienna, Austria. The conference followed the publication of a document outlining a number of policy suggestions 

Au centre, Moshe Kantor, président du Congrès Juif Européen et le premier ministre autrichien  Sebastian Kurz (de profil) et Manfred Weber, membre de la CSU (Allemagne) et président du groupe  Parti Populaire Européen au Parlement Européen

Dès lors que « les contenus antisémites d’un patrimoine religieux sont identifiés, » les dirigeants et les adeptes de cette religion doivent en être informés, conclut le document.

D’autres aspects ont été mis en évidence suite à la conférence, dont la réponse à l’antisémitisme en ligne et à l’intérieur des institutions universitaires et des organismes de recherche.

Ce qui inclut de veiller à ce que que les moteurs de recherche sur Internet privilégient les représentations positives du judaïsme et des descriptions exactes de l’histoire de l’antisémitisme.

Des universitaires ont réagi aux recommandations exposées dans le document.

Le Dr Christine Joynes, professeure de théologie à Oxford, a déclaré au Times qu’elle avait une « certaine sympathie » pour la suggestion d’une Bible annotée.

Mais, dit-elle, « C’est toute la Bible qui a besoin d’un avertissement salutaire pour qu’elle soit lue à travers un regard critique et en contexte historique. »

Pour sa part, Muhammad Abdel Haleem, professeur d’études islamiques à l’Université de Londres, s’exprimant lui aussi devant le Times, déclare que le Coran est entièrement négatif à l’égard des Juifs.

Le professseur Muhammad Abdel Haleem

Selon lui, « Si quelqu’un veut se comporter de manière antisémite ou anti-islamique, il le fera que vous mettiez ou des avertissements et des notes de bas de page. »


%d blogueurs aiment cette page :