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Le terrorisme sioniste et ses mystifications, un texte important de Rémi Brulin

15 mai 2018

La récente parution en langue anglaise d’un ouvrage consacré à la stratégie adoptée par l’entité sioniste pour combattre ses ennemis, palestiniens mais pas seulement, une stratégie basée notamment sur l’assassinat, donne l’occasion au chercheur Rémi Brulin de revenir sur la construction idéologique et médiatique du terrorisme et de la figure du terroriste en prenant comme exemple précisément le cas de l’entité sioniste.

Rémi Brulin a en effet consacré sa thèse, soutenue à Paris, à la constitution et à l’évolution du discours américain sur le terrorisme. Un discours à l’élaboration duquel le régime sioniste et ses agents n’est pas étranger.

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Rémi Brulin

La thèse de doctorat de Rémi Brulin est téléchargeable. Elle est en français puisqu’elle a été soutenue en France et que Rémi Brulin est français. Le texte de ce chercheur que je vous propose ici n’est disponible qu’en anglais. Peut-être M. Brulin en donnera-t-il une version en français. En attendant, il faudra se contenter de ma traduction de cet article où Brulin illustre sa thèse en prenant l’exemple de l’entité sioniste.

Une thèse dont la validité vient encore d’être démontrée par les propos de Simona Frankel, l’ambassadrice de l’entité sioniste en Belgique pour qui « tous les palestiniens abattus par balle étaient des terroristes, y compris les 8 enfants« .   (Notez que la RTBF titre « propos musclés » là où nous sommes devant des propos abjects).

La remarquable occultation de la campagne israélienne d’attentats à la voiture piégée au Liban ou : Ce dont nous (ne) parlons (pas) quand nous parlons de terrorisme

Par Rémi Brulin, MondoWeiss (USA) 7 mai 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le ministre de la défense Ariel Sharon et le chef d’état-major sioniste Raphael Eitan au Liban en 1982

« Avec le soutien de Sharon, des choses terribles ont été faites. Je ne suis pas végétarien et j’ai soutenu et même participé à certaines des opérations d’assassinat réalisées par Israël. Mais nous parlons ici de meurtres de masse dans le but de tuer, de semer le chaos et l’alarme chez les civils aussi. Depuis quand envoyons nous des ânes chargés d’explosifs pour qu’ils explosent sur des marchés ? »

– Un agent du Mossad, cité dans Rise and Kill First de Ronen Bergman: L’histoire secrète des assassinats ciblés d’Israël

Le 29 août 1982, Ariel Sharon s’est invité dans les pages d’opinion du New York Times pour démontrer que la «réalisation la plus immédiate» d’Israël après son invasion du Liban avait été la «défaite écrasante» de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Le ministre israélien de la Défense expliquait que les roquettes Katioucha tirées depuis « des sanctuaires terroristes du Liban » avaient cessé de pleuvoir sur les villages israéliens, et les soldats israéliens avaient été accueillis en libérateurs pour avoir expulsé les terroristes qui violaient et pillaient. Le « royaume de terreur » établi par l’organisation de Yasser Arafat sur le sol libanais « n’était plus ». « Cela a été le cas », insistait Sharon, « malgré les pertes qui ont inévitablement résulté du combat contre les terroristes de l’OLP qui utilisaient des civils comme boucliers humain » et qui stockaient délibérément leurs armes et leurs munitions au milieu des immeubles d’habitation, des écoles, des camps de réfugiés et des hôpitaux. « 

En fait, ajoutait le ministre de la défense, «aucune armée dans l’histoire de la guerre moderne n’a jamais pris autant de précautions pour éviter les pertes civiles que l’armée israélienne.» Une expression hébraïque, «tohar haneshek», exprimait parfaitement cette idée, ajoutait le ministre de la Défense. Cela signifie « la conduite morale de la guerre » et tous les Israéliens étaient « fiers que nos soldats se conforment scrupuleusement cette doctrine juive ». Ils avaient averti les civils qu’ils venaient malgré les « coûts élevés » pour eux-mêmes, avaient attaqué « seulement des positions reconnues au préalable de l’OLP » et bombardé « des bâtiments seulement quand ils servaient d’abris à l’OLP.  »  » Cette politique « , concluait Sharon, » contraste de manière frappante avec la pratique de l’OLP qui consiste à attaquer seulement des cibles civiles. »

1979-1984 : Des responsables israéliens lancent une énorme campagne de relations publiques dénonçant le fléau du «terrorisme» ...

La tribune libre d’Ariel Sharon est parue alors qu’Israël menait une offensive de relations publiques délibérée et finalement remarquablement réussie visant à influencer le discours américain naissant sur le «terrorisme» d’une manière qui coïnciderait avec ses propres intérêts.

La tribune libre d’Ariel Sharon fut publiée alors qu’Israël entreprenait une offensive de relations publiques délibérée au succès en définitive remarquable dans le but d’influencer le discours américain naissant sur le terrorisme d’une manière conforme à ses propres intérêts.

En juillet 1979, à Jérusalem, une importante conférence sur le « terrorisme international » avait été organisée par le Jonathan Institute, une organisation intimement liée au gouvernement israélien et baptisée du nom de Jonathan Netanyahou, tué pendant un fameux raid des forces spéciales israéliennes à Entebbe (aéroport de la capitale de l’Ouganda, NdT)

Benzion Netanyahou, historien du judaïsme et ancien secrétaire particulier de Ze’ev Jabotinsky, était un des principaux acteurs derrière la création de l’institut et il prononça la déclaration inaugurale de la conférence. Cet événement, avait-t-il expliqué, a annonçait le début d’un « nouveau processus – le processus de ralliement des démocraties du monde à la lutte contre le terrorisme et les dangers qu’il représente ». « Contre le front international du terrorisme, » avait soutenu le père de Jonathan et Benjamin, «nous devons construire un front international de la liberté – celui de l’opinion publique organisée qui poussera les gouvernements à agir».

Les orateurs à la conférence de Jérusalem en 1979 représentaient un véritable Who’ who des dirigeants politiques, les universitaires et les commentateurs politiques conservateurs, principalement d’Israël et des États-Unis. L’un après l’autre, ils avaient insisté sur le fait que prendre position contre le «terrorisme» consistait à témoigner d’une «clarté morale» et que la «clarté morale» exigeait une clarté dans le langage. Le terme «terrorisme» devait donc être défini avec précision et il fallait faire en sorte d’empêcher les «terroristes» de «travestir le langage» en prétendant lutter pour la liberté.

Benzion Netanyahu avait ainsi condamné le « relativisme moral facile du « le terroriste de l’un est le combattant de la liberté d’un autre » et avait insisté sur le fait qu’il était » important d’établir d’emblée un cadre définitionnel clair, sans tenir compte des opinions politiques « . « Le terrorisme », avait-il expliqué, «est le meurtre délibéré et systématique de civils afin d’inspirer la peur.» Il est« au-delà de toute nuance et ergotage, un mal moral» qui « infecte non seulement ceux qui commettent de tels crimes, mais aussi ceux qui, par intention de nuire, ignorance ou simple refus de penser, les approuve. » Il était ensuite allé un peu plus loin, et avait insisté sur le fait que les moyens et les fins des » terroristes « étaient » indissolublement liés, et tous deux pointent dans une seule direction: l’horreur de la liberté et la détermination à détruire le mode de vie démocratique. « 

Pour sa part, le premier ministre Menahem Begin avait affirmé que l’OLP était « la plus vile des organisations armées depuis le temps des nazis ». La gravité de la menace « terroriste » posée par les Palestiniens et leurs alliés arabes était telle, avait-il soutenu. Qu’elle justifiait le recours préventif à la force militaire. « Que devrions-nous faire ? » avait demandé Begin. « Se contenter de représailles, attendre entre les attentats contre la population civile juive dans notre pays, en d’autres termes, condamner un nombre indéterminé de nos concitoyens à mourir ? » Non, avait-il répondu : « Nous les frappons et c’est l’autodéfense nationale la plus sublime, la plus légitime. « 

L’Institut avait organisé une deuxième conférence à Washington DC en juin 1984. Ses actes ont ensuite été rédigés par Benjamin Netanyahu et publiés sous le titre « Terrorisme : Comment l’Occident peut gagner ». Le livre avait recueilli des critiques élogieuses de la part de grands journaux américains, était réputé avoir été lu avec beaucoup d’intérêt par le président Reagan lui-même et avait obtenu un succès éditorial remarquable. Comme Netanyahu l’avait expliqué, la conférence de 1979 avait représenté «un tournant dans la compréhension du terrorisme international» et «aidé à attirer l’attention des cercles influents en Occident sur la véritable nature de la menace terroriste» car une « réponse internationale cohérente et unie » n’existait pas encore. « Promouvoir une telle politique unifiée et suggérer en quoi elle pourrait consister », concluait Netanyahou, avait été « l’objectif principal du deuxième rassemblement international de l’Institut Jonathan ».

Comme son père quelques années plus tôt, l’ambassadeur israélien auprès des Nations Unies avait insisté sur le fait que «le terrorisme est toujours injustifiable, indépendamment de ses objectifs déclarés ou réels», ajoutant que «les véritables objectifs des terroristes sont en pratique liés à leurs méthodes. « L’histoire nous a donné à plusieurs reprises un avertissement préalable », avait-il expliqué. Les gens qui «délibérément massacrent des femmes et des enfants n’ont pas en tête la libération», avait-il affirmé avec assurance avant d’ajouter : «Ce n’est pas seulement que les fins des terroristes ne justifient pas les moyens qu’ils choisissent. C’est que le choix des moyens indique ce que sont les vrais buts. Loin d’être des combattants de la liberté, les terroristes annoncent la tyrannie. « 

À la fin du premier mandat de Ronald Reagan, les élus américains en étaient venus à accepter et à adopter les principales affirmations et hypothèses qui, depuis des années, étaient au cœur du discours israélien sur le «terrorisme». Le «terroriste» est le non-gouvernement. Le terroriste est « l’Autre » non occidental. « Il » recourt à des moyens diaboliques et immoraux au service du mal et de fins immorales. En ce sens, «le terroriste» appartient au monde pré- ou non civilisé. En revanche, «nous» sommes opposés, condamnons et rejetons «tout terrorisme». «Nous» défendons la clarté morale et respectons profondément le caractère sacré de la vie des civils innocents. « Notre » fin, comme nos moyens, sont purs. « Nos » recours à la force sont légitimes et toujours défensifs. Ils interviennent en réponse à la «menace terroriste» ou en légitime défense et visent toujours à limiter les pertes de vies civiles.

La tribune libre d’Ariel Sharon représente l’une des illustrations les plus claires de la mesure dans laquelle un tel discours est de la pure idéologie.

…Tandis que plusieurs de ses plus hauts fonctionnaires sont occupés à diriger une campagne « terroriste » massive d’attentats à la voiture piégée au Liban

En effet, de 1979 à 1983, soit précisément la période située entre les conférences de Jérusalem et de Washington, de très hauts responsables israéliens ont mené une vaste campagne d’attentats à la voiture piégée qui a tué des centaines de Palestiniens et de Libanais, pour la plupart civils. En fait, au moment où sa tribune libre était publiée dans le New York Times, Sharon dirigeait personnellement cette opération «terroriste» depuis une année entière. Fait encore plus remarquable, l’un des objectifs de cette opération secrète était précisément d’inciter l’OLP à recourir au «terrorisme» afin de fournir à Israël une justification pour envahir le Liban.

 

Ronen Bergman

Ces assertions ne sont pas le produit d’un esprit enfiévré et conspirationniste. Une description détaillée de cette opération secrète par Ronen Bergman, un journaliste israélien très respecté, a été publiée par le New York Times Magazine le 23 janvier 2018. Cet article a été adapté de Rise and Kill First: L’histoire secrète des assassinats ciblés d’Israël, où est fourni un compte rendu beaucoup plus détaillé de l’opération, entièrement basé sur des entretiens avec des responsables israéliens impliqués ou au courant de l’opération à l’époque.

Comme l’explique Richard Jackson dans « Writing the War on Terrorism » (Écrire la guerre contre le terrorisme), un discours politique est une façon de parler qui cherche à donner un sens aux événements et aux expériences à partir d’un point de vue particulier. Analyser le discours sur le «terrorisme», affirme Jackson, implique «l’identification des règles guidant ce qui peut et ne peut pas être dit et de découvrir ce qui a été omis ainsi que ce qui a été inclus.» «Les silences d’un texte» ajoute-t-il « sont souvent aussi importants que ce qu’il dit. »

L’opération secrète d’attentats à la voiture piégée menée par les autorités israéliennes au Liban au début des années 1980 représente un exemple historique remarquable de tels «silences» et des «règles» qui sous-tendent le discours sur le «terrorisme» et confirme que certaines choses ne peuvent tout simplement pas être dites. « Certains faits ne sont tout simplement jamais mentionnés .Rise and Kill First a reçu des éloges de la part de la critique dans la presse américaine. Au cours des trois derniers mois, son auteur a participé à d’innombrables interviews avec les médias et a donné des conférences publiques très remarquées dans tout le pays. Et pourtant, dans ces revues critiques, ces entretiens et ces discussions publiques, cette opération secrète n’a pas été mentionnée une seule fois. En fait, la discussion publique qui a entouré la publication de Rise and Kill First a eu lieu comme si les révélations contenues dans ce livre n’avaient jamais été publiées.

Notre » opposition au « terrorisme » se base sur des principes et est absolue. « Nous » par définition ne recourons pas au « terrorisme ». Si et quand une preuve du contraire est présentée, la réaction est : le silence.

The New York Times Magazine: L’opération secrète d’Israël au Liban et la création du Front pour La libération du Liban des étrangers

Dans le New York Times Magazine, Ronen Bergman, chef correspondant pour les affaires militaires et du renseignement pour le journal israélien Yediot Ahronoth, décrit comment, le 22 avril 1979, une « unité terroriste » du Front de Libération de la Palestine débarqua sur la plage de Nahariya, une ville israélienne à quelques kilomètres au sud de la frontière avec le Liban. Ils firent irruption dans une maison et, au moment où la situation des otages était réglée, un père et deux de ses filles, âgés de quatre et deux ans, avaient été brutalement assassinés [Samir Kountar, alors âgé de 17 ans, faisait partie du commando. Il a toujours nié avoir tué une fillette. L’autre enfant décédé est morte accidentellement asphyxiée par sa mère qui l’enveloppait pour la protéger. Samir Kountar a été condamné à de la prison avant d’être libéré dans le cadre d’un échange par l’entité sioniste. Il a été tué par un bombardement de l’aviation sioniste sur la périphérie de Damas. NdT]

« Suite à l’atrocité de Nahariya », explique l’auteur, le général Rafael Eitan  » avait donné au commandant régional Avigdor Ben-Gal un ordre simple « Tuez-les tous », c’est-à-dire tous les membres de l’OLP et quiconque a un lien avec cette organisation au Liban. « Avec l’approbation d’Eitan, Ben-Gal avait choisi Meir Dagan, le » meilleur expert en opérations spéciales  » de l’armée israélienne et, écrit l’auteur, » tous trois mirent en place le Front pour la Libération du Liban des Etrangers « . Pour citer David Agmon, chef de l’état-major du Commandement de l’armée israélienne et l’un des rares hommes à avoir été au courant de l’opération, expliquant ainsi l’objectif de la création du Front: « Le but était de semer le chaos parmi les Palestiniens et les Syriens au Liban, sans laisser d’empreintes digitales israéliennes, pour leur donner l’impression d’être constamment attaqués et pour leur insuffler un sentiment d’insécurité. » Pour cela, Eitan, Ben-Gal et Dagan » *recrutèrent des locaux libanais, Druzes, Chrétiens et Musulmans chiites qui en voulaient aux Palestiniens et les voulaient hors du Liban « Entre 1979 et 1983, » le Front a tué des centaines de personnes « .

Dans cet article, Bergman ne donne pas de détails sur les méthodes utilisées pendant cette opération secrète. Il est également assez vague sur l’identité (des « gens ») de ses victimes.

Pour ceux qui sont bien informés sur le conflit au Liban, cependant, la référence au Front de Libération du Liban des Etrangers est extraordinairement significative car cette organisation était, au début des années 1980, tristement connue pour avoir revendiqué la responsabilité de dizaines d’attentats à la voiture piégée extrêmement violents et destructeurs visant les palestiniens et leurs alliés au Liban. Ces attentats ont été largement couverts par la presse américaine à l’époque. Le plus souvent, les journalistes américains présentaient le FLLE comme une « mystérieuse » ou « insaisissable organisation d’extrême droite ». Ils notaient parfois que les palestiniens et leurs alliés libanais avaient la conviction que cette organisation était purement fictive, une invention israélienne dans le but de cacher son rôle dans ces activités.

En ce qui concerne le livre lui-même, aucune connaissance préalable du conflit libanais n’est requise pour comprendre l’ampleur et la signification des révélations de Bergman.

Rise and Kill First : Récits de première main sur le rôle d’Israël dans la grande campagne d’attentats à la voiture (et à la bicyclette et à l’âne) piégé au Liban.

Très tôt, explique Bergman, l’opération a eu recours principalement à « des explosifs dissimulés dans des bidons d’huile ou des boîtes de conserves » fabriqués dans un atelier de métallerie du Kibboutz Mahanayim où résidait Ben-Gal. Les explosifs eux-mêmes venaient de l’unité de neutralisation des bombes de l’armée israélienne afin de « fortement minimiser les risques qu’un lien avec Israël soit révélé si les engins explosifs tombaient entre des mains ennemies. » « Nous y allions de nuit, » a déclaré Ben-Gal à Bergman, « Meir [Dagan] et moi et les autres gars, avec le chef du commandement du génie qui apportaient les explosifs, et nous remplissions ces petits bidons et branchions les détonateurs. »

Ces « petits bidons » étaient alors envoyés aux courriers dans de grands sacs à dos ou, s’ils étaient trop gros, sur des motocyclettes, des bicyclettes ou des ânes. » Comme le dit Bergman : « Bientôt des bombes commencèrent à exploser aux domiciles des collaborateurs de l’OLP au Sud Liban, tuant tous ceux qui s’y trouvaient, ainsi que dans des positions et des bureaux de l’OLP, surtout à Tyr, Saïda et dans les camps de réfugiés palestiniens autour de ces villes causant des dégâts et des pertes considérables.

L’opération avait été menée dans le plus grand secret, selon Bergman. Elle n’a jamais reçu l’approbation du gouvernement lui-même, et on n’a «aucun moyen de savoir» dans quelle mesure Ezer Weizman, le ministre de la Défense lors du lancement de l’opération, était au courant.

Malgré leurs efforts, Eitan, Ben-Gal et Dagan ont été incapables de garder leur opération complètement hermétique, amenant plusieurs officiers supérieurs d’AMAN (l’acronyme hébreu pour le Département du Renseignement de l’état-major général de l’armée israélienne) à freiner des quatre fers en objectant vigoureusement.

Le chef de la Division de la recherche d’AMAN, Amos Gilboa, a parlé à Bergman de ce qu’il a appelé une «lutte constante» entre l’AMAN et le Commandement du Nord. « Yanosh [Ben-Gal] nous a menti tout le temps. Nous n’avons cru aucun de leurs rapports « , a déclaré Gilboa. « Ce fut l’une des périodes les plus laides de l’histoire du pays ». Plus tard, AMAN a appris « par ses sources au Liban » les « attentats à la voiture et aux ânes piégés » mais, écrit Bergman, mais avait finalement décidé de laisser tomber.

Des réserves furent aussi exprimées par le vice-ministre de la Défense, Mordechai Zippori qui avait été informé d’une attaque qui avait eu lieu en avril 1980 et au cours de laquelle des femmes et des enfants avaient été tués suite à l’explosion d’une voiture piégée dans le sud du Liban. L’objectif était, selon Bergman, de frapper «le personnel de l’OLP». En juin, une réunion était convoquée dans le bureau de Begin, Zippori accusant Ben-Gal de «mener des actions non autorisées au Liban» et que «dans ces activités, des femmes et des enfants ont été tués. « Ce dernier avait répondu : » Inexact. Quatre ou cinq terroristes ont été tués. Qui circule au Liban dans une Mercedes à 2 heures du matin ? Seulement des terroristes. « 

Begin accepta l’assurance de Ben-Gal qu’il avait effectivement reçu la permission pour cette action et mit fin à la réunion. Selon Bergman, l’étendue des informations du Premier ministre sur ces activités est incertaine. A partir de ce moment-là, cependant, « les hauts gradés se rendirent compte qu’il était inutile de demander au Premier ministre de rectifier la situation. » La réunion de Tel Aviv marqua ainsi la fin de toute opposition interne à l’opération secrète menée par Eitan, Ben -Gal et Dagan, un développement fatidique car l’opération était sur le point d’entrer dans sa deuxième (et encore plus violente) étape suite à la nomination d’un nouveau ministre de la Défense.

Le 16 juillet 1981, des roquettes palestiniennes Katiouchas tuèrent trois civils israéliens dans le village de Kiryat Shmonah. Le lendemain, l’armée de l’air israélienne ripostait par un bombardement massif visant le siège de l’OLP au centre-ville de Beyrouth ainsi que plusieurs ponts vers Saïda, tuant entre 200 et 300 personnes, principalement des civils libanais, et en blessant plus de 800.

Philip Habib, envoyé spécial du président Ronald Reagan dans la région, négocia un cessez-le-feu par lequel l’OLP s’engageait à cesser toute attaque à l’intérieur d’Israël. Pour les dirigeants israéliens, un tel accord était inacceptable. L’OLP était une organisation «terroriste» et la décision américaine de considérer Arafat comme partenaire d’un cessez-le-feu était un véritable affront. En ce qui concerne les détails de l’accord, ils firent valoir que l’OLP devrait cesser toutes les attaques contre Israël et les intérêts israéliens, y compris les attaques menées dans les territoires occupés ou dans des endroits comme l’Europe. Comme le note Bergman, « le monde extérieur voyait les choses différemment, et Habib fit comprendre aux Israéliens que les Etats-Unis ne soutiendraient une incursion terrestre au Liban qu’en réponse à une provocation flagrante de l’OLP ».

Le 5 août 1981, Begin désigna Ariel Sharon pour le remplacer au poste de ministre de la Défense. Dans la dizaine de mois qui suivit, comme les historiens israéliens comme Zeev Schiff et Ehud Yaari, Benni Morris, Avi Shlaim ou Zeev Maoz l’ont depuis longtemps documenté, Israël se lança dans de nombreuses opérations militaires dans le but clair d’inciter les Palestiniens à réagir militairement, ce qu’Israël pourrait alors condamner comme une attaque «terroriste» justifiant une offensive majeure au Liban.

Août 1981 : Ariel Sharon devient ministre de la Défense et intensifie la campagne de d’attentats du FLLE pour pousser l’OLP à recourir au «terrorisme»

Rise and Kill First représente une contribution majeure à notre compréhension de ce moment historique, car il démontre, sur la base de témoignages directs de responsables israéliens impliqués dans l’opération, que la campagne d’attaques à la voiture piégée s’est intensifiée lorsque Sharon est devenu ministre de la Défense, devait être comprise précisément comme un élément de cette stratégie plus large de de provocation.

Immédiatement après avoir pris ses nouvelles fonctions, Sharon décida d’activer «le dispositif secret de Dagan dans le Commandement Nord». Il choisit Eitan comme «émissaire personnel» qui «surveillait les activités clandestines dans le Nord» et, explique Bergman, « à la mi-septembre 1981, des voitures piégées explosaient régulièrement dans les quartiers palestiniens de Beyrouth et dans d’autres villes libanaises. « 

L’auteur qui mentionne spécifiquement les attentats de Beyrouth et de Saïda au début du mois d’octobre observe qu’ ​​ »en décembre 1981 seulement, dix-huit bombes placées dans des voitures ou sur des motocyclettes, des bicyclettes ou des ânes avaient explosé près des bureaux de l’OLP ou de zones d’habitat palestinien. Faisant de nombreux tués » et il ajoute que « une organisation nouvelle et inconnue qui s’appelle le Front de Libération du Liban des Étrangers avait revendiqué la responsabilité de tous ces incidents. » Comme Bergman l’écrit : « Sharon espérait que ces opérations provoqueraient Arafat à attaquer Israël, qui pourrait alors répondre par l’invasion du Liban, ou au moins pousser l’OLP à riposter contre les Phalangistes, après quoi Israël serait en mesure d’accourir en grande force à la défense des chrétiens. « 

L’auteur ajoute des détails opérationnels remarquables. Au cours de cette étape de l’opération, les explosifs étaient «emballés dans des sacs de poudre à lessive Ariel» afin de ressembler à des «marchandises innocentes» lorsqu’ils franchissaient des barrages routiers. Des femmes étaient parfois enrôlées pour conduire « afin de réduire la probabilité que les voitures soient arrêtées sur le chemin de la zone cible.» « Les voitures elles-mêmes «avaient été développées dans le Special Operations Executive de l’armée israélienne (Maarach Ha-Mivtsaim Ha-Meyuchadim). Ces opérations impliquaient une première génération de drones aériens, utilisés pour observer lorsque les agents de Dagan conduisaient et garaient les voitures, puis pour déclencher à distance les dispositifs. Le FLLE avait également «commencé à attaquer des installations syriennes au Liban», ajoute M. Bergman, et même «revendiqué la responsabilité des opérations contre des unités de l’armée israélienne». Selon Dagan, le FLLE n’a jamais été derrière aucune attaque de ce genre mais « il en revendiquait pour se créer une crédibilité, comme s’il agissait contre toutes les forces étrangères au Liban. »

La presse américaine et sa couverture à l’époque des attentats à la voiture piégée du FLLE

Tout en fournissant des détails remarquables sur le côté israélien de cette opération secrète, le récit de Bergman reste très vague en ce qui concerne les attentats eux-mêmes et, plus important encore, leurs victimes. Les reportages des médias de l’époque sur les attentats à la bombe à Beyrouth et à Saïda d’octobre 1981, auxquels il fait spécifiquement allusion, donnent une idée plus claire de la violence et des destructions infligés.

Le 1er octobre, une voiture « piégée avec une centaine de kilos de TNT et 75 litres d’essence » a explosé près des bureaux de l’OLP, dans ce qu’un journaliste de l’UPI a décrit comme « une rue animée dans l’ouest musulman de Beyrouth avec de nombreux vendeurs de fruits et légumes « La bombe » a arraché la façade des bâtiments, détruit 50 voitures et laissé la rue jonchée de débris et de corps démembrés. « Immédiatement après l’explosion, une deuxième bombe, pesant 150 kilos et qui avait été placée dans une autre voiture garée dans la même rue, a été retrouvée et désamorcée par des experts en déminage. Plus tard le même jour, « six autres voitures chargées de centaines de kilos d’explosifs ont été retrouvées et désamorcées à Beyrouth et à Saïda dans ce qui devait être un blitz dévastateur des terroristes de droite contre les Palestiniens et les miliciens libanais de gauche « .

Comme le rapportaient Barbara Slavin et Milt Freudenheim dans les pages du New York Times, un « appel anonyme » du FLLE avait déclaré aux « agences de presse étrangères que les attaques étaient dirigées contre des cibles palestiniennes et syriennes au Liban et continueraient » jusqu’à ce qu’il « ne reste aucun étranger. »  « Il poursuivait en ajoutant que Mahmoud Labadi, le porte-parole de l’Organisation de libération de la Palestine, et le Premier ministre libanais Chafik Wazzan » ont accusé Israël et ses alliés chrétiens au Liban d’avoir perpétré les attentats à la voiture piégée » tandis que « Israël attribuait les attentats à des luttes fratricides à l’intérieur de l’OLP. »

Olympia et Olympia 2 : deux opérations FLLE qui n’ont pas été exécutées

Arafat avait cependant compris la stratégie d’Israël et s’était assuré que les membres de l’OLP ne répondraient pas. Comme l’écrit l’historien israélien Benni Morris dans Righteous Victims, «l’OLP a pris grand soin de ne pas violer l’accord de juillet 1981.» «En effet, ajoute-t-il, malgré la propagande israélienne subséquente, la frontière connut entre juillet 1981 et juin 1982 une période de calme sans précédent depuis 1968. « 

Sharon perdait patience. Comme l’écrit Bergman, «face à cette retenue palestinienne, les dirigeants du front [le FLLE] décidèrent de monter d’un cran». En 1974, le Mossad avait décidé de retirer Arafat de sa liste de personnes recherchées, en concluant qu’il devait être considéré comme une personnalité politique et ne devrait donc pas être assassiné. Le ministre de la Défense remit le président de l’OLP sur la liste [des hommes à abattre] et, avec Ben-Gal et Eitan, il commença à planifier l’opération Olympia, dont ils espéraient qu’elle «changerait le cours de l’histoire du Moyen-Orient».

 

Selon le plan, plusieurs camions chargés d’environ deux tonnes d’explosifs devaient être stationnés près d’un théâtre de Beyrouth où les dirigeants de l’OLP prévoyaient de dîner en décembre. « Une explosion massive éliminerait toute la direction de l’OLP », écrit Bergman. L’idée fut abandonnée (Bergman ne donne aucune explication quant au pourquoi) et immédiatement remplacée par un schéma encore plus ambitieux (et potentiellement destructeur). Baptisé Olympia 2, il était prévu pour le 1er janvier 1982. La cible : un stade de Beyrouth où l’OLP prévoyait de fêter l’anniversaire de sa fondation.

Dix jours avant l’attaque, des agents recrutés par Dagan avaient disposé de grandes quantités d’explosifs sous l’estrade VIP où les dirigeants palestiniens devaient être assis, tous ayant des «dispositifs de détonation télécommandés». Ce n’était pas tout. «À l’une des bases de l’unité, à cinq kilomètres de la frontière, explique Bergman, trois véhicules – un camion chargé d’une tonne et demie d’explosifs et deux berlines Mercedes chargées de 200 kilos chacune – avaient été préparés. Le jour de la célébration [de l’anniversaire de la fondation de l’OLP], « trois membres chiites du Front pour la Libération du Liban des Etrangers », conduiraient ces véhicules et les gareraient à l’extérieur du stade. « Ils seraient actionnés par télécommande environ une minute après les explosifs placés sous l’estrade », écrit l’auteur, « quand la panique serait à son comble et que les gens qui auraient survécu essayeraient de s’enfuir », avant d’ajouter : La mort et la destruction devaient être d’une « ampleur sans précédent, même au niveau libanais, » selon les propres termes d’un haut gradé du Commandement Nord. »

Sharon, Dagan et Eitan furent incapables de garder leur opération entièrement secrète. La rumeur du plan parvint à Zippori, et le vice-ministre porta l’affaire devant Begin, qui convoqua une réunion d’urgence le 31 décembre, un jour avant la mise en œuvre d’Olympia 2. Eitan et Dagan furent invités à présenter leur plan, et Zippori eut l’occasion de faire valoir ses objections. Begin était le plus troublé par la possibilité que l’ambassadeur soviétique puisse être présent à l’événement [au stade avec l’OLP]. Dagan lui assura que « la probabilité était très faible que lui ou tout autre diplomate étranger soit là », tandis que Saguy soutenait que cette probabilité était élevée et que « si quelque chose lui arrivait, nous risquions une crise très grave avec l’URSS. « 

Sharon, Dagan et Eitan tentèrent de convaincre Begin qu’une telle opportunité de détruire la direction de l’OLP pourrait ne jamais se présenter à nouveau, mais, écrit Bergman, « le Premier ministre prenait au sérieux le risque d’une menace russe et leur ordonna d’annuler ». Saguy lui dira des années plus tard : « Mon devoir à la tête d’AMAN était de m’occuper non seulement des aspects opérationnels et militaires, mais aussi de l’aspect diplomatique. J’ai dit à Begin qu’il était impossible de tuer tout un stade comme ça. Et que se passerait-il le lendemain après un tel massacre ? Le monde entier nous tomberait dessus. Cela n’aurait fait aucune différence si nous avions refusé d’en reconnaître jamais la responsabilité. Tout le monde aurait su qui était derrière. « 

« Abou Nidal, Abou Shmidal » : Tentative d’assassinat de Shlomo Argov et invasion israélienne du Liban pour vaincre le « terrorisme »

Le 3 juin 1982, Shlomo Argov, l’ambassadeur d’Israël en Angleterre, était touché par des tirs d’armes à feu dans les rues de Londres. Il survivra à ses blessures, mais Sharon et Begin tenaient finalement leur prétexte pour envahir le Liban.

Pour les services de renseignement israéliens, il fut rapidement évident que le coup avait été ordonné par Abou Nidal, un ennemi juré d’Arafat dont les propres objectifs, la destruction de l’OLP, coïncidaient avec ceux d’Israël. Le cabinet israélien se réunit le lendemain matin et, comme plusieurs historiens israéliens l’ont documenté, ni Begin ni Eitan ne s’étaient montrés très intéressés par le fait que l’OLP n’était pas responsable de la tentative d’assassinat. Quand Gideon Machanaimi, le conseiller de Begin pour le terrorisme, a commencé à développer la nature de l’organisation Abou Nidal, son patron l’a tout simplement coupé : «Ils sont tous OLP !» Quelques minutes plus tôt, Eitan avait réagi de manière très similaire. Un officier du renseignement lui avait assuré que les hommes d’Abou Nidal étaient clairement derrière l’attaque : « Abou Nidal, Abou Shmidal », avait-il répondu, « nous devons frapper l’OLP ! »

Le gouvernement ordonna un bombardement aérien massif des positions de l’OLP dans et autour de Beyrouth, tuant 45 personnes. Cette fois, Arafat réagit et les agglomérations israéliennes le long de la frontière nord se retrouvèrent bientôt sous des tirs nourris d’artillerie. Le 5 juin, Sharon présenta son plan au Cabinet, Opération Paix en Galilée, un nom «conçu», comme l’écrit Bergman, «pour donner l’impression qu’il s’agissait d’une mission d’autoprotection effectuée presque à contrecœur».

Le jour suivant, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunissait pour discuter de l’opération militaire israélienne.

Le représentant israélien expliqua que si le Liban « refusait ou était incapable d’empêcher d’héberger, de former et de financer les terroristes de l’OLP » qui « opéraient ouvertement depuis le territoire libanais en vue de harceler Israël, les Israéliens et les Juifs dans le monde », alors Le pays devrait « s’apprêter à faire face au risque qu’Israël prenne les contre-mesures nécessaires pour arrêter de telles opérations terroristes ».

Les arguments d’Israël furent fermement rejetés par le Conseil de sécurité. Comme l’expliqua le représentant du Royaume-Uni, la tentative d’assassinat contre l’ambassadeur Argov, « aussi méprisable soit-elle, ne justifie en rien les attaques massives contre les villes et villages libanais par l’armée de l’air israélienne, attaques qui ont déjà causé d’importantes pertes humaines, de nombreux blessés et des destructions. »

Le Conseil de sécurité adopté immédiatement la résolution 509, qui exigeait qu’Israël retire ses forces du Liban et appelait toutes les parties à cesser les hostilités.

Les forces israéliennes continuèrent d’avancer et, le 8 juin, le Conseil de sécurité se réunit à nouveau. Un projet de résolution condamnant Israël pour son non-respect [de la résolution 509] et réitérant l’appel à toutes les parties à cesser les hostilités fut rapidement mis aux voix. Quatorze États membres votèrent pour, mais les États-Unis opposèrent leur veto à la résolution. Les troupes israéliennes continuaient leur marche vers Beyrouth.

Les attentats à la voiture piégée du FLLE et le « terrorisme »

Les reportages de presse contemporains des attentats à la bombe revendiqués par le FLLE entre 1980 et 1983 suggèrent que de telles attaques correspondent aux définitions les plus communément admises du «terrorisme», ainsi qu’à celle de la conférence de Jérusalem de 1979 : «Le terrorisme est le meurtre délibéré et systématique de civils afin d’inspirer la peur. « 

Une conclusion similaire peut être tirée de l’affirmation de Bergman selon laquelle d’innombrables bombes israéliennes ont explosé dans des «camps de réfugiés», des «quartiers palestiniens» ou des «concentrations de populations palestiniennes», suggérant des cibles purement civiles. Dans le texte de Rise and Kill First, Bergman n’utilise pas le terme «terrorisme» lorsqu’il se réfère à cette opération secrète. Cependant, dans une note de bas de page de son Prologue, l’auteur décrit le FLLE comme « une organisation terroriste qu’Israël a dirigée au Liban dans les années 1980-1983, et qui a attaqué à son tour de nombreux membres de l’OLP et des civils palestiniens ».

Pourtant, il est fort probable que, s’ils étaient encore en vie, Sharon, Ben-Gal, Dagan et Eitan rejetteraient l’idée que leur opération s’apparentait à du «terrorisme».

Eitan est décédé en 2004 et, comme le note Bergman dans son article du 23 janvier dans le New York Times, il n’a pas parlé avec lui de cette opération. L’auteur écrit cependant que Ben-Gal et Dagan «ont fermement nié que le front ait jamais eu l’intention de blesser des civils.» Alors que Ben-Gal l’assurait simplement que «les cibles étaient toujours des cibles militaires», Dagan soutenait pour sa part qu’il n’y avait pas d’alternative à l’utilisation d’une organisation écran et de faire mine de l’accuser pour tout attentat contre des civils. « Vous pouvez lui donner des explosifs et lui dire d’aller faire sauter un quartier général de l’OLP quelque part », a déclaré Dagan à l’auteur, « mais elle a ses propres comptes à régler, et maintenant il a aussi une bombe pour le faire. Il arrivait donc parfois que ça parte ailleurs. « 

Inutile de dire qu’un tel argument est difficile à concilier avec l’insistance du Premier ministre Begin, à la Conférence de Jérusalem de 1979, à affirmer que le «terrorisme» était «au-delà de toute subtilité de langage et chicane, un mal moral» qui infecte non seulement ceux qui commettent de tels crimes, mais ceux qui, par méchanceté, ignorance ou simple refus de penser, les admettent.

Cela contredit aussi complètement les arguments avancés par les responsables israéliens depuis les années 1960, chaque fois que le Conseil de sécurité discutait de l’utilisation de la force militaire par leur pays et, en particulier, ceux avancés par le représentant israélien à l’ONU le 6 juin 1982. Selon leur propre logique, la tentative de Dagan pour se soustraire à la responsabilité des actions des tiers exécutants, qu’il n’était pas simplement «réticent» ou «incapable» d’arrêter [dans leurs actions contre des civils] mais qu’au contraire il utilisait activement, entraînait et à qui il fournissait des voitures piégées, est manifestement absurde.

Enfin, comme le rapporte Bergman, Dagan est resté convaincu que l’opération Olympia 2 aurait dû être exécutée. «À la fin, bien sûr, il s’est avéré que j’avais raison», a déclaré Dagan à l’auteur, «et il n’y avait ni ambassadeur soviétique ni aucun autre diplomate étranger.» «Mais que pouvions-nous faire ?  » s’est-il lamenté. Le Premier ministre a dit d’abandonner, alors nous annulons. Par la suite, il y a eu une affaire très compliquée pour laquelle les explosifs sont ressortis. « 

Cette opération aurait dû être mise en œuvre par des Israéliens et des FLLE agissant ensemble pour faire exploser une bombe à retardement dans un stade bondé ainsi qu’un camion et deux voitures remplis d’explosifs placés à l’extérieur afin de cibler les survivants, provoquant la mort et la destruction dans des « proportions sans précédent » même selon les normes libanaises. Certes, les regrets de Dagan qu’une telle opération a finalement été annulée soulèvent d’importantes questions quant à la signification réelle des prétentions israéliennes répétées de « tohar haneshek », la « conduite morale de la guerre » saluée par Ariel Sharon (le cerveau derrière Olympia 2) dans sa tribune libre 1982.

Des déclarations faites à Bergman sous condition d’anonymat par deux officiers du Mossad confirment également que de nombreux attentats du FLLE relevaient en effet clairement du «terrorisme». Le premier est cité au tout début de cet article. Quant au deuxième, il expliqua à Bergman comment il « voyait de loin l’une des voitures exploser et démolir toute une rue », ajoutant : « Nous enseignions aux Libanais à quel point une voiture piégée pouvait être efficace. Tout ce que nous avons vu plus tard avec le Hezbollah découle de ce qu’ils ont vu après ces opérations. « 

Il est encore plus évident qu’il est difficile d’imaginer des élus israéliens ou américains, des commentateurs politiques ou des «experts du terrorisme» ne qualifiant pas (et ne condamnant pas) des attentats similaires de «terrorisme» s’ils avaient touché Israël (ou les États-Unis) et s’ils avaient été perpétrés par des Palestiniens ou d’autres acteurs régionaux. Après tout, à l’époque, les attentats à la voiture piégée contre les forces militaires israéliennes stationnées à Tyr et les Marines américains à Beyrouth ont été très clairement condamnés comme des actes de «terrorisme» inadmissibles par ces gouvernements. Enfin, onze et quinze attentats revendiqués par le Front pour la Libération du Liban des Etrangers entre 1980 et 1983 figurent respectivement dans les bases de données RAND et START, deux des bases de données sur le «terrorisme» les plus prestigieuses et les plus fiables.

L’occultation de la campagne d’attentats à la voiture piégée du FLLE et la construction du «terrorisme» au Liban : le rôle joué par la RAND Corporation et les experts du «terrorisme»

En fait, le FLLE était longuement évoqué dans une note d’avril 1983 sur les «tendances récentes du terrorisme international» produite par RAND et qui portait sur les attentats de 1980 et 1981.

Dans leur propos introductif, ses auteurs, Brian Michael Jenkins et Gail Bass, notaient qu’il y a eu 24 incidents avec de nombreux tués en 1980 et 25 en 1981, que le nombre de morts a fortement augmenté, passant de 159 en 1980 à 295 en 1981, et ils ajoutaient: « Une série d’attentats sanglants à Beyrouth a causé la plupart des morts. »

Dans la section suivante intitulée « Les Terroristes », Jenkins et Bass consacraient deux pages aux « terroristes palestiniens ». Ils notaient que ces derniers avaient « poursuivi leurs attaques contre Israël et des cibles israéliennes à l’étranger », que « de petits attentats à la bombe et des attaques à la grenade, faisant souvent des tués, constituaient l’essentiel de l’activité terroriste en Israël et dans les territoires occupés « et qu’entre 1980 et 1981 »,16 personnes sont mortes et 136 ont été blessées dans 19 attentats à la bombe, attaques à la grenade et embuscades. « 

Les auteurs consacraient ensuite une page au Front pour la Libération du Liban des Etrangers, une «nouvelle organisation mystérieuse» qui était «apparue en 1980 pour revendiquer une série d’attentats sanglants au Liban». Ils décrivaient ensuite en détail les attentats à la bombe qui avaient eu lieu entre le 17 septembre et le 1er octobre 1981 et fait 122 morts et des centaines de blessés. Ces attaques du FLLE représentaient ainsi à elles seules plus de 40% de tous les tués à cause du «terrorisme» dans le monde pendant toute l’année et 8 fois plus de morts que toutes les attaques des «terroristes palestiniens» des deux années précédentes.

Cependant, le fait que plusieurs attentats à la voiture piégée perpétrés par le FLLE soient recensés dans la base de données de la RAND Corporation et ont été discutés dans cette Note de 1983 ne signifie pas que ces actes terroristes ont eu un impact sur la façon dont les chercheurs RAND traiteraient par la suite du « terrorisme » dans leurs rapports sur le Liban ou le conflit entre Israël et les Palestiniens.

En effet, depuis la note d’avril 1983, aucun rapport ou analyse produit par RAND n’a plus mentionné le FLLE.

De plus, cet « acte d’occultation » de la campagne d’attentats à la voiture piégée par le FLLE coïncidait avec la publication de rapports et d’analyses qui s’empressaient, au milieu des années 1980, de situer l’invasion israélienne du Liban dans le contexte de la lutte générale contre le «terrorisme international» et assimilait clairement la «menace terroriste» au Liban et dans la région aux Palestiniens et à leurs alliés arabes. L’occultation du FLLE coïncidait ainsi avec la construction d’un récit qui dépeignait les Israéliens uniquement comme des victimes (et jamais des auteurs) du «terrorisme» et décrivait les Palestiniens (et leurs alliés arabes) comme l’essence même de la menace «terroriste».

De même, la campagne d’attentats à la voiture piégée du FLLE n’a jamais été évoquée dans les articles parus dans les principales revues consacrées au terrorisme, à savoir « Terrorism Studies » (publiée de 1979 à 1992), « Studies in Conflict and Terrorism » (pendant la période 1992-2018) et « Terrorism and Political Violence » (entre 1997 et 2018.)

Le débat public autour de Rise and Kill First : la persistance de l’occultation du FLLE et la poursuite de la construction du «terrorisme»

Suite à la publication de Rise and Kill First, Ronen Bergman a donné de grandes conférences publiques, notamment à la 92nd Street Y[ un important centre culturel de New York, NdT] et au Centre sur la Sécurité Nationale de l’Université Fordham (une conférence retransmise en direct sur C-Span.) Il est apparu sur NPR Fresh Air et dans l’émission Newshour sur PBS, il a été interviewé sur CBSN, MSNBC, CNN ainsi que dans GQ Magazine et sur le podcast de STRATFOR.

L’auteur a écrit un article d’opinion dans la National Review, un article de une pour Newsweek. Le magazine Foreign Policy a publié un long article adapté de son livre et l’a interviewé sur son podcast. Enfin, le livre a été présenté par la plupart des grands journaux du pays, du New York Times (deux fois, la deuxième revue critique accompagnée d’un podcast ) au Washington Post , à Newsweek , au Washington Times , à Bloomberg News ou au New Yorker , et par Lawfare, un blog très connu qui traite du droit et de la sécurité internationale. Il a également été mentionné et commenté dans le Guardian, le Times de Londres, The Independent et sur la BBC.

Le débat public autour de Rise and Kill First s’est concentré sur l’histoire, l’efficacité, la légalité et la moralité des soi-disant «assassinats ciblés» d’Israël ou du programme d’ «exécutions ciblées». Ce programme et toutes les utilisations israéliennes de la force, ont été discutés uniquement dans le cadre de la lutte de ce pays contre le « terrorisme ». Fait remarquable, et tout à fait révélateur, cette discussion s’est déroulée, dans son intégralité et sans exception aucune, comme si la campagne d’attentats du FLLE n’avait jamais eu lieu, comme si les Palestiniens n’avaient jamais été victimes d’une vaste campagne de « terrorisme », comme si cette campagne n’avait pas été dirigée par certains des plus hauts responsables israéliens des dernières décennies, c’est-à-dire comme si les révélations contenues dans Rise and Kill First n’avaient tout simplement jamais été publiées .

Dans toutes ces revues critiques, toutes ces interviews et discussions publiques, l’opération secrète mise en place par Eitan, Ben-Gal, Dagan et Sharon n’est pas mentionnée une seule fois. L’idée selon laquelle les responsables israéliens auraient pu se livrer au «terrorisme» au début des années 1980 a été considérée comme tout simplement déraisonnable ou, pour employer la terminologie de l’universitaire spécialiste des médias Daniel Hallin, comme une idée «déviante» qui «n’appartient pas» au discours public et doit donc en être exclue.

Ces revues critiques, entrevues et discussions publiques ne mentionnent pas une seule fois les pratiques israéliennes au Liban avant et pendant l’invasion. Quand on parle d’attentats à la voiture piégée, c’est uniquement dans le contexte de l’utilisation d’une telle tactique par Israël pour tuer une cible spécifique, jamais pour toucher des cibles civiles de manière non discriminée.

Les références aux «civils» mettent davantage en évidence les limites étroites dans lesquelles cette discussion publique est restée circonscrite. Quand les recours israéliens à la force sont discutés et parfois critiqués, c’est uniquement dans le contexte de la réponse d’Israël à la «menace terroriste». Quand des civils sont tués ou blessés, c’est toujours par inadvertance, et les responsables israéliens sont présentés comme s’interrogeant sur la moralité et éthique de telles actions.

En effet, il est souvent fait référence à des cas précis où des officiers israéliens ont courageusement tenu tête à leurs supérieurs et refusé de suivre des ordres qui auraient mis en danger la vie de civils innocents. Par exemple, le refus du commandant de la force aérienne David Ivri d’obéir aux ordres d’abattre un avion transportant Yasser Arafat ou la décision d’Uzi Dayan de modifier les rapports de renseignements pour s’assurer que les frappes aériennes de l’armée israélienne sur Beyrouth pour tuer Arafat ne seraient pas exécutés si les risques pour la vie des civils étaient trop élevés, ont été discutés et décrits à de nombreuses reprises depuis la publication de Rise and Kill First .

Ces récits multiples, souvent extraordinairement détaillés et vivants, d’opérations ordonnées par Eitan ou Sharon et qui auraient pu tuer de nombreux civils, mais qui ne tuèrent personne grâce à la bravoure d’autres officiers israéliens, ont donc été présentés dans un contexte où une campagne d’attentats à la bombe dirigés par ces mêmes responsables israéliens qui ont tué des centaines de civils a été purement et simplement effacée du dossier .

Dans leur livre de 1988 sur la propagande et les médias d’information, « Manufacturing Consent » (la fabrication du consentement), Edward Herman et Noam Chomsky montrent comment la presse tend à traiter de manières très différentes les victimes «dignes» et «indignes». « Notre hypothèse, » écrivent-ils dans l’introduction, « est que les victimes dignes d’attention figureront en bonne place et de façon dramatisée, qu’elles seront humanisées et que leur victimisation recevra des précisions et des éléments de contexte dans la construction du récit qui susciteront l’intérêt et la sympathie chez le lecteur . « En revanche », ajoutent-ils, « des victimes indignes d’intérêt ne mériteront que de légers détails, une humanisation minimale et d’éléments de contexte minimaux qui l’excitera et le mettra en colère ».

Le débat public autour de Rise and Kill First suit parfaitement ce script, à une variation près. Les civils palestiniens qui ont été victimes de la campagne d’attentats à la voiture piégée perpétrée par Sharon et d’autres ont été traités comme des « victimes indignes ». Leur sort a été complètement oublié et l’existence même de l’opération secrète dont ils ont été victimes a été totalement effacée.  Les Palestiniens qui auraient pu être victimes d’opérations spécifiques ordonnées par Sharon et d’autres, mais qui n’ont pas été réalisées grâce à des officiers israéliens courageux et motivés, ont été traités comme des « victimes dignes » ou « potentiellement » dignes. Leur survie a été mentionnée et saluée, les officiers qui les ont «sauvés» ont à maintes reprises été loués pour leur héroïsme, leurs efforts pour s’assurer que de telles opérations ne soient pas mises en œuvre sont décrits dans les moindres détails.

Enfin, une analyse non scientifique des communications sur Twitter faisant référence au livre de Bergman au cours des derniers mois montre que de nombreux «experts du terrorisme» ont loué Rise and Kill First tout en gardant le silence sur les révélations concernant la campagne FLLE. Par exemple Bruce Hoffman (qui, en 1984 et 1985, avait rédigé les rapports de RAND Corporation indique qui occultaient complètement l’existence des attentats du FLLE tout en se concentrant sur la mesure dans laquelle l’invasion israélienne avait «déstabilisé» l’infrastructure des « organisations terroristes » palestiniennes au Liban) a simplement twitté le 19 février :

Parmi les livres les plus importants écrits sur le terrorisme. J’ai passé presque tout le long week-end de vacances complètement absorbé dans ce livre superbe. À lire absolument.

Illustrant à merveille le processus d’inclusion (des actes qui donnent une image positive des politiques israéliennes envers les civils) et d’exclusion (des actes qui ne n’en donnent pas une image positive) décrits ci-dessus, Max Boot, membre du Council on Foreign Relations et chroniqueur au Washington Post, a publié un lien vers l’article du New York Times sur Bergman et écrit :

C’est une bonne nouvelle pour Israël. Il [le livre] montre comment l’armée israélienne a résisté à plusieurs reprises aux pressions des civils, notamment de la part d’Ariel Sharon, pour tuer Arafat par craintes de causer des victimes civiles. Il montre que Tsahal respecte les lois de la guerre.

Thomas Friedman, qui à l’époque a couvert plusieurs attentats à la bombe du FLLE en première page du New York Times, n’a encore rien écrit sur les révélations de Bergman.

Effacer les récits alternatifs

Au cœur du processus complexe, et fondamentalement politique, par lequel le «terrorisme» a acquis son sens très spécifique, étroitement délimité, a été l’effacement d’une multiplicité de récits alternatifs sur le «terrorisme» et, spécifiquement, sur l’identité de ses auteurs et des victimes. Au fil des années, voire des décennies, l’occultation complète de la campagne d’attentats du FLLE a permis la construction des seuls Palestiniens (et de leurs alliés arabes) comme auteurs, et jamais victimes, du «terrorisme». Inversement, ce silence a permis la construction des Israéliens en tant que victimes uniquement, et jamais auteurs, du « terrorisme ».

Des actions qui sont manifestement du «terrorisme» (attentats à la voiture piégée), des actions qui le sont de manière moins évidente

Dans le domaine du terrorisme et du droit humanitaire, le professeur de droit international Christopher Greenwood a proposé que le «terrorisme» pourrait être «divisé en un noyau interne et une région extérieure».

Dans le «noyau dur», on trouve «toute description du terrorisme comme acte de violence considéré comme terroriste en raison des objectifs choisis (civils, ressortissants d’États non directement impliqués ou enfants) ou des méthodes employées (comme le meurtre).» Ces descriptions du« terrorisme »ont toutes une caractéristique importante : « elles impliqueraient des violations des lois de la guerre si elles étaient exécutées par les forces armées d’un État en situation de guerre.» Ces actes sont donc« intrinsèquement contraires au droit international ».

La difficulté cependant, expliquait-il, est que « peu de descriptions du terrorisme s’arrêtent à ce noyau dur. » « Beaucoup de commentateurs et la plupart des politiciens, » écrivait-il en 1989, « appliquent l’étiquette » terroriste  » à une série d’actes qui ne seraient pas contraires au droit international s’ils étaient perpétrés par les forces armées d’un État engagé dans un conflit armé « , par exemple des attaques contre des cibles militaires. Lorsque des actes appartenant à cette catégorie sont qualifiés et dénoncés comme étant du «terrorisme», poursuit-il, ce n’est pas «à cause d’une certaine iniquité inhérente à l’acte mais plutôt à cause de l’identité de l’auteur, du statut du groupe auquel il appartient ou de la fin qu’il cherche à atteindre. « Il existe, ce n’est pas une surprise, » un désaccord considérable sur quels actes de cette catégorie extérieure sont correctement décrits comme terroristes. « 

L’attaque de Nahariya de 1979 mentionnée par Bergman dans l’article du New York Times était sans aucun doute un acte de «terrorisme» qui appartient à ce «noyau dur», comme ce fut le cas d’innombrables autres attaques contre Israël au cours des décennies. En revanche, les attaques contre le quartier général israélien à Tyr ou les marines américains à Beyrouth appartiendraient probablement au «noyau extérieur» et leur présentation (et dénonciation) comme «terroristes » prête à controverse.

Contrairement aux affirmations répétées des dirigeants israéliens (et américains) à l’époque, il n’y a rien de simple et d’évident à propos du «terrorisme» dans le contexte d’un conflit aussi extraordinairement complexe que le conflit libanais au début des années 1980. Les gens de toutes les parties pouvaient (et ont fait) valoir qu’ils étaient les victimes d’actes qui appartenaient au «noyau externe» ou au «noyau interne» décrit par Greenwood, c’est-à-dire des victimes du «terrorisme».

Pour utiliser un (célèbre) exemple, les Palestiniens soutiennent que le massacre commis à Sabra et Chatila par des phalangistes chrétiens alliés d’Israël était un exemple clair de « terrorisme ». Si nous prenons au sérieux la définition du « terrorisme » par Benzion Netanyahou, massacres systématiques de civils afin d’inspirer la peur », il semble difficile d’être en désaccord avec eux. Si nous acceptons sa logique sur le « mal moral » du « terrorisme » « infectant » non seulement ceux qui commettent de tels actes mais aussi « ceux qui, par méchanceté, ignorance ou simple refus de penser, les acceptent », il est difficile d’être en désaccord avec les Palestiniens qui voient Ariel Sharon (qui, selon la Commission Kahane, a «la responsabilité personnelle» de ce qui s’est passé dans les camps) comme le responsable de cet horrible acte de «terrorisme».

La discussion sur le « terrorisme » pourrait bien entendu être étendue aux tirs indiscriminés d’artillerie et aux bombardements aériens aveugles par les forces militaires israéliennes, pratiques que d’innombrables pays ont maintes fois qualifiées, chaque fois qu’un tel sujet était débattu aux Nations Unies, de « terrorisme » ou «terrorisme d’État». Depuis 1972, il convient de noter que les États-Unis ont à plusieurs reprises opposé leur veto ou menacé d’opposer leur veto à toute résolution qui utiliserait la terminologie du «terrorisme» pour désigner et condamner les utilisations de la force par Israël.

Cependant, cet article se concentre uniquement sur la campagne d’attentats à la voitures piégée du FLLE, précisément parce que les attentats aveugles à la voiture piégée font indiscutablement partie du «noyau dur» de Greenwood, c’est-à-dire à un type de pratiques que tout le monde reconnaît comme étant « terroristes ». C’est précisément pour cette raison, à savoir qu’on ne peut nier que ces attentats étaient un «terrorisme», que le silence absolu sur les révélations de Bergman est si révélateur et troublant.

La construction du «Terrorisme essentialisé» et l’échec de la guerre (extraordinairement violente) contre le «Terrorisme»

En 1986, Edward Saïd a écrit une critique cinglante de « Terrorism : How the West Can Win » de Benjamin Netanyahou, un texte qui reste à ce jour l’une des analyses les plus puissantes du discours émergent sur le «terrorisme».

Dans ce texte intitulé « Le terroriste par essence », Saïd explique comment une caractéristique centrale de ce discours, déjà, était « sa sélectivité » : «  » Nous « ne sommes jamais des terroristes, peu importe ce que nous avons pu faire », écrit-il. « Ils » le sont toujours et le seront toujours « . Le principal objectif de ce discours était » d’extraire son ennemi de la temporalité, de la causalité, de l’action préalable, et de le représenter ainsi ontologiquement et gratuitement intéressé à semer le chaos dans son propre intérêt. En effet, ajoutait-il, « si vous pouvez montrer que les Libyens, les Musulmans, les Palestiniens et les Arabes, en général, n’ont pas de réalité autre que ce qui confirme tautologiquement leur essence terroriste en tant que Libyens, Musulmans, Palestiniens et Arabes ». Il devient possible de «continuer à les attaquer eux et leurs états« terroristes »en général, et éviter toute question sur votre propre comportement ou sur votre rôle dans leur situation actuelle.

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington DC, le président George W. Bush avait demandé : «Pourquoi nous haïssent-ils?» Et il avait répondu qu’ils «détestent» notre démocratie et nos libertés. Un objectif important, voire central, du discours sur le «terrorisme» a été d’exclure toute autre réponse à cette question, notamment les réponses qui iraient, du moins en partie, dans le sens de mettre en cause «nos» politiques passées et présentes.

As’ad Abou Khalil, un libano-américain qui enseigne à la California State University, anime un blog intitulé The Angry Arab News Service. Sa réaction à la publication de l’article de Bergman dans le New York Times a été citée sur MondoWeiss. Elle représente, à ce jour, la seule référence au FLLE à avoir été publiée n’importe où depuis que Rise and Kill First est arrivé en librairie. Né à Tyr et ayant grandi à Beyrouth, Abou Khalil a vécu ces attentats aux premières loges. Son témoignage, et ce qu’il dit de la réalité de la violence politique dans notre monde, est précisément de ceux qui, plus de trois décennies plus tard, continuent d’être systématiquement effacés et cachés :

L’article dit en passant que « des centaines de personnes ont été tuées » par [le Front pour la Libération du Liban des Etrangers créé par Israël]. Mais voilà ce qu’ils ne vous disent pas : ce front était spécialisé dans les attentats à la voiture piégée dans les quartiers populeux. Ils plaçaient des voitures piégées à Beyrouth-Ouest à des fins de pure terreur. J’estime que le nombre de victimes innocentes tuées par ce groupe était de l’ordre de milliers et non de centaines. Ce sont des actions d’Israël que beaucoup d’Arabes libanais et non-libanais n’oublieront pas. Elles font partie des crimes de guerre dont les Arabes tiennent Israël responsable, en plus de l’occupation illégale de la Palestine – toute la Palestine.

Dans The Nation, Edward Saïd posait la question de façon poignante (et prophétique) : « Sommes-nous si sûrs de l’inconséquence de millions de vies arabes et musulmanes dont nous supposons que c’est une affaire banale ou sans importance quand ils meurent, soit de nos mains, soit de nos alliés judéo-chrétiens préférés? Croyons-nous vraiment que les Arabes et les musulmans ont le terrorisme dans leurs gènes ? « Plus de trois décennies plus tard, les mêmes politiques extraordinairement violentes dans la soi-disant lutte contre le » terrorisme « ont été mises en œuvre et ont lamentablement échoué. Une discussion sérieuse et honnête sur la réalité de la violence politique dans notre monde, passé, présent et à venir, est plus qu’urgente.

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L’entité sioniste ou l’assassinat comme politique

1 mai 2018

Cet article de The Intercept est un compte rendu de lecture de « Rise and kill first », un livre sur la politique d’assassinat mené par l’entité sioniste à l’encontre de ses ennemis, palestiniens en premier lieu.

« Rise and kill first » est un extrait d’une exhortation talmudique: « Si quelqu’un vient pour te tuer, lève-toi et tue-le avant »

Le livre, qui a donné lieu à quelques articles en français que vous trouverez sur la toile, dont le lien ci-dessus (mais pas aussi intéressants que celui que je vous propose) relève certains faits importants. Par exemple que la violence meurtrière à l’égard des civils caractérise le projet colonial sioniste dès le départ avec l’imitation des méthodes en vigueur dans la police tsariste qui les exerçait aux dépens des Juifs de l’Empire russe. L’histoire de la Haganah, c’est-à-dire l’armée sioniste, prétendument la plus morale du monde, s’inscrit précisément dans ce phylum. Ou encore que, contrairement aux autres Etats, où on tend à laisser les assassins dans l’ombre, l’Etat sioniste tend à les valoriser au point d’en faire des hommes de gouvernement de premier plan.

On apprend ainsi qu’un homme qui deviendra chef de l’Etat sioniste, Yitzhak Ben Zvi, ordonna l’assassinat en 1924 de Jacob Israel de Haan, un chef religieux juif qui s’était éloigné du sionisme politique. Jacob Israel de Haan était par ailleurs un homosexuel et on a parfois prétendu que ce fut une des causes de son assassinat…

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Jacob Israel de Haan

Charles Glass complète cependant le propos de l’auteur du livre en notant le rôle des Britanniques, notamment d’un officier sioniste chrétien, dans la formation des tueurs sionistes, de Moshe Dayan en particulier.

Plus important, et la comparaison avec la pratique de l’assassinat à grande échelle par les Etats Unis vient à l’appui de ce constat, la leçon qu’on peut retirer de la politique d’assassinats menée par le régime sioniste est que, si elle semble permettre des victoires tactiques, elle ne permet aucunement de répondre à l’enjeu essentiel qui est celui de la survie à long terme de l’Etat voyou. Elle peut même au contraire avoir des conséquences négatives sur ce plan ainsi que l’a montré l’émergence du Hezbollah au Liban, une force redoutable pour l’entité sioniste apparue au sein d’une communauté chiite qui, auparavant, ne représentait nullement une menace pour Tel Aviv

Nous touchons du doigt ici l’incapacité stratégique de l’Etat voyou qui, s’il veut perdurer, ne doit pas se projeter à dix ans, ni même vingt ans mais plutôt à cent ans s’il veut avoir quelque espoir de subsister au milieu de communautés multimillénaires.

 

« Rise and kill first » explore les effets pervers du programme israélien d’assassinats

Par Charles Glass, The Intercept 11 mars 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le titre du livre

Au milieu des années 1960, l’auteur de comédies pour la télévision Sol Weinstein avait produit une série de livres parodiques avec l’agent Israel Bond du M 33 et 1/3, un Mossad à peine déguisé. «Loxfinger», «Matzohball», «Au service secret de Sa Majesté la Reine» et «Vous ne vivez que jusqu’à ce que vous mouriez» étaient la réponse de la Borscht Belt au machisme chic des romans d’Ian Fleming qui se frayaient un chemin sur grand écran. Les exploits de l’agent Oy-Oy-7 étaient très drôles.

« Non seulement un détenteur d’Oy-Oy était autorisé à tuer », écrivait Weinstein en 1965 dans « Loxfinger », mais « il était également habilité à assurer un service commémoratif pour la victime. » Plutôt que « shaken not stirred« , Bond Schlemiel exigeait des egg creams dans « le style de la 7ème et de la 28ème tue… pas de copeaux de glace dans des verres Corning de 25 cl. » Il allumait ses Raleighs bout-filtre avec son « Nippo, véritable copie japonaise d’un Zippo. » Les trois premiers épisodes étaient sortis en 1965 et 1966. Le quatrième, « Vous ne vivez que jusqu’à ce que vous mouriez », a été publié un an après la guerre des Six Jours de 1967 et a mis fin à la série. L’agent secret juif n’était plus une blague.

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Comme Ronen Bergman le dit clairement dans son exposé pénétrant sur le programme d’assassinat secret d’Israël, «Rise and Kill First: L’histoire secrète des assassinats ciblés d’Israël», les agents envoyés par Israël pour assassiner ses ennemis n’étaient jamais très drôles. Israël est une rareté parmi les nations: Plutôt que de confiner ses assassins dans l’ombre, il les promeut au poste de Premier ministre. L’histoire de Bergman fait état d’assassinats extra-judiciaires exécutés en personne par Menahem Begin, Yitzhak Shamir, Ariel Sharon et Ehud Barak, qui tous se hissèrent à la tête du gouvernement israélien. Ce livre soigneusement documenté, écrit en sept ans et demi, met en lumière un appareil d’État qui brouille les distinctions entre collecte de renseignements et opérations, soldats et assassins, politiciens et meurtriers, mais revendique plus de triomphes que de défaites.

Bergman, un ancien avocat israélien et journaliste d’investigation, trace non seulement les détails des assassinats au cours du siècle dernier, mais aussi l’effet pervers de dépendre d’opérations secrètes à l’exclusion de la diplomatie et du compromis. Pourquoi négocier avec vos ennemis quand il est si facile de les tuer ?

Dès les premières décennies de la colonisation sioniste européenne dans la Palestine ottomane, certains colons imitèrent les méthodes de l’Etat policier tsariste, dont ils avaient fui l’antisémitisme en marquant des ennemis à éliminer. Bergman reprend l’histoire de la fondation en 1907 par Yitzhak Ben Zvi de Bar Giora, du nom de Simon Bar Giora, chef d’une rébellion malheureuse contre Rome au 1er siècle après JC. Cette organisation devint le Hashomer,l a  Garde, puis la Haganah, puis les Forces de défense israéliennes, ou FDI [l’amée de l’entité sioniste, NdT]. Parmi les premières victimes de Bar Giora, il y eut Araf al-Arsen, un officier de police arabe que Ben Zvi considérait comme hostile aux colons, en 1909. Les massacres ne cessèrent pas après que les Britanniques eurent occupé la Palestine avec l’intention de créer, selon l’expression de la Déclaration Balfour « un foyer national pour le peuple juif. « Ben Zvi ordonna l’assassinat en 1924 d’un chef religieux juif, Jacob de Haan, connu pour son opposition au sionisme. Le tueur était Avraham Tehomi qui avait rompu avec le dirigeant juif le plus populaire de la Palestine, David Ben Gourion, pour fonder l’Irgoun Zvai Leumi (Organisation militaire nationale) en 1931. Ben Gourion était à l’époque opposé aux assassinats, un point de vue qui évolua quand il fut au pouvoir dans le nouvel Etat. Pendant ce temps, des factions sionistes clandestines assassinaient des officiels et des civils britanniques et arabes.

Bergman raconte en détail les nombreuses opérations entreprises par l’État naissant qui ont contré un programme de missiles égyptiens, brisé l’échine des commandos palestiniens opérant depuis Gaza, pénétré les services de renseignement syriens et placé des micros espions dans l’appartement en Allemagne où de jeunes activistes palestiniens planifiaient des raids en Israël. C’est une histoire étonnante, pleine de prouesses, mais Bergman ne néglige pas les crimes de guerre commis en cours de route. Le massacre par Ariel Sharon d’au moins 99 personnes dans le village de Qibya en Cisjordanie en 1953 n’était fait qu’un parmi tant d’autres qui tournaient en dérision Tohar HaNeshek, la pureté des armes, qu’Israël revendiquait pour ses forces armées [l’armée la plus morale du monde, NdT]. En outre, la concentration des ressources sur les assassinats, écrit Bergman, a conduit Israël à ignorer les signes annonçant que l’Egypte et la Syrie préparaient une guerre en octobre 1973 pour récupérer les territoires perdus en 1967.

Dans la soirée du 9 avril 1973, Israël lança « l’une des plus grandes opérations d’assassinats ciblés du vingtième siècle, sinon la plus grande », pour tuer trois responsables palestiniens à Beyrouth. Soixante-cinq agents, dirigés par Ehud Barak habillé en femme, débarquèrent de 19 canots pneumatiques, soutenus par 3 000 agents de communications, de logistique et de renseignement en Israël, et firent irruption dans les appartements des trois Palestiniens. L’un d’entre eux, Kamal Nasser, était un porte-parole, pas un combattant. La femme d’un autre, Yusuf al-Najar, est morte près de lui dans leur lit. Bien que je fus à Beyrouth ce soir-là, je n’appris pas le raid avant le lendemain matin quand des Palestiniens en colère manifestèrent dans les rues. Des rumeurs circulèrent sur une collaboration de l’Etat libanais avec les Israéliens, ce qui n’était pas le cas. Le pays se polarisa alors sur la question palestinienne. Bergman ne traite pas des effets du raid sur le Liban qui a vu l’OLP et l’armée libanaise s’affronter en mai, préfigurant la guerre civile qui devait suivre en 1975 et pousserait Israël à envahir le Liban en 1978 et en 1982.

Parce que le livre se concentre sur les actions israéliennes et leurs effets corrupteurs sur la politique israélienne, il y manque parfois leurs conséquences dans les pays où elles ont eu lieu. Se servir des citoyens juifs de Syrie, d’Egypte et d’Irak comme espions, par exemple, a créé la fausse impression que leurs communautés étaient des cinquièmes colonnes. Bombarder et envahir le Liban dans les années 1970 et 1980, l’assassinat étant un élément essentiel de la campagne, a fait émerger de la communauté chiite libanaise jusqu’alors pacifique une organisation appelée Hezbollah qui est devenue la force de guérilla la plus efficace qu’ait jamais affrontée Israël.

Ce livre traite des opérations ratées, comme l’assassinat du serveur marocain Ahmed Bouchikhi [frère de Chico du groupe de musiciens flamenco les Gipsy Kings], que les agents israéliens avaient pris pour le chef des renseignements palestiniens, Abu Hassan Salameh. Il admet également qu’une partie de la campagne pour tuer Salameh, qui finit par réussir à Beyrouth en 1979, a eu pour conséquence une rupture de sa relation avec la CIA dont Israël craignait qu’elle conduise à la reconnaissance politique de l’OLP. Tuer était un outil non seulement pour épargner des vies israéliennes, mais aussi pour influer sur la politique internationale.

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Ahmed Bouchikhi, à gauche, a été assassiné en 1973 à Lillehammer (Norvège) devant sa femme par le Mossad qui l’avait pris pour le leader palestinien Ali Hassan Salameh

Tout excellent que soit ce travail, il n’est pas sans absences inexpliquées, dont l’inclusion ne contredirait en rien la thèse de Bergman. L’une est le rôle d’un officier de l’armée britannique et fervent sioniste chrétien, Orde Wingate. Pendant la révolte arabe de 1936-1939 contre la domination britannique et la colonisation sioniste, Wingate entraîna de jeunes combattants juifs de ses escadrons de nuit spéciaux [Special Night Squads], dont Moshe Dayan, à assassiner et à terroriser les villageois arabes. Ses activités ne méritent qu’une brève note de bas de page dans «Rise and Kill First», bien que l’État israélien a reconnu sa dette envers lui en donnant son nom au Centre Wingate Institute pour l’éducation physique et le sport en 1957 en l’honneur de «l’ami». Un autre élément manquant est l’affaire Lavon de 1954, quand Israël a payé des agents juifs égyptiens pour poser des bombes dans des centres culturels américains afin de nuire aux relations entre les États-Unis et le nouveau régime de Gamal Abdel Nasser. L’opération avait échoué avec la capture des agents par les Egyptiens, et le ministre israélien de la Défense Pinhas Lavon avait été contraint de démissionner suite à la condamnation internationale.

Bergman écrit: «Depuis la Seconde Guerre mondiale, Israël a assassiné plus de gens que n’importe quel autre pays occidental.» Les chiffres qu’il cite – 1 000 morts avant la deuxième Intifada palestinienne, 168 «liquidations» réussies pendant cette Intifada, et 800 assassinats ciblés « depuis lors – sont sans comparaison avec le record des États-Unis. Au Vietnam seulement, l’Opération Speedy Express et le Programme Phoenix in Vietnam ont coûté la vie à plus de 30 000 partisans du Viet Cong. Les escadrons de la mort dirigés par les États-Unis en Amérique latine ont tué des milliers de personnes. Depuis le 11 septembre, les États-Unis ont adopté l’assassinat d’ennemis présumés comme un instrument politique légitime, même si sa légalité est douteuse. « Killing Hope: les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis la Seconde Guerre mondiale »  le livre de William Blum cite plus de 50 tentatives de la CIA pour attenter à la vie de politiciens étrangers. La CIA a tenté et n’a pas réussi à tuer Zhou Enlai en 1954, le général irakien Abdel Karim Kassem en 1959, et Fidel Castro, à plusieurs reprises. Masquant ces échecs ont été la participation réussie de l’agence au meurtre du dirigeant congolais Patrice Lumumba en 1961, des frères Diem au Vietnam en 1963 et de Salvador Allende au Chili en 1973. Ce n’est qu’en 1976 que le président Gerald Ford signe le décret 11905 qui interdit aux agents du gouvernement de «se livrer, ou conspirer à s’engager dans, l’assassinat politique». Ce décret, avec de nombreuses autres protections, a été jeté par-dessus bord en 2001, à la suite des tueries de masse d’Al-Qaïda le11 septembre.

Présentement, les États-Unis, Israël, la Russie, la Corée du Nord et bien d’autres membres de la communauté des nations continuent d’assassiner leurs opposants sans avoir à rendre des comptes. Le monde est revenu au droit divin des rois de décider qui vivra et qui mourra. Bergman a accompli le précieux service de nous refuser le droit de prétendre – comme tant d’Allemands l’ont fait en 1945 – que nous ne savions pas.

Vers une grande guerre de libération de la Palestine?

26 janvier 2018

C’est le troisième article de Jeremy Salt que je traduis, et j’en suis vraiment heureux. Ses analyses sur la situation en Syrie qui faisaient l’objet des deux articles que j’ai proposés sur le blog, en 2011 puis en 2013, faisaient preuve d’une grande lucidité et ont en quelque sorte prédit assez précisément ce qui allait et devait se passer et qui s’est effectivement passé.

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Jeremy Salt est professeur d’histoire du Moyen-Orient à l’université de Bilkent en Turquie

Ici il s’intéresse plus globalement à la situation au Proche Orient en remettant comme il se doit la question palestinienne au centre de la problématique. Et il s’interroge sur la prochaine grande guerre, celle qui décidera de l’issue du conflit arabo-sioniste.

Jeremy Salt considère que la valeur combative de l’armée sioniste est grandement exagérée comme celle des forces arabes exagérément minorée, rappelant notamment à l’appui de sa thèse les succès de l’armée égyptienne en Octobre 1973, succès contrariés uniquement par la forfaiture de la direction politique égyptienne de l’époque. Selon Salt, une victoire militaire décisive des forces arabes et de leurs alliés, comme les Iraniens par exemple, dépend surtout de leur capacité à neutraliser la supériorité aérienne de l’armée sioniste avec ses hélicoptères et bombardiers.

Toute la question est là : les forces hostiles à l’entité sioniste, Hezbollah en premier lieu, disposent-elles, ou sont-elles sur le point de disposer des moyens de contrer efficacement cette menace aérienne ?

Si oui, les jours de l’entité sioniste sont comptés.

Une grande guerre se profile-t-elle à l’horizon pour Israël?

par Jeremy Salt | American Herald Tribune (USA) 21 janvier 2018 traduit de l’anglais par Djazaïri

Après plus d’un siècle [depuis la Déclaration Balfour], les sionistes semblent prêts à donner le coup de grâce à la Palestine en annexant la Cisjordanie. Limité en premier lieu aux colonies qui auront été le précurseur de l’annexion de l’ensemble du territoire. Le statut de la population palestinienne continuera d’être en suspens en attendant qu’apparaisse une solution permanente. Après l’annexion, certains pourraient partir. Plus grand sera leur nombre, plus sera grande la satisfaction d’Israël, mais deux expulsions massives ont enseigné aux Palestiniens qu’ils doivent rester. Il pourrait encore y avoir une troisième vague d’expulsions, la guerre fournissant à nouveau l’écran de fumée [pour justifier les expulsions] et, une nouvelle fois, la guerre s’annonce Les fondateurs sionistes n’ont jamais voulu rien moins que toute la Palestine. Dès le début, ils savaient qu’ils devraient éjecter la population indigène. Le «binationalisme» de Martin Buber était une bonne idée qui n’avait aucune influence dans la classe politique. Les intentions de la direction sioniste ont dû être cachées jusqu’à ce que la colonie ait atteint le point où elle avait la force physique de reprendre la Palestine..

Les fondateurs de l’Etat sionistes n’on jamais voulu rien moins que toute la Palestine. Dès le début, ils savaient qu’ils devraient expulser la population indigène. Le «binationalisme» de Martin Buber était une bonne idée qui n’avait aucune influence dans la classe politique. Les intentions de la direction sioniste devaient être cachées jusqu’à ce que la colonie ait atteint le point où elle avait la force physique de s’emparer de la Palestine.

Weizmann et d’autres ne proclament rien d’autre que de bonnes intentions, rien d’autre que de vouloir vivre aux côtés des Palestiniens et quant à vouloir un État juif, c’était bien loin de leur esprit. Ce n’est que dans leurs journaux qu’ils consignèrent ce qu’ils voulaient vraiment, du désir de Herzl de transférer la «population démunie [les Arabes]» hors de Palestine jusqu’à la conclusion, en 1940, de Yosef Weitz, directeur du département de colonisation du Fonds national juif qu’il n’y avait pas de place en Palestine à la fois pour les colons et pour les «Arabes». Ces derniers devraient partir. Ces intentions n’étaient pas marginales mais représentatives de ce que les dirigeants sionistes réalisaient devraient être faits si la Palestine devait être la leur.

Comme les Palestiniens se battraient jusqu’au bout, la terre ne pourrait être prise que par la force. Pas à pas, les sionistes ont pu avancer vers cet objectif. Les Britanniques avaient aidé en réprimant le soulèvement palestinien en 1936-39, la première Intifada, décapitant la direction populiste qui aurait pu mener la lutte contre les sionistes dans les années 1940. Des milliers de Palestiniens furent tués et beaucoup plus arrêtés.

Le plan de partage de 1947 ne traduisait pas les véritables volontés des membres de l’ONU. Il avait été imposé à l’Assemblée générale par les menaces faites par les Etats Unis aux membres vulnérables et n’aurait sinon jamais été adopté. Israël en a bénéficié politiquement mais n’avait aucune intention d’adhérer à ses dispositions, ce qui aurait laissé les Palestiniens intacts, trois fois la taille de la communauté des colons sionistes. La guerre de 1948 était une guerre inévitable : sans le nettoyage ethnique de la Palestine, il n’y aurait pas eu d’Israël.

Les expulsions massives de 1948-1949 furent suivies d’une deuxième vague d’expulsions en 1967, suivie de la lente strangulation des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, Israël utilisant tous les moyens possibles, militaires, économiques et pseudo-légaux. Il y a eu d’autres guerres, toutes visant à consolider et à étendre l’emprise sioniste sur la Palestine et à détruire les ennemis d’Israël : Suez 1956, Liban 1978, 1982 et 2006, Gaza à de nombreuses reprises, ainsi que d’innombrables «incursions» frontalières tuant au total des dizaines de milliers de civils arabes.

Il y a eu aussi un « processus de paix », une initiative de l’OLP, qu’Israël n’a fait que suivre pour voir ce qu’il pouvait en retirer. Lancé en 1993, se termina clairement dès 1995, bien que son cadavre continue à remuer jusqu’à nos jours. Le « processus de paix » était une ruse diplomatique donnant à Israël plus de temps pour renforcer son emprise sur les territoires pris en 1967. Yasser Arafat fut accepté comme un partenaire de négociation et quand il n’eut plus rien à donner, Israël considéra à nouveau le pacificateur comme un terroriste et le tua. Mahmud Abbas (Abou Mazen à l’époque révolutionnaire) a suivi Arafat, assumant le rôle de courroie de transmission d’Israël en Cisjordanie, mais seulement pour être jeté une fois qu’il n’a plus eu d’utilisé pour Israël.

Sur la base d’une colonisation sans fin et de la reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël (rejetée par pratiquement le reste du monde), avec une réduction subséquente de l’aide américaine à l’UNRWA (l’Agence de secours des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens), l’OLP menace maintenant de «ne plus reconnaître» Israël. Si cela ramène le «problème de la Palestine» à 1948, c’est justifié que parce qu’Israël n’a jamais changé de position depuis.

Le temps qui s’est écoulé depuis 1993 jusqu’à maintenant a permis à Israël d’installer des centaines de milliers de nouveaux colons en Cisjordanie, qui selon lui [le régime sioniste] ne peuvent être évacués sans risque de guerre civile. C’est peut-être vrai, mais l’État sioniste les y a installés pour qu’ils restent, car ils rapprochent le projet sioniste de son accomplissement, et il n’a jamais eu l’intention de les faire partir. Israël a maintenant l’intention de «légitimer» ce que jusqu’à présent il a appelé les «avant-postes» illégaux des colons, comme s’il y avait une différence en droit international entre l’illégalité complète de la présence des colons en Cisjordanie, que ce soit dans les implantations ou dans les avant-postes des «jeunes de la colline qui vont et viennent comme ils veulent, frappant, brûlant et détruisant. Ils sont protégés par l’État et ce n’est pas étonnant, car c’est un état qui est en roue libre depuis plus de sept décennies.

Le porte-parole de la clique sioniste est maintenant Naftali Bennett, le ministre de l’Education, qui vient de parler de «la fin de l’ère de l’Etat palestinien et le début de l’ère de la souveraineté», par laquelle il entend l’annexion israélienne de la Cisjordanie et la souveraineté sur toute la Palestine. S’il y a une différence entre Bennett, un probable futur Premier ministre, et Netanyahu, c’est seulement que le premier parle plus clairement de ses intentions. Le désinvolte Netanyahou, qui voit toujours un avantage à parler d’un «processus de paix», a dans son parti d’autres membres qui parlent aussi ouvertement que Bennett. Tzipi Hotovely, par exemple, la vice-ministre des Affaires étrangères, parle également d’annexion : elle a hâte de voir le drapeau israélien flotter sur le Haram al Sharif et considère les anciens soldats du mouvement de protestation Breaking the Silence comme des «criminels de guerre». ‘

Bennett ne fait que montrer la direction qu’Israël prendra tôt ou tard. Du point de vue sioniste, le prochain pas important doit être l’annexion. La tactique de la paix a été menée jusqu’au bout, la solution à deux états est morte (pour autant qu’elle ait jamais existé), il n’y a plus rien à tirer de l’Autorité palestinienne et à Washington, Israël a un ami, Donald Trump, qui soutient autant et plus Israël (reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël) que n’importe quel ancien président américain d’après 1948: seule la reconnaissance d’Israël  par Truman au moment où l’Etat a été proclamé peut lui être comparé. Qu’est-ce qui peut venir maintenant sinon l’annexion ?  Bennett pense que le vent tourne en faveur d’Israël et, si on prend en considération les tractations avec les gouvernements du Golfe et le soutien encore plus généreux des Etats-Unis, il a raison.

Mais est-ce suffisant pour penser que la partie est finie et qu’Israël a fait jeu, set et match?, Peut-être pas : peut-être même pas du tout. Cette question ne concerne pas seulement les Palestiniens et n’a jamais concerné qu’eux. C’est une question arabe, une question musulmane, une question de droits de l’homme et un problème mondial. Elle n’a pas disparu et elle ne va pas disparaître. Ahed Tamimi , frappant un soldat israélien au visage après avoir été frappée par lui (est-ce que quelqu’un l’a remarqué? Certainement pas les médias mainstream) et maintenant emprisonnée pour une durée indéfinie pour ce crime haineux, est le dernier exemple de la force d’âme palestinienne face à l’oppression.

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Ahed Tamimi est le nouveau symbole de la résilience du peuple palestinien

Dès le début, malgré leur courage et leur détermination, les Palestiniens eurent à affronter des forces qu’aucun petit groupe de personnes ne pouvait surmonter seul : les Britanniques, les sionistes, les États-Unis et les énormes ressources qu’ils ont consacrées à l’occupation de la Palestine pendant un siècle. Cependant, la Palestine n’est pas seulement une question palestinienne et pas seulement une question plus générale de droits de l’homme : c’est une question qui va au coeur de l’histoire et de l’identité arabe. Le chemin de retour vers la Palestine devra toujours traverser le monde arabe. C’était clair pratiquement depuis le début. Jusqu’à présent, deux gouvernements arabes (Egypte et Jordanie) ont signé des traités de « paix » avec Israël. Ces arrangements de papier entre les gouvernements n’ont aucun soutien populaire en Egypte ou en Jordanie : ce n’est pas que leurs peuples ne veulent pas la paix, mais qu’ils ne sont pas prêts à sacrifier la Palestine pour l’obtenir. Il y a un géant assoupi ici qu’Israël semble penser endormi pour toujours. Les peuples sont la dynamite au bout de la mèche. Dans des circonstances favorables et avec les bons leaders, ils peuvent être mobilisés, comme ils l’ont été auparavant.

En tant qu’État raciste, Israël traite depuis longtemps les «Arabes» avec mépris ou les considère incapables de faire ce qu’ils ont fini par faire. Le premier exemple est celui de 1973, lorsque les Egyptiens lancèrent une brillante opération sur le canal et prirent les troupes israéliennes complètement par surprise, les mettant en débandade. Si Sadate n’avait pas trahi Hafez al Assad, en stoppant l’offensive égyptienne au bout d’une semaine, Israël aurait pu être chassé du Sinaï et du plateau du Golan. Seule une plus grande intervention des États-Unis (ils intervenaient déjà directement par le transport aérien de matériel militaire directement dans le Sinaï) aurait pu empêcher une défaite israélienne. Dans le sud du Liban occupé, Israël a subi choc après choc. Il a été pris au dépourvu par le Hezbollah et, en fait, il a été expulsé du Liban en 2000. Il a réessayé en 2006 et a été à nouveau humilié, ce qui explique pourquoi Israël est déterminé à détruire le Hezbollah la prochaine fois même s’il faut détruire le Liban avec.

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Octobre 1973: soldats égyptiens au sommet d’une position prise à l’ennemi sur la ligne Bar Lev 

Naftali Bennett était l’un des soldats d’Israël au Liban. Il projette l’image d’un personnage dur. « J’ai tué beaucoup d’Arabes en mon temps et je n’ai pas de problème avec ça », a-t-il dit. Parmi les «Arabes» qu’il a aidé à tuer, plus d’une centaine de civils libanais, dont de nombreux enfants, qui s’étaient réfugiés dans l’enceinte de l’ ONU à Qana., au sud du Liban, quand elle a été bombardée par les forces israéliennes envahissante en avril 1996. Un homme avait perdu 31 membres de sa famille, dont neuf enfants. Bennett était membre de l’unité dite d’«élite» Maglan. Quand son détachement avait été pris dans une embuscade par le Hezbollah, il avait appelé à l’aide une unité d’artillerie. Selon un autre officier, quand il est entré en communication, Bennett était hystérique, mais les obus sont arrivés et l’ont sauvé, 13 d’entre eux ayant explosé dans l’enceinte du site de l’ONU. Le secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros Ghali, avait démenti l’affirmation d’Israël selon laquelle le bombardement était dû à une erreur, étant donné que le site de l’ONU avait fait l’objet de reconnaissances par des drones et des hélicoptères israéliens. Le résultat fut qu’il perdit son deuxième mandat, les USA refusant de le soutenir, lui préférant Kofi Annan.

Bennett et ses anciens compagnons d’armes se considèrent comme des guerriers. Une opinion que ne partage pas Hasan Nasrallah qui se base sur les expériences que le Hezbollah a eues avec les Israéliens. Dans une récente interview diffusée sur la chaîne de télévision Mayadeen, Nasrallah a ironisé sur la capacité à combattre des soldats israéliens. A ses yeux, les succès de la résistance au Liban et en Palestine ont brisé le mythe de l’invincibilité israélienne (un mythe déjà démoli depuis au moins la guerre de 1973). Le Hezbollah et les forces alliées ont combattu les takfiristes pendant plus de sept années en Syrie et plus de trois années en Irak. C’était un ennemi qui entrait dans le combat avec des escouades de commandos suicide, un ennemi « prêt à mourir » sans hésitation, à comparer avec les Israéliens qui, a dit Nasrallah, n’avancent pas sans être précédés d’une force blindée, suivis par des ambulances et protégés depuis le ciel par des hélicoptères et des avions de combat. Un tel soldat est vaincu à l’avance. C’est un lâche sans volonté de se battre. Combattre l’État islamique était beaucoup plus difficile que de combattre Israël, ce qui a permis de vaincre l«bila shaq» (sans aucun doute). C’est le facteur humain qui a donné l’avantage à la résistance.

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Avril 2017 : Combattant du Hezbollah à la frontière entre le Liban et la Palestine occupée

Nasrallah a évoqué à plusieurs reprises la «grande guerre» à venir avec Israël, qui impliquerait non seulement «l’axe de résistance» (Iran, Irak, Syrie, Liban, Palestine et toutes les organisations du monde arabe «qui soutiennent cette voie») mais aussi des centaines de milliers de volontaires arabes. Nasrallah a déclaré que Sayyid Abd al Malik al Houthi avait promis d’envoyer des dizaines de milliers de combattants volontaires même si la guerre saoudo-yéménite se poursuivait. Cette guerre, dont Nasrallah a souvent dit que le Hezbollah la mènerait en Galilée à travers la ligne d’armistice et s’étendrait sur tout le front libanais et syrien avec Israël, a été le thème central de toutes ses récentes interviews.

La stratégie d’Israël dès le départ sera la destruction totale du Hezbollah le plus rapidement possible et autant du Liban que nécessaire pour détruire le Hezbollah. La puissance aérienne sera au cœur des stratégies de guerre d’Israël, comme elle l’a été dans le passé. C’est ce sur quoi le Hezbollah et ses alliés devront travailler pendant des années pour la neutraliser. Qu’Israël se prépare activement à la guerre ressort clairement des exercices aériens et terrestres qu’il a menés au cours des six derniers mois, combinant les forces aériennes, navales et terrestres, la robotique, les combats dans les tunnels et l’évacuation des civils du nord jusqu’à la ligne d’armistice ligne avec le Liban. L’état-major israélien a effectivement reconnu la piètre performance de ses troupes sur le terrain, à Gaza ou au Liban en 2006, en augmentant le ratio de soldats et d’officiers issus de milieux de colons religieux, plus fortement motivés, pense-t-il, que les jeunes hommes issus de milieux non pratiquants.

Il ne fait aucun doute que l’état-major israélien analyse chaque mot prononcé par Nasrallah, le prend au sérieux et le respecte sur la base des réalisations militaires du Hezbollah, mais peu de ce qu’il dit atteint les médias «occidentaux». Il est juste le clerc à la barbe broussailleuse régulièrement présenté comme le mandataire de l’Iran au Liban, comme s’il n’avait pas une pensée propre, et non comme l’un des esprits les plus impressionnants du Moyen-Orient. Nasrallah ne se livre jamais à des discussions creuses et ne parle que de la «possibilité» d’une grande guerre à venir, afin de ne pas alarmer les gens, alors qu’il est clair que ce n’est pas seulement une probabilité, mais une guerre qui mettra un point final. A la confrontation historique avec Israël.  En voulant infliger une défaite écrasante à ses ennemis, c’est certainement ce qu’Israël aura en tête. Le Hezbollah est prêt et Nasrallah pense qu’il peut gagner.

L’idée même qu’Israël puisse être défait sur le champ de bataille n’a aucune place dans le discours ‘occidental’ qui a été construit sur des siècles de préjugés anti-arabes et antimusulmans dans les médias. Ce serait considéré comme impensable, insensé et risible. Israël essuie des revers mais il ne perd pas de guerre : cette possibilité n’existe pas dans les esprits conditionnés par un biais médiatique sans fin. Une telle guerre devrait être considérée avec effroi : comme le dit Nasrallah, personne ne pourrait dire où cela ne mènerait pas, mais avec l’élimination de toutes les options pour la paix, le pendule va inévitablement dans cette direction. Est-ce que Hassan Nasrallah s’est éloigné de la réalité, parlant de la victoire et des centaines de milliers de combattants qui se joindront à la prochaine guerre, ou sait-il quelque chose que nous ne savons pas? Il sait évidemment beaucoup de choses que nous ne savons pas, mais pour vaincre Israël, sa puissance aérienne offensive et défensive devra être neutralisée. Est-ce que le Hezbollah et l’Iran ont trouvé comment parvenir à ce résultat Est-ce la raison de sa confiance ? Nous devrons attendre la prochaine guerre pour le découvrir.

Le plaidoyer sioniste en chanson de Bob Dylan

16 octobre 2016

Bob Dylan vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Il a dû en être le premier surpris parce que même s’il a un répertoire dans l’ensemble intéressant, j’ai personnellement du mal à le considérer comme à l’origine d’une œuvre littéraire dont la qualité justifierait une telle reconnaissance.

On peut par exemple trouver dans son œuvre une chanson dont le but est de plaider la cause de l’entité sioniste si injustement critiquée par certains suite à l’invasion du Liban en 1982. Je vous laisse apprécier le texte de cette chanson qui n’est qu’une resucée pompeuse de l’argumentaire sioniste de base.

Exhumation d’une chanson pro-israélienne oubliée de Bob Dylan

Ecrite après la guerre du Liban en 1982, la chanson de Dylan Neighborhood Bully » (la terreur du quartier) assimile Israël a un ‘homme en exil’ qui est injustement qualifié de terreur parce qu’il repousse les attaques incessantes dont il est l’objet.

Par Gabe Friedman, Haaretz (entité sioniste) 24.05.2016 traduit de l’anglais par Djazaïri

JTA (Jewish Telegraphic Agency).” « J’étais tellement plus vieux alors, je suis plus jeune maintenant, » chantait Bob Dylan en 1964 dans « My back pages. »

Vieillissement à l’envers ou pas, le légendaire chanteur folk juif aura 75 ans ce mardi.

Si la juidéité de Dylan a été examinée et réexaminée des années durant, on a accordé assez peu d’attention à sa chanson de 1983 « Neighborhood Bully » – une rare déclaration franche et massive de soutien à Israël par un rocker américain connu.

Les paroles (reproduites intégralement ci-dessous) assimilent Israël à un « homme en exil » qui est injustement qualifié de brute parce qu’il repousse les attaques incessantes de ses voisins.

Dylan avait enregistré la chanson dans son second album studio « Infidels » après sa brève expérience de Chrétien born-again [un Juif revenu au christianisme! NdT] à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

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Pochette de l’album « Infidels » produit par Mark Knopfler (Dire Straits)

Certaines des paroles auraient pu être reprises de discours du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou qui présente souvent Israël comme assiégé.

Rarement interprétée par Dylan sur scène, cette chanson fait intégralement partie du répertoire de la propagande sioniste qui ne l’a pas du tout oubliée.

Vous trouverez ci-après le texte original de Dylan et une traduction en vis-à-vis. J’ai repris la traduction du site Debriefing.org après y avoir apporté quelques modifications. La traduction n’est pas parfaire, tant s’en faut, mais le texte original n’est pas bon non plus.

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La Syrie et la stratégie saoudienne d’embrasement régional

26 octobre 2013

Dans l’article que je vous propose, Vijay Prashad essaye de situer les développements de la situation en Syrie dans leur contexte régional en insistant sur le rôle de l’Arabie Saoudite.

Selon lui, les milices se l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL) sont désormais en position absolument dominante dans les rangs de l’opposition armée au régime syrien.

Si la situation militaire est pour l’instant relativement figée entre l’opposition armée d’une part et les forces gouvernementales d’autre part, cela ne signifie pas que les choses ne peuvent pas bouger.

Cette impasse ne saurait en effet durer éternellement et deux chemins semblent possibles pour en sortir, chacun d’entre eux ayant des implications différentes.

Le premier chemin est celui de la négociation sous les auspices de l’ONU entre les autorités en place et le(s) opposition(s). C’est le chemin que semble commander la sagesse même si on sait qu’il faudra du temps avant qu’une telle négociation aboutisse, en admettant cependant qu’elle commence puisque si le gouvernement syrien souffle le chaud et le froid sur cette question, l’opposition regroupée dans la Coalition au nom à rallonge (qu’on appellera CNS par commodité) se fait tirer l’oreille et fixe un préalable inacceptable pour les autorités de Damas, à savoir la démission du président Bachar al-Assad.

Le deuxième chemin est celui de l’aggravation de la guerre par son extension à l’Irak et au Liban.

C’est ce chemin qu’a choisi l’EIIL en accord semble-t-il avec l’Arabie Saoudite (ou à son instigation. Et l’EIIL a déjà entrepris de concrétiser cette option stratégique par des actions militaires visant à s’assurer le contrôle de la route Bagdad – Beyrouth, ce qui lui permettrait de faire circuler dans de bonnes conditions armes et combattants dans les deux sens.

Les choix de l’EIIL ont parfaitement été compris par l’armée syrienne qui entend au contraire s’assurer le contrôle complet de la frontière avec le Liban tandis que l’armée irakienne a pour l’instant mis en échec la tentative de l’EIIL de prendre le contrôle du segment irakien de la route Bagdad – Beyrouth.

L’inclusion de l’Irak dans la guerre livrée par l’EIIL est déjà chose faite tandis que celle du Liban devrait bientôt commencer, les signes avant coureurs en étant les affrontements à Tripoli et dans les villages libanais frontaliers avec la Syrie.

Le corridor d’al Qaïda à travers la Syrie

par Vijay Prashad, The Hidu (Inde) 25 octobre 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Ce n’est plus l’Armée Syrienne Libre, mais l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL) qui constitue une menace sérieuse pour le régime d’Assad

Mardi soir, des kamikazes et des hommes armés ont attaqué des points de contrôle irakiens le long de la route N°11, qui relie Bagdad à la Syrie via Ramadi. Ils ont déclenché des explosions au poste de contrôle de Routba ainsi qu’à d’autres checkpoints un peu à l’ouest de Ramadi. Trente-sept personnes ont été tuées dans ces attaques, en majorité des membres des services de sécurité. La route N°11 est la route du sud de l’Irak vers la Syrie. L’autre route qui relie Bagdad à la Syrie est l’autoroute N°12, qui passe au nord de Ramadi dans les villes de Anan et Rawah, le long de l’Euphrate et dans la ville syrienne de Raqqa. La semaine dernière, des combattants de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL) ont attaqué les villes de Anan et Rawah, détruisant un pont et essayant de détruire des pylônes électriques. L’armée irakienne a pu contrer l’attaque de l’EIIL sur Rawa, et a ainsi déjoué la tentative de l’EIIL de s’emparer des villes qui lui auraient permis de contrôler l’autoroute N°12. Le vice-Premier ministre Saleh Iraq al-Mutlaq a déclaré que l’attaque de la semaine dernière était une «tentative désespérée d’al-Qaïda [EIIL] pour s’implanter en Irak. » Il semble probable que l’EIIL a décidé d’essayer de prendre le contrôle de l’autoroute N°11 après que son attaque sur la route N°12 a été repoussée.

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La route qui relie l’Irak au Liban via Raqqa est partiellement sous contrôle de l’EIIL

Le mois dernier, l’EIIL a obtenu des succès remarquables. Son opération, baptisée Elimination de l’Impureté, a expulsé ou absorbé les unités de l’Armée Syrienne Libre tout au long du flanc nord de la Syrie. La ville d’Azaz à la frontière syro-turque est aux mains de l’EIIl depuis un mois. A partir d’avril, l’EIIL a commencé à attirer à lui toutes les factiosn salafistes plus petites, dont le Jabhat al Nosra (non sans heurts) et des éléments d’Ahrar el Cham (dont le chef Abou Obeida al’Binnishi avait été tué par l’EIIL en septembre). Un nouveau rapport de l’International Crisis Group daté du 17 octobre observe que l’EIIL est désormais «l’organisation la plus puissante dans le nord et l’est de la Syrie et profitait de son contrôle sur les champs pétroliers.» L’analyste Aymenn Jawad al-Tamimi affirme que l’EIIL ne peut être délogé de ses places fortes dans le nord et l’est de la Syrie par aucune coalition de l’ASL et de ses alliés. De fait, dans les derniers mois, l’EIIL a gravement affaibli le potentiel militaire de l’ASL, après avoir tué en juillet Kamal Hamami, un de ses plus importants chefs de bataillons, et avoir attiré à lui nombre de ses combattants locaux. L’Armée Syrienne Libre ne représente plus une véritable menace pour le gouvernement syrien.

Une situation déplorable

La principale voix séculière du soulèvement en Syrie, Yassin al Haj Saleh, qui vivait dans la clandestinité dans son pays pendant la guerre civile, s’est enfui à l’étranger le 12 octobre. Dans sa lettre ouverte, «Adieu à la Syrie, pour un certain temps», M. Saleh écrit que sa ville d’origine, Raqqa, est passée sous le contrôle des «spectres qui hantaient notre enfance, les ogres.» La situation à Raqqa, écrit M. Saleh, est déplorable. C’était dur de voir «des étrangers l’opprimer et tenir en main le destin de sa population, confisquant les biens publics, détruisant une statue d’Haroun al-Rachid ou profanant une église, arrêtant des gens qui disparaissent ensuite dans leurs prisons.

Le départ de Syrie de M. Saleh indique que les choses ont empiré par rapport à l’été dernier quand le chercheur Yasser Munif s’était rendu dans le nord du pays et avait constaté qu’à Raqqa, «les gens sont de plus en plus critiques à l’égard de l’EIIL et d’al-Nosra.» Il semble que cet espace laissé à la critique interne de l’EIIL est manitenant plus restreint. Les affiches qui promeuvent les vues de l’EIIL abondent à Raqqa, laissant entendre une mise en sourdine des rivalités entre les diverses factions islamistes. Comme l’observe el-Tamimi, dans les manifestations publiques les bannières de l’EIIL et du jabhatal Nosra flottaient côte à côte.

En juillet 2013, l’EIIL avait organisé une évasion massive à la prison irakienne d’Abou Ghraib, libérant 500 détenus. L’EIIL avait eu recours à des voitures piégées, des kamikazes et des miliciens pour cette opération. L’EIIl avait ensuite dirigé ces combattants vers la frontière irako-syrienne dans le but d’essayer de prendre le contrôle des points de passage frontaliers dans le cadre de leur projet d’établir un corridor pour relier Ramadi en Irak à Tripoli dans le nord Liban (un affrontement dans cette ville a causé la mort d’un garçon de13 ans le 23 octobre). Les attaques de la nuit du 22 octobre s’inscrivaient dans ce scénario.

L’EIIL et sa forme de radicalisme sont un produit du financement de la rébellion par le Qatar et l’Arabie Saoudite. L’argent des Arabes du Golfe ainsi que des combattants étrangers et un groupe de combattants Syriens motivés ont donné l’avantage à l’EIIL. Dans le même temps, tandis que l’argent du Qatar et de l’Arabie saoudite a permis à leur client de dominer les autres rebelles sur le champ de bataille, l’influence de ces deux monarchies a empêché l’unification des rangs et le développement d’un agenda par les dirigeants de la rébellion. En trois ans, la Coalition Nationale des Forces Syriennes Révolutionnaires et d’Opposition (CNS) a été incapable de formuler un programme clair pour la Syrie. Cette absence [de programme] n’est pas dû à un manque d’imagination, mais à la subordination du CNS aux rivalités mesquines entre ses bienfaiteurs Arabes du Golfe. Le CNS s’était mis lui même dans l’impasse quand il avait en fin de compte laissé faire une révolution de palais pour écarter Mo’az al-Khatib de son poste [de leader du CNS]. Après d’intenses luttes intestines, le CNS avait finalement désigné Ahmad Saleh Touma en qualité de premier ministre. Ghassan Hitto avait démissionné car on le voyait comme trop proche du Qatar dont l’étoile commençait à pâlir. Le président actuel est Ahmad Jarba, qui a des liens étroits avec la monarchie saoudienne. Vers la fin septembre, les islamistes ont rejeté le CNS. Abdul Qader Saleh, le chef de la Brigade Tawhid [unicité de Dieu] d’Alep, a fait savoir qu’ils [les islamistes] envisageaient de former une alliance islamique (al-tahaluf al-islami). Le chercheur Aron Lund considère que les islamistes ne sont pas allés au delà d’une simple proposition. La marque des rivalités entre Arabes du Golfe traverse profondément la coalition.

L’agenda saoudien

Malgré les gains obtenus par l’EIIL dans le nord de la Syrie, l’agenda de l’Arabie Saoudite pour la Syrie est bloqué. En l’absence d’intervention militaire étrangère, l’EIIL sera incapable de renverser le régime en place à Damas. – c’est une des raisons pour lesquelles l’EIIL a décidé de s’emparer des postes frontaliers (avec l’Irak, la Turquie et le Liban). Une confrontation dangereuse va probablement avoir lieu dans la région de la Ghouta occidentale près de Damas, mais elle ne débouchera sur aucun gain stratégique significatif pour quiconque. Ce sera un bain de sang sans résultat substantiel, comme une bonne partie de ce qui se passe maintenant dans cette guerre. Incapable d’avancer dans le centre du pays, l’EIIL revendique les marges de la Syrie. L’Arabie Saoudite s’attendait à ce que les Etats Unis bombardent la Syrie en septembre, ce qui aurait affaibli le pouvoir d’Assad et permis à ses clients de prendre le pouvoir (l’Arabie Saoudite est aussi déçue par l’acceptation par les Etats Unis de l’ouverture iranienne pour des discussions). La route de Damas semblant fermée, l’EIIL s’est adonné avec plus de force à la violence nihiliste dans les régions qu’il contrôle – pas vraiment le résultat espéré par l’Arabie Saoudite. C’est la raison pour laquelle le Prince Bandar bin Sultan, qui assure la liaison avec les rebelles, a parlé de réévaluer la relation de l’Arabie Saoudite avec les USA, et c’est aussi la raison qui a conduit l’Arabie Saoudite à refuser d’occuper le siège qu’elle venait tout juste d’obtenir au Conseil de Sécurité de l’ONU. L’Arabie Saoudite avait soutenu les Talibans dans les années 1990 avec l’idée que ce mouvement modérerait son idéologie avec le temps. Il n’en fut rien. Il semble que la monarchie veuille faire encore le même pari, en dépit d’un précédent défavorable.

Le type de violence qui a éclaté la nuit du 22 octobre est devenue chose courante en Irak, avec plusieurs milliers de morts cette année (presque 500 rien que pour ce mois). La guerre en Syrie, bloquée dans une impasse douloureuse, s’est déplacée vers l’Irak, un pays déjà affligé par la guerre et la dévastation dans son histoire récente. Ici, les «visages qui se durcissent sous un masque de tristesse» comme l’écrit le poète Syrien Adonis, regardent les civilisations s’effondrer pour de vulgaires desseins géopolitiques. L’ombre d’al Qaïda s’installe sur l’Irak et la Syrie, durcissant encore plus les traits des Syriens et des Irakiens ordinaires. Le moment du lancement d’une offensive générale de l’EIIL au Liban se rapproche nécessairement ainsi que le donnent à penser les affrontements à Tripoli et dans les villes frontalières. Les discussions pour un cessez-le-feu et les négociations à Genève sont fort éloignées dans la désolation qui est venue envelopper les routes qui relient Beyrouth à Bagdad, un trajet qui aurait pu être fait assez tranquillement il y a un siècle mais qui connaît aujourd’hui la tourmente des fusils et de la frustration.

(Vijay Prashad est titulaire de la chaire Edward Saïd à l’Université Américaine de Beyrouth, Liban)

Un début de réponse sur l’identité des assassins de trois soldats Libanais à Arsal

31 mai 2013

Le risque d’une contagion de la crise syrienne au Liban est une réalité palpable depuis le début et on en a parlé sur ce blog. Les signes inquiétants  tendent en effet  à se multiplier, en relation avec les difficultés que traverse en ce moment l’opposition au régime baathiste, désunie politiquement et mise à mal militairement.

Parmi les signaux préoccupants, il y a eu les agressions sectaires à Tripoli contre la minorité alaouite de cette ville.

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Patrouille de l’armée libanaise à Tripoli. Sous l’oeil bienveillant du monarque Saoudien, militant démocrate bien connu

Et bien sûr, la mort de trois soldats de l’armée libanaise tués mardi 28 mai

près d’Arsal, dans un secteur par lequel les rebelles syriens font entrer armes et combattants en provenance du Liban. «Les soldats du point de contrôle ont fait face aux assaillants et une fusillade, qui s’est soldée par la mort de trois militaires, s’est ensuivie», a affirmé l’armée libanaise, dans un communiqué. Les hommes armés pourraient être passés en Syrie, a dit le ministre de la Défense, Fayez Ghosn.

Pour les milices hostiles au gouvernement syrien, Arsal est une agglomération stratégique  par laquelle transitent argent, hommes et matériels acheminés vers le territoire syrien, notamment vers la ville proche d’al Qussayr qui est en ce moment l’enjeu de rudes combats.

L’assassinat des trois soldats a été unanimement condamné au Liban, que ce soit par l’ancien premier ministre Saad Hariri ou par le mouvement Amal et le Hezbollah.

Se pose donc la question de savoir qui étaient les tueurs des trois soldats dont la presse nous qu’ils se sont enfuis en direction de la Syrie après avoir commis leur acte.

Ça tombe bien, L’Orient le Jour nous apprend justement que

Deux personnes soupçonnées d’être impliquées dans le meurtre de trois soldats près de Ersal, dans l’est du Liban, ont été arrêtées, affirme la chaîne de télévision LBC, sans donner plus de précisions.

Et les précisions que ce journal libanais francophone n’a pu obtenir,  le Daily Star, son homologue anglophone les a obtenues et on peut lire ce qui suit :

Des agents du renseignement militaire ont arrêté Mamdouh al-Wazir, le frère du suspect Mashoud al-Wazir dans la vallée de la Bekaa dans le courant de la nuit.

On pense que Mashhoud est impliqué avec deux autres personnes dans l’attaque de mardi contre un point de contrôle de l’armée libanaise à Wadi Hmeid, dans la périphérie d’Arsal qui a causé la mort de trois soldats, selon notre source.

Lejournal libanais As-Safir indique dans un article détaillé ce vendredi que deux suspects pour l’attaque d’Arsal ont été arrêtés.

Il s’agit d’une infirmière libanaise dont les initiales sont A. Sh et d’un Libanais qui ont loué et livré un Hummer à un troisième suspect, M. W., un Syrien qui habite à Chtaura et dont on pense qu’il a réalisé l’attaque.

Selon As-Safir, M.W.est entré au Liban par la région frontalière nord de Wadi Khaled après avoir été blessé à Homs, dans le nord de la Syrie. Le journal indique que M. W. combattait avec le Bataillon Yarmouk qui fait partie du jabhat al-Nosra.

Selon le journal, M. W. avait été transféré dans un hôpital d’Etat à Tripoli où il a subi une intervention chirurgicale et où il est resté pour trois mois de rééducation pendant lesquels il a fait la connaissance de l’infirmière A. S.

A la mi-mai, M. W. a passé plusieurs jours dans la ville côtière du nord (Tripoli) et a consulté des financeurs Syriens avant de se rendre dans un lieu inconnu.

Il y a une semaine, selon As-Safir, M. W. a contacté A. S  et lui a demandé de louer un véhicule tout terrain, quel que soit le tarif de la location. A. S., indique le journal, avait demandé à un de ses voisins, A.M. de visiter un certain nombre de commerces d’automobiles où il a trouvé un Hummer à louer.

M. W. a viré à A. M. une somme de 600 dollars pour trois journées de location.

Le journal écrit que M. W. a ensuite gardé le silence pendant un certain temps et n’a plus répondu à aucun appel. C’est pendant cette période que l’attaque contre l’armée a eu lieu, dit le journal qui ajoute qu’on soupçonne qu’un Hummer a été utilisé par les agresseurs.

 La mort des trois soldats Libanais est une fois de plus l’oeuvre de ceux qui s’opposent par les armes au régime syrien et qui sont prêts à noyer leur déroute dans le sang libanais puisque celui des Syriens leur sera peut-être bientôt interdit.

Pourquoi le Hezbollah s’est-il engagé militairement en Syrie?

29 mai 2013

On a déjà évoqué ici la participation du Hezbollah aux combats en Syrie pour conclure que le rôle du Hezbollah était somme toute marginal, limité surtout à l’encadrement de communautés villageoises libanaises situées en territoire syrien et à la protection du mausolée de Sayyida Zeinab à Damas.

Il va bien sûr de soi que le Hezbollah ne reste pas les bras croisés devant les agissements des miliciens «rebelles» qui sévissent à l’intérieur du Liban, dans les secteurs limitrophes de la Syrie.

Les choses ont changé depuis, et le Hezbollah est directement engagé dans les combats aux côtés de l’armée syrienne.

Les raisons de ce changement sont explicitées dans l’article, signalé par Nidal, que je vous propose.

Et ces raisons n’ont rien à voir avec 1) une haine du Hezbollah pour les sentiments printaniers (et démocratiques) qui animeraient l’opposition armée en Syrie 2) une affinité de type sectaire qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui ne connaissent pas ce que sont traditionnellement les rapports entre chiites et alaouites. Et qui ignorent au passage le fait que les relations entre le Hezbollah et le gouvernement syrien n’ont pas toujours été au beau fixe.

Non, le Hezbollah a une approche stratégique rationnelle et il a compris que la Résistance jouait sa survie en Syrie.

L’article ne le dit pas, mais l’affaiblissement, voire la disparition de l’axe de la résistance au régime sioniste qui résulterait d’une défaite du régime syrien est souhaitée par les monarchies arabes de l’Atlantique au Golfe persique car elles sont impatientes de normaliser complètement leurs relations avec Tel Aviv.

C’est aussi le sens de la dernière proposition de John Kerry consistant à acheter, avec l’argent des autres pour l’essentiel, le renoncement des palestiniens à leurs droits.

 

Les Limites du Hezbollah en Syrie

 Par Wafiq Qanso, Al-Akhbar (Liban) 29 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le rôle du Hezbollah en Syrie devenant de plus en plus prononcé, Al-Akhbar examine les limites de son intervention militaire, s’interrogeant sur jusqu’où il ira pour défendre la Résistance.

Il est par exemple peu probable que nous verrons des clips YouTube avec des combattants du Hezbollah dans des régions reculées et lointaines de Syrie comme Raqqa ou Hasakah. Le Hezbollah est conscient de ses limites dans un pays vaste comme la Syrie dont le contrôle requiert une armée nombreuse dont le parti ne dispose pas.

Les opérations de combat du Hezbollah en Syrie sont en conséquence proportionnelles à la menace immédiate. Selon des sources informées, sa stratégie globale consiste à «sauvegarder la Résistance et protéger ses voies d’approvisionnement.»

Le parti s’est donc jeté dans la bataille, de crainte que des groupes takfiristes soient sur le point de prendre le contrôle des provinces syriennes riveraines du Liban, coupent également l’autoroute vers l’aéroport de Damas, ce qui créerait une «zone tampon» autour de ses bastions de la vallée de la Bekaa et couperait ses lignes d’approvisionnement. Comme le couteau se rapprochant très près de la gorge de la résistance, le Hezbollah a considéré n’avoir d’autre choix que de s’impliquer directement dans le conflit.

L’imminence du danger à la frontière nord-est du Liban coïncidait avec ce qui apparaît comme une convergence d’intérêts entre les acteurs arabes, régionaux et internationaux, dont Israël, en vue de renverser le régime de Bachar al-Assad.

De fait, compte tenu du retrait actuel de l’Egypte des affaires de la région, l’Arabie Saoudite, et le Qatar dans une certaine mesure – aspirent à dominer la région du Levant.

Dans le même temps, il est hors de doute que les Etats Unis et l’Europe désirent renverser le régime syrien, en raison notamment de son soutien à la Résistance libanaise et de son alliance avec Téhéran.

Les sources d’Al-Akhbar soulignent que le Hezbollah ne combat pas pour le compte du régime, mais à ses côtés, et seulement tant que la bataille sert à la protection des intérêts stratégiques du parti. Selon nos sources, «Tout d’abord, le Hezbollah ne se serait pas impliqué, même à Qussayr, si le régime n’était pas fort et ne jouissait pas d’un large soutien populaire.»

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Al Qussayr occupe un emplacement stratégique aussi bien pour le Hezbollah que pour l’opposition armée au régime syrien qui reçoit argent et armes via la ville libanaise d’Arsal

C’est sans doute cette cohésion qui a empêché des défections d’ampleur dans l’armée qui aurait sinon adopté une posture de neutralité dans la lutte pour renverser le président Syrien.

Il importe d’observer ici que l’administration des Etats Uni est dans l’impasse sur cette question. D’un côté l’administration US préférerait que l’armée se détache d’Assad. Mais d’un autre côté, l’administration ne veut pas voir une réédition de l’Irak, avec le démantèlement catastrophique des forces armées.

.Il est certain qu’aucune des factions de l’opposition n’est en mesure d’imposer son contrôle sur le terrain, tandis que le poids du Front al-Nosra et d’autres organisations liées à al Qaïda devient alarmant. 

Compte tenu des fortes divisions au sein de l’opposition syrienne et de la mission presque impossible d’unifier ses factions dispersées, l’administration US est de plus en plus convaincue qu’il n’y a pas de solution militaire à la crise. Ce qui ne veut cependant pas dire que la sortie de crise est en vue, où que la proposition de conférence Genève 2 réussira à faire cesser le conflit. 

D’une part, les acteurs régionaux misent toujours sur un changement de régime. Cependant, les progrès accomplis par l’armée syrienne sur le terrain – en particulier dans des secteurs  cruciaux comme Deraa et Qussayr, ainsi que les préparatifs en vue de déloger les rebelles d’Alep, pourraient s’avérer être un tournant dans le cours d’une guerre qui dure depuis deux ans. 

Une conséquence de cette évolution sera peut-être que les diverses parties reconsidéreront leurs calculs et attitudes d’une manière qui – ayant finalement désespéré de l’option militaire – favorisera en fin de compte une solution politique.

Peuples d’Orient et d’Occident sont d’accord: il ne faut pas armer les forces qui combattent le régime syrien!

1 mai 2013

Via Angry Arab à qui je reprocherai cependant (amicalement) de ne pas avoir mis le lien direct vers les tableaux de résultats de cette enquête d’opinion qui a été conduite par le Pew Research Center dans un certain nombre de pays du « Moyen Orient », un Moyen orient qui inclut la Tunisie qui appartient à l’Occident musulman comme on le sait. 

Le présent sondage porte sur les événements en cours en Syrie et il a été réalisé par le PEW Research Center qui se présente comme un organisme non partisan de collecte de faits pour informer l’opinion sur les problèmes, les attitudes et les tendances qui façonnent l’Amérique et le monde. Le Pew Research Center

 fait des enquêtes d’opinion, de la recherche en démographie, de l’analyse des médias et d’autres études empiriques dans le domaine des sciences sociales. Pew Research ne prend pas de positions politiques. Il est une division de The Pew Charitable Trusts.

L’analyse de ce sondage titre sur la crainte des peuples du Moyen Orient d’un élargissement du conflit syrien aux pays voisins.

Les résultats saillants sont synthétisés dans plusieurs tableaux de chiffres.

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Ce premier tableau nous montre que tous les peuples de la région sont préoccupés voire très préoccupés par le risque que la violence en Syrie déborde dans leur propre pays. Les moins inquiets étant les Turcs avec 25 % seulement de personnes très inquiètes contre 46 % en Jordanie et 68 % au Liban où l’inquiétude est la plus forte parmi les Chrétiens.

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.Cette inquiétude d’un débordement de la violence dans les pays voisins de la Syrie est partagée par la majorité des personnes interrogées quelque soit le pays et atteint même les 89 % en Tunisie, ce qui est quand même un signe de l’impact politique et psychologique de la situation dans ce pays somme toute lointain (mais où de nombreux Tunisiens sont engagés dans les combats contre le gouvernement).

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On a demandé ici aux sondés s’ils étaient favorables ou s’ils étaient contre la fourniture d’armes et d’équipements militaires par les pays occidentaux aux milices d’opposition en Syrie.

A l’exception des Jordaniens, les citoyens des pays voisins de la Syrie ne veulent pas que l’occident équipe les forces de l’opposition syrienne en matériel militaire. Ce refus est le plus marqué au Liban où il est majoritaire dans les trois grandes communautés confessionnelles, même si elle est nettement moins forte chez les Sunnites que chez les Chrétiens et surtout les Chiites. Cette opposition est très nettement majoritaire également en Turquie, un pays dont on sait pourtant qu’il est une base logistique et de repli pour l’opposition syrienne.

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Cette opposition à une assistance matérielle occidentale pour les milices syriennes antigouvernementales s’observe aussi pour le même type d’aide en provenance de pays arabes. Moins marquée, elle demeure cependant majoritaire partout, sauf en Jordanie. Les Turcs se distinguent ici par leur constance puisqu’ils ne font pas de distinguo entre l’aide occidentale et l’aide arabe (sans doute parce qu’ils ne sont pas arabes).

On soulignera que ce refus arabe et turc d’une assistance militaire aux milices de l’opposition syrienne n’est pas associé à un soutien au régime syrien puisqu’il apparaît dans un autre tableau de chiffres que le président Assad n’est guère populaire dans les pays concernés par le sondage: 72 % d’opinions défavorables en Turquie, 81 % en Tunisie et en Egypte par exemple.

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Le Liban fait en quelque sorte exception avec 59 % d’opinions défavorables « seulement », un résultat dû à la quasi unanimité de la communauté chiite avec 91 % de sondés en faveur d’Assad ainsi qu’à ses 36 % d’opinions favorables dans la communauté chrétienne.

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Fait intéressant, les citoyens de la France, de l’Allemagne mais aussi de la Grande Bretagne et des Etats Unis sont majoritairement opposés à la livraison de matériel militaire par leur pays en faveur de l’opposition armée en Syrie. On constate ainsi que 82 % des Allemands sont opposés à de telles livraisons tout comme 69 % des Français et 64 % des Américains!

 

 

 

Jean Aziz et le face à face Iran – Arabie Saoudite au Liban et en Syrie

30 avril 2013

La thèse que je défends sur ce blog est que la crise syrienne a dès le départ donné lieu à une immixtion de forces étrangères à ce pays ; des forces qui ont engagé très tôt une action violente, parfois très professionnelle, contre l’appareil policier et militaire du régime.

Ces forces étrangères, non contentes d’armer militairement et d’outiller dans la guerre médiatique des citoyens syriens, qu’ils appartiennent à la mouvance des Frères Musulmans, du wahabbisme ou tout simplement à celle de ceux qui pensent que leur avenir personnel ou celui de leur clan pourrait être plus radieux sans Bachar al-Assad, ont fait venir des mercenaires de Turquie, de Jordanie, et même de Tunisie, de Tchétchénie et d’Europe (je ne parle pas là de Syriens résidant en Europe).

Il va sans dire que ceux qui espéraient une démocratisation de la vie politique en Syrie en sont pour leurs frais.

Jean Aziz, qu’on a déjà croisé sur ce blog, grossit peut-être un peu le trait, mais oui, nous assistons en Syrie à une guerre entre l’Iran et le Hezbollah d’une part, et l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et les Etats Unis d’autre part.

Et c’est l’axe turco-arabo-occidental qui a pris l’initiative de cette guerre et a fait en sorte qu’elle perdure faute de possibilité de règlement politique qu’il s’est ingénié à empêcher, exactement comme en Libye.

Sauf que l’enjeu stratégique est nettement plus important en Syrie qu’en Libye et que si les Américains jouent là avec la sécurité de leur entité sioniste adorée, les monarques jouent peut-être leurs têtes !

Pourtant, dans un monde rationnel, cette crise aurait été réglée depuis longtemps ou n’aurait jamais eu lieu.

Mais un monde rationnel serait un monde où les Etats Unis au lieu de chercher la confrontation avec l’Iran, le Hezbollah et la Syrie, chercheraient à avoir des relations normales avec ces pays avec lesquels ils ne devraient avoir à priori pas de conflit aigu.

Oui, j’écris ces pays car je ne compte pas le Hezbollah qui n’existerait pas si les Etats Unis ne s’entêtaient pas à soutenir inconditionnellement une entité sioniste qui ne pourra jamais avoir un statut normal dans la région.

Même si, pour les pétromonarchies d’Arabie et du Qatar, tout l’enjeu d’une défaite de l’axe Syrie – Hezbollah – Iran est la possibilité de pouvoir enfin normaliser leurs relations avec l’entité sioniste et donc d’enterrer définitivement les droits du peuple palestinien.

L’objectif est illusoire certes et les monarques comme le Grand Turc devraient méditer ce propos de Kant :

Est illusion le leurre qui subsiste même quand on sait que l’objet supposé n’existe pas.

L’Iran contre la diplomatie saoudienne au Liban

 

par Jean Aziz,  Al-Monitor Lebanon Pulse, 29 avril 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Trois semaines de développements de la situation au Liban ont suffi pour effacer le sentiment qu’une percée dans les relations entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était proche, du moins au Liban. Ce sentiment avait pris corps le 6 avril quand le parlement libanais a désigné, dans un consensus presque total, le député de Beyrouth Tammam Salam pour former le nouveau cabinet.

Au début, il y avait certains signes qu’une percée dans la relation entre l’Arabie Saoudite et l’Iran était en vue. L’ambassadeur Saoudien à Beyrouth, Ali Awad Asiri, avait clairement fait une ouverture en direction du Hezbollah. A un point tel que certains avaient dit que l’Arabie Saoudite avait entamé des contacts directs avec la plus puissante organisation chiite du Liban par l’intermédiaire d’un officiel des services de sécurité libanais qui jouit de la confiance du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah en personne. On a même dit que l’adjoint de Nasrallah, le Cheikh Naim Qassem devait se rendre en Arabie Saoudite à la tête d’une mission du Hezbollah avec la mission de discuter des relations entre la banlieue sud de Beyrouth et Riyad. La délégation devait aussi aborder le problème de la formation d’un nouveau gouvernement [au Liban] et l’acceptation d’une nouvelle loi pour les élections législatives pour faire en sorte que les élections interviennent avant la fin du mandat de l’assemblée actuelle le 20 juin et éviter ainsi au Liban d’aller vers l’inconnu.

Cette impression optimiste a vite disparu et il est devenu évident que la stratégie de la tension entre les axes saoudien et iranien reste d’actualité  jusqu’à nouvel ordre.

Il semble que les deux parties pratiquent un jeu de dupe pour améliorer leurs positions et leurs capacités en préparation d’une attaque surprise contre l’autre camp.

Sous couvert d’ouverture en direction du Hezbollah à Beyrouth, l’axe saoudien a l’œil rivé sur une bataille régionale pour renforcer le siège du régime syrien et renverser le président Bachar al-Assad. Au moment où les Saoudiens se préparaient à attaquer la capitale syrienne, ils avaient jugé prudent de ne pas ouvrir plus d’un front à la fois. Ils ont donc fait une trêve avec le Hezbollah et montré de la bonne volonté à l’égard de ce dernier, tandis que le nœud coulant arabo-turco-occidental se resserrait autour du cou d’Assad.

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Jean Aziz prend la pose entre Michel Aoun (à droite sur la photo) et Hassan Nasrallah

De leur côté, l’Iran et le Hezbollah ne se sont pas laissés berner par la manoeuvre saoudienne. Quelques jours après avoir commencé à tester les réactions de l’autre camp, l’Arabie Saoudite a commencé son attaque : les alliés libanais de Riyad ont durci leurs positions en formant un nouveau gouvernement et en définissant une loi électorale, ce qui a fait prendre conscience à l’axe du Hezbollah [le Hezbollah et ses alliés au Liban] de la manœuvre, ce qui a amené cet axe à changer de tactique. Le Hezbollah a alors contre attaqué sur presque tous les fronts.

Il semble que l’Arabie Saoudite avait misé sur une évolution favorable de la situation militaire en Syrie quand  cette évolution a en fait été favorable au camp iranien. Un facteur sur le terrain a inversé la donne : en deux semaines, les forces pro-régime ont avancé dans toutes les régions autour de Damas et de Homs. Ce développement a placé les 370 kilomètres de frontière syro-libanaise sous le contrôle du régime syrien et de ses alliés au Liban. Ce qui a piégé et isolé une partie significative des Sunnites – qui sont traditionnellement soutenus par l’Arabie Saoudite et sont près d’un demi-million à Akkar et à Tripoli – par l’interposition de l’armée syrienne et de ses alliés libanais.

Mais la riposte contre l’Arabie Saoudite au Liban a d’autres manifestations: la visite du Hezbollah à Riyad dont on parlait n’a jamais eu lieu et on a appris que Nasrallah est allé à Téhéran dernièrement. Malgré de nombreuses conjectures sur les objectifs de cette visite et son timing, le Hezbollah a ostensiblement gardé le silence sur ce sujet. Le parti ne l’a ni confirmée, ni infirmée. Cependant, des photos de Nasrallah rencontrant le Guide Suprême Iranien Ali Khamenei ont été publiées sur les réseaux sociaux. Des cercles proches du Hezbollah affirment que la photo était tirée d’archives, mais la photo n’a pourtant pas l’air bien ancienne.

Une autre manifestation de la contre attaque a été l’annonce par Israël de la destruction au dessus de la mer au large d’Haïfa d’un drone venu du Liban. Mais à la différence d’incidents similaires, comme quand Israël avait détruit le drone Ayyoub le 9 octobre 2012, le Hezbollah a promptement démenti avoir un rapport quelconque avec cette affaire. Certains ont interprété ce démenti comme étant causé par l’échec du drone «Ayyoub 2» à pénétrer en profodeur en territoire israélien. Mais le drone avait peut-être simplement comme objectif de survoler les champs gaziers israéliens en Méditerranée. Dans ce cas, le drone a réussi à envoyer le message à Israël, ce qui explique aussi le démenti du Hezbollah.

Ces deux derniers jours, ce cercles proches du parti ont traité cette affaire d’une manière évasive en demandant: Et si toute cette affaire se résumait à un gamin du sud Liban qui jouait avec un avion télécommandé amenant les Israéliens à suspecter le Hezbollah de leur faire la guerre ?

Certains à Beyrouth pensent que la contre attaque iranienne contre les avancées de l’Arabie saoudite, qui se sont traduites par la démission de l’ancien premier ministre Libanais Najib Mikati se déploie bien au-delà de la scène libanaise pour toucher le Bahreïn et même l’Irak. On a parlé de découvertes de caches d’armes pour l’opposition bahreïnie à Manama ; et les troupes du premier ministre Irakien Nouri al-Maliki sont entrée à Hawija et menacent de faire la même chose à Anbar.

Toutes choses qui confirment une fois encore que tout accord entre les Libanais doit se faire sous des auspices internationaux, c’est-à-dire au minimum une entente entre Washington et Téhéran. Mais une telle entente ne pourra sans doute pas intervenir tant que ne se seront pas produits certains événements, que ce soient les élections présidentielles en Iran en juin prochain ou les résultats des discussions d’Almaty sur le nucléaire (si elles reprennent).

Entre temps, la situation libanaise va déboucher soit sur la prolongation de la crise par la prolongation du mandate du parlement et le report de la formation d’un nouveau gouvernement, soit sur l’explosion de la situation!

La plupart des organisations libanaises et des parties étrangères préfèrent la première option.

Jean Aziz est un collaborateur d’ Al-Monitor’s Lebanon Pulse. Il est éditorialiste au journal libanais Al-Akhbar et anime une émission de débat politique sur OTV, une chaîne de télévision libanaise.

Ajoutons que ce chrétien a d’abord appartenu aux Forces Libanaises, un mouvement d’extrême droite avant de rejoindre le général Michel Aoun sur une position nationaliste, modérément antisyrienne (ou modérement prosyrienne), favorable à l’entente interconfessionnelle et hostile à l’entité sioniste. C’est pourquoi on dit qu’il est proche du Hezbollah. Il l’est à peu près à la façon de Michel Aoun.

Des armes pour la guerre civile en Syrie… et au Liban?

14 mars 2013

 L’armée syrienne a dû évacuer le Liban il y a quelques années, cédant à la pression des mêmes que ceux qui se présentent aujourd’hui comme des «amis» de la Syrie.

J’ignore si cette pression était résistible, mais elle n’a finalement été qu’une étape dans la tentative de réduire à merci ce pays.

Il reste que les destins du Liban et de la Syrie sont inextricablement liés d’autant que ces deux nations n’en forment en réalité qu’une.

Je vous avais proposé il y a quelques jours un article sur la montée des tensions au Liban avec la volonté des partisans de l’ex premier ministre Saad Hariri de tenter l’épreuve de force avec le Hezbollah. Ces gens là pensent en effet que la situation qui prévaut en Syrie a modifié de telle sorte le rapport des forces en présence que l’heur de la revanche pourrait bien être sur le point de sonner.

D’autant que la crise en Syrie a ramené au Liban des forces syriennes armées. Sauf que  cette fois-ci, ce n’est pas l’armée régulière syrienne mais la fameuse Armée Syrienne Libre qui tend à se renforcer dans certaines portions du territoire libanais au point de commencer à constituer un Etat dans l’Etat qui ne va peut-être pas tarder à se lancer dans une action militaire d’ampleur au Liban en collusion avec le clan Hariri.

Il faut bien garder en mémoire que ces miliciens, s’ils sont pour l’instant quelques centaines présents sur le sol libanais pourraient rapidement voir leurs effectifs gonfler en puisant dans la population réfugiée et profiter des armes fournies par les pétromonarchies sans parler de celles que le molletiste Laurent Fabius s’impatiente de livrer aux prétendus révolutionnaires syriens.

Il est vrai que Shimon Peres vient d’en donner l’ordre en plaidant devant le parlement européen pour une intervention arabe en Syrie. Il va sans dire que son propos s’adressait en réalité à ses auditeurs immédiats, les pays représentés dans cette assemblée.

On constatera que Laurent Fabius en bon roquet qu’il est (dixit Jacques Chirac) s’est empressé de lever la patte et de faire le beau.

Dessiner une nouvelle carte du Nord Liban, combattants Syriens inclus

par Radwan Mortada, Al-Akhbar (Liban) 13 mars 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des réseaux de combattants Syriens au Nord Liban redessinent la physionomie du territoire. Depuis les cellules logistiques syriennes aux routes clandestines pour les armes, de nouvelles réalités politiques changent la manière dont les Libanais circulent dans leur pays.

Au Liban, dire que vous êtes stoppé par un Palestinien armé signifierait que vous êtes entré dans un camp de réfugiés contrôlé par une faction palestinienne. Mais dire que vous avez été stoppé par un combattant Syrien armé – ce mois-ci à Tripoli, plusieurs années après le retrait de l’armée syrienne – est tout à fait autre chose.

C’est même encore plus problématique quand ce combattant armé vous demande de changer votre destination, qui se trouve en plein Liban, après avoir remarqué votre appareil photo.

Ces nouveaux arrangements suggèrent que la région se dirige vers une nouvelle phase que les officiels des services de sécurité tendent à comparer avec l’époque où les opérations de la résistance palestinienne au Liban avaient valu au pays le sobriquet de Fatah Land.

Un haut responsable des services de sécurité base son évaluation sur le simple fait que le Nord Liban accueille environ 100 000 réfugiés Syriens dont il affirme qu’un tiers est prêt à prendre les armes. Il n’y a pas que ça, le même responsable indique que les informations recueillies par les forces de sécurité confirment la présence de centaines  de combattants Syriens qui se déplacent librement à l’intérieur du territoire libanais.

En parallèle, ces informations indiquent que le frère d’un député influent du district d’Akkar (près de la frontière avec la Syrie) continue à organiser des cellules syriennes. Elles sont réparties selon un plan conçu par des officiers de l’armée à la retraite qui soutiennent l’opposition syrienne.

Les informations des services de sécurité révèlent que l’officier Syrien dissident Annad A. est arrivé à Halba (chef lieu du district d’Akkar) en compagnie d’un militant d’Akkar après avoir fui  la Syrie pour une zone du Liban favorable au député Walid Joumblatt où il a reçu protection.

Ces informations dissent aussi qu’il a tenu une réunion au domicile de Mahmoud Z. Ils ont discuté de la livraison d’armes et de fournitures à distribuer sur la place [publique] d’Halba.

Halba (sous le chiffre 9 sur la carte) est proche à la fois de la frontière syrienne et de la mer Méditerranée

Halba (sous le chiffre 9 sur la carte) est proche à la fois de la frontière syrienne et de la mer Méditerranée

Il y a aussi des rumeurs sur un genre de conseil militaire syrien dans le Nord, avec différentes activités conduits par les militants, dont la collecte de fonds, la coordination et l’approvisionnement en armes. Ils constituent ce qui s’apparente à un gouvernement militaire fantôme. Il existe aussi des indications crédibles sur leur relation avec des personnalités libanaises des milieux politiques et sécuritaires

En plus de financements étrangers, le ressortissant Syrien Anwar S. B., alias Abu-Hassan al-Souri, s’occupe des fournitures et de l’armement en coordination avec des militaires en retraite et un parlementaire du Mouvement pour le Futur [le parti de Hariri] originaire du Nord Liban. Il convient d’observer que Souri avait été blessé dans l’explosion du dépôt d’armes d’Abi Samra à Tripoli.

En outre, le nom de Mohamed A., alias Abou Afif est cité. Sa mission est de fournir les salaires mensuels qui doivent être transportés à al Qusayr via Arsal (où deux soldats Libanais avaient été tués dans des affrontements avec le Jabhat al-Nosra). L’argent vient de donations effectuées en Europe et dans les pays arabes du Golfe et est déposé au domicile du député susmentionné.

Arsal fait face à la ville syrienne d'al Qusayr et est donc très proche d'Homs

Arsal fait face à la ville syrienne d’al Qusayr 

 

En matière d’achat d’armement, le rôle le plus important revient à Ismail R. C’est un homme riche présenté par les membres de l’opposition syrienne comme étant en charge de la fourniture d’armes achetées à des officiers pro régime de l’armée syrienne. Il est aussi chargé de recevoir les soldats blessés de l’Armée Syrienne Libre et de les répartir dans les hôpitaux libanais.

Tous coordonnent leur action avec le siège local de l’opposition syrienne établi dans la rue de l’Ordre des médecins à Tripoli, devant le réservoir central, derrière la maison du général Ashraf Rifi, directeur des Forces de Sécurité Intérieure du Liban.

Les informations indiquent que des réunions nocturnes se tiennent régulièrement entre des officiers Syriens dissidents, des personnalités religieuses et d ‘autres personnes. Récemment, la zone résidentielle d’Abrar a été le lieu d’une fusillade en raison des désaccords entre un des blessés et ses médecins.

Des réfugiés se font passer pour des civils en journée, puis font leur devoir “djihadiste” à la faveur de la nuit. A Akkar, il y a certains endroits de la frontière qu’il est impossible d’approcher ou de franchir sans être stoppé par des hommes armés, dont des Syriens, qui vous demandent ce que vous faites, d’où vous venez et ce que vous voulez.


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