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Les progressistes du Parti Démocrate préparent l’après Joe Biden

24 mai 2021

Certains mettent beaucoup d’espoir dans la présidence de Joe Biden pour une inflexion de la politique des États Unis vers une position moins favorable à l’entité sioniste et donc plus propice à favoriser un règlement de la question de Palestine.

A la vérité, si on s’en tient à Joe Biden et à son équipe gouvernementale, il ne faut pas trop espérer. Joe Biden a toujours fait savoir son attachement à l’entité sioniste, c’est-à-dire qu’il a bien compris d’où vient l’argent des campagnes électorales et qui exerce un contrôle significatif sur les médias, presse écrite ou audiovisuelle.

Sa colistière et désormais vice-présidente Kamala Harris est faite du même bois. Elle sait parfaitement qui est à l’origine du miracle qui a fait qu’une candidate à la primaire démocrate créditée d’un peu plus de 3 % des voix  a pu se retrouver dans le ticket démocrate à l’élection présidentielle.

De fait, lors de la dernière offensive sioniste contre Gaza, Joe Biden n’a pas dérogé, pas plus que d’autres dirigeants occidentaux, à la sempiternelle affirmation du droit de l’entité sioniste à se «défendre». Propos que le président des États Unis a accompagné d’une réaffirmation du principe d’une solution à deux États, ce qui est un retour à la posture traditionnelle de Washington, celle d’avant Donald Trump.

Peu d’observateurs mesurent l’hypocrisie de cette affirmation d’une solution à deux États. En effet, si les USA et les autres puissances occidentales, dont la France, voulaient vraiment de cette solution, ils  poseraient l’exigence d’un calendrier d’un calendrier de retrait ordonné des colonies juives en Cisjordanie et le respect de l’intégrité de Jérusalem-Est.

Or, à aucun moment ni Washington, ni Paris, ni Londres n’ont jamais levé le petit doigt pour donner à penser qu’ils croient à cette possibilité.

Si on ne peut pas attendre grand chose dans l’immédiat de Washington, les développements sur le terrain, avec la crise interne au régime sioniste, pour un ensemble de raisons dont la colonisation de la Cisjordanie, et l’efficacité grandissante de la résistance palestinienne sous toutes ses formes, rencontrent un écho certain dans la mouvance progressiste du Parti Démocrate.

Pour l’instant les Caciques du Parti Démocrate peuvent faire encore semblant d’ignorer cette mouvance qui correspond à une part croissante, peut-être même majoritaire, de l’électorat du parti. Mais les animateurs de cette mouvance sont optimistes quant à l’avenir de la prise en compte de ses idées qui restent encore minoritaires dans les deux chambres parlementaires du Congrès des États Unis.

Il faudra du temps, peut-être pas très longtemps mais un certain temps.

Les progressistes voient une opportunité «  historique  » pour un changement dans les relations des États-Unis avec Israël

Par Laura Kelly, The Hill (USA) 21 mai 2021 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les démocrates progressistes accentuent leurs efforts pour un changement radical de la relation des États-Unis avec Israël, alors que le calme revient suite à un cessez-le-feu qui a mis fin à 11 jours de guerre dévastatrice entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza.

Enhardis par des parlementaires flamboyants et un programme centré sur la justice sociale pour les Palestiniens, les appels au conditionnement de l’aide militaire à Israël et les critiques de ses actions sont passés des marges du Parti démocrate au parquet de la Chambre des Représentants et du Sénat.

Mais les organisations de soutien à Israël aux États-Unis mobilisent leurs partisans pour repousser les tentatives des progressistes pour empêcher 735 millions de dollars de ventes d’armes à Israël et d’autres démarches visant à conditionner l’assistance militaire.

Pendant ce temps, les Républicains attaquent la diplomatie «calme et intensive» du président Biden pour n’avoir pris publiquement le parti d’Israël au moment où il était assiégé par les roquettes du Hamas, et a enhardi l’Iran, soutien par les discussions en cours sur l’accord nucléaire.

«La politique intérieure a toujours été présente en ce qui concerne les relations américano-israéliennes et le soutien américain à Israël», déclare Aaron David Miller, qui a été négociateur dans le processus de paix entre israéliens et palestiniens dans les administrations républicaines et démocrates.

« Je le pense maintenant plus que jamais depuis que je vois ce film –  l’insistance sur la relation américano-israélienne et les critiques des actions d’Israël sont probablement plus forts que jamais », a-t-il ajouté.

Les organisations progressistes estiment que la dynamique est de leur côté, soutenue par l’évolution des priorités chez les démocrates qui ont poussé pour des évolutions des politiques sur le changement climatique, le système de santé,  la réforme de la justice pénale et l’équité raciale.

«Le conditionnement de l’aide au gouvernement israélien est une politique qui est soutenue par l’écrasante majorité des démocrates mais qui n’est pas soutenue par l’écrasante majorité des démocrates à Washington», déclare Waleed Sahid, directeur de la communication pour Justice Democrats, le comité d’action politique derrière l’émergence de  la députée à la Chambre des Représentants. Alexandria Ocasio-Cortez (DN.Y.) et d’autres parlementaires progressistes de premier plan au Congrès.

«Mais c’est vrai pour de nombreux sujets sur lesquels les progressistes font campagne. Avec le temps, à notre avis, le parti changera avec plus de pressions venues de l’intérieur et de l’extérieur sur cette question. »

Ocasio-Cortez, avec le Sénateur. Bernie Sanders (I-VT), anime les démarches pour arrêter les ventes militaires en instance pour Israël, avec une résolution présentée à la fois à la Chambre et au Sénat la semaine dernière.

«Pendant des dizaines d’années, les États-Unis ont vendu pour des milliards de dollars d’armes à Israël sans jamais lui demander de respecter les droits fondamentaux des Palestiniens. Ce faisant, nous avons directement contribué à la mort, au déplacement et à la privation du droit de vote de millions de personnes », a déclaré Ocasio-Cortez dans un communiqué.

Ses propos sont intervenues au moment où parvenaient des informations faisant état de l’augmentation du nombre de morts palestiniens dans la bande de Gaza tués par les frappes aériennes israéliennes visant les combattants du Hamas et ses infrastructures.

Un cessez-le-feu entré en vigueur vendredi matin a pour l’instant mis un terme aux combats. Mais le ministère de la Santé de Gaza a déclaré jeudi que 232 Palestiniens avaient été tués au cours des 11 jours de conflit, dont 65 enfants, 39 femmes et 17 personnes âgées. Environ 1 900 ont été blessés. Israël affirme qu’il a tué plus de 130 terroristes du Hamas.

Le parrainage par Sanders de la résolution s’opposant aux ventes d’armes à Israël obligera à un vote sur la question au Sénat. S’il est peu probable qu’elle obtienne une majorité, les militants progressistes  saluent néanmoins ce moment comme «historique».

«Le mouvement progressiste s’est renforcé ces dernières années et a élu plus de champions des droits de l’homme», déclare Yasmine Taeb, une avocate spécialisée dans les droits de l’homme qui est à l’avant-garde de l’organisation de mouvements progressistes appelant à plus de responsabilité d’Israël dans sa politique envers les Palestiniens.

«Je pense que ce sont les avancées que nous avons réalisées et le renforcement de notre stratégie intérieure et extérieure, qui nous ont amenés à ce moment.»

Taeb était l’une des initiatrices d’une lettre ouverte à l’administration Biden la semaine dernière, signée par plus de 140 organisations progressistes, qui appelait à dénoncer comme «crimes de guerre» les politiques israéliennes envers les Palestiniens à Jérusalem et en Cisjordanie.

La lettre a été publiée après des semaines de tensions croissantes et de violents affrontements dans la ville sainte, que le Hamas a utilisés comme catalyseur pour commencer à tirer des roquettes sur Israël.

Les tirs indiscriminés de roquettes  du Hamas – plus de 4 400 missiles au total pendant 11 jours – ont largement éloigné l’attention de Capitol Hill (là où se trouvent les deux chambres parlementaires) des frustrations croissantes à l’encontre des politiques israéliennes à l’égard de s Palestiniens pour l’orienter vers le droit d’Israël à se défendre.

Les républicains ont critiqué la diplomatie en coulisses de Biden comme manquant à plus défendre publiquement Israël face aux critiques des progressistes et de la communauté internationale.

Le président a réussi à pousser Israël vers un cessez-le-feu et a évité de l’exiger publiquement, ce qui selon les experts, aurait été un fait sans précédent dans la relation américano-israélienne.

« Si Biden a de la chance, il pourra continuer à naviguer de cette manière », déclare Miller, qui est maître de recherche au Carnegie Endowment for International Peace.

Il ajoute que les relations entre les États-Unis et Israël ne sont pas à un stade de crise, mais que l’accord bi-partisan [Républicains – Démocrates, NdT] qui sous-tend généralement cette relation est « soumis à un stress plus grand que jamais auparavant ».

Israël dit qu’il fait tout ce qui est en son pouvoir pour éviter les victimes civiles palestiniennes lors des frappes aériennes à Gaza et condamne le Hamas pour avoir mis en place ses opérations militaires dans des centres de population.

Alors que le système de défense antimissile Dôme de Fer, conçu avec l’aide des États-Unis, a intercepté environ 90% des tirs de roquettes du Hamas, 13 personnes ont été tuées en Israël et des millions ont dû se réfugier dans des abris anti-bombardements.

Les organisations de soutien à Israël qui s’opposent aux exigences des progressistes de conditionnement de l’aide militaire à Israël affirment que de telles restrictions seraient une menace pour la sécurité du peuple israélien parce que cette aide est essentielle pour la stratégie israélienne de dissuasion et de dégradation des capacités militaires du Hamas et permet de renforcer Israël contre les menaces d’autres organisations terroristes et contre un conflit avec la Syrie et l’Iran.

«Nous ne soutenons pas les démarches visant à bloquer les ventes d’armes à Israël,» a déclaré Halie Soifer, présidente de l’organisation pro-israélienne Jewish Democratic Council of America (JDCA).

Dans des déclarations publiques et des séances d’information avec les parlementaires et les équipes sur la Capitol Hill, la JDCA souligne que la vente d’armes proposée d’un montant de 735 millions de dollars n’est pas liée aux hostilités actuelles et fait partie des engagements américains dans le protocole d’accord entre les États-Unis et Israël de 2016, promettant 38 milliards de dollars en faveur d’Israël sur 10 années dans le cadre du financement militaire étranger, dont 500 millions de dollars par an pour le Dôme de fer.  

«Ces ventes sont conformes au protocole d’accord, et nous soutenons donc la poursuite de ces ventes,» a déclaré Soifer. «Nous ne croyons pas non plus à l’utilisation de l’aide militaire à Israël, qui sauve des vies, comme levier pour influer sue le conflit israélo-palestinien.»

Les organisations qui promeuvent n soutien bi-partisan à Israël, comme l’influent American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) et Christians United For Israel (CUFI), fort de dix millions d’adhérents, ont lancé un appel à leurs membres pour qu’ils agissent afin de «rejeter les tentatives extrémistes» des progressistes pour conditionner l’aide à Israël.

Ces messages d’alerte sont accompagnés de portraits d’Ocasio-Cortez, Sanders et de ceux des élues à la Chambre des Représentants Rashida Tlaib (Démocrate – Michigan) et Ilhan Omar (Démocrate-Minnesota), les deux premières demmes de confession musulmane élues au Congrès.

Omar, qui a été accusée d’avoir tenus des propos antisémites dans sa critique d’Israël, est une cible fréquente de l’AIPAC qui , fait rare, s’est excusée en février 2020 après la publication d’une série d’annonces sur Facebook et dans la presse dépeignant Omar et d’autres parlementaires progressistes comme «plus sinistres que l’État Islamique dans leur démarche pour conditionner l’aide militaire à Israël.»

Annonces de l’AIPAC dépeignant I. Omar et R. Tlaib comme des antisémites

Mais l’AIPAC a affiné son message et a refusé de se dédire d’une série d’annonces payantes plus récentes portant sur Omar, bien que le bureau de cette dernière dise qu’elles incitent à la violence contre elle et les autres musulmans.

Les organisations de soutien à Israël et les groupes progressistes conviennent tous deux que la majorité du Parti démocrate, ainsi que Biden et ses officiels, sont fermement contre le conditionnement de l’aide militaire à Israël.

Mais les groupes progressistes se concentrent sur la poursuite de changements progressifs qui feront évoluer le parti.

«Tout ce qu’il faudra, c’est un faux pas du gouvernement israélien qui suscitera une toute nouvelle vague de soutien démocrate à la cause palestinienne  qui est de mettre fin à l’apartheid en Israël», déclare Robert McCaw, directeur des affaires gouvernementales du Council on American-Islamic Relations (CAIR).. .

L’administration Biden et le gouvernement israélien rejettent les accusations d’apartheid, définies comme des politiques ou des systèmes de ségrégation et de discrimination fondés sur la race, qui sont formulées par des organisations de défense des droits de l’homme – le plus récemment dans un rapport publié le mois dernier par Human Rights Watch.

Mais l’accusation d’apartheid a une grande place dans discussions des progressistes autour d’Israël et elle a été réitérée par Omar la semaine dernière à la Chambre des représentants.

McCaw a qualifié les propos d’Omar ainsi que des prises de parole semblables par dix autres membres progressistes du Congrès de «grand événement».

«Ces deux dernières semaines ont amené un certain nombres de membres du Congrès à réévaluer ces accusations justifiées d’apartheid en Israël,» dit-il.

«La question est combien de temps encore le gouvernement des États Unis ignorera t-il les violations par Israël des droits civiques du peuple palestinien. Je ne pense pas que ce sera pendant longtemps.»

Les États Unis suzerains ou vassaux de l’entité sioniste?

22 mai 2021

John V. Whitbeck est un juriste américain qui a participé en tant que conseiller aux négociations entre Palestiniens et entité sioniste. Il intervient fréquemment dans les médias sur la question de Palestine et dans l’article que je vous propose, il fait une mise au point sur la réalité des relations entre l’État prétendu juif et les États Unis.

John V. Whitbeck

Il observe qu’il est inadéquat de parler d’aide quand on évoque les milliards de dollars que les États Unis versent chaque année à l’entité sioniste. En effet, peut-on véritablement parler d’aide quand le pays aidé à un revenu par habitant qui le place devant le Royaume Uni, pays membre du G7?

C’est le caractère illogique de cette définition comme aide qui l’amène à proposer une définition plus exacte qui est celle d’un tribut, le tribut étant la somme d’argent ou son équivalent en marchandises que le vassal verse à son suzerain.

Ce n’est pas une «aide» américaine à Israël. C’est un tribut.

Par John Whitbeck, Counter Punch (USA) 12 mai 2021 traduit de l’Anglais par Djazaïri

Suite à un récent rapport de Human Rights Watch sur l’apartheid israélien et les persécutions  et les brutalités par Israël en cours à Jérusalem, une poignée de braves politiciens américains, qui deviennent petit à petit plus nombreux, ose remettre en cause l’affirmation publiquement affiché par le président Biden selon laquelle ce serait « absolument scandaleux » de conditionner «l’aide» américaine à Israël à la conduite d’Israël et affirme qu’une telle «aide» devrait en effet être conditionnée , au moins dans une certaine mesure, au respect des droits de l’homme, du droit international et des lois américaines concernant l’utilisation des armes fournies par les États Unis.

Alors que cette modeste tendance à un soutien de principe des droits de l’homme et du droit international par une poignée de politiciens américains doit être considérée comme encourageante, la tradition de qualifier d’«aide» les transferts financiers du gouvernement américain vers Israël – actuellement un minimum de base de 3,8 milliards de dollars par an, négociés et accordés par un président Obama sortant pour un prochain cycle de financement de dix ans, inévitablement complété par de nombreuses adjonctions – devrait également être interrogée.

Israël n’est pas un pays pauvre. Dans le dernier classement de l’ONU, son PIB annuel par habitant de 46376 dollars le classait au 19e rang parmi les 193 États membres de l’ONU, devant l’Allemagne (20e), le Royaume-Uni (24e), la France (26e) et l’Arabie saoudite (41e).

Les montants financiers garantis que les gouvernements américains négocient avec les gouvernements israéliens et s’engagent à payer à Israël ne sont ni négociés ni versés parce qu’Israël a besoin de cet argent.

Ils sont négociés et payés en tant que manifestations publiques de la soumission des États Unis.

Le terme exact et approprié pour désigner de tels paiements est «tribut», que le dictionnaire définit comme «un paiement effectué périodiquement par un État ou un dirigeant à un autre, en particulier comme marque de sujétion».

Depuis qu’Israël a attaqué le bien nommé USS Liberty en 1967, tuant 34 militaires américains, en blessant 171 autres et provoquant 821 impacts de roquettes et de mitrailleuses dans la coque du navire, et que  le président Johnson a ordonné de dissimuler cet événement, ce qui constituait une reddition virtuelle, le gouvernement américain reçoit des ordres d’Israël et lui paye tribut, ce qui a des conséquences sur le prestige de l’Amérique et son rôle dans le monde bien plus coûteuses que l’argent lui-même.

De fait, la relation américaine avec Israël prive les États-Unis de toute crédibilité lorsqu’ils accusent des pays qu’ils n’aiment pas pour d’autres raisons de violations des droits de l’homme ou du droit international.

Si les perceptions et le discours populaires aux États-Unis pouvaient être transformés de manière à reconnaître que les engagements financiers du gouvernement américain envers Israël constituent un hommage à une puissance dominante plutôt qu’une «aide» à une nation dans le besoin, il pourrait y avoir un espoir pour une déclaration d’indépendance attendue depuis longtemps et un rôle américain plus constructif et honorable dans le monde.

John V. Whitbeck est un juriste spécialisé en droit international qui a conseillé l’équipe de négociateurs palestiniens avec Israël.

MC Abdul le petit rappeur de Gaza parle au monde entier avec le soutien de musiciens irlandais

17 mai 2021

Le rap n’est pas ma tasse de thé mais cet article me ferait presque m’y intéresser. Il y est question de musiciens d’une ville irlandaise qui ont pris sous leur aile un gamin qui vit à Gaza et qui chante des textes sur de la musique rap (ou hip-hop, c’est un domaine que je connais mal).

Une vidéo que ces Irlandais ont produit avec Abdalrahman Alshanti, c’est le nom du petit habitant de Gaza, a rencontré un grand succès sur la toile puisqu’elle a fait des millions de vues et a été relayée par des célébrités.

Il s’agit là d’une manifestation parmi d’autres de la solidarité du peuple irlandais avec le peuple palestinien dont, en tant qu’anciens colonisés, ils comprennent bien la cause.

La collaboration de Cork avec le jeune rappeur de Gaza devient virale et attire des millions de vues

La star du hip-hop DJ Khaled figure parmi les célébrités à avoir partagé la vidéo de MC Abdul, 12 ans, qui rappe à propos de le situation à laquelle est actuellement confrontée sa famille.

Par Des O’Driscoll, Irish Examiner (Irlande) 17 mai 2021 traduit de l’anglais par Djazaïri

Une collaboration sur un thème d’actualité entre un jeune garçon de Gaza et un beatmaker de Cork est devenue virale, atteignant plus de 2,7 millions de vues en deux jours.

Le vidéoclip pour la ‘Palestine’ par Abdalrahman Alshanti – alias MC Abdul, ou MCA Rap – montre le garçon âgé de 12 ans qui marche devant des immeubles détruits dans son quartier de Gaza et qui rappe sur la situation actuelle dans la région.

Le morceau de rap a été enregistré sur une piste instrumentale d’Eminem par le producteur basé à Cork Garry McCarthy (GMC Beats) qui contribue à l’encadrement du jeune Palestinien depuis 2019.l

Parmi les célébrités qui ont référencé la vidéo, il y a la star américaine du hip-hop DJ Khaled qui l’a partagée sur son compte Instagram. Abdul a également eu des partages de la mannequin Bella Hadid et de l’acteur / musicien américain Tyrese Gibson.

Alors que le nombre de tués augmente à cause des attaques israéliennes sur Gaza, avec 58 enfants parmi les près de 200 victimes à ce jour, McCarthy admet être très inquiet pour Abdul et sa famille.

«Ils m’ont envoyé des enregistrements de ce qu’ils ont dû entendre pendant la nuit, et je suis encore secoué d’avoir entendu ces explosions», explique le producteur et professeur, basé au Kabin Studio à Hollyhill.

«Ce qui se passe est vraiment honteux. Abdul nous a raconté comment sa jeune sœur et son frère pleurent la nuit. Leur mère doit leur faire croire que c’est un feu d’artifice. Je leur envoie un texto le matin pour vérifier qu’ils vont bien, et quand il répond, je me dis: «Dieu merci!».

 McCarthy espère que le nouvel enregistrement aidera à attirer l’attention sur ce qui se passe à Gaza et encouragera les gens à le dénoncer.

«C’est tout ce que nous pouvons faire. C’est juste de faire passer un message. Et c’est probablement une bonne chose que les gens entendent un enfant parler de la situation, parce que dans les guerres, on entend généralement les hommes et les autres adultes », dit McCarthy. Il souligne qu’à l’âge de 12 ans, Abdul a déjà vécu quatre périodes de guerre.

Garry McCarthy (GMC) et Stephen Grainger (Stevie G) ont aidé à encadrer le jeune rappeur palestinien MC Abdul.
Garry McCarthy (GMC) et Stephen Grainger (Stevie G) ont contribué à encadrer le jeune rappeur palestinien MC Abdul.

Dans le nouvel enregistrement, Abdul parle également du fait que ses grands-parents ont été contraints de fuir leurs maisons et de s’installer dans un camp de réfugiés en 1948 au moment de la création d’Israël. Depuis, la famille vit à Gaza.

La relation d’Abdul avec la ville de Cork implique également Liam Ahern, originaire de Leeside, qui lui a appris l’anglais en ligne, pour enrichir ce qu’il avait déjà appris en regardant des films américains et en écoutant de la musique rap. Ahern fait partie, avec McCarthy et DJ Stephen Grainger (Stevie G), d’un groupe d’habitants de Cork qui ont aidé Abdul.

«Il se sent vraiment comme un membre de la famille de la musique de Cork maintenant», dit Grainger. «Nous l’avons fait participer à quelques événements musicaux avec les gars du Kabin, et c’est formidable de le voir interagir avec les enfants de Cork du même âge.

« Nous nous sentons tous un peu impuissants en ce moment, et c’est un souci. Ce gamin aime le football et aime Messi, comme n’importe quel enfant irlandais … on penserait que c’est le genre de choses dont il devrait parler, sans avoir peur que des bombes lui tombent dessus».

Un regard américain sur les contextes de l’assassinat d’un professeur

24 octobre 2020

Ce post n’a pas pour but de parler directement de l’agression meurtrière dont a été victime Samuel Paty, un professeur d’histoire-géographie tué et décapité le 16 octobre alors qu’il venait de quitter son lieu de travail et rentrait chez lui. Il n’a pas non plus pour but de discuter des motivations de l’assassin qui a expliqué sur les réseaux sociaux vouloir punir l’État français qui se moquerait du prophète de l’Islam.

Il n’a pas non plus pour objet de discuter du statut de la représentation du prophète dans la religion musulmane. Pour deux raisons. La première est que les représentations réalisées par les dessinateurs de Charlie Hebdo sont injurieuses et donc inadmissibles pour les tenants de la religion musulmane quelle que soit leur position relativement aux représentations imagées du prophète. La deuxième, c’est la plus importante, est que dans cette tragédie, la religion en tant que telle, dans ses contenus, ses prescriptions ou proscriptions est un non sujet, est hors sujet pour être plus précis.

Ce qui ne signifie pas que les vidéos imbéciles qui dénonçaient publiquement le professeur, décrit comme un vulgaire voyou et divulguant son lieu de travail et son identité par dessus le marché, n’ont pas joué de rôle dans la mort du professeur. Le tueur cherchait une cible, elle lui a ainsi été offerte.

L’objet de ce post est de présenter un point de vue étranger sur l’assassinat, plus exactement le contexte dans lequel il a eu lieu et le contexte qu’il a créé. Et ce point de vue étranger est des plus instructifs même si on ne peut pas dire que la presse étrangère s’est beaucoup intéressée à l’assassinat de Samuel Paty,. Cette relative indifférence contraste évidemment avec l’émotion et l’indignation suscitées, c’est bien compréhensible, par ce crime en France où il est qualifié d’attentat islamiste.

La presse américaine, par exemple, a été peu diserte. Peut-être parce que de l’autre côté de l’Atlantique on ne comprend pas comment il peut être possible à un enseignant de montrer à des élèves des caricatures moquant un personnage central d’une religion? Ou qu’on est déjà assez occupé avec la campagne présidentielle? Ou les deux à la fois?

Des journalistes ont cependant produit des articles tel Matt Bradley pour  NBC, un grand network américain.

 Matt Bradley est basé à Londres. N’empêche qu’en quelques lignes il nous livre des éléments qui devraient faire rougir de honte pas mal de journalistes français soi-disant biberonnés à la laïcité.

Ainsi le journaliste américain relève que la laïcité, dont il donne rapidement une définition juste, est une notion au départ « progressiste » dont se sont ensuite emparés les conservateurs qui lui ont donné un autre sens.

Bradley date cette évolution du grand échec des tenants de la laïcité, échec qu’il fait remonter à l’incapacité du gouvernement d’union de la gauche à créer le grand service public unifié d’éducation face aux réactions massives des partisans de l’enseignement privé confessionnel, c’est-à-dire catholique. La contestation du projet de loi du ministre de l’éducation Alain Savary au début des années 1980 avait été ouvertement soutenue par les évêques dont Jean-Marie Lustiger mais aussi par des politiciens aussi connus que Jacques Chirac, Valery Giscard d’Estaing et Simone Veil. Avaient suivi la démission d’Alain Savary et celle de Pierre Mauroy, alors premier ministre.

A partir de là, la Laïcité scolaire n’a cessé de reculer. Ainsi Jack Lang a accordé en 1992-1993 la même formation aux maîtres du privé que celle de ceux de l’enseignement public; il a aussi accepté la revalorisation du forfait d’externat de ces écoles confessionnelles.

L’abrogation de la loi Falloux par François Bayrou a supprimé le plafonnement des aides des collectivités locales aux écoles privées.

Une des dernières entorses à la laïcité de l’enseignement est due à M. Blanquer avec la scolarité obligatoire à partir de trois ans qui oblige les communes à accroître de manière considérable les subventions aux écoles maternelles privées.

Tout ça pendant que l’Alsace Moselle reste sous le régime concordataire, donc non laïque.

Les ennemis de la laïcité, pour le coup, sont plutôt ceux qui en parlent tout le temps et prétendent la défendre. Une espèce de gri-gri qu’on agite à la face de ceux qu’on n’aime pas avec d’autres gri-gris comme République, Liberté etc.

La France a adopté depuis longtemps la laïcité. Après cette décapitation, servira-t-elle à opprimer?

«La nouvelle ‘laïcité’ … est devenue un outil pour viser des personnes que nous considérons comme les ennemis de notre culture», déclare le professeur Raphaël Liogier.

par Matt Bradley, NBC News (USA) 22 octobre 2020 traduit de l’anglais par Djazaïri

CONFLANS-SAINTE-HONORINE, France – Des dizaines d’adolescents se tenaient debout émus dans les rues sombres et humides près après la sortie de l’école et avoir appris ce qui aurait dû être impensable: un réfugié tchétchène avait décapité leur professeur pour avoir montré aux élèves des caricatures du prophète Mahomet.

Le collège du Bois-d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine rebaptisé « Samuel  Paty » ?
Le collège Bois d’Aulne où enseignait Samuel Paty

Parmi eux, Martial Lusiela, 15 ans, qui se dit consterné par le meurtre mais ajoute qu’il avait averti son professeur, Samuel Paty , que rien de bon ne sortirait du fait de montrer les images.

« Ce n’est pas le genre de caricature que vous devriez montrer aux élèves, car il y a des musulmans dans la classe », avait dit Martial à Paty à l’époque. « Nous sommes dans un établissement » laïque « . Cela pourrait entraîner des problèmes. »

Martial avait peut-être pensé que la laïcité – la laïcité appliquée par l’État en France – signifiait que son professeur aurait dû éviter de telles discussions religieuses polarisantes. Mais dans les jours qui ont suivi le meurtre, les politiciens français ont eu l’interprétation inverse, présentant la laïcité comme justification à la fois de l’action de l’enseignant et d’une répression radicale de la minorité musulmane de France.

Pendant plus d’un siècle, la «laïcité», qui visait à séparer l’État français de l’influence de l’Église catholique romaine, fut considérée comme un pilier sacré au centre de la conscience libérale française. Mais certains théoriciens politiques disent que sa signification a été récemment corrompue et transformée en arme par la droite politique.

« La nouvelle laïcité … ce n’est plus un principe juridique et philosophique », déclare le philosophe et sociologue Raphaël Liogier, professeur à Sciences Po Aix-en-Provence. « C’est devenu un outil pour cibler les personnes que nous considérons comme les ennemis de notre culture. »

L’hommage officiel du gouvernement à Paty fut un spectacle solennel organisé mercredi soir dans la cour d’honneur de l’Université de la Sorbonne. Le cercueil de Paty a été introduit dans la cérémonie sur l’air de «One» de U2 – la première de plusieurs chansons pop douces-amères jouées parmi les élégies, les poèmes et les prières récités par la famille, les amis et les collègues du professeur assassiné.

Certains des membres les plus importants du gouvernement français siégeaient aux premiers rangs: le président français Emmanuel Macron a rendu un hommage émouvant à Paty – un mélange de gratitude pour le professeur assassiné, de défi face à la violence et, encore une fois, de fidélité à la laïcité.

«Nous défendrons la liberté que vous avez si bien enseignée et nous augmenterons la laïcité», a déclaré Macron. «Nous n’abandonnerons pas les caricatures, les dessins, même si d’autres reculent. Nous offrirons toutes les chances que la République doit à toute sa jeunesse sans aucune discrimination.  Nous défendrons la liberté que vous enseigniez si bien et nous porterons la laïcité, nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d’autres reculent »

Les politiciens et les commentateurs de toutes tendances ont immédiatement qualifié le meurtre de Paty d’attaque contre la laïcité française. Ce point de vue a envahi les ondes et les journaux français, devenant un cri de ralliement pour réprimer l’extrémisme islamique, même si elle (la laïcité) visait visait à l’origine à éloigner l’État le plus possible des affaires religieuses. (Les musulmans qui sont une importante minorité en France, représentent un peu moins de 10% de la population, selon le Pew Research Center.)

Les talk-shows télévisés ont animé des heures de débats sur le thème de la laïcité. Les chroniqueurs de journaux ont disserté longuement sur «l’attaque contre la laïcité» par «l’islam radical». Dans une interview sur BFM TV, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a vanté la laïcité tout en critiquant la vente séparée d’aliments halal dans les supermarchés présentée comme un ferment de séparatisme religieux.

« La laïcité, l’épine dorsale de la république, a été visée par cet acte ignoble », a déclaré le Premier ministre Jean Castex à un groupe d’enseignants le lendemain de l’attaque.

Macron, qui a longtemps défendu les droits des minorités, a récemment adopté une ligne plus dure.

« Les islamistes ne dormiront pas tranquille en France », a-t-il déclaré après la décapitation.

Dur avec le terrorisme ou cadeau aux xénophobes?

L’invocation répétée de la laïcité a permis à Macron de faire valoir un lien de nature politique entre l’attentat terroriste et ses récentes propositions législatives visant à renforcer le caractère laïque de l’Etat face au «séparatisme islamiste» perçu. Beaucoup à gauche voient cela comme de la complaisance de Macron à l’égard de la droite xénophobe juste avant les élections de l’année prochaine.

Macron a présenté la loi, qui doit être votée l’année prochaine, quelques jours seulement avant l’assassinat du professeur. Si elle est adoptée, elle donnerait à l’État un pouvoir considérable pour dissoudre les organisations religieuses, les associations et les écoles qui sont censés répandre une idéologie extrémiste. Cela conduirait au genre de contrôle politique sur les institutions religieuses qui, historiquement, aurait été un impensable pour les défenseurs de la laïcité.

Lundi, la police a ciblé des personnes figurant sur des listes de surveillance terroriste et des organisations qui avaient exprimé leur soutien à la décapitation, fermé plusieurs associations d’entraide musulmanes et menacé d’expulser des islamistes connus, dont beaucoup sont déjà en prison. Darmanin a même proposé de dissoudre le Collectif contre l’islamophobie en France, une organisation non gouvernementale qui lutte contre les attaques contre les musulmans

Le gouvernement a justifié la répression en affirmant qu’elle était non seulement nécessaire mais qu’elle aurait dû intervenir plus tôt. La France est toujours sous le choc d’une série d’attentats terroristes horribles, dont les attentats contre Charlie Hebdo et le Bataclan en 2015, qui ont fait près de 200 morts. Le procès des personnes soupçonnées d’avoir aidé les assassins se poursuit, et le gouvernement a continué à surveiller les menaces de radicaux islamiques visant des personnes et des lieux associés à Charlie Hebdo.

Début octobre, deux personnes avaient été blessées quand un jeune homme qui affirmait défendre l’Islam les avait attaquées à l’arme blanche devant les anciens locaux de Charlie Hebdo.

Les différentes significations de la laïcité ont suivi l’évolution des angoisses et des préoccupations de la société française. Le concept est souvent attribué à la loi française de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, qui a défini la compréhension moderne de la laïcité, même si le mot n’est jamais mentionné dans le texte.

À l’époque, la loi était considérée comme un frein au pouvoir de l’Église catholique sur le gouvernement. Et pendant la majeure partie du siècle suivant, la laïcité a été considérée comme une cause progressiste de gauche qui allait encore plus loin que le premier amendement des États-Unis.

Le concept contraste quelque peu avec la «liberté de religion» aux États-Unis. En France, toute référence à la religion dans la vie publique et politique peut aboutir à une mise à l’écart voire à une action en justice.

Le laïcité concerne tout le monde, des plus modestes fonctionnaires aux élus. Les professeurs de l’enseignement public et les postiers n’ont pas le droit de porter le hijab islamique ou de grandes croix, tandis que la politicienne de droite Christine Boutin s’est retrouvée politiquement marginalisée après avoir brandi une Bible lors de son discours contre les organisations de défense des droits des homosexuels à l’Assemblée nationale en 1998.

Mais le changement de définition a commencé dans les années 1980, lorsque la droite catholique a réussi à mettre en échec les tentatives du gouvernement socialiste français de mettre fin au financement public des écoles catholiques au nom de la laïcité.

La conception de gauche ayant été vaincue, elle a été facilement réinvestie par une nouvelle génération d’hommes politiques populistes de droite au début des années 2000, déclare Éric Fassin, professeur de sociologie à l’Université Paris 8 St-Denis.

« Le mot » laïcité « avait un sens, et la défaite politique de ce type de laïcité l’a rendu disponible pour quelque chose d’entièrement différent », dit-il.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et la vague d’attentats terroristes en France en 2015, observent Fassin et Liogier, la laïcité vise désormais presque entièrement à nettoyer la société des immigrés et de l’islam.

La « nouvelle laïcité » pervertit un idéal libéral français fondateur tout en l’utilisant pour ostraciser une minorité vulnérable,déclare Fassin, ce qui, selon lui, est exactement ce que veulent les terroristes islamistes.

« Les terroristes veulent un monde en noir et blanc. Ils ne veulent pas d’une zone grise », dit-il. « Ils veulent que tous les musulmans aient le sentiment de devoir prendre parti. Et de le faire en prenant parti contre l’Occident.»

Trump Vs Biden, fascisme à l’ancienne contre fascisme du XXIème siècle

27 juillet 2020

Je vous propose une analyse de la situation politique aux Etats Unis telle qu’elle est comprise par Glen Ford de Black Agenda Report.

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Glen Ford

Black Agenda Report se présente comme un média d’information, d’analyse et de commentaire politique de la gauche noire. L’article est extrait de leur site, Black Agenda Report dispose aussi d’une page Facebook.

D’après Glen Ford, c’est en tout cas ce que j’ai compris, Donald Trump en tant que figure du passé, d’un fascisme à l’ancienne, est un accident dans le paysage politique des Etats Unis, du moins c’est ainsi que le perçoivent les élites économiques et financières. Ces dernières auraient opté pour un nouveau modèle qui inclut le management de la diversité susceptible de permettre à une infime minorité richissime de maintenir son contrôle de l’État. Ce modèle n’est pas moins fasciste (ou fascistoïde dirait Emmanuel Todd) puisque son principe est le pouvoir de cette minorité d’ultra-riches, le militarisme et la guerre perpétuelle.

Pendant que cette élite dirige, le reste de la population est lancé dans une course vers le bas, la descente dont parle Emmanuel Todd dans son livre sur les luttes de classes en France au XXIème siècle.

Glen Ford a-t-il lu Todd où s’agit-il simplement d’une convergence qui résulte de l’analyse,

 

Qui est le fasciste le plus dangereux?

Par Glen Ford, Black Agenda Report (USA) Editor 23 Juillet 2020 traduit de l’anglais par Djazaïri

La plupart des gauchistes américains sont incohérents dans l’emploi du terme fascisme, et les Démocrates ont complètement détruit le sens de ce mot.

«Dans leur vison politique caricaturale, fasciste signifie simplement «Trump».

Après la prise d’une première tête de pont autour des bâtiments fédéraux à Portland, en l’Oregon, Donald Trump menace d’envoyer ses über alles Storm Troopers [Sections d’Assaut] de la sécurité intérieure dans les villes du pays qui, selon lui, sont «dirigés par des démocrates très libéraux [à gauche dans la terminologie américaine]… par la gauche radicale». La prochaine sur la liste est Chicago, où 150 agents fédéraux devraient être déployés dans les prochains jours. Des agents de la sécurité intérieure ont déjà été envoyés à Seattle et à Washington DC, et Trump a évoqué la nécessité de «dominer» le terrain à Philadelphie, Detroit, Baltimore et Oakland. Pendant ce temps, le ministère américain de la Justice prévoit d’étendre son intervention urbaine «Operation Legend», qui vise actuellement la criminalité locale à Kansas City, Missouri.

Tout comme d’autres présidents américains ont historiquement utilisé l’armée comme instrument pour leur réélection, organisant des attaques contre des pays désignés par les Etats Unis comme «voyous» et «terroristes» pour consolider leur assise électorale, Donald Trump fait campagne en tant que shérif qui fera régner la loi et l’ordre dans les vastes régions du pays occupées le mois dernier par les hordes inspirées de «Black Lives Matter». Bien que l’intervention armée de Trump dans les affaires locales et étatiques semble politiquement en contradiction avec ses sympathies confédérées, son déploiement massif d’agents de la force publique paraît légal.

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Le drapeau confédéré est généralement perçu comme un symbole raciste

Leur comportement dans la rue, cependant, est une autre affaire. «Des agents fédéraux non identifiés dans des véhicules banalisés enlèvent des manifestants pacifiques dans les rues, les transportent vers des lieux inconnus, sans les informer des raisons de leur arrestation, puis les relâchent sans trace de d’une procédure d’arrestation», a déclaré Marjorie Cohn, ancienne présidente de la National Lawyers Guild. «Ces actions rappellent la police secrète des dictatures qui kidnappe e t« fait disparaître» les opposants au régime. Elles sont conçues pour dissuader les gens d’exercer leur droit au premier amendement de protester contre le racisme et la suprématie blanche.»

Oui, ça «rappelle» la police secrète à d’autres époques et dans d’autres pays, mais les agents de la sécurité intérieure se comportent en fait comme le font les flics locaux un peu partout aux États-Unis. La police de Chicago a fait fonctionner pendant des années un centre de torture pas si secret dans lequel des hommes noirs disparaissaient jusqu’à ce qu’ils avouent des crimes qu’ils n’avaient pas commis. Les villes du pays déploient régulièrement des «escouades» de policiers en civil qui sautent de véhicules banalisés pour enlever des gens dans les rues de leur quartier. Et la  plupart des flics locaux chargés de réprimer les manifestations anti-police retirent leurs badges et marques d’identification. Les équipes SWAT (unités d’élite de la police) locales et fédérales portent régulièrement des masques pour cacher leurs identités. Cela aussi «rappelle» le fascisme, mais cela n’a pas commencé avec Trump en janvier 2017.

De fait Trump est plutôt amateur dans le domaine de l’art sinistre de la répression intérieure, son expérience passée se limitant à terroriser les locataires de ses immeubles d’habitation et les «apprentis» dans les émissions de télé-réalité. Les outils de répression étatique déployés par Trump en tant que The Mad White Avenger étaient déjà beaucoup utilisés par les anciens présidents. Le FBI de Barack Obama a coordonné la répression par la police nationale des sites d’Occupy, il y a près de dix ans – une vaste opération impliquant les actions synchronisées d’un président démocrate noir, de maires principalement démocrates et de leurs chefs de police. La maire noire de Baltimore avait qualifié les personnes qui avaient pris part à la rébellion de Freddie Gray de 2015 de «voyous» – déshumanisant ainsi ses propres électeurs – tout comme  Obama, dont les procureurs fédéraux avaient exigé et obtenu des peines sévères pour les accusés de dégradations matérielles.

Obama a marqué un tournant dans l’histoire de l’État policier quand il a obtenu l’adoption par le Congrès d’une législation autorisant la détention pour une durée indéfinie de citoyens américains sans faire l’objet d’un procès ou d’une accusation – un saut dans l’abîme que même George W. Bush n’avait pas osé faire.

Les outils de répression étatique déployés par Trump en tant que The Mad White Avenger étaient déjà beaucoup utilisés par les anciens présidents.

Les libertariens en matière de droits civiques sont à juste titre préoccupés par le fait que le ministère de la Justice de Trump se coordonne avec la police locale pour se servir de Facebook pour accuser ceux qui protestent contre l’assassinat de George Floyd de crimes graves – un autre signe avant-coureur du fascisme. Mais les polices locales utilisent depuis des années Facebook comme outil d’enquête de premier ordre. Et les groupes de travail de la police fédérale- police de New-York sous le titre «Operation Crew Cut» s’étaient grandement appuyés sur des déclarations faites sur Facebook pour inculper plus de 100 jeunes dans deux quartiers HLM de Harlem en 2014 et 120 autres jeunes noirs et à la peau bronzée du Bronx en 2016– un raid présenté comme la plus grande opération de «répression des gangs» de l’histoire de New York. Est-il fasciste d’utiliser Facebook contre des dissidents politiques, mais normal quand il s’agit d’expédier les «suspects habituels» (jeunes de couleur ) dans le goulag de l’incarcération de masse? Ou est-cet fasciste seulement quand Trump le fait?

Si la plupart des gauchistes américains sont incohérents dans l’emploi du terme fascisme,les Démocrates ont complètement détruit le sens de ce mot.

Comme je l’ai écrit dans des articles précédents (voir «91ll Legacy: Two Contending Fascisms », 15 septembre 2018), le système Jim Crow du sud des États-Unis a servi de modèle à l’État racial d’Adolph Hitler. Le Sud ségrégationniste entièrement sous les lois Jim Crow, correspondait en fait plus étroitement à la définition largement répandue du fascisme que la plupart des fascismes européens du XXe siècle:

* Nationalisme poussé à l’extrême

* Recours fréquent au pouvoir de la foule

* Oppression d’un «Autre» interne comme principe organisateur

* Militarisme

* La domination politique des éléments les plus réactionnaires de la bourgeoisie

“ le système Jim Crow du sud des États-Unisa servi de modèleà l’État racial d’Adolph Hitler”

Donald Trump est un fasciste américain à l’ancienne, du genre Jim Crow – mais qui est également désireux d’utiliser tous les outils modernes de répression politique et raciale pour préserver un système capitaliste dans sa phase de déclin final. La politique ouvertement raciste de Trump (avec l’oppression d’un «Autre»interne comme principe organisateur») le rend incompatible avec la doctrine de la «diversité» managériale adoptée par nécessité par les multinationales. Il entre donc en tension avec le régime capitaliste au 21e siècle – mais est extrêmement utile comme repoussoir, c’est pourquoi il a été l’adversaire préféré des démocrates liés au monde des affaires en 2016 et 2020. N’ayant rien à offrir à leur base si ce n’est une austérité sans fin («la course vers le bas ”) et la guerre, les démocrates liés au monde du business ont fait de Trump le seul enjeu de leurs campagnes.

Le capital multinational et l’État sécuritaire (CIA, etc.) trouvent Trump totalement indigne de confiance en tant que gestionnaire de l’empire américain – c’est pourquoi ils ont concocté le Russiagate en collaboration avec les démocrates.

Les républicains sont depuis plusieurs générations les vassaux des grandes compagnies pétrolières, tandis que les démocrates sont le parti privilégié du capitalisme financier qui domine désormais tous les secteurs capitalistes, y compris les médias et la haute technologie. Au sein du duopole électoral, les Noirs n’ont d’autre choix que les Démocrates, tandis qu’environ la moitié des Blancs choisissent les Républicains, ouvertement le parti des Blancs bien avant l’avènement de Trump, l’intrus impulsif. Cependant, le duopole institutionnel fonctionne mieux pour tous les secteurs du capital lorsque les partis du duopole jouent en «tag team» [en collusion], échangeant périodiquement les rênes du pouvoir exécutif avec le moins de perturbations possible pour l’ordre capitaliste. {C’est ce qu’ils appelaient le «génie» du système. ) L’humiliation de l’establishment corporatif républicain  par Donald Trump en 2016 – avec l’aide décisive des démocrates et des grands médias – a déstabilisé le duopole politique, le mécanisme institutionnel qui, avec les médias liés au monde des affaires, médiatise les divergences entre les secteurs capitalistes et construit un récit politique commun ( mensonges) pour la consommation populaire. Le résultat a été une scission ouverte et destructrice de la classe dirigeante, les instruments étatiques de la  sécurité nationale (CIA, etc.) collaborant ouvertement avec les démocrates pour rendre politiquement illégitime un président en exercice.

“ le duopole institutionnel fonctionne mieux pour tous les secteurs du capital lorsque les partis du duopole jouent en «tag team» [en collusion]’”

La bonne nouvelle, c’est que la guerre civile interne à la classe dirigeante a délégitimé non seulement Trump mais l’ordre impérial US lui-même. Une fois perdue, la légitimité politique peut rarement être intégralement recouvrée – et certainement pas par un ordre capitaliste en bout de course en proie à un écheveau de contradictions accumulées en son stade terminal, et dont le domaine impérial se réduit progressivement.

La mauvaise nouvelle est que la gauche US est si faible qu’elle a été incapable de proposer un discours qui explique les crises multiples qui ont été si dévastatrices pour le peuple américain, ou même d’accomplir a minima nos obligations de solidarité avec les victimes de l’impérialisme US dans le monde. Imaginant le fascisme dans les termes d’une caricature personnifiée par Trump, les gauchistes américains semblent croire que anti-Trump égale antifascisme, alors qu’en fait Trump représente un avatar de Jim Crow que les champions du capital cherchent à écarter depuis un demi-siècle afin d’exercer leur pouvoir plus efficacement. Ces champions du capital ont, par contre, construit un ordre fasciste du 21ème siècle dans lequel un tout petit nombre de milliardaires peut exercer le pouvoir sans réelle opposition, tandis qu’une bonne partie du monde est enfermé et contraint à une «course vers le bas» et que la moitié de l’humanité vit dans la terreur d’interminables guerres américaines.

Le président Obama était un agent de ce fascisme – qui n’est pas une caricature de presse, et tue des millions de gens. Il en est ainsi de tous les Démocrates du jeu institutionnel. Ils sont les plus dangereux parce que si peu de gens les considèrent comme des fascistes, en dépit de leur servilité abjecte à l’égard de la dictature du monde des affaires, de l’État carcéral et des guerres sans fin. Nous battrons Trump pour la simple raison qu’il ne représente pas la véritable classe dirigeante capitaliste. L’oligarchie veut qu’il soit battu – et elle veut que nous la remerciions d’oeuvrer pour ses propres intérêts et se débarrasser de son propre problème: le genre de service que rend l’oligarque Michael Bloomberg quand il achète le contrôle de l’infrastructure du Parti Démocrate ainsi que la loyauté d’une partie substantielle de la (pseudo) classe politique noire.

Certains gauchistes américains, incapables de sortir de leur vision caricaturale craignent que Donald Trump refuse de quitter la Maison Blanche si le scrutin lui est défavorable en novembre. Ils imaginent que les généraux de l’armée américaine soutiendront un coup de force de Trump dans un scénario de «Sept jours en mai» à l’envers. Complètement ridicule! Un coup de force militaire ne pourrait venir que du J-SOC, le Joint Special Operations Command qui supervise les forces d’opérations spéciales de toutes les branches de l’armée, comme les Bérets Verts (armée de terre) et les SEALS (marine). Les unités d’opérations spéciales ont toujours travaillé main dans la main avec la CIA – de fait, les Bérets Verts sont souvent appelés «l’armée de la CIA». Donald Trump, le candidat de «l’arrêt des des changements de régimes» [no more regime changes] en 2016 s’est ainsi gagné un ennemi implacable dans la CIA.

Si un coup de force quelconque devait se produire en novembre, ce serait en faveur des Démocrates. Et beaucoup de gens qui se présentent comme de gauche applaudiront, se figurant la CIA comme un allié dans la lutte contre le «fascisme.»

Quelle sera la riposte de l’Iran après l’assassinat du Général Qassem Soleimani par les Etats Unis?

3 janvier 2020

Je vous propose une traduction de l’analyse faite par Moon of Alabama des conséquences de l’assassinat par l’armée américaine de deux officiers supérieurs, l’un iranien, le général Qassem Soleimani, émissaire de la République islamique en Irak, l’autre irakien, Abou Mehdi al-Mouhandis . L’attention mondiale se focalise évidemment sur l’officier iranien qui était le chef de la force al Qods, une composante des Gardiens de la révolution qui, comme leur nom l’indique, sont le soutien militaire le plus sûr de la République Islamique.

Il s’agit là d’une action qui vaut à la fois déclaration et acte de guerre contre l’Iran, mais aussi contre l’Irak compte tenu du fait que le chef irakien commandait une force paramilitaire placée sous l’autorité du gouvernement irakien.

 Moon of Alabama s’intéresse à la riposte qui sera menée par l’Iran (mais aussi par l’Irak). Une entrée en guerre ouverte de l’Iran contre les Etats Unis est exclue car les iraniens ne sont évidemment pas dupes de leurs possibilités contre les Etats Unis qui auraient en plus tôt fait de rameuter leurs alliés traditionnels (Grande Bretagne, France, Belgique, Pays bas, Australie etc.).

La riposte va certes être ferme mais s’étaler dans la durée et rendre la position des forces américaines dans la région à la limite du soutenable.

A moins que les Etats Unis prennent l’initiative de déclencher une guerre de grande ampleur en attaquant directement le territoire iranien.

Une décision dont les conséquences seraient sans doute incalculables.

Les Etats Unis regretteront d’avoir assassiné Qassim Soleimani

Monn of Alabama (USA) 3 janvier 2020 traduit de l’anglais par Djazaïri

Aujourd’hui, les Etats Unis ont déclaré la guerre à l’Iran et à l’Irak

La guerre, voilà ce qu’ils obtiendront.

Plus tôt dans la journée, un drone ou un hélicoptère américain a tué le général de division Qassim Soleimani, le fameux commandant de la force iranienne Quds (Jérusalem), alors qu’il quittait l’aéroport de Bagdad où il venait d’arriver. Il avait prévu d’assister aux funérailles des 31 soldats irakiens que les États-Unis avaient tués le 29 décembre à la frontière syro-irakienne près d’Al-Qaim.

Qassim Soleimani

La force Quds est la branche extérieure du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne. Soleiman était responsable de toutes les relations entre l’Iran et les mouvements politiques et militants hors d’Iran. Hajji Qassim a conseillé le Hisbullah libanais pendant la guerre de 2006 contre Israël. Son soutien aux organisations irakiennes leur a permis de chasser les envahisseurs américains d’Irak. Il était l’homme responsable de la défaite de l’État islamique en Irak et en Syrie. En 2015, Soleimani s’était rendu à Moscou et avait convaincu la Russie d’intervenir en Syrie. Son soutien aux Houthis au Yémen leur a permis de résister aux agresseurs saoudiens.

Soleimani était arrivé à Bagdad par un vol régulier depuis le Liban. Son voyage n’était pas secret. Il avait été récupéré à l’aéroport par Abu Mahdi al-Muhandes, commandant adjoint de al-Hashd al-Shaabi, une force de sécurité irakienne officielle placée sous l’autorité du Premier ministre irakien. Les deux voitures dans lesquelles ils circulaient ont été détruites lors de l’attaque américaine. Les deux hommes ainsi que leurs chauffeurs et gardes ont péri

Les États-Unis ont créé deux martyrs qui deviendront désormais les modèles et les idoles de dizaines de millions de jeunes au Moyen-Orient.

Les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, le Djihad islamique en Palestine, les forces paramilitaires en Syrie, en Irak et ailleurs ont tous bénéficié des conseils et du soutien de Soleimani. Ils prendront tous des dispositions pour le venger.

Moqtada al-Sadr, le religieux chiite indiscipliné qui a des millions d’adeptes en Irak, a donné l’ordre de réactiver sa branche militaire «Jaish al-Imam al-Mahdi». Entre 2004 et 2008, les forces du Mahdi ont combattu l’occupation américaine de l’Irak. Elles le recommenceront.

L’assassinat pur et simple d’un chef militaire du calibre de Soleimani exige une réaction iranienne d’un niveau au moins similaire. Tous les généraux ou hauts responsables politiques américains qui voyagent au Moyen-Orient ou ailleurs devront désormais faire attention. Il n’y aura de sécurité pour eux nulle part.

Aucun politicien irakien ne pourra plaider en faveur du maintien des soldats américains dans le pays. Le Premier ministre irakien Abdel Mahdia appelé à une réunion d’urgence du Parlement pour demander le retrait de toutes les troupes américaines:

« L’assassinat ciblé d’un commandant irakien est une violation de l’accord. Il peut déclencher une guerre en Irak et dans la région. C’est une violation claire des conditions de la présence américaine en Irak. J’appelle le Parlement à prendre les dispositions nécessaires. »

Le Conseil de Sécurité Nationale iranien se réunit avec le dirigeant suprême Ali Khamenei pour « étudier les options de réponse ». Il existe de nombreuses options de ce type. Les États-Unis ont des forces stationnées dans de nombreux pays autour de l’Iran. Désormais, aucune d’entre elles ne sera en sécurité.

L’ayatollah Ali Khamenei a rendu publique une déclaration appelant à trois jours de deuil national, puis à des représailles.

«Son départ vers Dieu ne met fin ni à son chemin ni à sa mission », indique le communiqué, « mais une action de vengeance énergique attend les criminels qui ont son sur leurs mains son sang et le sang des autres martyrs de la nuit dernière.»

L’Iran liera sa réponse au calendrier politique. Le président américain Donald Trump entamera sa campagne de réélection avec des troupes américaines menacées partout. Nous pouvons nous attendre à ce que des incidents comme les attentats contre la caserne de Beyrouthse répètent au moment où il [Donald Trump] est le plus vulnérable.

Trump va apprendre que tuer l’ennemi est la partie la plus simple d’une guerre. C’est après qu’arrivent les difficultés.

En 2018, Soleimani avait répondu publiquement à un tweet dans lequel Trump avait menacé l’Iran:

« Monsieur. Trump, le flambeur! […] Vous connaissez bien notre puissance et nos capacités dans la région. Vous savez à quel point nous sommes puissants dans la guerre asymétrique. Venez, nous vous attendons. Nous sommes de vrais hommes sur le terrain, sachez-le. Vous savez qu’une guerre signifierait la perte de toutes vos capacités. Vous pouvez commencer la guerre, mais c’est nous qui déterminerons sa fin. « 

Depuis mai 2019, les États-Unis ont déployé au moins 14800 soldats supplémentaires au Moyen-Orient. Au cours des trois derniers jours, des éléments aéroportés et des forces spéciales ont suivi . Les États-Unis ont clairement prévu une escalade.

Soleimaniva être remplacé par le général de brigade Ismail Ghani, un vétéran de la guerre Iran-Irak qui a été actif pendant des décennies dans la Force Qods et a combattu l’EI en Syrie. C’est un officier de stature et de compétence égales.

Ismail Ghani

La politique iranienne de soutien aux organisations étrangères va s’intensifier. Les États-Unis n’ont rien gagné avec leur attaque mais ils en subiront les conséquences pendant les prochaines décennies. Désormais, leur position au Moyen-Orient sera fortement entravée. D’autres vont arriver pour prendre leur place.

Antisionisme=Antisémitisme, les Etats Unis et la France sont synchrones

28 décembre 2019

Si en France, l’Assemblée Nationale a adopté une résolution non contraignante (ça on le verra surtout quand auront lieu les premiers procès) assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme, aux Etats Unis c’est le président Donald Trump qui a signé un décret, un texte contraignant donc, qui interdit de critiquer l’entité sioniste sur les campus universitaires. L’hostilité au sionisme était ici aussi assimilé à de l’antisémitisme.

 Ce texte, qui n’a pas eu à passer par le législateur, est loin de faire l’unanimité et il sera certainement contesté juridiquement pour son caractère non constitutionnel. Les membres de la communauté juive, même sioniste, ne voient pas non plus toujours ce texte d’un très bon oeil. En effet, ce texte correspond à la vision trumpienne des Juifs comme un peuple foncièrement allogène , une communauté dirigée par des millionnaires, dont la nature est de faire allégeance à l’entité sioniste.

C’est dire que des voix s’élèvent contre ce texte et, du côté antisioniste, font savoir qu’il est hors de question qu’il soit respecté.

Opinon: Je suis juive, je combats l’antisémitisme et je soutiens les droits des Palestiniens

Par Phyllis Bennis, The Los Angeles Times (USA) 26 décembre 2019 traduit de l’anglais par Djazaïri

Quand j’étais une gamine juive qui grandissait dans la banlieue de Los Angeles, nous pensions qu’être juif signifiait soutenir Israël.

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Phyllis Bennis 

On n’avait pas vraiment le choix. Si vous vous identifiez comme juif, comme moi et la plupart de mes amis, l’éducation religieuse que nous recevions, les groupes de jeunes auquel nous participions et les camps d’été où nous jouions étaient tous fondés sur une seule chose. Ce n’était pas Dieu – c’était le sionisme, le projet politique de colonisation du peuple juif en Israël.

Nous ne demandions jamais – et personne ne nous l’a jamais enseigné à l’école du dimanche – qui vivait déjà sur cette terre, longtemps connue sous le nom de Palestine, lorsque les Juifs européens arrivèrent vers la fin du XIXe siècle et commencèrent à y construire des colonies.

Ma propre rupture avec le sionisme est survenue un peu après mes vingt ans, suite à la lecture des lettres du fondateur du sionisme, Theodor Herzl, qui implorait Cecil Rhodes, l’architecte britannique du vol de terres en Afrique, de soutenir son projet en Palestine. Leurs projets étaient tous  deux «de nature coloniale », assurait Herzl à Rhodes.

Aujourd’hui, les jeunes Juifs posent des questions difficiles à un âge plus précoce, et un plus grand nombre d’entre eux ont activement critiqué Israël pour ses attaques contre les Palestiniens et les droits des Palestiniens.

Quand la Maison Blanche de Trump dit que critiquer ou boycotter l’État d’Israël est antisémite et émet un décret exécutif visant à faire taire la critique d’Israël sur les campus universitaires, de nombreux étudiants juifs refusent d’y adhérer . Une étudiante juive de 20 ans et membre de Hillel [association universitaire juive] à l’Université de Caroline du Nord a déclaré au New York Times qu’elle craignait que le décret « assimile faussement l’antisionisme à l’antisémitisme » et vise à éliminer la critique d’Israël.

Jared Kushner, gendre et conseiller de Trump, affirme que le décret a pour but de garantir que les Juifs sont protégés par «l’interdiction de la discrimination fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale» du Civil Rights Act. Il dit que le décret exécutif ne définit pas les Juifs comme une nationalité, mais il n’en affirme pas moins que «l’antisionisme est de l’antisémitisme». Cette formulation revient à qualifier d’antisémites les Juifs – ainsi que les Palestiniens et autres – qui ne soutiennent pas le sionisme.

Les juifs sont de toutes races, couleurs et ethnies. Le point de vue de Trump / Kushner est une façon insidieuse de prétendre que les Juifs sont tous liés à Israël ou ont tous des responsabilités envers Israël. Cette accusation de « double loyauté » est l’un des plus vieux clichés antisémites.

Bien sûr, même si l’administration Trump essaie de faire taire les critiques d’Israël, le véritable antisémitisme monte , en particulier pendant l’administration Trump. Nous savons à quoi il ressemble.

L’antisémitisme ressemble à l’attaque contre une synagogue près de San Diego. Il ressemble à Pittsburgh où le meurtrier présumé de la synagogue Tree of Life accusait les Juifs de «ramener des envahisseurs qui tuent les nôtres» et de soutenir l’installation de réfugiés. C’est comme les gens du Klan et les nazis scandant «les Juifs ne nous remplaceront pas» à Charlottesville.

Cet antisémitisme virulent n’émane pas des partisans des droits des Palestiniens. Il vient des suprémacistes blancs violents qui agissent de plus en plus ouvertement et fièrement à travers les États-Unis. Ces mêmes antisémites se délectent toujours du soutien du président, qui les a appelés «des gens très bien» après Charlottesville.

Le véritable antisémitisme émane également directement de la Maison Blanche elle-même – d’un président qui dit aux républicains juifs qu’il n’attend pas leur soutien parce qu’il n’a pas besoin de leur argent , qui invite à une fête de la Maison Blanche pour Hanoukka un pasteur chrétien qui dit que les juifs qui ne se convertissent pas au christianisme « vont en enfer » et qui affirme que les juifs «devront voter pour moi, vous n’avez pas le choix» parce que les démocrates proposent des hausses d’impôts aux millionnaires et aux milliardaires.

Essayer de museler la critique d’Israël alors que le gouvernement israélien devient de plus en plus répressif contre les droits des Palestiniens ne marchera pas, surtout quand la Maison Blanche elle-même est cernée par l’antisémitisme. Des organisations juves et d’autres associations étudiants progressistes affirment déjà leur intention de lutter contre ce déni de la liberté d’expression.

De même, marteler que l’antisionisme est de l’antisémitisme n’en fait pas une vérité. Une nouvelle génération de jeunes juifs – et tout un tas d’entre nous qui ne sont plus si jeunes – savent que c’est faux.

Phyllis Bennis membre de l’Institute for Policy Studies et siège au bureau national de Jewish Voice for Peace.

« Il n’y a pas de situation révolutionnaire en Algérie »

22 décembre 2019

L’élection d’Abdelmadjid Tebboune a été accueillie diversement, entre ceux qui estiment qu’il a été mal élu et ceux qui considèrent qu’il a été en réalité désigné par la hiérarchie militaire, l’élection étant truquée.tebboune

Qu’il ait été mal élu, c’est une évidence et il n’est pas le seul chef d’État dans ce cas. Qu’il ait été désigné par la hiérarchie militaire, c’est probable mais c’était sans doute le cas de ses rivaux malheureux. C’est avant l’élection que les militaires ont fait leur choix et il n’était donc pas nécessaire de truquer le scrutin. La faiblesse du taux de participation , un peu moins de 40 %, plaide plutôt en la faveur d’une élection non truquée; on aurait pu en effet s’attendre, en cas de manipulation du scrutin ou de bourrage des urnes à ce que les autorités fassent état d’un taux de participation avoisinant au moins 50 %.

Il n’est pas douteux que ni le président nouvellement élu, ni ceux qui l’ont coopté ne se font d’illusions sur une véritable adhésion populaire à sa personne.

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Par contre, cette adhésion pourrait se construire progressivement en fonction de ses premiers gestes une fois son gouvernement constitué. Il y a bien sûr sa promesse de rajeunissement des détenteurs de portefeuilles ministériels, une promesse dont la réalisation semble mal engagée si on en croit les deux premières nominations aux postes de Chef de cabinet et de Secrétaire Général qui confirment la tendance à la gérontocratie (on verra ce qu’il en sera des ministres). Surtout, la majorité de la population attend du nouveau président qu’il fasse libérer les détenus d’opinion, aussi bien les gens connus que les citoyens ordinaires.

Ce dernier geste est à coup sûr celui qui donnera de la crédibilité à la volonté affichée du nouveau président de faire évoluer le pays vers plus de démocratie.

Il reste que ce qu’on appelle le Hirak n’a pas été en capacité d’empêcher le scrutin présidentiel et toutes les protestations, manifestations criant à l’illégitimité du nouveau président n’y ont rien fait et n’y feront rien.

Hugh Roberts* propose une analyse dépassionnée qui permet de comprendre pourquoi, après des succès initiaux de grande portée, le Hirak s’est retrouvé dans une impasse, ne parvenant pas à provoquer un changement radical du système politique.

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Hugh Roberts

L’histoire n’est évidemment pas finie et tout peut encore basculer dans un sens ou dans l’autre, par exemple si des manifestants passaient à l’action violente, ou si une grève générale était effective, ou bien sûr si les autorités se lançaient dans une répression systématique et sanglante.

* Hugh Roberts est professeur d’histoire de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient à l’université Tufts aux Etats Unis. il est notamment l’auteur d’un ouvrage sur la situation politique en Algérie entre 1988 et 2002.

Algérie: le Hirak et les ides de décembre

par Hugh Roberts, Jadaliyya 19 novembre 2019  traduit de l’anglais par Djazaïri

Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, la situation en Algérie a été souvent décrite  comme une impasse. Dans le même temps, l’habitude tout aussi répandue de qualifier le mouvement de protestation de révolutionnaire a incité à s’attendre à ce que l’impasse soit plus susceptible d’être résolue en faveur de la «révolution» qu’en faveur des pouvoirs en place. Je soutiens que ce ne sont pas là des lectures réalistes des événements ou de leur tendance.

Appeler révolution un mouvement de contestation, si impressionnant soit-il, n’en fait pas une révolution. Le «mouvement populaire» en Algérie, le Hirak , a été extrêmement impressionnant au début, lorsqu’il s’est opposé avec succès à la perspective d’un cinquième mandat pour le président Abdelaziz Bouteflika. La perspective subjective des manifestants a sans aucun doute été révolutionnaire à certains égards – surtout l’aspiration à en finir avec le régime actuel et à voir une «deuxième République» établie et le courage de descendre dans la rue à plusieurs reprises pour l’affirmer publiquement. Néanmoins, le mouvement n’a été objectivement révolutionnaire à aucun moment. Il n’y a pas de situation révolutionnaire en Algérie; il ne s’agit pas d’une situation de double pouvoir et il est peu probable qu’elle le devienne dans un avenir prévisible, qui est l’horizon temporel de la politique concrète.

L’armée est la source du pouvoir politique en Algérie depuis 1954 et n’a pas été détrônée. Le pouvoir exécutif de l’État, bien que largement contesté, reste cohérent en interne. Le commandement de l’armée en garde le contrôle, comme il vient de le démontrer en déployant avec succès la gendarmerie comme un élément décisif pour mettre au pas une justice algérienne mutine. Le Hirak lui-même, bien qu’impressionnant par sa combativité et sa détermination, n’a pas de fin réalisable au-delà d’empêcher, encore une fois, l’élection présidentielle (maintenant prévue pour le 12 décembre 2019). Et il est loin d’être certain qu’il atteindra cet objectif limité.

En l’absence d’une situation révolutionnaire, tout ce que le Hirak pouvait espérer de façon réaliste était une réforme importante – une avancée en quelque sorte vers une forme de gouvernement plus démocratique et la primauté du droit – qui ouvrirait de nouvelles perspectives politiques et établirait un précédent pour des réformes ultérieures. Mais une telle réforme stratégique nécessite l’accord du commandement militaire, qui ne peut être obtenu que sur la base d’un compromis historique entre l’armée et le mouvement populaire. Bien que cette idée ait été lancée ici et là, aucun compromis de ce genre ne s’est produit et la façon dont le Hirak a évolué depuis avril est en grande partie la raison.

Pratiquement tous les commentaires dans les médias considèrent le  Hirak  comme essentiellement inchangé depuis son début spectaculaire le 22 février 2019. Mais, en fait, son contenu politique a changé à bien des égards. Initialement, le Hirak  présentait les principales caractéristiques suivantes:

Il était incroyablement pacifique et autonome;

Il se centrait sur un point extrêmement précis  – pas de cinquième mandat pour Bouteflika (et par conséquent en corollaire: pas de quatrième mandat prolongé non plus);

il a communiqué cette exigence non pas comme l’expression véhémente d’un sentiment subjectif mais comme une annonce faisant autorité résultant d’une décision collective:  makansh khamsa!   («Pas de cinquième mandat!»);

il fondait cette décision en défense de la constitution (car une personne inapte occupant le poste de président était manifestement inconstitutionnel);

il signifiait clairement qu’il n’avait aucune querelle avec la police: sha’b, shorta: khawa, khawa («le peuple, la police: frères, frères») ou l’armée: jaish, sha’b: khawa, khawa («armée, peuple: frères, frères »).

Depuis le départ des Bouteflika, en avril dernier, le Hirak est, c’est à son crédit, resté d’un pacifisme impressionnant. Mais à tous autres égards, ses positions politiques se sont transformées  pratiquement à l’opposé de ce qu’elles étaient à l’origine.

Beaucoup de ses slogans les plus importants – «système dégage», « yetnahaw ga’a », etc. – expriment des demandes et des sentiments (en réalité, des anathèmes) plutôt que des décisions et manquent donc d’autorité ainsi que de détermination; ils sont à à l’opposé de slogans précisément ciblés. Que pourraient-ils signifier d’un point de vue pratiques? Personne ne le sait.

Quant au seul élément ciblé de la position du Hirak , son opposition à la tenue du scrutin présidentiel, il ne se fonde pas sur la défense de la constitution mais sur un rejet explicite de la constitution.

La prémisse de ce refus de l’élection présidentielle est la proposition (ou exigence) concurrente d’une transition vers «une seconde République». Il est tenu pour acquis que cette «deuxième République» postulée s’avérera de beaucoup supérieure à la «République» actuelle. Mais pourquoi devrait-il en être ainsi, alors que ses contours institutionnels et son caractère spécifiques restent entièrement indéfinis. À aucun moment, aucun partisan de cette vision n’a dit quoi que ce soit sur les principes constitutifs de la seconde République

La «transition» évoquée est également indéfinie quant à ses modalités ainsi qu’à sa finalité, sauf dans la version qui exige, comme élément central, une assemblée constituante. Qui, en l’absence d’un chef d’État faisant autorité, convoquera cette assemblée, qui déterminera sa composition, son ordre du jour et son règlement intérieur sont des questions que personne préconisant cette «feuille de route» n’a abordées à aucun moment. La façon dont une véritable assemblée constituante peut être réunie, sans parler de parvenir à un consensus national authentique sur une constitution radicalement nouvelle (et améliorée), face à l’opposition du commandement de l’armée est floue.

Ce rejet de la constitution et de l’élection présidentielle que la constitution autorise non seulement mais impose en fait a conduit le Hirak à un conflit ouvert avec l’armée, exprimé par des attaques véhémentes contre le chef d’état-major (et vice-ministre de la défense), Le lieutenant-général Ahmed Gaïd Salah. Le vieux maître mot du Hirak,  Jaish, Sha’b: Khawa, Khawa, est lettre morte depuis plusieurs mois.

C’est là, selon moi, un changement très regrettable. Il est difficile de voir comment le but tout à fait admirable du Hirak d’obtenir une meilleure forme de gouvernement pour l’Algérie peut raisonnablement espérer bénéficier de cette tournure des événements et il y a lieu de craindre qu’il ait condamné le hirak à la défaite à court terme

Si nous acceptons de nous résoudre à rejeter l’option douce qui consiste à traiter ce drame comme un conte de fée avec des bons héros et des méchants, en mettant tout au compte du méchant État profond et en dégageant nos préférés de toute responsabilité, il devient possible d’estimer que le Hirak a commis une erreur stratégique majeure erreur au printemps dernier et qu’il l’a payée. Cette erreur a été de situer sa réticence à accepter une élection présidentielle sur la base d’un rejet radical de la constitution. Ce faisant, il a abandonné la stature morale élevée qu’il avait provisoirement acquise le 22 février et a permis au commandent de l’armée d’occuper ce statut et de le conserver par la suite.

Le tragique est que le Hirak n’avait pas besoin de faire ça. Il était en principe parfaitement loisible au  Hirak  de convenir avec les chefs de l’armée que la constitution (en particulier les articles 102 et 104) exigeait la tenue d’une élection présidentielle, mais de souligner en même temps que la constitution stipulait également que «le peuple est la source de toute autorité »(article 7) et que« Le peuple choisit librement ses représentants »(article 8). En bref, la constitution donnait au  Hirak les munitions dont il avait besoin non pas pour défier le commandement militaire mais  pour traiter avec lui sur la base même de la constitution en vigueur et ainsi (i) l’empêcher de s’emparer de la position morale du Hirak (ii) et le persuader d’accepter un accord qui aurait permis à l’élection présidentielle de se dérouler dans des conditions qui représentaient un gain pour le Hirak et une réforme stratégique pour l’État.

Une question centrale pour l’historien est de savoir pourquoi le Hirak n’a pas choisi cette option. On ne peut pas supposer qu’il l’ignorait tout simplement. Divers membres de l’aile civile de l’élite nationale ont tenté de le persuader de penser en termes de compromis historique progressiste avec les chefs de l’armée. Abderrahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la banque centrale et figure de proue du groupe des réformateurs au cours de la période 1989-1991, a présenté en juin dernier une proposition très réfléchie et impressionnante dans ce sens. [1]  Un certain nombre d’autres personnalités civiles ont avancé des visions similaires. En particulier, le secrétaire général par intérim de l’association des anciens combattants ( Organisation Nationale des Moudjahidine , ONM), Mohand Ouamar Benelhadj, [2] a fait un commentaire très pointu sur la situation le 19 juin, alors que les options étaient encore ouvertes, critiquant les chefs de l’armée pour avoir invoqué exclusivement l’article 102 de la constitution et attiré l’attention sur l’importance des articles 7 et 8 et suggérant que le  Hirak  en tire  le meilleur parti. [3]  Et le plus réfléchi des dirigeants islamistes algériens, Abdallah Djaballah, a attiré à plusieurs reprises l’attention sur l’importance stratégique de l’article 7

Le Hirak n’a intégré que par intermittence des références aux articles 7 et 8 dans son discours sans leur accorder une importance particulière, sans même parler de reconnaître leur importance stratégique et d’en développer les implications possibles. Il n’a pas compris qu’une occasion de faire pression pour une réforme majeure était là suite départ des Bouteflika et il a laissé passer cette opportunité.

Il a ainsi permis au régime de se présenter finalement comme un agent tout aussi plausible – sinon plus plausible – du processus de réforme nécessaire. Sur les cinq candidats à la présidentielle, deux, Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune, tous deux anciens premiers ministres, ont maintenant publié leurs manifestes électoraux et ceux-ci indiquent leur intention, s’ils sont élus, de résoudre au moins certains des principaux problèmes et griefs qui sous-tendent l’agitation populaire. Contrairement au Hirak , le régime a eu une stratégie et, dans la dernière phase du drame, il s’agit de retirer le plus possible d’espace au Hirak , afin de le rendre superflu.

L’État algérien est un caméléon et sa capacité de cooptation ne doit pas être sous-estimée. Sans leader et, par conséquent, tendant à apparaître pas mal embrouillé au niveau politique, le Hirak puise dans des sentiments et des convictions profondément ancrés qui sont sans aucun doute ceux du peuple algérien dans son ensemble, ce qui lui a donné sa force de résistance. Et, comme l’Algérie est pleine de surprises, un quelconque événement violent ou autre pourrait fausser cette analyse  et imposer un ensemble de perspectives différentes quant à la situation dans un mois.

Mais pour l’heure, le  Hirak  n’est pas près de réaliser une percée politique révolutionnaire de sitôt, s’il la réalise jamais. Je pense que son rôle historique a été d’ouvrir la voie à la réaffirmation – après des années d’incompétence arrogante – de l’opinion publique en tant qu’acteur collectif incontournable du gouvernement algérien. Et si, au cours des semaines et des mois qui suivront le 13 décembre, il s’avère avoir réussi à orienter les élites dirigeantes du pays vers de meilleurs comportements, ce ne sera pas un mince progrès mais, au contraire, une réussite historique et immensément bienvenue.

[1] Abderrahmane Hadj Nacer, “Le Hirak pour surmonter l’impasse,” Tout Sur l’Algérie, 24 Juin 2019;  voir aussi Fayçal Metaoui, “Sortie de crise: les propositions de Hadj Nacer,” El Watan, 23 June 2019; Hacen Ouali, “Abderrahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur de la banque d’Algérie: « En finir avec le système qui se repose sur l’armée»,” El Watan, 24 Juin 2019; and “Les principaux messages de Hadj Nacer à l’armée,” Editorial, Tout Sur l’Algérie, 24 Juin 2019.

[2] Benelhadj est devenu Secretaire Général suite au décès de Said Abadou le 12 Juin 2019, en attendant la tenue d’une élection au prochain congrès de l’ONM qui a été reporté pour la durée de la crise politique nationale.

[3] Madjid Makedhi, “L’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) propose son initiative: L’application de l’article 102 est un échec total,” El Watan, 19 June 2019; see also Fayçal Metaoui, “Entretien avec le secrétaire général par intérim de l’ONM,” Tout Sur l’Algérie, 19 June 2019.

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De deux explications (et non justifications), l’antisémitisme est la plus simple à Jersey City comme ailleurs

21 décembre 2019

Cet article traite d’une polémique consécutive à l’attaque qui a visé un magasin casher à Jersey City, une des deux plus grandes villes de l’Etat du New Jersey aux Etats Unis.

L’attaque qui a causé la mort de 6 personnes (un policier, trois civils et les deux assaillants) a été menée par un homme et une femme présentés, à tort semble-t-il, comme liés à une organisation nommée Black Israelites qui soutient que les véritables israélites sont noirs. Un tel lien aurait été commode parce qu’il pouvait permettre de donner un mobile idéologique à l’attaque, c’est-à-dire agresser de «faux israélites» sur la base d’une idéologie haineuse.

Dire autre chose impose cependant d’aller vers un peu de complexité et c’est précisément ce qu’a fait une élue locale de Jersey City qui siège au conseil chargée des affaires scolaires. Cette personne, Joan Terrell Paige a ainsi expliqué sur Facebook que l’attaque avait une motivation plus concrète et immédiate qui tient au démarchage agressif de promoteurs immobiliers juifs dans un quartier noir de la ville. L’élue locale donne d’ailleurs un aperçu des méthodes employées.

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Joan Terrell Paige

Ce que l’article ne dit pas, c’est que l’objectif des promoteurs est non seulement d’acquérir toutes les maisons mais aussi de constituer un ensemble d’habitation au peuplement homogène.

A aucun moment, évidemment, Mme Terrell Paige ne justifie le meurtre sur une base antisémite ou autre. Son propos est plutôt de demander qu’on analyse la situation concrète des habitants de la ville afin de mettre fin à des pratiques qui génèrent d’énormes tensions dont on a vu une conséquence tragique. Ses propos lui valent d’être dénoncée comme antisémite et sommée de démissionner de sa fonction élective.

Invoquer l’antisémitisme est certes facile et assez confortable intellectuellement. Mais on a quand même du mal à comprendre comment une communauté très influente dans un Etat (le New Jersey est souvent appelé ironiquement le Jew Jersey) pourrait se présenter comme une minorité persécutée et en danger.

Ceux qui sont en danger sont peut-être plus ceux dont parle Joan Terrell Paige.

Appels à la démission de l’élue de Jersey City qui a critiqué les Juifs après la fusillade antisémite

par Jack Davis, The Western Journal (USA) 19 décembre 2019 traduit de l’anglais par Djazaïri

Des élus locaux et au niveau de l’État exigent la démission d’une membre du conseil de l’éducation de Jersey City qui s’en est prise à la communauté juive de la ville après les tirs du 10 décembre contre un supermarché casher.

Un agent de police et trois autres personnes avaient été tuées après que les tireurs présumés, David Anderson et Francine Graham eurent ouvert le feu – d’abord sur un cimetière et ensuite au JC Kosher Supermarket.

Les deux assaillants étaient noirs. Des officiels ont affirmé que l’attaque était motivée par l’antisémitisme.

Le post retiré depuis de Joan Terrell Paige, qui est noire, sur Facebook a été sauvegardé sur des captures d’écran, selon Fox News.

«Où étaient toute cette foi et cet espoir quand des propriétaires noirs ont été menacés, intimidés et harcelés par des brutes «JE VEUX ACHETER VOTRE MAISON» de la communauté juive? a écrit Terrell Paige. «Ils venaient avec effronterie dans les propriétés des noirs du quartier Ward F et agitaient des sacs d’argent.»

Teerrel Paige qui affirmait dans le message sur Facebook s’exprimer à titre personnel et non en qualité de membre du Conseil de l’Éducation de Jersey City, expliquait que les propriétaires noirs de maisons dans le secteur étaient menacés, intimidés et harcelés par des nouveaux venus juifs qui, disait-elle, avaient promis de «RAMENER DES TRAFIQUANTS DE DROGUE ET DES PROSTITUÉES POUR VIVRE A CÔTÉ DE VOUS» si les propriétaires ne vendaient pas leurs maisons.

Dans le post, elle disait que la fusillade avait été organisée avec une valeur de déclaration politique.

«M. Anderson et Mlle Graham sont allés directement au supermarché casher,» a-t-elle écrit. «Je pense qu’ils savaient qu’ils n’en sortiraient qu’en body bag.

«Quel message envoyaient-ils? Sommes-nous assez courageux pour explorer la réponse à leur message? Sommes-nous assez courageux pour faire cesser les agressions contre les quartiers noirs aux Etats Unis? avait-elle ajouté.

«Mon peuple a droit au respect et à vivre en paix dans cette ville.»

Joan Terrell est un membre élu du Conseil de l’éducation de Jersey City, elle dit que les meurtres des Juifs à Jersey City peuvent être justifiés@jcps_district pic.twitter.com/H5o0yqpcnO

– Reagan Battalion (@ReaganBattalion) 17 décembre 2019

Le maire de Jersey City Steven Fulop a exprimé son indignation totale; il a appelé Terrell Paige à démissionner et a qualifié ses propos «d’ignorance».

J’ai vu ça et je suis peiné par l’ignorance que démontrent ses propos. Ses propos ne représentent ni Jersey City ni les sentiments dans la communauté. La communauté afro-américaine à Greenville a été tout simplement incroyable par l’aide qu’elle a apporté à ses voisins la semaine dernière.

— Steven Fulop (@StevenFulop) December 17, 2019

J’ai aussi dit que je n’allais pas mâcher mes mots. Mon opinion est qu’elle devrait démissionner. Ce genre de langage n’a pas de place dans nos écoles et pas de place parmi des officiels élus. Imaginez qu’elle ait dit ça à propos de n’importe quelel autre communauté – quelle aurait été la réaction? Le même standard devrait s’appliquer ici.

— Steven Fulop (@StevenFulop) December 17, 2019

https://t.co/QMLOlBuarR

Le gouverneur démocrate Phil Murphy a aussi appelé à la démission de Terrell Paige.

«Nous ne laisserons pas l’antisémitisme et la haine rester sans réponse dans nos quartiers,» a-t-il dit. A la lumière des propos de Mlle Terrll-Paige, je l’exhorte à démissionner immédiatement du Conseil de l’Education de Jersey City.»

— Governor Phil Murphy (@GovMurphy) December 18, 2019

Ils n’ont pas été les seuls à aller sur les réseaux sociaux pour dire leur colère suite aux propos [de Terrell-Paige]

La longue diatribe de Joan Terrell, membre élue du Conseil de l’Éducation de Jersey City, ne fait que montrer l’ancrage d’un antisémitisme sordide dans cette ville! @jcps district devrait y être attentif – est-ce ainsi que vous voulez être représentés?!

Il y a des gens vraiment malades par ici.pic.twitter.com/FipklqzSvv

— Dov Hikind (@HikindDov) December 17, 2019

[Dov Hikind nous est quelqu’un de familier]

Le président du Conseil de l’Éducation, Sudhan Thomas, a déclaré que Terrell Paige ne reflète pas le point de vue du Conseil de l’Éducation.

La haine et n’importe quelle forme d’intolérance n’ont leur place à Jersey City,» a affirmé Thomas dans un communiqué.

Mais Terrell-Paige a refusé de s’excuser, selon Politico.

A la question de savoir si elle regrettait ses propos, elle répondu à Politico, «Non, je ne les regrette pas.»

Everett Barber, calligraphe américain

5 octobre 2019

On sait évidemment que des Occidentaux, non arabophones, non musulmans, se sont initiés à la l’art de la calligraphie arabe. Mais à ma connaissance, et à la différence du Japonais Honda Koichi, aucun n’est arrivé au stade de la notoriété parmi ses pairs.
Peut-être l’Américain Everett Barber le rejoindra-t-il? Pas forcément sur le plan de l’esthétique pure mais sur celui de la thématique qui inspire ses travaux.

Le calligraphe rebelle

Le jeune américain Everett Barber dénonce le double standard de la politique internationale à travers des images créées avec la calligraphie islamique
Par Natalia Sancha, El Pais (Espagne) 5 octobre 2019 traduit de l’espagnol par Djazaïri

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Ceci n’est pas le drapeau de l’Etat Islamique

Installé à Beyrouth depuis 2011, Everett Barber recourt à un art qui a plus de 14 siècles d’histoire pour diffuser des messages de dénonciation sociale et politique. Originaire du Tennessee, ce jeune homme de 29 ans a consacré une dizaine d’années à l’étude de la calligraphie islamique. «Mon travail se distingue par mon statut d’étranger. Ils n’achètent pas mes œuvres parce qu’elles sont traditionnelles, mais à cause de thèmes qui reflètent mon identité et font référence à la culture pop de mon pays », explique Barber dans son étude sur Beyrouth. Entouré de crayons qu’il a sculptés dans du roseau ou du bambou, de papiers bruts et de petits encriers, le jeune calligraphe consacre des semaines à la recherche avant de se lancer sur le papier blanc.

Il pratique un art étroitement lié à l’islam qui interdit toute représentation imagée. Cependant, Barber façonne en caractères arabes Donald Trump, des verres à vin, des corps de femmes et des drapeaux. Dans l’une de ses toiles, le drapeau de l’État islamique peut être reconnu. A la place de la chahada (profession de foi musulmane) – il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah, et Muhammad est son prophète – par le serment d’allégeance au drapeau des États-Unis: une nation sous la protection de Dieu, l’Amérique.

Aux États-Unis, les gens sont horrifiés de voir le drapeau de l’État islamique et le symbole du terrorisme djihadiste sans même s’arrêter pour réfléchir à leurs origines. Après tout, c’est l’intervention militaire américaine en Irak qui a contribué à la création de l’organisation terroriste.  » Sur une autre toile, la graphie soignée de ce jeune homme reproduit un article de la Déclaration universelle des droits de l’homme sous la forme de la photo tristement célèbre qui montre un prisonnier irakien soumis à l’humiliation et à la torture par des soldats américains dans la prison d’Abou Ghraib. en Irak

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Il a étudié le commerce international et l’arabe en Écosse jusqu’en 2009, date à laquelle il s’est installé à Damas. Il s’y éprit d’une étudiante britannique qui consacrait son temps libre à des cours de calligraphie. La romance ne dura pas mais Barber fut captivé par cet art ancien qui est devenu depuis sa seule source de revenus. Aujourd’hui, il combine tradition et modernité, politique et art. « J’essaie de casser le petit nombre de règles traditionnelles pour créer des images. » Un an plus tard, il perdait son travail de serveur à Edimbourg. La nuit, en pyjama, il commença à travailler sur des dessins qu’il vendait ensuite sur le net. Il s’est fait connaître grâce aux réseaux sociaux et il vend ses œuvres en ligne. «50% de mes clients viennent des États-Unis ou d’Angleterre; le reste, des pays du Golfe. « 

En 2011, il a déménagé à Beyrouth, persuadé que le conflit syrien ne durerait pas et qu’il pourrait retourner à Damas au bout de quelques mois. La guerre s’est prolongée et huit ans plus tard, Barber est toujours dans la capitale libanaise. Autodidacte, mis à part quatre mois passés en Syrie et un master à l’université de Princeton, qui lui a appris à fabriquer ses propres matériaux, le jeune artiste suit les traces de son maître yéménite, Zaki al Hashemi. Il se déplace souvent pour présenter son travail à Istanbul, haut lieu des calligraphes traditionnels les plus prestigieux du monde. « Pour un calligraphe traditionnel, je suis un simple artiste », dit celui qui n’a pas d’origine arabe et ne professe pas la religion musulmane. Barber est un intrus dans un art né avec l’écriture koufique à la fin du VIIème siècle et qui était à l’origine utilisé pour représenter des versets du Coran dont le style sera codifié trois siècles plus tard par le père de la calligraphie islamique, Ibn Muqla.

Barber reste à l’écart des puristes pourfendeurs de blasphémateurs en s’abstenant d’utiliser des versets coraniques pour représenter des formes iconographiques. «Je ne suis pas arabe et mon rôle n’est donc pas de défier les limites imposées par la tradition islamique. C’est quelque chose qui revient aux calligraphes locaux. ” Barber dit que le plus gros défi auquel il est confronté dans son travail est le facteur humain. Devenir un élève digne de la générosité de ses mentors qui lui ont donné par altruisme un océan de connaissances. Son rêve: retourner à Damas, la ville où il a découvert sa passion. «Si on me le permet, je déménage dès demain. C’est un de ces endroits qui vous appellent et auquel vous ne pouvez pas résister. « 

 


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