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L’Afrique à la veille de l’émergence économique?

20 janvier 2015

Tandis que les puissances néocoloniales et les Etats Unis s’affairent à semer le désordre et la mort en Afrique, une puissance pose un autre regard et a une autre démarche.

Cette puissance est la Chine qui, patiemment étend son influence au gré de partenariats bilatéraux qui se traduisent par des investissements substantiels, là où l’Europe se contente de prodiguer des conseils lénifiants de bonne gouvernance et d’apporter son expérience dans l’art de la guerre.

Le partenariat est aussi multilatéral ainsi qu’on peut le constater avec le projet de Route Maritime de la Soie qui reliera des ports africains, existants ou nouveaux, à l’Asie orientale, la Thaïlande et la Chine principalement.

Le projet de Route Maritime de la Soie, complété par des infrastructures terrestres, routières et ferroviaires, aura nécessairement un impact considérable sur l’évolution économique de l’Afrique , et contribuera à favoriser l’émergence d’un certain nombre de pays et à en sortir d’autres de la grande pauvreté.

A condition que l’effort chinois ne soit pas contrecarré par ces mêmes puissances occidentales qui voient d’un mauvais œil la place de plus en plus grande prise sur un continent qui est encore leur terrain de jeu favori.

La guerre contre le régime libyen s’inscrivait déjà dans cette lutte d’influence.

La Chine accélère le mouvement d’intégration de l’Afrique dans la Route Maritime de la Soie

par Atul Aneja, The Hindu (Inde) 19 janvier 2015 traduit de l’anglais par Djazaïri

La Chine a accéléré sir effort d’inclusion de l’Afrique dans la Route Maritime de la Soie – l’ambitieuse initiative transcontinentale de Pékin – suite à la visité dans le continent de son chef de la diplomatie Wang Yi.

Parmi les thèses qui ont été abordés pendant la visite de M. Wang dans cinq pays, la volonté d’aller de l’avant rapidement pour la construction d’une liaison ferroviaire à écartement standard entre Nairobi et Mombasa a été un des sujets phares.

Le projet de liaison entre la capitale du Kenya et le grand port du pays a de plus vastes implications. Une fois achevé , le corridor ferroviaire contribuera à connecter le vaste hinterland de l’Afrique orientale avec l’Océan Indien, ce qui en fait un projet d’un grand intérêt stratégique qui sera une pièce de plus dans la réalisation du projet du président Xi Jinping d’établissement de la Route Maritime de la Soie du 21ème siècle.

Si les projets se concrétisent, Mombasa serait finalement reliée à Malaba dans la région ouest du Kenya puis à Kampala, Kigali et Juba, les capitales de l’Ouganda, du Rwanda et du Sud-Soudan.

Les Chinois se sont lancés dans ce projet en ayant une conscience claire des opportunités plus larges qu’il présente à l’échelle régionale. Sur le plan du symbole, c’était évident à voir les dirigeants de l’Ouganda, du Rwanda et du Sud -Soudan assis aux côtés dy premier ministre chinois Li Keqian lors de sa visite à Nairobi, de même que des représentants venus du Burundi, de Tanzanie et de la Banque Africaine de Développement pour signer un accord sur le projet.

Avec des démarches concrètes effectuées sur le terrain, il semble bien que l’Afrique soit en train de devenir un des piliers du projet de Route Maritime de la Soie. En plus de construire des routes, des aéroports et des voies ferrées, les Chinois développent douze ports en eau profonde, dont sept se trouvent sur les côtes africaines.

Ce sont Djibouti, Dar es-Salam, Maputo, Libreville, Tema (Ghana), Dakar et Bizerte.

La Route Maritime de la Soie

La Route Maritime de la Soie

En échange, ces ports se connectent à la Route Maritime de la Soie étant donné qu’ils sont prévus pour traiter des cargos de fort tonnage en provenance d’Asie, chargés de nourriture et de produits manufacturés et qui repartiront en emportant des matières premières d’Afrique.

L’Afrique se connecte bien avec les grands pointes avancées de la Route Maritime de la Soie – la province chinoise de Yunnan qui partage des frontières avec le Myanmar, le Vietnam et le Laos ainsi que la Thaïlande plus au sud.

Espérant éviter le vulnérable détroit de Malacca, les Chinois construisent des corridors ferroviaires depuis Kunming, la capitale du Yunnan, vers le Myanmar et la Thaïlande via le Laos enclavé. La Chine a signé un accord pour construire un corridor ferroviaire qui reliera le Yunnan avec la cité portuaire thaïlandaise de Kyaukphyu sur le Golfe du Bengale, contournant ainsi le détroit de Malacca.  Kyaukphyu est aussi le point de départ de l’oléoduc et du gazoduc Chine – Myanmar qui entrent en Chine par la ville de Ruili.

Au Laos, le projet de voie ferrée Chine – Vientiane doit être achevé en 2018. La Chine a récemment approuvé un projet de 23 milliards de dollars qui comprend une liaison à grande vitesse entre Chaing Khong, juste au sud de la capitale laotienne, Vientiane, et Ban Phachi en Thaïlande.

Certains observateurs considèrent que la Chine et la Thaïlande sont à l’initiative dans la construction la connexion de la Route Maritime de la Soie avec l’Afrique. Le site web East by Southeast a rapporté qu’en 2014, des officiels thaïs et chinois ont défini les instruments d’investissement pour la construction de sept ports stratégiques sur le littoral africain.

Les exportateurs thaïlandais de riz seront probablement les principaux bénéficiaires de la liaison Asie-Afrique du projet de Route Maritime de la Soie. Déjà 60 % des exportations thaïlandaises de riz en 2013 allaient vers l’Afrique et la tendance de la consommation était encore plus élevée en 2014.

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De quoi la « mère de toutes les batailles » va-t-elle accoucher?

7 juin 2014

Israël pivote vers la Chine et l’Inde en réaction à l’affaiblissement de l’influence américaine

par Shinya Oshino, Nikkei Asian Review (Japon) 10 mai 2014 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le Caire – Israël s’efforce de tisser des liens économiques et sécuritaires plus étroits avec l’Inde et la Chine, dans le but d’élargir sa marge de manœuvre comme les Etats Unis, son allié le plus proche, commencent à jouer un rôle plus réduit sur la scène mondiale.

Israël attend beaucoup de la Chine pour traiter la question du programme iranien de développement d’armes nucléaires. « La Chine a un rôle central dans les efforts pour empêcher l’Iran d’acquérir une bombe nucléaire, » a dit le président israélien Shimon Peres à son homologie chinois Xi Jinping au cours d’un voyage en Chine au début du mois dernier..

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est rendu en Chine en mai dernier, et de hauts responsables militaires des deux pays ont approfondi leurs relations. Ces visites de haut niveau traduisent la volonté d’Israël d’améliorer sa position diplomatique à l’ONU en se rapprochant toujours plus de la Chine, un membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU.

L’Inde a accepté en février de travailler avec Israël à l’élaboration de mesures antiterroristes et au développement de systèmes de missiles de défense. Ils envisagent aussi la mise en place d’un fonds pour soutenir les partenariats entre les entreprises technologiques des deux pays.

Dans le même temps, un paysage politique mondial de plus en plus complexe a créé diverses sources de friction entre Washington et son allié au Moyen Orient.

Le 27 mars, l’Assemblée Générale de l’ONU a adopté une résolution rejetant l’annexion de la Crimée par la Russie. Mais Israël s’est abstenu, choisissant de maintenir ses relations avec Moscou qui a une influence significative sur le cours de la guerre en Syrie et sur la situation iranienne, les deux affectant directement la sécurité nationale d’Israël.

L’attitude israélienne [par rapport à la Russie] a provoqué la colère des Etats Unis. Mais « nos intérêts en matière de sécurité ne devraient pas être définis comme identiques à ceux de n’importe qui d’autre, pas même les Etats Unis » a déclaré un haut responsable militaire israélien à un média local.

Le commerce d’Israël avec Pékin est aussi devenu une pomme de discorde. Les exportations israéliennes de produits de haute technologie vers la Chine ont bondi de 170 % en cinq ans pour atteindre 1,58 milliard de dollars en 2013. On a rapporté à la fin de l’année dernière que de la technologie avancée dans le domaine des missiles est parvenue en Chine via des entreprises israéliennes.

Dans les années 1990, un projet israélien de vente à la Chine d’un avion de surveillance avait été mis en échec par des pressions américaines. Si Israël continue de se rapprocher de pays comme la Chine et la Russie, il pourrait s’attirer à nouveau une ingérence de Washington.

Commentaire:

Saddam Hussein, le défunt président irakien, avait parlé de « mère de toutes les batailles » pour désigner la confrontation de son pays avec la coalition réunie par Washington en 1991.

Saddam Hussein ne croyait pas si bien dire puisque la guerre contre l’Irak marquait la prise en main pour longtemps de la politique étrangère des Etats Unis par une clique néoconservatrice imprégnéee d’un sionisme radical et qui avait commencé à s’épanouir pendant les années Reagan,

On connaît la suite avec l’invasion de l’Afghanistan, la deuxième guerre du Golfe et le démantèlement du régime baathiste conclu par l’exécution de Saddam Hussein, et plus récemment la destruction du régime libyen et l’assassinat de Mouammar Kadhafi.

A ces aventures militaires d’importance, il faut ajouter des interventions plus mineures, comme les bombardements réguliers ou intermittents au Yémen et en Somalie, la déstabilisation du Soudan qui a abouti à la partition de ce pays, le soutien politique et militaire à l’opposition armée au gouvernement syrien.

Il est frappant de constater qu’aucune de ces interventions n’a résulté en un gain net pour les Etats Unis, ni au plan politique, ni au plan économique,

Au contraire, les Etats Unis sortent de toutes ces batailles épuisés financièrement et moralement au moment où d’autres puissances émergent (ou réémergent), notamment la Russie et surtout la Chine, ce qui motive la stratégie de rééquilibrage vers l’Asie du déploiement politique et militaire des Etats Unis.

C’est cet accès de faiblesse des Etats Unis qui explique leur gestion en retrait [stay behind] de la crise libyenne, leur incapacité à passer par dessus l’obstacle russo-chinois pour obtenir l’éviction du Syrien Bachar al-Assad.

Ce qui ne les empêche pas d’essayer de poursuivre l’encerclement de la Russie en organisant un coup de force en Ukraine. L’effet immédiat de l’ingérence américaine aux frontières de la Russie aura cependant été de précipiter la signature d‘importants accords économiques entre Moscou et Pékin qui scellent ainsi une alliance eurasiatique qui ne fait finalement qu’aggraver le problème stratégique à résoudre par les Etats Unis.

Ces évolutions des rapports de force à l’échelle mondiale n’ont pas échappé non plus à l’entité sioniste dont la survie dépend du soutien d’un parrain étranger qui fut tour à tour [voire simultanément] la Grande Bretagne, l’URSS, la France puis les Etats Unis d’Amérique.

1955: réception symbolique d'un avion de combat Ouragan par Moshe Dayan et Shimon Peres en présence de Pierre Gilbert, ambassadeur de France à Tel Aviv

1955: réception symbolique d’un avion de combat Ouragan par Moshe Dayan et Shimon Peres  (lunettes noires)en présence de Pierre Gilbert, ambassadeur de France à Tel Aviv

L’analyse politique qui prévaut aujourd’hui est que Washington va tendre à se désintéresser de la situation au Moyen Orient où un règlement définitif est vivement souhaité, Il ne s’agit pour l’instant que de vélléités de la part de Washington où les néoconservateurs ultrasionistes représentés par Hillary Clinton et John McCain restent influents ; mais la tendance est là et elle veut, entre autres, que pour contrer la Chine, les Etats Unis ont besoin de se rapprocher de l’Iran.

Les sionistes de leur côté ne restent pas les bras croisés et ils agissent fidèlement à une version de l’histoire juive qui consiste à se mettre dans l’ombre du puissant du moment. C’est par exemple ce qui s’était passé au moment de la conquête de l’Espagne par les Arabes et que bien des portes de cités avaient été ouvertes par les Juifs présents sur place. Et comme on l’a vu et comme on le sait, c’est une caractéristique de l’histoire du mouvement puis de l’Etat sioniste.

Les priorités actuelles de l’entité sioniste sont la Chine et l’Inde. Ces deux pays n’ont pas grand chose à voir avec l’histoire de la persécution des Juifs par le nazisme. Les autorités sionistes essayent bien de les sensibiliser à la souffrance juive, mais c’est tout sauf évident d’autant qu’en dépit d’une présence juive anecdotique en Inde comme en Chine, ce dernier pays connaît des bouffées d’antisémitisme.

Non, les leviers principaux du régime sioniste résident dans les technologies militaires qu’il peut fournir à l’Inde et à la Chine, des technologies bien souvent américaines. Ce genre de commerce est déjà florissant avec les deux pays non sans provoquer le mécontentement de Washington en ce qui concerne les ventes à la Chine. On notera quand même l’atout que représente pour Tel Aviv la toute récente arrivée au pouvoir à New Delhi de Narendra Modi, chef des nationalistes hindous qui se sentent depuis longtemps des afffinités avec le sionisme.

Février 2013: encore premier ministre du Gujerat, Narendra Modi recevait Alon Ushpitz, ambassadeur sioniste et Orana Sagiv, consul de l'entité sioniste à Mumbai

Février 2013: encore premier ministre du Gujerat, Narendra Modi recevait Alon Ushpitz, ambassadeur sioniste et Orana Sagiv, consul de l’entité sioniste à Mumbai

Mais l’exécutif américain est dans une telle position de faiblesse face au lobby sioniste qu’il a bien du mal à se faire respecter sur la question des transferts de technologie militaire. On a vu un processus voisin, sur la plan politique cette fois, quand le régime sioniste a refusé d’aligner son vote à l’ONU sur celui des Etats Unis sur la question de Crimée.

Pensez bien que les Etats Unis n’ont pas hésité à s’humilier à plusieurs reprises pour faire barrage à des résolutions onusiennes favorables à la cause palestinienne ! Ils commencent à savoir ce qu’est l’amour vache des sionistes pour leurs alliés une fois le citron pressé.

Les racines du dénouement en vue de la crise en Syrie et la chasse au Netanyahou

12 octobre 2013

J’étais parti pour faire une petite intro sur Yaïr lapid et Benjamin Netanyahou mais j’ai un peu dérivé… 

La crise syrienne a connu récemment un tournant décisif et ce tournant n’a pas été militaire mais politique,

On est en effet passé de l’exigence du départ du président Syrien Bachar al-Assad par les puissances occidentales (souvenons-nous de Laurent Roquet Fabius qui affirmait que le président syrien ne mériterait pas d’être sur la Terre) à l’exigence de la destruction des armes chimiques dont dispose l’armée syrienne,

C’est ce qu’on appelle un changement de paradigme, changement concocté par les Etats Unis, la Russie et ,,, le gouvernement syrien, prenant au dépourvu la Turquie et une diplomatie française ridiculisée dans sa vaine posture belliciste.

Le camouflet à répétition n’a pourtant apparemment pas suffi à vacciner Paris contre l’emploi d’un langage musclé qui n’est plus vraiment dans ses moyens et de toute façon ne sert pas ses intérêts.

Ne vient-on pas en effet de lire que François Hollande a assuré Benjamin Netanyahou de «toute sa fermeté» à l’égard de l’Iran?

Parce que l’élection de Hassan Rohani à la présidence de la république islamique d’Iran est aussi un des éléments qui ont joué dans l’évolution du traitement du dossier syrien. Non pas que le nouveau chef de l’Etat ait pris des positions radicalement différentes de son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad, du moins sur les dossiers syrien et nucléaire, mais son image de modéré bien mise en avant dans la presse occidentale (malgré de vaines tentatives sionistes de le diaboliser comme on l’a fait pour Mahmoud Ahmadinejad) a donné l’opportunité aux Etats Unis de changer de ton à l’égard de l’Iran.

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Ahmadinejad et Rohani (faisant un salut nazi?)

La conséquence de ce changement de ton a été la rencontre entre les présidents Rohani et Hollande en marge de l’assemblée générale de l’ONU, et l’échange téléphonique entre Barack Obama et le président de la république islamique d’Iran. Il va sans dire que François Hollande avait été dûment autorisé par la maison Blanche à rencontrer son homologue iranien.

Ce rapprochement entre l’Iran et l’Occident a bien sûr pour conséquence que l’élimination du régime syrien n’a plus le caractère impérieux qu’elle avait il y a seulement quelques mois, d’autant qu’il apparaît clairement que la fraction de l’opposition polico-militaire tenue à bout de bras par Londres, Paris et Washington ne représente pratiquement rien, ni sur le terrain militaire, ni sur le terrain politique.

Un troisième facteur qui a joué un rôle absolument décisif dans le changement de posture des Etats Unis est la déposition du président Mohamed Morsi par l’armée égyptienne, un coup d’état qui était motivé entre autres par le refus d’un engagement militaire de l’Egypte contre le régime syrien, même par volontaires interposés, et qui a pu s’appuyer sur l’hostilité de l’Arabie Saoudite à l’égard des Frères Musulmans.

Il faut bien se figurer en effet que, vu de Riyad, les Frères Musulmans que nous qualifierions de bourgeois conservateurs, sont perçus comme de dangereux révolutionnaires, une véritable menace pour la monarchie (l’épisode de la proclamation d’une république au Yémen par les Frères Musulmans avec à leur tête l’Algérien Fodil El Ouartilani n’a sans doute pas été oublié en Arabie).

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Fodil al Ouartilani

Si le paysage reste confus, avec des retournements qui semblent fourmiller de contradictions, il est peut-être possible de mieux saisir sa logique globale en prenant de la hauteur, c’est-à-dire en examinant la situation dans la région asiatique dans son ensemble.

On le sait, le centre de gravité de l’économie mondiale est en train de se déplacer vers l’Asie orientale (Corée, Chine, Thaïlande) quoique d’autres pôles de puissance semblent émerger ailleurs (Inde, Brésil par exemple) et tôt ou tard le politique suivra. Des tentatives d’organisation autonome de ces espaces ont vu le jour comme le BRICS (Brésil, Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud) ou l’Organisation de Coopération de Shangaï.

Deux pays asiatiques retiendront notre attention ici: la Chine et l’Inde, Ces deux géants ont pour point commun d’avoir d’énormes besoins en énergie (pétrole, gaz) que la production nationale est absolument incapable de satisfaire, Ces deux pays se tournent donc vers des fournisseurs étrangers dont l’Iran fait partie. Mais ce rôle de fournisseur de l’Iran n’a en réalité pas vraiment de caractère déterminant dans les inflexions de la diplomatie des Etats Unis. Ce qui est important à cet égard, ce sont les réserves d’hydrocarbures présentes dans l’Asie Centrale ex soviétique et qui font l’objet de toutes les sollicitudes. Des réserves auxquelles la Chine peut accéder par voie terrestre moyennant des aménagements en infrastructures de transport qui existent déjà et d’autres qui sont en cours de réalisation ou à l’étude.

Pour l’Inde, les choses se présentent différemment puisque son accès terrestre à l’Asie Centrale est barré par le Pakistan, l’ennemi intime depuis la sécession de 1947.

L’accès de l’Inde à l’Asie Centrale passe donc par l’Iran où l’Inde investit 100 millions de dollars dans le port et la zone franche de Chabahar, des investissements qui complètent ceux effectués dans des infrastructures routières qui relient de grandes villes afghanes à l’Iran. De son côté,la Chine s’est ménagée une ouverture portuaire semblable au Pakistan qui lui offre une route sud-nord complémentaire à la route est-ouest,

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Nouvelles routes terrestres et maritimes en Asie

Et bien sûr, ces régions d’Asie, et peut-être l’Afghanistan une fois la paix revenue, seront des fournisseurs mais aussi des clients.

Cette partie du monde est donc à la veille d’un boom économique auquel l’Iran va participer ne serait-ce que par son positionnement géographique au débouché sud-ouest de ces régions.

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Transports de gaz et de pétrole en Asie centrale et au Moyen Orient

C’est là que se situent les enjeux majeurs pour le monde, pour l’Iran et par conséquent pour le Moyen Orient et non dans une prétendue lutte entre Islam chiite et sunnite,

L’affaire syrienne a été l’occasion pour les Etats Unis de jauger la volonté de la Russie et de la Chine quant au contrôle de l’accès aux ressources et aux marchés de l’Asie Centrale et du Moyen orient.

Et les Etats Unis ont semblé conclure que cette volonté était trop forte pour qu’ils puissent tenter quoi que ce soit de significatif sans en subir de conséquences, par exemple dans l’unique position clef qu’ils occupent encore, c’est-à-dire en Afghanistan.

Sous peine d’être à moyen terme exclus de la région, la solution qui s’est imposée à eux est celle d’un rapprochement avec l’Iran.

Ce rapprochement va sans doute prendre du temps, parce qu’on ne passe pas du jour au lendemain d’un langage belliqueux et menaçant à des relations amicales et surtout en raison de la présence de l’Etat prétendu juif qui torpille toute approche rationnelle de la part des Etats Unis dans la région.

L’analyse qui semble prévaloir à Washington est que c’est Benjamin Netanyahou qui représente un obstacle et la tête de ce dernier est en quelque sorte mise à prix par la Maison Blanche qui aimerait avoir un interlocuteur plus sensible aux intérêts de l’allié américain.

Cet interlocuteur pourrait être Yaïr lapid, l’actuel ministre des finances du cabinet Netanyahou qui vient d’être reçu très chaleureusement par Joe Biden malgré le Shutdown.

Pourtant, comme l’explique l’article que je vous propose, si Yaïr lapid a une autre prestance que Benjamin Netanyahou, il est fondamentalement sur la même ligne aussi bien sur la question des négociations avec les Palestiniens que sur le dossier iranien.

Yaïr Lapid a beaucoup plus de charme que Netanyahou, mais son message est le même

par Philip Weiss, Modoweiss (USA) 11 octobre 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Yaïr Lapid, le ministre des Finances d’Israël et étoile montante centriste, est reçu comme une star aux Etats Unis. Lapid s’est entretenu hier, en plein Shutdown, avec le vice-président, ils se sont apparemment bien entendus. Le vice président a tweeté la photo ci-dessus et publié une déclaration selon laquelle ils avaient une « conversation sur de nombreux sujets », notamment sur l’Iran et les négociations avec les Palestiniens. Ils avaient été rejoints par le secrétaire au Trésor Jack Lew et le coordonnateur pour le Moyen-Orient à la Maison Blanche, Phil Gordon.

Lapid était une vedette de la télévision, et ça se voit. Charlie Rose a passé beaucoup de temps avec Lapid mardi. D’abord sur le Charlie Rose Show. Puis au centre culturel 92d Street Y pour une co-présentation avec une organisation pro-israélienne, l’Israeli Policy Forum.

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Yaïr Lapid interrogé par Charlie Rose

A 92d Street Y, Rose a présenté Lapid comme étant «un des Juifs les plus célèbres du monde.» L’interview (vidéo ici) était dans l’ensemble gentille et Lapid a pu contrôler aisément la situation, comme si c’atait lui qui animait le talk show.

Il a plaisanté avec naturel l’accent sudiste de Rose et l’a rembarré quand il lui a demandé s’il aspirait à être premier ministre, et il a moqué le New York Times qui cite les gens hors contexte. Mais ses positions ne sont guère différentes de celles de Netanyahou, et on n’a pas à attendre longtemps avant que Lapid commence à parler de la Cité de David [Jérusalem].

C’est un tenant d’une ligne dure sur Jérusalem.

“Jérusalem ne sera jamais divisée. Jérusalem est la capitale d’Israël. Les pays ne renoncent pas à leurs capitales… mais oui, il y aura – certains territoires qui seront restitués…”

Rose: “Vous n’êtes pas en faveur de Jérusalem comme capital pour les Palestiniens et les Israéliens.”

“Vrai.”

Gaza ne fait pas partie de l’Etat palestinien tel qu’il peut l’imaginer.

Gaza est hors jeu. Il n’y pas de négociations avec le Hamas. Le Hamas est une… organisation terroriste qui devrait être traitée comme telle.

La vallée du Jourdain est également exclue des négociations. «Sécurité.»

Il est aussi partisan d’une ligne dure sur l’Iran.

“Le problème que nous avons avec l’Iran…c’est qu’ils construisent des armes nucléaires… et que les Iraniens financent le Hamas et le Hezbullah… Je pense que la ruse et la fraude ont toujours fait partie des instruments de la stratégie |de l’Iran].”

Lapid dit que l’Iran doit faure deux chose simples pour une levée des sanctions. Renoncer aux centrifugeuses, il y en a 18 000, et fermer son réacteur au plutonium.“parce que personne n’utilise des réacteurs au plutonium à des fins pacifiques.”

Ses attitudes par rapport à Israël sont très marquées par un chauvunisme ethnique. Son père avait échappé à l’holocauste à Budapest et il aime vivre dans un Etat juif.

“Ecoutez, je ne cherche pas un mariage heureux avec les Palestiniens. Je veux un divorce. L’idée de gouverner… environ 3 millions de Palestiniens est problématique pour l’identité juive d’Israël, et je veux vivre dans un Etat juif.…”

Quel est votre principal motif d’inquiétude pour l’avenir d’Israël? lui a demandé Rose? Une bonne partie de la réponse de Lapid est: les Arabes.

“Je dirais l’éducation…. Cette année, 49 % des élèves qui entrent à l’école élémentaire sont soit des ultra orthodoxes, soit des Arabes. Je ne veux pas dire que c’est une menace existentielle mais c’est un changement existentiel pour Israël. Et nous devons faire en sorte que tous participeront à la société israélienne.. Donc oui, je crains plusles menaces internes que les menaces externes.”

Et quand Lapid dit qu’il tend constamment la main aux autres partis, pour travailler avec eux, il parle d’autres partis juifs, du Likoud au Foyer Juif en passant par les travaillistes. Pourquoi Charlie Rose ne luii demande-t-il pas s’il parle avec les partis palestiniens, et s’il ne le fait pas, pourquoi? Ros accepte ainsi le même genre de discrimination que celui auquel il s’opposait en Caroline du Nord dans son enfance.

Lapid dit de l’extrémiste de droite Naftali Bennett que c’est un ami, et que le gouvernement de Netanyahou ne tombera pas avant l’expiration de son mandat. “Il y a une bonne énergie et la volonté de travailler ensemble.”

La première question qui vient de l’auditoire est, “Pourquoi ne pouvez-vous pas diviser la ville de Jérusalem?”

La réponse référait à la doctrine ethno-religieuse, et était un peu effrayante:

“[si nous] posons que tout relève du rationnel… alors– je serais sans doute mieux à vivre à New York . Vous savez, Israël a été créé au début pour être un havre de sécurité pour les Juifs du monde. Je ne pense pas que c’est un lieu sûr. J’entends par là que New York est un endroit plus sûr quand on est juif. Je vis en Israël parce que je veux vivre dans un pays qui n’est pas seulement un territoire, mais aussi une idée. Et Jérusalem est l’essence de cette idée. Certes, il y a… des raisons logiques pour dire OK, je renonce à Jérusalem Est, mais un pays ne peut pas survivre sans un ethos et l’ethos d’Israël est à Jérusalem Est. C’est la cité du roi David. C’est – vous savez quoi, notre droit au retour doit aussi être pris en compte – et nous sommes revenus à Jérusalem. J’aime Tel Aviv, la ville où je vis mais nous ne sommes pas rentrés après 2 000 ans pour Tel Aviv, nous sommes rentrés pour Jérusalem.

Applaudissements nourris du public à 29 dollars la place.

Lapid dit aussi croire en Dieu et lire «beaucoup» la Bible. Parce que la Bible est pleine de héros et que notre monde est celui des «anti-héros », Oui, et il préférerait vivre dans une idée, pas dans un pays. Il y a chez lui beaucoup plus de vernis que chez Netanyahou, mais l’ethos est le même.

A-t-on besoin de l’ONU pour traiter le dossier des armes chimiques syriennes?

11 septembre 2013

On entend certains commentateurs et le gouvernement français affirmer que c’est la menace crédible d’un recours à la force qui a amené la Russie à faire une proposition visant à détruire les stocks d’armes chimiques dont dispose ou disposerait l’armée syrienne.

Cette appréciation est fausse comme le montre le blogueur qui anime Moon of Alabama, un de ces sites indispensables pour comprendre le monde contemporain.

La vérité est que, comme au jeu d’échecs, les autorités russes ont exploité immédiatement une faille apparue dans le jeu de l’adversaire et ont avancé un pion dont le positionnement a désarçonné ce dernier.

L’analogie avec le jeu d’échecs s’arrête là, parce que le but de la diplomatie russe n’est pas de mettre en échec les Etats Unis et encore moins de les mettre mat (c’est-à-dire de les mettre à mort) mais de trouver un moyen pour sortir les Etats Unis de la logique de guerre dans laquelle ils se sont malencontreusement enferrés.

La France en est désormais réduite aux gesticulations oiseuses et belliqueuses du sieur Laurent Fabius qui est furieux de perdre l’occasion de faire sa guerre pour l’Etat prétendu juif. Après le report du vote au Congrès par le président Obama, c’est là le deuxième sévère camouflet subi par une diplomatie français prise en otage par les zélateurs de Tel Aviv.

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La paix, c’est pas la joie…

De fait, les possibilités offertes dorénavant à la diplomatie ne se limitent pas , tant s’en faut, à une résolution de l’ONU du genre « prête à être bafouée » par les prétendus garants du droit international que seraient la France et le Royaume Uni, deux régimes notoirement fauteurs de guerre.

Pas besoin de l’ONU pour régler la question de l’armement chimique syrien

Moon Of Alabama (USA) 10 septembre 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Gregg Carlstrom résume le message confus d’Obama sur la Syrie:

Nous sommes  « sérieusement sceptiques  » devant l’offre, qu’à l’origine nous avions accidentellement proposé quelques heures plus tôt, pour résoudre pacifiquement un bras de fer sur une «ligne rouge» qui nous avions accidentellement fixée l’année dernière. À tout le moins, elle va retarder de plusieurs semaines, notre réponse à un massacre «déplorable», notre «moment munichois» qui, nous le promettons sera « incroyablement petit et très limité. »

Pour tous ceux qui ont suivi de près les évènements d’hier (et les questions à plus long terme), il est évident que l’administration Obama n’avait pas prévu un tel développement. Il n’a pas été le résultat d’une diplomatie intelligente mais celui d’une autre gaffe de Kerry dont la Russie s’est servie pour transformer une situation tendue en un schéma gagnant pour presque toutes les parties.

L’initiative russe qui utilisé des propos désinvoltes de Kerry a épargné à la Syrie une attaque imminente par les forces US qui aurait modifié l’équilibre sur le champ de bataille au profit des rebelles et des terroristes soutenus par l’étranger. Elle renforce la position d’Assad à l’international en tant que chef de l’Etat syrien. Elle sauve aussi l’administration Obama d’une sévère défaite au Congrès et de l’embarras d’une frappe unilatérale et illégale qui aurait été trop puissante pour être vue comme justifiée – aussi bien dans le monde qu’au niveau national – et trop peu importante pour calmer les bellicistes israéliens et les autres soutiens de l’insurrection.

Le Secrétaire Général de l’ONU, la Chine, la Grande Bretagne, la France et la Ligue Arabe ont salué l’initiative russe. La Syrie l’a acceptée. Comme on pouvait le prévoir, les insurgés syriens sont contre la proposition russe tout comme les Israéliens. Ils n’y pourront rien. L’élan de l’administration Obama vers la guerre est maintenant brisé et ne pourra être relancé. Aller vers la guerre nécessiterait maintenant une campagne de propagande complètement nouvelle basée sur une autre cause pseudo-rationnelle.

La France propose aujourd’hui une résolution au Conseil de Sécurité de l’ONU pour adopter une proposition qui reste encore à définir. La France et la Grande Bretagne vont essayer de placer cette résolution sous le chapitre VII de [la charte de] l’ONU qui autoriserait en fin de compte le recours à la force contre la Syrie.

Ni la Russie, ni la Chine ne l’accepteront. Il n’y a en réalité aucun besoin d’une résolution de l’ONU même si la Russie préférerait avoir une déclaration du Conseil de Sécurité sur cette question ne serait-ce que pour ramener les Etats Unis dans le champ du droit international.

Les stocks chimiques de la Syrie peuvent être placés sous contrôle international par une remise immédiate des clefs des dépôts à des officiers chinois et russes. La Syrie pourrait alors entrer en contact avec l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) et demander à ses inspecteurs de travailler avec les officiers étrangers pour inventorier et vérifier les registres de stockage et concevoir des plans pour leur destruction finale. L’OIAC est une organisation légale internationale de plein exercice et non une agence de l’ONU. La Syrie adhérerait à l’OIAC en signant et en ratifiant la Convention sur les Armes Chimiques. La Syrie informerait le Secrétaire Général de l’ONU de ces démarches. Il n’y a aucune raison juridique pour impliquer les nations Unies ou le Conseil de Sécurité dans ces démarches.

La destruction des stocks syriens pourrait prendre du temps. On cherchera à éviter de transporter ces produits chimiques et on préférera construire une installation spécifique de traitement et d’incinération quelque part dans le désert syrien pour y détruire ces munitions et produits chimiques. Ce qui pourrait prendre, comme aux Etats Unis, une dizaine d’années voire plus.

Je ne vois pas par quel moyen les Etats Unis et leurs allies pourraient exercer une pression raisonnable pour une résolution sous le chapitre VII. La Syrie déclare, comme tant d’autres Etats avant elle, qu’elle va volontairement  faire la démarche de satisfaire à la convention sur les armes chimiques. Alors pourquoi donc devrait-elle, contrairement à d’autres pays avent elle, être menacée par la force de devoir le faire ? En cas de résolution sur les armes chimiques au Moyen Orient, la Russie et la Chine doivent insister pour qu’elle concerne tous les pays du Moyen Orient, dont bien sûr l’armement chimique israélien. C’est une demande raisonnable qui sera rejetée par les Etats Unis à qui on pourra à bon droit reprocher d’avoir fait échouer l’adoption de la résolution.

Si Obama est intelligent, il reconnaîtra que la Russie lui aura évité de ruiner son mandat présidentiel. Il devrait se servir de ce moment pour repenser sa stratégie syrienne, pour se dissocier de l’alliance saoudo-turco-israélienne qui veut détruire la Syrie et accepter finalement une solution diplomatique et politique pour le peuple syrien.

Après Sarkozy en Libye, Hollande victime d’un mirage au Mali

14 janvier 2013

Je ne sais pas quel jeu joue le gouvernement algérien qui a autorisé la France à faire transiter par son espace aérien ses avions se rendant au Mali.

Peut-être était-ce le prix à payer pour les déclarations alambiquées de François Hollande lors de son dernier déplacement à Alger, ou encore pour le remercier d’avoir écouté sans broncher la chorale féminine qui chantait ses louanges à Tlemcen.

En tout cas, même si l’engagement algérien ne va pas plus loin, c’est déjà une faute et un reniement des principes qui ont animé la lutte anticoloniale.

Quant à savoir ce qui a amené la France à intervenir sans mandat de l’ONU et prétendument à l’appel d’un gouvernement qui n’a d’autre légitimité que celle que lui a donné un coup d’Etat…

La France va essayer maintenant de régulariser sa situation à l’ONU, ce qui laisse sous-entendre qu’à paris on est quelque peu conscient de la faiblesse de l’habillage légal donné à son intervention.

Paris a aussi argué de la nécessité d’assurer la sécurité de ses ressortissants, ils sont quelques milliers, au Mali.

Un argument étrange qui sera peut-être utilisé par un des multiples pays d’origine des migrants qui résident en France en cas d’accession à l’Elysée d’un candidat extrémiste !

La vérité est que la France est partie en guerre pour défendre ses intérêts miniers et stratégiques et que si elle était disposée à laisser agir, sous son contrôle, une force africaine dominée par des représentants de la Françafrique, elle ne pouvait pas permettre à une autre puissance extra-africaine de prendre l’initiative militaire. Cette vérité est d’ailleurs affirmée clairement par le gouvernement français même si les journalistes la noient dans tout un fatras de considérations, notamment techniques et tactiques.

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François Hollande intervient militairement en Afrique au nom des intérêts de la France de de l’Europe

La France ne pouvait pas même laisser la première place aux Etats Unis qui s’échinent patiemment depuis des années à rogner la place de la France dans la région même si sa stratégie a été quelque peu perturbée par l’arrivée de ce nouvel acteur de premier plan qu’est la Chine. 

Et cette intervention française tombe finalement plutôt bien pour les Etats Unis et, si on en croit cet article du New York Times, les Américains ne sont tout de même pas fâchés de voir la France s’y coller parce qu’ils n’avaient pas vraiment envie d’y aller eux-mêmes : trop compliqué pour des résultats aléatoires.

Bien sûr, la France, avec le renfort éventuel de ses ‘’alliés’’ africains, a parfaitement les moyens de contenir, de repousser et d’infliger de lourdes pertes aux miliciens qui tiennent actuellement le nord du Mali (et aux populations civiles aussi soit dit en passant).

Et les choses peuvent même aller très vite.

Le problème étant justement celui de la durée. Sauf à occuper durablement le Sahara et la région sahélienne, en y installant des postes militaires, en y faisant circuler des unités motorisées et en patrouillant régulièrement l’espace aérien, les combattants qui se seront égayés dans la nature et au-delà du «limes» reviendront dès qu’ils auront reconstitué leurs forces.

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Le limes romain en Afrique

Et compte tenu de l’instabilité (à laquelle l’Etat algérien a malheureusement contribué), et de la pauvreté, qui règnent dans une région à l’économie de laquelle l’intervention en Libye (avec la France en pointe déjà) a porté un coup très dur, il n’y a aucune raison pour que ces forces ne se reconstituent pas dans des délais assez brefs.

Pour conclure, on dira qu’il est quand même piquant de voir François Hollande aller guerroyer contre des clones ce ceux qu’il soutient mordicus en Syrie.

NB : j’ai hésité dans la traduction du titre. Au lieu de «supplantent (ou remplacent) la prudence», j’ai préféré «contre la prudence.» Il me semble que dans le verbe supplanter il y une notion d’antagonisme ou d’opposition.

Les frappes françaises au Mali contre la prudence des Etats Unis

par ADAM NOSSITER, ERIC SCHMITT and MARK MAZZETTI.

The New York Times (USA) 13 janvier 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Bamako, Mali – Des avions de combat français ont frappé en profondeur au cœur des bastions rebelles du nord du Mali ce dimanche, mettant fin à des mois d’hésitation internationale au sujet d’une action militaire dans la région et après l’échec de toutes les autres tentatives des Etats Unis et de leurs alliés pour contrer les extrémistes.

Pendant des années, les États-Unis ont essayé d’enrayer la propagation du militantisme islamique dans la région en mettant en œuvre le plus ambitieux de ses programmes de lutte contre le terrorisme à travers ces vastes étendues turbulentes du Sahara.

Mais quand les insurgés se sont répandus dans tout le désert l’an dernier, les commandants des unités d’élite des armées de ce pays, entraînées minutieusement pendant des années par les Etats Unis  ont fait défection au moment où on avait le plus besoin d’eux – pour passer à l’ennemi en pleine bataille, avec leurs hommes, leurs fusils et leurs nouvelles compétences, selon des officiers supérieurs Maliens.

« Ce fut un désastre,” déclare un des officiers Maliens qui confirme les défections.

Puis, un officier formé par les Etats Unis a renversé le gouvernement élu du Mali, préparant le terrain pour que plus de la moitié du pays tombe entre les mains des extrémistes islamistes. Les avions espions et les drones de surveillance américains ont essayé de mettre de l’ordre dans cette pagaille, mais les officiels Américains et leurs alliés en sont encore à se triturer les méninges pour se faire une idée précise de ce qu’ils affrontent.

Maintenant, malgré les avertissements américains de longue date sur le risque qu’une attaque occidentale sur le bastion islamiste fasse affluer des djihadistes de partout dans le monde et encourage des attentats terroristes aussi loin qu’en Europe, les Français sont entrés d’eux-mêmes en guerre.

Ils ont d’abord freiné la progression islamiste, affirmant que le reste du Mali serait tombé entre les mains des militants en quelques jours. Puis, le dimanche, les avions de combat français sont passés à l’offensive, attaquant des camps d’entraînement, des dépôts et d’autres positions des militants loin à l’intérieur du territoire contrôlé par les islamistes, dans le but de déloger les militants qui ont créé là un des plus importants repaires au monde pour les djihadistes.

Certains officiels du Départment de la Défense, en particulier des officiers du Joint Special Operations Command au pentagone ont plaidé en faveur d’une campagne d’assassinats [lethal campaign] pour tuer les hauts responsables de deux des organisations extrémistes qui tiennent le nord du Mali, Ansar Dine et Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Tuer les chefs, soutenaient-ils, pourrait provoquer un effondrement interne.

 Mais son attention et ses ressources étant concentrées sur d’autres conflits comme le Pakistan, le Yémen, la Somalie et la Libye, l’administration Obama a rejeté ces frappes en faveur d’une stratégie plus prudente et une action indirecte : aider les nations africaines à repousser et à contenir la menace par elles-mêmes.

Ces quatre dernières années, les Etats Unis ont dépensé entre 520 et 600 millions de dollars dans un vaste effort pour combattre le militantisme islamiste dans la région sans faire des guerres comme celles qu’ils ont menées au Moyen Orient. Ce programme s’est étendu du Maroc au Nigeria et les officiels Américains présentaient l’armée malienne comme une partenaire exemplaire. Les forces spéciales américaines avaient formé les soldats Maliens au tir de précision, à la patrouille de frontière, à l’embuscade et à d’autres techniques du contreterrorisme.

Mais toute cette planification délibérée a rapidement volé en éclats quand des combattants islamistes aguerris et lourdement armés sont rentrés des combats en Libye. Ils se sont alliés avec des djihadistes comme Ansar Dine, ont mis en déroute des forces maliennes mal équipées et les ont démoralisées à tel point qu’il s’en est suivi une mutinerie contre le gouvernement dans la capitale, Bamako.

Une évaluation confidentielle à l’interne effectuée en juillet dernier par l’Africa Command (Africom) au Pentagone avait conclu que le coup d’Etat était allé trop vite pour que le commandement américain où les analystes du renseignement puissent en détecter de véritables signes avant coureurs.

Le coup d’Etat au mali est allé si vite et il y avait si peu de signaux d’alerte,» explique le colonel Tom Davis, un porte parole du commandement. «L’étincelle qui l’a déclenché s’est produite chez les officiers de niveau intermédiaire qui ont fini ar renverser le gouvernement, pas aux échelons supérieurs où on aurait pu plus aisément remarquer des signaux d’alerte »

Mais un officier des Forces d’Opérations Spéciales n’est pas d’accord, qui affirme, “Les choses fermentaient depuis cinq ans. Les analystes étaient trop complaisants dans leurs hypothèses et ils n’avaient pas vu les gros changements et leur impact, comme l’armement lourd en provenance de Libye et la nature différente, plus ‘’islamique’’ des combattants qui revenaient.

Les mêmes unités de l’armée entraînées par les Etats Unis et qu’on voyait comme la meilleure chance de repousser cette avance se sont avérées en fin de compte être à la base de la défaite militaire du pays. Les chefs de ces unités d’élite étaient des Touareg – de la même ethnique nomade qui envahissait le nord du Mali.

Selon un officier supérieur, les commandants Touareg des quatre unités maliennes combattant dans le nord à l’époque avaient fait défection en faveur de l’insurrection ‘’au moment crucial», emportant avec eux les combattants, les armes et un peu d’équipement. Il affirme qu’ils ont été rejoints par environ 1 600 autres transfuges de l’armée malienne, portant un coup sévère aux espoirs du régime de résister à l’offensive.

“L’aide des Américains s’est révélée sans utilité,” déclare un autre officier supérieur Malien, engagé en ce moment dans les combats. ‘’Ils ont fait les mauvais choix,’’ dit-il en s’appuyant sur des chefs d’un groupe [ethnique] qui est en rébellion contre l’Etat malien depuis cinquante ans.

Le quasi effondrement de l’armée malienne, y compris des unités entraînées par les forces spéciales américaines, suivi par un coup d’Etat avec à sa tête un officier formé par les Etats Unis, le capitaine Amadou Sanogo, a surpris et embarrassé le haut commandement militaire américain.

 ‘’J’ai été très déçu de voir un militaire avec qui nous étions en relation pour le former participer au renversement par l’armée d’un gouvernement élu,’’  a déclaré le général Carter F. Ham, commandant de l’Africom, dans un discours prononcé à la Brown University le mois dernier. ‘’On ne peut pas qualifier ça autrement que complètement inacceptable.’’

Les officiels Américains défendent leur entraînement de l’armée malienne, expliquant qu’il n’avait jamais eu pour but d’être aussi complet que ce que les Etats Unis ont fait en Irak et en Afghanistan. ‘’Nous avons entraîné cinq unités pendant cinq ans, mais est-ce que ça suffit à faire une véritable armée solide comme le roc ?’’ demande un officier de l’armée américaine bien au courant du dossier.

Après le coup d’Etat, les extrémistes ont rapidement écarté les Touareg dans le nord malien et appliqué une version dure de l’Islam à la population, coupant des mains, flagellant les habitants et poussant à la fuite des dizaines de milliers de personnes. Les pays occidentaux ont alors adopté une stratégie d’endiguement, exhortant les pays africains à boucler le nord du pays en attendant d’être en mesure de mobiliser une force armée pour chasser les islamistes à l’automne, au plus tôt. A cette fin, le Pentagone fournit à la Mauritanie des camions neufs et au Niger deux avions de reconnaissance Cessna, en plus de la formation militaire dispensée dans les deux pays.

Mais même ce plan de sauvetage a échoué car les islamistes ont progressé dans le sud en direction de la capital. Avec des milliers de citoyens Français au Mali, son ancienne colonie, la France a décidé qu’elle ne pouvait pas attendre plus longtemps et a bombardé les militants sur la ligne de front et en profondeur dans leur repaire.

Certains experts dissent que des troupes étrangères pourraient facilement reprendre les grandes villes du nord du Mali, mais que les combattants islamistes ont obligé des enfants à se battre pour eux, ce qui est dissuasif pour toute force d’invasion, et pourraient recourir à des tactiques insurrectionnelles meurtrières.

 ‘’Ils ont préparé ces villes pour en faire un piège mortel,’’ déclare Rudy Atallah, l’ancien directeur de la politique du contreterrorisme pour le Pentagone. ‘’Si une force d’intervention va là-bas, les militants en feront une guerre insurrectionnelle.’’

Adam Nossiter reported from Bamako, Eric Schmitt from Niamey, Niger, and from Washington, and Mark Mazzetti from Washington. Steven Erlanger contributed reporting from Paris.

La Turquie humiliée par les Etats Unis sur le dossier syrien

29 septembre 2012

Je ne sais pas trop ce qu’on peut dire de plus sur l’état de déconfiture de la diplomatie turque sous Recep Tayyip Erdogan et Ahmet Davutoglu, deux politiciens qui se sont avérés être des personnes sans principes par la faute desquels la Turquie vient malheureusement de manquer un rendez-vous avec l’histoire.

Juste un exemple de l’amateurisme de ces dirigeants : depuis quand la Turquie a-t-elle les moyens de tancer vertement la Russie et la Chine ?

Et pourquoi, alors que ce sont les Etats Unis qui viennent de l’humilier en réalité en nouant des contacts avec Damas à l’insu du gouvernement turc ?

La Russie aide les Etats-Unis et la Syrie à établir un contact, la Turquie sous le choc

Par Atul Aneja, The Hindu (Inde) 29 septembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Avec une petite aide de la Russie, les Américains et les Syriens sont entrés en contact, ce qui a créé une onde de choc en Turquie, qui reproche à Moscou et à Pékin la poursuite du conflit en Syrie.

S’adressant aux médias américains jeudi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a largué une bombe. Il a dit que Moscou avait aidé les experts américains à entrer en contact avec les Syriens sur la question des armes chimiques. «J’espère que je ne vais pas révéler un secret important, mais nous avons aidé des experts américains à établir un contact avec les Syriens sur cette question, et nous avons reçu des explications et des assurances que le gouvernement syrien protège ces installations de la meilleure façon possible», a déclaré M. Lavrov, selon Russia Today

Il a également ajouté que la Russie n’envisageait pas d’accorder l’asile au président syrien Bachar Al Assad, dans le cas où il déciderait de quitter ses fonctions.

«Non, nous ne lui accorderons pas l’asile », a déclaré M. Lavrov, soulignant le fait que le président syrien « était un ami d’ autres pays au nord-ouest de la Syrie. »

Le site internet de la chaîne de télévision libanaise Al Manar a cité ses sources arabes en France qui confirment que la délégation des Etats Unis à la session annuelle de l’Assemblée générale de l’ONU voulait discuter avec la Syrie de la question des armes chimiques. La Partie syrienne a promis «avec la garantie de la Russie » qu’elle n’utiliserait pas ces armes « sur le territoire syrien pendant le conflit entre le gouvernement et l’opposition armée.»

La délégation syrienne a déclaré avec insistance que si la Syrie était visée par une attaque étrangère, dans ce cas les pays qui inciteraient et participeraient à cette attaque seraient des cibles légitimes «pour les missiles syriens… équipés de charges militaires chimiques, y compris les pays voisins de la Syrie.»

Coïncidant avec l’annonce par Lavrov de l’ouverture d’une voie de dialogue entre les USA et la Syrie à propos des armes chimiques, le premier ministre Turc Recep Tayyip Erdogan a été inhabituellement agressif – accusant la Chine comme la Russie de se ranger du côté syrien. Sa diatribe conte Moscou et Pékin a été retransmise en direct sur NTV, une grande chaîne turque de télévision.

« La Russie est la principale source de déception. Au lieu de condamner la Syrie, elle soutient les massacres » a déclaré M. Erdogan cité par Reuters.

« La Chine partage la même position. Bien que [le dirigeant chinois] Hu Jintao m’ait assuré que Pékin n’opposerait pas un troisième veto à la résolution de l’Onu [contre une zone de sécurité], il l’a fait », a poursuivi M.Erdogan. Quant à l’Iran, allié de longue date de Damas, le premier ministre turc a qualifié sa position d' »incompréhensible ».

La Turquie s’est montrée très en pointe contre le régime Assad, avec le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Etats Unis comme alliés.

L’amère acrimonie qui en a résulté entre deux pays qui ont été un temps alliés – la Turquie et la Syrie – atteint de nouveaux sommets. La Syrie envisage maintenant sérieusement d’armer les rebelles kurdes pour combattre la Turquie, affirme Al Manar.

Citant ses «sources kurdes» proches du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et le parti Union Démocratique Kurde en Syrie, le site web affirme que le régime Assad «a envoyé une lettre à la Turquie pour l’informer que l’ingérence turque en Syrie amènerait Damas à armer tous les Kurdes en Syrie comme en Tuurquie.»

Le gouvernement syrien étudie  apparemment la fourniture d’armes évoluées aux Kurdes, dont des missiles anti-tanks Kornet, du dans l’hypothèse où il jouerait la «carte kurde.»

Ajoutant la guerre psychologique à son arsenal, l’armée syrienne a envoyé des textos à l’opposition armée dans tout le pays pour lui signifier la « fin de la partie » (game over), selon l’Associated Press.

Hillary Clinton et l’abeille africaine

6 août 2012

Le Figaro s’étale longuement sur la visite d’Hillary Clinton au Malawi, ce pays enclavé d’Afrique australe.

Pour un peu, on croirait d’ailleurs que l’objet de la visite de Mme Clinton était de s’enquérir de la situation des droits des femmes dans ce pays qui est précisément dirigé par une femme, Mme Joyce Banda.

Peut-être, mais son périple africain montre surtout une volonté de porter un coup diplomatique à l’Iran dans cette région et de réaffirmer, face aux Chinois, la présence de l’Oncle Sam sur ce continent. Ce n’est pas moi qui le dit, mais l’intéressée elle-même :

« Les investissements chinois en Afrique ne visent qu’à profiter des ressources naturelles et les entreprises chinoises négligent la protection de l’environnement et de développement local », a-t-elle déclaré.

Des propos peu diplomatiques qui ont bien sûr fortement irrité le gouvernement chinois.

Il est vrai que les Etats Unis ont particulièrement pris soin de l’environnement en Libye, en Irak ou en Afghanistan. On peut pas leur enlever ça. Comme les Chinois d’ailleurs, Ils n’ont pas signé le protocole de Kyoto. Pourquoi faire ?

Il n’est cependant pas sûr que Mme Clinton va encourager la protection des abeilles si on en croit cet incident rapporté par la presse locale au moment du départ de la Secrétaire d’Etat à l’aéroport de la capitale, Lilongwe où des mesures de sécurité extraordinaires avaient été prises.

Le Nyasa Times rapporte ce qui suit :

A son départ, il y a eu une mini-panique à l’aéroport international quand une nuée d’abeille s’est abattue sur le secteur.

Selon un témoin oculaire, Malawiens comme Américains, dont des membres des services de sécurité, ont détalé dans toutes les directions pour se mettre à l’abri.

 «Il y a eu une petite panique quand les abeilles ont traversé l’aéroport. On pouvait voir les gens courir pour aller s’abriter tandis que la Secrétaire d’Etat a vite embarqué dans l’avion pour éviter de risquer d’être piquée,» a déclaré un témoin oculaire au Nyasa Times.

Particulièrement agressive, l’abeille africaine Apis Mellifera Scutellata préfère les cheveux blonds

Comme quoi, la nature dans sa grande sagesse a peut-être failli nous débarrasser de cette grande protectrice de l’environnement.

Pourquoi le cessez-le-feu ne tiendra pas en Syrie

12 avril 2012

Les hostilités semblent s’être arrêtées ce matin en Syrie. Maintenant, la question est de savoir si le cessez-le-feu va tenir, permettant ainsi l’amorce d’une solution politique.

Rien n’est moins sûr et il est probable que le cessez-le-feu ne tiendra pas bien longtemps parce que ni l‘opposition armée, ni les pays de l’OTAN n’y ont un quelconque intérêt.

Leur intérêt est effectivement que la situation continue à se dégrader et que le pays s’enfonce complètement dans la guerre civile et devienne une proie facile pour une intervention qui se ferait selon une variante du modèle libyen puisqu’une des puissances étrangères intervenantes, la Turquie, partage  plusieurs centaines de kilomètres de frontières terrestres avec la Syrie.

L’opposition armée étant globalement neutralisée ou dominée en Syrie même, l’étincelle de départ se produira probablement à la frontière syro-turque car, ainsi que l’explique clairement Pepe Escobar, les rebelles et autres mercenaires ou soldats étrangers lancent leurs attaques à partir du territoire de la Turquie qui leur offre un sanctuaire à quelques mètres seulement du territoire syrien.

NB : l’idéal serait cependant que je doive faire mon mea culpa pour cause de cessez-le-feu durable

Que se passe-t-il à la frontière syro-turque?

par Pepe Escobar, Asia Times (Hong-Kong) 11 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Il y a une vidéo qu’on pourrait intituler assez librement « Terroristes du côte turc de la frontière tirant du côté syrien », ce qui résume assez précisément ce qui se passe dans cet actuel point chaud géopolitique extrêmement volatile.

La voix qui commente dit, “C’est la frontière syro-turque, et c’est une opération de l’Armée Syrienne Libre [ASL]… La porte [celle qui se situe du côté syrien de la frontière où se trouve le point de contrôle va être prise.»

Ce qui veut dire que la Turquie abrite l’ASL à seulement quelques mètres – et non à des kilomètres – du territoire syrien. Après avoir accueilli un centre de contrôle et de commandement de l’OTAN à Iskenderun il y a plusieurs mois maintenant – un fait déjà signalé par Asia Times Online – la Turquie s’avance désormais juste à la frontière, permettant un aller et retour de guerilleros/mercenaires lourdement armés pour attaquer un Etat souverain.

Imaginez un scénario semblable se produire, par exemple, à la frontière des Etats Unis avec le Mexique, en Arizona ou au Texas.

On peut le voir comme une interprétation très particulière par Ankara des « refuges de protection » et des «corridors humanitaires» tels qu’ils sont mis en avant par le principal modèle proposé pour un changement de régime en Syrie : un rapport du Saban Center de la Brookings Institution rédigé par l’habituel de pro-Israël d’abord et avant tout et «d’experts» du Moyen orient affiliés au Qatar.

Alors attendez-vous à voir un film aux conséquences innombrables; l’ASL attaquant un poste frontalier syrien, tuant des soldats avant de se replier sous une pluie de projectiles qui troucheront inévitablement un camp de réfugiés Syriens tout proche.

L’escalade à la frontière illustre crûment le scenario plus large: la guerre civile.

Le ministre Turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu – avec sa fameuse politique de « zéro problème avec nos voisins » – a dû brusquement interrompre son voyage en Chine pour rentrer en Turquie à cause de l’escalade à la frontière. Ce serait très éclairant de savoir comment la direction politique de pékin lui a fait savoir que les trucs d’agents provocateurs de la Turquie revenaient à jouer avec le feu.

L’escalade à la frontière prouve aussi que l’OTAN n’est pas du tout intéressée par la réussite du cessez-le-feu présenté généralement comme le plan de Kofi Annan (c’est en fait uenversion diluée des plans de la Russie et de la Chine). Les problèmes vont continuer à s’aggraver – comme le suggère un reportage de Russian TV.

Il est évident qu’un gouvernement souverain – la Syrie dans le cas présent – doit exiger des garanties écrites que les opposants armés se conformeront au cessez-le-feu d’Annan.

La raison la plus importante pour laquelle ils ne le feront pas – et ils l’ont souligné publiquement – n’est pas seulement que l’ASL et les guérillas dissidentes continuerons à être armés par le Qatar et la monarchie saoudienne, et renforcés par des « rebelles » Libyens envoyés en Syrie ; c’est que deux membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, la Grande Bretagne et la France – ont également leurs forces spéciales sur le terrain, engagées dans la formation, le enseignement et des opérations de combat.

La question à mille milliards de livres turques est de savoir si Ankara ira plus loin et mettra vraiment en place les « zones refuges », ce qui reviendra à une implication directe dans la guerre civile syrienne, c’est-à-dire une déclaration de guerre contre Damas. C’est exactement ce que l’ASL implorait les Turcs de faire.

Mais même cela serait insuffisant pour renverser le régime de Bachar al-Assad.

Quant à l’appareil policier et militaire d’Assad, il serait bien inspiré de ne pas se laisser provoquer à aller vers une orgie de tortures, d’exécutions sommaires et de bombardements d’artillerie – car ce sont les conditions nécessaires pour le maintien du soutien diplomatique des principaux membres du BRICS, la Russie et la Chine. Une fois encore, les Syriens ordinaires, pris entre deux feux, seront les tragiques perdants.

 

Iran: tout le monde doit-il payer pour complaire à Tel Aviv?

28 mars 2012

Les Etats Unis jouent gros dans leur bras de fer avec l’Iran. 

Pour complaire au gang de Tel Aviv, eux et leurs alliés habituels (Canada, France, Grande Bretagne…), ont décidé d’infliger à l’Iran des sanctions économiques unilatérales, c’est-à-dire non prévues par des résolutions de l’ONU.

Le but est d’asphyxier l’économie iranienne pour provoquer par exemple des émeutes qui précipiteraient un changement de régime à Téhéran, ou encore affaiblir suffisamment ce pays pour qu’une intervention militaire s’effectue de manière plus aisée.

Cette stratégie a réussi au moins deux fois par le passé: contre l’Irak du président Saddam Hussein et contre le Chili de M. Salvador Allende  qui lui aussi avait subi un embargo commercial et financier de la part des mêmes qui menacent aujourd’hui l’Iran.

Les Etats Unis et les complices déjà cités ont notamment décidé d’interdire aux pays tiers l’achat de pétrole iranien sous peine de sanctions.

En dépit de jérémiades de certains pays comme la Grèce et l’Espagne, l’Occident a décidé de marcher au pas de l’oie et de ne plus importer de pétrole iranien d’ici quelques mois. Certains pays ont obtenu des dérogations sous réserve de diminuer sensiblement leurs importations en provenance  du pays mis sous embargo..

Mais tout le monde n’est pas prêt à obtempérer..

Si la Grèce et l’Italie ne peuvent pas refuser grand-chose à l’Oncle Sam, il en va différemment de pays comme la Chine, le Brésil ou l’Inde.

Ces deux pays viennent, avec les autres membres du BRICS, de faire savoir qu’ils n’étaient pas obligés d’appliquer les sanctions unilatérales décidées par les USA et l’UE.

C’est ce que j’appelle un camouflet pour la diplomatie des Etats Unis.

Cette prise de position ne signifie cependant pas que ces pays importeront toujours autant voire plus de pétrole iranien pour la simple raison qu’une partie de leur commerce se fait par le biais d’entreprises privées qui, elles, peuvent craindre le risque d’être sanctionnées par les Etats Unis.

D’autre part, si les pays du BRICS se disent imperméables aux menaces de sanctions, ils ne seraient sans doute pas complètement fermés à des contreparties politiques et commerciales que pourraient leur offrir les Etats Unis en échange de leur complaisance.

Dans un cas comme dans l’autre, le prix politique à payer par les Etats Unis sera élevé sans que le pour autant entraîner une baisse du prix de l’essence à la pompe à Chicago ou à San Francisco.

Pour conclure, je ne résiste pas à l’envie de parler d’une des conséquences cocasses des sanctions de l’UE et des USA. En effet, l’interdiction de traiter avec le système bancaire iranien et l’expulsion de l’Iran de systèmes d’échanges interbancaires fait que des compagnies européennes qui doivent de l’argent à l’Iran ne savent plus comment payer ce qu’elles doivent dans les délais contractuels (ce qui concerne aussi les contrats en cours de résiliation).

Le pétrolier anglo-néerlandais Shell se trouve précisément dans cette situation en ce moment…

Or, en cas de non paiement, la partie contractante iranienne pourra bien sûr exiger des pénalités, en passant éventuellement par les juridictions internationales compétentes.

Ces dernières ne pourront que donner raison à la partie iranienne puisque les sanctions décidées par l’UE et les USA ne correspondent à aucune résolution de l’ONU et sont postérieures à la signature des contrats…

Les BRICS ne sont pas ‘obligés’ de suivre les sanctions des USA contre l’Iran

PTI, The Hindu (Inde) 28 mars 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

L’Inde, la Chine et les autres pays du BRICS ont déclaré aujourd’hui qu’ils ne rompraient pas leurs relations commerciales avec le pays riche en pétrole qu’est l’Iran qui fait face à des sanctions des Etats Unis contre son programme nucléaire.

Cette question a été soumise à discussion lors d’une rencontre des ministres du commerce du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique su Sud (BRICS), à la veille d’un sommet du BRICS à New Delhi.

“Oui, la question a été discutée. Tous les membres du BRICS sont membres du Conseil de Sécurité de l’ONU. Nous respectons les résolutions de l’ONU… en même temps, les résolutions de l’ONU n’interdisent à aucun pays de se livrer à du commerce portant sur des produits essentiels et sur ce qui est nécessaire pour le bien des hommes, » a déclaré le ministre du commerce et de l’industrie Anand Sharma qui s’exprimait au cours d’une conférence de presse tenue en commun avec les autres ministres du commerce du BRICS.

Le ministre Chinois du commerce, Chen Deming, a déclaré que son pays n’est “pas obligé de respecter les lois et règlements internes de n’importe quel pays.»

M. Shama a expliqué que l’Iran est une source d’énergie importante, ajoutant que la montée en flèche des prix du pétrole a pesé sur les finances indiennes. « Nous regardons donc les choses de manière très pragmatique et nous restons dans le champ d’application de la résolution de l’ONU.»

L’Inde importe 12 % de son pétrole d’Iran tandis que la Chine dépend du brut iranien à hauteur de 20 % de ses besoins.

M. Deming a dit que la hausse des prix du pétrole “affecterait négativement” le BRICS ainsi que l’économie mondiale.

Les Etats Unis et les principaux pays européens ont imposé des sanctions à l’économie iranienne en raison du programme nucléaire de Téhéran.

Comment un journal indien comprend le clip raciste de l’Union Européenne

7 mars 2012

Je vous avais parlé de ce clip raciste produit par la Commission Européenne. François Asselineau nous en livre une lecture politique qui se trouve être sensiblement la même que celle faite par la presse indienne.

L’Europe retire une vidéo anti-BRIC

Par Dipankar De Sarkar, The Hindustan Times (Inde) traduit de l’anglais par Djazaïri

C’est officiel: l’Europe en crise a peur de l’Inde, de la Chine et du Brésil (BRIC = Brésil, Russie, Inde , Chine). Sa commission à l’élargissement a été obligée de retirer une vidéo de propagande après des plaintes pour racisme au sujet de la manière dont elle présente les Indiens, les Chinois et les Brésiliens. La vidéo, conçue pour populariser l’UE à 27 nations auprès des jeunes Européens, montre une femme blanche européenne prenant le dessus sur trois guerriers mâles agressifs d’Inde, de Chine et du Brésil dans un hangar sombre et à l’abandon.

Vêtue d’un survêtement jaune à la manière du film Kill Bill de Tarantino, elle fait d’abord face à un combattant chinois qui pratique le kung-fu. Elle affronte ensuite un indien qui pratique le kalaripayattu.

Le dernier homme qu’elle voit est un brésilien noir, spécialiste de la capoeira, un art martial. Alors que les trois hommes sont autour d’elle, elle se multiplie et les encercle. Ils abandonnent leurs armes avant de disparaître.

Les femmes deviennent alors le cercle d’étoiles jaunesqui est le symbole de l’UE, et la vidéo annonce, “Plus nous sommes nombreux, plus nous sommes forts… ». Peter Stano, porte parole à Bruxelles de la commission de l’élargissement a déclaré à l’Hindustan Times que « la vidéo avait été retirée après qu’elle ait attiré des plaintes pour racisme. »


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